PARUS
ment apparait-il dans le plasma salé, ou si l’on veut, combien de temps demande le ferment une fois apparu pour achever la coagulation ?
Nous savons que dès l'instant où du ferment fait existe dans un plasma, l’oxalate ne peut plus empêcher la coagulation de ce plasma. Bordet et Gengou préparent six échantillons identiques de plasma salé et dilué, qui se trouvent tous à ce moment dans des conditions égales pour coaguler. Mais ils ajoutent de l’oxalate dans le premier échantillon après 2 minutes, dans le deuxième après 10 minutes et dans les suivants successivement après 20, 30 et 35 minutes. Le sixième échantillon reste sans addition. Après 40 minutes il est coagulé. La coagulation est légèrement retardée dans le cinquième tube (oxalaté 35 minutes après la dilution). Tous les autres échantillons restent liquides, incoagulables. Ainsi le ferment demande plus de 30 minutes pour se former, et un peu plus de 5 minutes pour achever la coagulation. On peut par l'oxalate non seulement prévenir la coagulation du plasma salé dilué, mais arrêter le processus, pouvu qu'il n'existe pas encore de ferment fait.
MM. Bordet et Gengou utilisaient le plasma salé surtout dans le but de reconnaitre et préciser le role du contact des corps étrangers sur la transformation du proferment en ferment, en dehors de toute influence sur les éléments figurés. Nous avons vu plus haut de quelle importance sont leurs conclusions. Ajoutons seulement ici que ce rôle du contact se montre nettement dans le plasma salé; le plasma salé dilué commence toujours sa coagulation par la paroi du verre qu'il double peu à peu completement d'un sac de fibrine, avant de yagner plus tard le centre de la masse liquide. La paroi du verre n'’influence
pas l’action mais la formation de la thrombine. Dans un
verre où la coagulation à déjà fait un sac fibrineux contre la paroi, détachons avec un agitateur ce sac, et remuons le plasma liquide; une prise totale survient très rapidement, parce que le ferment (qui existait contre la paroi et pas encore dans la masse liquide) a été mélangé à tout le plasma.
Nous pouvons résumer déjà ces premières notions : le plasma salé à 5°}, possède tous les éléments de coagulation, le calcium, le thrombopgène, la thrombokinase. Mais l'excès de sel empeche la réaction entre ces éléments. Si on dilue le plasma dans quatre parties d’eau, le taux salin revient au chiffre normal de 10 ‘}, et la réaction commence. Elle se fait lentement. Elle débute par les parties du plasma qui se trouvent en contact avec les parois du verre ou du tube; et du ferment apparait là, et y produit de la fibrine. Cependant dans les parties du plasma non en contact avec le verre, l'activation du thrombogène un peu retardée se poursuit, et le ferment qui finalement en résulte, achève la coagulation de la masse totale du liquide. Le ferment n’est constitué dans le plasma qu'après 30 minutes de réaction; mais son action complète s'effectue alors en peu d’instants, de sorte que la coagulation complète dure en tout 40 minutes.
Dans un dernier mémoire (1) Bordet et Gengou étudient l'effet du sérum sur la coagulation du plasma salé. Le sérum qu'ils emploient est toujours du sérum de plasma salé (2), de telle sorte que le sérum se trouve agir dans son milieu d’origine. On obtient en battant avec l'apita-
teur de verre du plasma salé dilué en train de coaguler,
(1) Annales de l'Iast. Past. 190%. « Recherches sur la coagulation du sang. » (Quatrième mémoire sur le pouvoir coagulant du sérum.)
(z) C'est toujours de ce serum que nous voudrons parler au cours de l’exposé suivant de leurs expériences.
jusqu'au nioment où toute la fibrine s’est attachée à la baguette; on s’assurera dans la suite que de nouvelle fibrine n’est pas apparue, que le liquide est bien du sérum. Ce sérum contient de la thrombine ou fibrinferment, car il agit parfaitement en milieu décalcifié ; il coagule le fibrinogène d’un plasma salé dilué oxalaté (1).
Nous avons appris que le pouvoir coagulant du sérum sanguin naturel faiblit vite et devient nul au bout de quelques jours, parce que la quantité active de la thrombine a diminué. Dans le sérum de plasma salé l’atténuation du ferment est particulièrement rapide. Par exemple le sérum employé dix minutes après le battage du plasma dilué, coagule le plasma d. oxalaté en 3 minutes à peine, plasma et sérum étant en volumes égaux. Le même sérum, un quart d'heure après, ne fait plus la coagulation qu'en 30 minutes ; et trois à sept heures après, en 2 ou 3 heures.
MM. Bordet et Gengou constatent d'abord que s'ils ajoutent de leur sérum à du plasma salé qu'ils viennent de diluer, le plasma, au lieu de coaguler comme d'habitude en 40 minutes, coagule en quelques minutes à peine.
Il est naturel de penser que le ferment du sérum survenu, devançant le ferment du plasma qui devait naître au bout de 30 minutes, a tout de suite et tout simplement agi sur le fibrinogène, comme il fait dans une solution de fibrinogène ou encore dans le plasma s. dilué oxalaté.
Mais quelques heures plus tard Bordet et Gengou répètent l'expérience avec le méme sérum. On devine que ce sérum va se montrer trés affaibli; et en effet il ne coagule plus le plasma s. d. oxalaté qu’en 3 heures, au lieu
de 3 minutes. Mais le curieux, c’est qu'il coagulele plasma
(1) Disons une fois pour toutes que, lorsqu'on fait agir du sérum en milieu oxalaté, on a toujours soin de l'oxalater lui-même avant d'opérer le mélange avec le plasma.
s. dilué (et non oxalaté) toujours en quelques minutes à peine, c'est-à-dire aussi vite que la premiére fois. Et ce résultat, on le retrouve douze heures après, le lendemain, le surlendemain. Ainsi, frais ou vieux, riche ou pauvre en thrombine, le sérum garde à l’égard du plasma s. dilué le même pouvoir coagulant. Ce pouvoir ne change pas avec la valeur du ferment du sérum; aussi ne peut-on croire que ce ferment soit, par son action ordinaire sur le fibrinopene, l’auteur unique de la coagulation; on ne peut croire que l'influence directe et immédiate de la thrombine du sérum sur le fibrinogène du plasma soit toute l'explication de cette accélération énorme qu'apporte le sérum à la coagulation du plasma salé dilué.
Il faut supposer que du ferment autre que celui du sérum, et un ferment frais et des plus actifs, a fait la coagulation en quelques instants. Ce ferment est né du plasma, de la même facon peut-être que dans la coagulation spontanée du plasma dilué, mais infiniment plus vite. Alors le sérum n'apparaît plus comme intervenant à la maniere d’une pure solution de thrombine, mais comme accélérant la transformation normale du proferment en ferment dans le plasma dilué. Il hâte la production de la thrombine; il possède, disent Bordet et Gengou, un pouvoir excitoproducteur.
Voici une expérience qui prouve que le sérum fait bien naître du ferment au dépens du plasma salé dilué
On utilise un sérum vieux d’un jour, ne coagulant le plasma s. d. oxalaté qu’en 3 heures au moins.
À du plasma salé dilué ajoutons 1/10 de ce sérum, que nous désignerons par la lettre V. Trois minutes apres la coagulation est près des’achever. Battons le mélange pour le défibriner et en avoir le sérum, que nous appellerons
sérum N. Si le ferment du sérum V a seul opéré cette