‹ La Coagulabilité SanguineChapitre 18 sur 48 · OE · texte numérisé non relu

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degré de concentration du calcium-ion, en le précipitant (oxalates, fluorures, savons) el aussi par décalcification avec ces réactifs qui ont le pouvoir de diminuer le degré d'ionisation du calcium, quoique ne le précipitant pas (citrate trisodique, métaphosphate sodique).

« Avec tous ces réactifs (précipitants ou non), lorsque l'incoagulabilité est produite par des doses minima suffisantes, le sang coagule promptement en ÿ ajoutant du calcium.

« 4 Quant au citrate, j'ai démontré (1) qu'il faut ajouter des quantités bien déterminées de calcium proportionnelles à la quantité de citrate qui maintenait le sang liquide ».

Ce rapport, pour Sabattani, est de 1 atome de calcium pour 3 molécules de citrate qui maintenait le sang liquide.

« Or, le sang pour la coagulation a besoin de calcium-ion et pas simplement de calcium dissous ; on est donc forcé de conclure que le citrate soustrait du calcium au sang, parce qu'il en diminue le degré d'ionisation. Cerlainement, dans les solutions mixtes de citrate et de calcium, le degré d'ionisation est moindre que celui qui devait correspondre à la concentration saline, puisque la conductivité électrique de ces solutions est fort basse ;

& On remarque aussi un minimum de conductivité électrique lorsque, dans la solution, on a presque le rapport de 3 équivalents de citrate pour ? de calcium.

« En résumé, la présence du citrate dans une solution qui contient un sel de calcium produit une diminution de la conductivité électrique, une diminution dans la concentration des tons; le citrate empêche les réactions précipitantes caractérisliques du calcium, lesquelles sont les réactions ioniques du calcium lui-même ;

« H'empèche la coagulation du sang pour laquelle est indispensable la présence du calcium-ion; pour empêcher avec le

(1) Soc. de Biologie, 14 mai 1902.

(2) Arch. ital. de Biol. t. XXXNI, f.8.

citrate et rétablir avec le calcium la coagulabilité du sang, il est nécessaire et suffisant de conserver outre ces sels un rapport moléculaire déterminé (3 à 1)... » (1).

Quoi qu'il en soit de la controverse de MM. Arthus et Sabattani, il reste établi que l’incoagulabilité du sang citraté est, due à un état spécial de ses molécules calciques. Il semble également que dans le sang physiologique le rôle DE L'ÉTAT PHYSIQUE du calcium est primordial.

(1) Pharmac. exper. Cagliari.

LE CALCIUM SANGUIN. — SON ROLE DANS LE MAINTIEN DE L'ÉTAT FLUIDE DU SANG. — LE CALCIUM « DIS- SIMULÉ ».

Des recherches précédentes, il résulte que si le calcium est indispensable à la coagulation du sang, il faut, pour que la coagulation s'opère, que ce calcium possède un état physique spécial, [que ce soit, comme le prétend Sabattani, parce que son état d'ionisation est modifié, ou pour toute autre raison encore inconnue (Arthus)|. Le fait certain est qu'un sang peut contenir la même quanlité de calcium à l'état de sels dissous qu'un sang physiologique normal, et pourtant ne pas coaguler comme ce dernier.

C'est ce qui se passe quand on citrate le sang : le calcium préexistant dissous n’est aucunement supprimé pondéralement; le sang citraté contient autant de molécules de sels calciques dissous que le sang normal et pourtant il ne coagule pas. Il recoagulera immédiatement si on y ajoute un sel calcique neuf.

L'addition de citrate au sang n’a modifié aucunement la quantité de sels calciques dissous. Il faut donc

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admettre que.la présence du citrate a provoqué un changement d'état du calcium sanguin qui inhibe complètement son rôle dans la coagulation, sans le transformer chimiquement.

Les chimistes fournissent facilement des exemples analogues de ce qu’ils appellent les corps à l’état dissimulé.

L'émétique, tartrate d’antimoine et de potasse, ne. donne jamais directement les réactions analytiques de l’antimoine. On dit qu'il contient l’antimoine à l'état dissimulé.

Les sels de cuivre précipitent par la potasse. Or, il suffit de la présence d'acide tartrique pour « dissimuler » le cuivre et empêcher toute précipitation. (Ce composé n’est autre que la liqueur de Fehling qui contient le cuivre à l’état dissimulé).

On pourrait multiplier les exemples, mais il nous suffit de savoir qu'un corps — métal ou métalloïde — peut exister en une solution, dans un état tel qu’il est incapable de manifester ses propriétés.

C'estce qu'a produit dans le sang, vis-à-vis du calcium, l'addition de citrate. Le citrate dissimule le calcium.

