I. — SUJETS NORMAUX
La première notion à déterminer est le degré de coagulabilité du plasma salé chez les sujets normaux.
Nous avons marqué déjà, en exposant la technique, la fixité, pour un même sujet, du degré de coagulabilité de son plasma ; à un mois, à deux mois d'intervalle les chiffres se répètent presque exactement ; et il est indifférent pour cela que le sang ait été pris à jeun ou après le repas. Chacun a donc sa coagulabilité à peu près invariable, chacun son débit d’antithrombine établi — pour parler selon les conclusions des expériences précédentes.
Mais la mesure de l’un n'est pas celle de l’autre, nous aurons à constater entre les sujets sains des différences qui ne sont pas inférieures aux différences entre malades.
Ogs. XXIV. 17 octobre 1910.
Soul... (38 ans). Depuis trois semaines à l’hôpital Cochin où 1l était entré après une commotion électrique. N'a de ce fait présenté du reste qu'une sciatique gauche très mal caractérisée. Simistrose.
Sang : » minutes; » minutes; 5 minutes (1).
(1) Nous conviendrons, pour abréger, d'une façon uniforme d'annoter les
Plasma salé : 1,25 °/, — 0,45 ‘k3 18 minutes.
OBs. XLIX. 26 novembre 1910.
Mme Baum... (32 ans) admise pour une entéro-colite qui n'a pas été eee
Sang : 17 minutes ; 17 minutes; 19 minutes.
Plasma salé : 1, 66°}, — 0,45 °3 25 minutes.
Os. XXXVII. 21 novembre 1910.
Mme Dur... (42 ans). Lombago. Pas de rhumatisme vrai. A eu à l’âge de 20 ans une épistaxis qui n'a cessé qu'au bout de huit jours.
Sang : 15 minutes; 15 minutes; 17 minutes.
Plasma salé : 1,25 °/, — 0,45 °/,; 23 minutes.
Os. XLIIL. 7 décembre 1910.
Bieul... (65 ans). Fatigue ou misère.
Sang : 14 minutes; 14 minutes ; 21 minutes.
Plasma salé : 1,25 °/, — 0,45 *|,; 27 minutes.
Os. XLVITI. 17 décembre 1910.
Mme R...-B... (70 ans). Hémiplégie gauche. Aucune affecüon organique n’est reconnue.
Sang : 23 minutes; 23 minutes; 26 minutes.
Plasma salé : 1,25 °}, — 0,45 °/,; 27 minutes.
OBS XX" 93/aout 1911
Dru... (55 ans). Se dit diabétique; mais n’a pas de sucre actuellement dans l’urine. Est surtout atteint de mélancolie avec idées de suicide; a fait la veille une tentative en ouvrant un fourneau à gaz. Mais surpris tout de suite il s’est laissé conduire à l'hôpital. Il n’a eu le temps de ressentir aucun
résultats de coagulation. Chacun des trois chiffres qui suivent le mot sang représente la durée de la possntton dans un des trois petits tubes de ne Re que nous prenions toujours après le sang du plasma salé. Les chiffres 1,25 °/ — 0,45 JE marquent les limites de coagulabilité dans la série des ne du plasma salé. Le chiffre de 18 minutes est la durée de coagulation de la première dilution coagulée. ir:
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malaise, aucune céphalée. Pouls normal, pas de fièvre. Examen organique négatif.
Sang: 7 minutes; T minutes; 7 minutes.
Plasma salé : 1,25 °/, — 0,45 °/,; 34 minutes.
Ons. VL. 21 juillet 1910.
Perr... (58 ans). Lipomes symétriques.
Sang : 20 minutes; 20 minutes; 20 minutes.
Plasma salé : 1,25 °/, -- 0,7 °/, (la coagulabilité n’a pas été recherchée au-dessous de 0,7 ‘L. Mais à cette concentration le caillot est déjà partiel. Première coagulée : 48 minutes.
