REA DS
Mais un fait des plus intéressants est que, si quelques jours après, chez les mêmes animaux, on pratique une nouvelle saignée importante, la période d'hypercoagulabilité au lieu d’être très éphémère se prolonge plusieurs jours, et même quelquefois plus d'une semaine.
Chien, 7 kilogrammes, ayant subi 6 jours avant une saignée de 800 grammes. On pratique une nouvelle saignée de 600 grammes.
6 heures après Seuil 4 Coag. C »
24 LS ee 2
2 jours après — 8 — 2
si — == 8 = 2
Courbe D,
Si on pratique ainsi des séries de saignées, on obtient des animaux dont l'hypercoagulabilité se maintient fort longtemps. (Nous devons d’ailleurs ajouter que nous n'avons pas observé d'accidents thrombosiques chez ces sujets).
Des faits analogues avaient été déjà observés d'une autre manière :
Arloing (1) constate qu'après des prises de sang en série, à la jugulaire du cheval, les dernières prises coagulent beaucoup plus vite.
Arthus (Journ. de Phys. et Path. gén., 1902), dit que « la vitesse de coagulation du sang des prises successives augmente rapidement et d'autant plus que la quantité de sang extraite est plus grande. L’accélération de la coagulation du sang produit par une hémorragie se maintient pendant longtemps (au moins ? semaines). La coagulation se fait plus rapidement, même au début de l'hémorragie, chez les chiens qui ont subi une hémorragie quelques jours auparavant, que chez les chiens neufs... ».
(1) Soc. de Biologie, 1901, p. 675.
TROUBLES DE LA COAGULABILITÉ APRÈS INTRODUC- TION DE SUBSTANCES ÉTRANGÈRES DANS L'ORGA- NISME. — LE SANG DE PEPTONE
Il est un autre procédé expérimental permettant d'obtenir des variations intenses de la coagulabilité. C’est l'introduction rapide de certaines substances dans la circulation.
Schmidt-Mullheim montra, dès 1880, que l'injection intraveineuse de propeptone au chieu provoque une incoagulabilité complète, mais temporaire.
Depuis, il a été prouvé que l'injection agit en excitant d’une façon intense la production de l’antithrombine par le foie (Gley et Pachon, Delezenne, Doyon, etc.); il est d’autres façons de provoquer l’incoagulabilité : (réinjection d’un antigène provoquant le choc anaphylactique, hirudine, venin de cobra, etc.). Mais toutes n’agissent pas comme la peptone : elles peuvent provoquer l'incoagulabilité sans augmenter la quantité d'antithrombine, mais en neutralisant certaines substances du plasma, kinase, par exemple (Morawilz).
Nous ne prenons l'incoagulabilité propeptonique que
comme type d’un trouble extrême de la coagulabilité par altération des secrétions organiques sans entrer dans les discussions du mode d’action de la peptone.
L'expérience est des plus faciles à réaliser; on prépare une solution de peptone de Witte (Merck) à 0, 30 centigrammes par centimètre cube. On injecte au chien 1 centimètre cube par kilogramme. L'injection est poussée rapidement dans la veine, puis, laissant l'aiguille en place, on recueille le sang qui s'en écoule rapidement. L'effet est instantané; ce sang recueilli, immédiatement après l'injection reste fluide 12, 24 et même 48 heures. Il sédimente comme le sang des hémophiles. Pendant quelques heures, l'animal peut présenter des hémorragies spontanées ou provoquées sans tendance à l'arrêt. Puis, au bout de peu d'heures, le syndrome hémorragique provoqué disparaît et le sang recueilli coagule dans l’éprouvette en un temps normal. Or, voici ce qu'avec notre technique nous avons pu
constater :
Chien, 10 kilogrammes. Sang examiné avant l'injection. Pur, coagule en 7 minutes.
Indices dans ce cas analogues à ceux de l'homme.
4 2 | 1,33 l | Sn CC. n
TE ze | | Seuil c GC
Injection de 10 cm* de solution de peptone, soit 3 grammes : sang recueilli immédiatement après, — pur, reste fluide indéfiniment. l
Ilest impossible de trouver le seuil de la coagulation; V'ad-
” dition de calcium même en excès ne provoque pas de coagulum.
10 heures après, le sang coagule en 9 minutes. Il se rétracte parfaitement et donne un caillot et un sérum d'aspect normal. Mais l'indice de coagulabilité est devenu :
(ccm.