Empruntant ses termes à la sérologie moderne — sans aucunement comparer les phénomènes — nous pourrions dire que dansune solution calcique (le sang, par exemple) Le citrate inactive le calcium et que l'addition d’un peu de calcium neuf suffit à réactiver la solution el à rendre au sang ses propriétés coagulantes.

Reprenons maintenant quelques-unes des connais-

sances de la chimie physique moderne.

Etant donnée une solution colloïdale, les corps qu'on peut y ajouter se comportent de deux façons :

Les uns « électrolytes » tendent à précipiter la solution, par exemple, certains sels alcalins ou alcalino-terreux; ils sont dits « précipitants » où « instabilisants ».

D'autres renforcent, au contraire, l'aptitude de la solution à rester à l'état colloïdal; ils sont dits « stabilisants ». Par exemple, une solution de gomme « stabilise » une solution colloïdale vis-à-vis des électrolytes précipitants (dont il faudra alors bien plus qu'auparavaril pour précipiter la solution).

Ce n'est là que‘la reproduction, avec des termes modernes, des ingénieuses expériences d'Arthus que nous avons citées.

Comparons alors le plasma sanguin à une solution colloïdale (au point de vue physico-chimique, c'est la conception moderne de ce plasma; c'est celle de Nolf pour l'établissement de sa théorie de la coagulation; voir, plus haut page 47). Ce plasma sanguin contient des électrolytes précipitants, ce sont les sels calciques. S1 l’on ajoute au sang certains corps comme le citrate de soude, ils agissent comme stabilisants de la solution colloïdale sanguine et empêchent les électrolytes sels calciques d'exercer leur propriété précipitante propre.

Avec la plus grande facilité, l'ion-calcium peut donc être actif et provoquer la coagulation, ou inactif et déterminer l'incoagulabilité.

Si un simple changement d'état physique du calcium suffit én vitro à faire coaguler ou non la solution colloïdale sanguine, on peut supposer que dans le sang

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circulant in vivo le calcium existe dans cet état inactif dissimulé où il ne permet pas la précipitation de la solution colloidale.

La simple issue hors des vaisseaux, — exposition à l'air, contact avec les parois du récipient, avec les substances thromboplastiques de Nolf (poussières, poudres), — peut suffire à transformer cet état du calcium dissimulé, inactif, en état d’électrolyte précipitant, actif sur la solution sanguine colloïdale qui alors coagule.

Il est possible, d’ailleurs, que le mécanisme de l’activation du calcium ne soit pas simple; les corps anticoagulants (antithrombosines) que nous verrons secrétés par la plupart des organes, ne sont peut-être que des « stabilisants » de la solution colloïdale sanguine antagonistes des électrolytes calciques précipitants. Ce sont ces corps antiprécipitants qui changeraient d'état physique au sortir des vaisseaux sous l'influence des contacis extérieurs, perdraient leur pouvoir stabilisant et libèreraient l’action des sels calciques.

En tout cas, nous sommes amenés à donner aux sels calciques du plasma le rôle le plus important dans le phénomène de la fluidité du sang et dans l'acte de la coagulation.

Si nous nous reportons à l'exposé des théories de la coagulation nous voyons, que dès 1890, avec Arthus et Pagés, Hammarsten, Pekelharing, on sait que la présence du calcium est nécessaire. Dans la théorie clas£ sique, c'est « en présence du calcium » que la thrombokinase va activer le proferment pour donner le fibrinferment. Nolf range les sels calciques dans les substances

thromboplastiques. Il semble qu’il faut donner au cal-

cium un rôle plus actif.

1° Dans la terminologie classique, le thrombogène inactif ou prothrombine du plasma est activé en présence de sels de chaux pour donner la thrombine, active sur le fibrinogène. Mais ces sels de chaux existent dans le plasma vivant fluide qui contient donc, dans les vaisseaux, tout ce qu'il faut pour coaguler. Pour expliquer l’incoagulabilité physiologique, il faut alors faire intervenir l’antithrombine, dont l'existence est prouvée indubitablement par les travaux de Doyon, Gley et de leurs écoles. Mais une portion du sang prélevée hors des vaisseaux contient aussi cette antithrombine; pour expliquer la coagulation, il faut admettre que, par la simple issue hors des vaisseaux, l’antithrombine subit une modification telle qu'elle perd le pouvoir de s'opposer à l'activation des fermentscoagulants .

On peut aussi penser que l'antithrombine agit comme «stabilisant » de la solution colloïdale sanguine ayant un rôle antiprécipitant vis-à-vis des électrolytes caleiques qu'elle « dissimule ». à

Hors de l’endothélium vasculaire et sous l’action des multiples contacts et influences étrangères, elle perd ce pouvoir anticalcique et libère le pouvoir précipitant du calcium.

Plus simplement, dans l'hypothèse où se place la théorie classique, on peut supposer que c’est le ealcium qui, directement, est modifié par les influences extérieures el les contacts. En effet, c’est lui qu’expé-

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