Ogs. IV. 19 juill. 1910.
Br... (28 ans). État de santé parfaite. Antécédents de maladies infectieuses fréquentes, dont une scarlatine (à 25 ans) compliquée de néphrite. L'albuminurie a persisté 2 mois, puis cessé complètement. Actuellement 5l n'y a pas d'albumine, et rien n'indique une tare rénale.
Plasma salé : 0,83 °{ — 0,55 ‘4. La coagulabilité n’a pas été recherchée au-dessous de 0,55 ‘/,; mais à cette concentration il y a déjà un caillot partiel. À 0,83 ‘/, la coagulation dure 1 heure et demie; à 0,7 °/, elle dure 2 heures un quart.
La coagulabilité est ici tellement faible que l’idée d’une erreur de technique nous était venue. Mais 3 mois après, avec une technique régulière nous retrouvions un résultat analogue.
27 octobre. Sang : 17 m. 5; 19 minutes; 20 minutes. Plasma salé : 1°}, — 0,45 °h3 49 minutes.
Al°, à 0,55 et 0,45 °}, les caillots sont partiels.
Dans les premiers exemples la coagulabilité est 1,25 — 0,45 ‘|, pour les limites; 20 à 30 minutes pour la première coagulée. Ces cas sont Les plus fréquents.
Mais les cas où la coagulabilité est beaucoup plus faible (obs. VI et IV) sont aussi ceux de sujets chez lesquels il est impossible de constater une affection organique quel-
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conque. Du reste, ici pourraient figurer des observations d’affections réelles, mais tellement atténuées ou de nature si éloignée d’un trouble humoral qu'il devient difficile de les rendre responsables de la diminution de coagulabilité constatée. Aussi la fréquence du premier type de coagulabilité n’autorise-t-elle pas à dire qu'il est le type normal, que la coagulabilité faible est une anomalie.
La coagulabilité normale du plasma salé est, suivant les sujets, très variable : cette constatation (qui restreint beaucoup l'importance des recherches cliniques) porte en elle-même un intérêt peut-être pratique. Il nous paraitrait logique, si la coïncidence de la coagulabilité faible et des hémorragies excessives se vérifie (1), qu’on voulût en tenir compte au moment d’une intervention chirurgicale. Certains opérateurs se sont fait une règle, avant de porter le bistouri dans un foie, de pratiquer préventivement une injection de sérum frais; cette mesure se justifie par une disposition anatomique de l'organe à l’hémorrhagie; certains sujets pour la même disposition humorale appelleront la même précaution. Le degré de coagulabilité du plasma pourrait encore entrer dans les indications d’une opération dont le bénéfice apparait d'avance discutable.
Enfin chez les femmes enceintes on trouverait peut-être dans la coagulabilité du plasma salé une explication des hémorrhagies profuses imprévues.
Mais lorsqu'on est exposé chez un sujet sain à trouver une coagulabilité aussi faible ou à peu près aussi faible que chez un malade, sa maladie fût-elle constamment caractérisée par une faible coagulabilité, on ne peut plus compter que la notion de coagulabilité mènera jamais positivement à un diagnostic. Tout au plus doit-on espérer
(4) Ce serait la plus claire démonstration — et la seule possible — de l’analogie de valeur entre le plasma salé et le sang dans les vaisseaux.
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que la connaissance d’une coagulabilité forte nous écartera d’un diagnostic incompatible avec ce genre de coagulabilité. Et il faut le reconnaître, les cas où ce raisonnement par exclusion aurait une valeur décisive sont rares. Pour tout dire, nous cherchions une application à la clinique que nous n'avons pas trouvée. Ce chapitre, qui devait etre le principal, sera le plus court ; car nous nous bornerons à cnrepistrer les résultats constatés.
Nous pouvons indiquer dès à présent que seules les cardiopathies et les affections hépatiques nous ont montré un trouble net de la coagulabilité, une coagulabilité constam-
ment diminuée.