Seuil C.C
C'est-à-dire que la coagulabilité est très aumentée. Elle reste ainsi augmentée 2 ou 3 jours, puis revient à la normale. La courbe des oscillations de coagulabilité peut être ainsi représentée : |
‘eugded ap uoyoeluy
Courbe E.
L'injection ultérieure de propeptone chez le même animal ne donne plus lieu aux mêmes oscillations. En effet, l’incoagœulabilité ne se produit plus. La première injection intraveiïneuse immunise l'animal contre les suivantes.
Nous n'avons pu pratiquer les mêmes recherches sur des animaux en état de choc anaphylactique. Mais l'incoagulabitité passagère de ce dernier ressemble singu-
lièrement à la précédente; et nous pensons que nous
obtiendrions les mêmes résultats.
Déductions. — Il est impossible de n'être pas frappé de la similitude des courbes de coagulabilité obtenues par l'injection de peptone et par les hémorragies graves. Nous nous garderons pourtant bien de conclure à la similitude des processus.
Dans le premier, on a introduit un toxique puissant. Dans le second, aucune substance étrangère n'a été introduite. Le trouble de la coagulabilité est pour ainsi dire spontané, et il est infiniment probable que les causes viscérales de diminution de la coagulabilité ne sont pas les mêmes que pour le sang de peptone.
Dans les maladies que nous allons étudier, les causes d’altération dé la coagulabilité ne sont pas encore connues, — elles sont probablement complexes, — résultant du jeu de secrétion de plusieurs organes, peulêtre de tous. Toute pathogénie de ces troubles est encore prématurée. Les uns sont peut-être du type de troubles post-hémorragiques, sans intervention de toxique, uniquement par altération du mécanisme régulateur de la coagulabilité. D'autre sont probablement du type propeptonique avec intervention prédominante d'un viscère (foie, par exemple).
D'autres sont dus à la mise en jeu d’altérations organiques complexes comme cela peut se voir dans les grandes infections.
Aussi ne pourrons-nous classer les maladies étudiées
au point de vue du trouble sanguin suivant une patho-
génie certaine. Mais, procédant du simple aucomplexe, nous étudierons :
1° Les troubles provoqués par des hémorragies successives.
2° Les troubles produits par une altération viscérale prédominante : Affections mono-viscérales (foie, rein).
3° Les troubles de la coagulabilité au cours des syndromes fébriles et infectieux : (Affections polyviscérales).
4 Les syndromes sanguins à cause viscérale mal connue : Purpura. Hémophilie.
» L'action de la thérapeutique sur la coagulabilité.
TROUBLES DE LA COAGULABILITÉ PRODUITS PAR DES HÉMORRAGIES SUCCESSIVES (SANS AFFECTION VIS- CÉRALE)
La constatation que nous avons faite chez l'homme d'une hypercoagulabilité éphémère post-hémorragique n’a pas qu'un intérêt théorique, surtout si on en rapproche l’hypercoagulabilité durable, observée chez l'animal après hémorragies répétées.
On peut se demander s'il n'y a pas une hypercoagulabilité durable ou permanente de même origine chez certains individus. Les hémorragies traumatiques n'’entraînent qu'une exagération très momentanée de la coagulabilité.
Mais certaines lésions locales sont de nature à provoquer des hémorragies abondantes et fréquentes, chez des individus sains par ailleurs: par exemple les fbromes utérins.
La lésion fibromateuse entraine un état de saignement parfois continu et véritablement abondant.
Il était intéressant de rechercher, par notre procédé l'indice de coagulabilité dans ces cas.
Voici quelques-uns de nos résultats :
Mme V... (Hôp. Broca), 43 ans.
Règles très prolongées depuis 5 ans. Depuis 8 mois, elle est constamment dans le sang. Pas d'anémie. Masse fibromateuse de volume moyen vérifiée par l'opération.
Sang coagule en 6 minutes. Rétraction très forte. Indices.
0 ä 2 1,33 1 0,80 | | Sn | CCn | | <— 7/2 Seuil C.C
De plus, rétraction extrêmement forte dans tous les tubes.
Mme S... (Hôp. Broca), 50 ans.
Fibrome. Est continuellement dans le sang depuis 5 mois. Sang coagule en 6 minutes. Rétraction très vive. Indices.