LA COAGULABILITÉ DANS LE RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU
Nous intercalans cette infection générale au milieu des maladies d’allure mono-viscérale, parce qu'avec la pneumonie précédemment étudiée, c'est aussi la maladie à « hyperinose » typique, à type « phlegmasique franc » de Hayem. Comme elle, le rhumatisme articulaire aigu provoque un certain retard du temps de coagulation ‘in vitro.
Comme elle aussi, le rhumatisme pyrexique nous donne de grosses élévations des indices : 4 à 8 au seuil, 2? à la coagulation complète.
Nous avons rapproché les deux affections pour montrer que cette élévation des indices peut être provoquée aussi bien par une détermination aussi localisée que la pneumonie, que par un processus aussi généralisé que le rhumatisme articulaire aigu.
Alors que dans la pneumonie nous avons vu l'élévation des indices persister assez longtemps, après la défervescence, dans le rhumatisme articulaire aigu, la défervescence artificielle et toujours brutale due au salicylate,
s'accompagne du retour subit des indices à la normale. Ainsi chez tous nos rhumatisants arrivés très pyrétiques, les indices de 4 et 8 au seuil, tombent en 24 heures ou moins, à 2 ou 1,33, en même temps que la température fait sa chute.
A l'inverse de la pneumonie, la modification humorale est ici étroitement corrélative de l’état général.
Nous devons enfin ajouter à propos du rhumatisme articulaire aigu que les autres rhumatismes même pyrexiques (gonococciques) laissent les indices normaux.
AUTRES AFFECTIONS MONO-ORGANIQUES. — AFFECTIONS POLYGLANDULAIRES. — INSUFFISANCES ENDOCRINES,
L'expérimentation à l’aide d'extraits de divers autres organes (intestin, corps thyroïde, hypophyse, thymus, capsule surrénale, ovaire, testicule) montre qu'ils ont tous une action sur la coagulation du sang des animaux injectés. Mais les résultats sont variables suivant les organes et les doses.
De même, les observations cliniques sont disparates. La coagulabilité a été trouvée diminuée chez les hypothyroïdiens. Mais l’administration d'extrait thyroïdien non plus qu'ovarien ni surrénal ne semble pas avoir eu d'influence notable.
Boyé a observé un retard de la coagulation dans des cas d'insuffisance testiculaire et après la castration chez le lapin.
Nous avons recherché les indices # coagulabilité dans divers cas d’entérites apyrétiques, d’'hypothyroïdisme, de goître exophtalmique. Nous ies avons trouvés normaux ou s'écartant très peu de la normale. Même résultat chez les femmes ayant subi la castration.
Ces faits ne doivent pas nous surprendre : le Jeu des sécrétions polyglandulaires est certainement un des éléments de la régulation de la coagulabilité. Mais dans les affections aussi chroniquement progressives que les précédentes, les suppléances fonctionnelles ont le temps de s'établir efficacement. Par contre, 1l semble — bien que nous ne l'ayons pas observé — que dans certains cas de grande insuffisance ou de grande dystrophie d’une glande à sécrétion interne, la coagulabilité puisse être profondément altérée.
Dans une étude sur « les Ménorragies » de la puberté, P.-E. Weil (1) présente une série de jeunes filles chez qui des règles de durée anormale s’accompagnent d’autres hémorragies, epistaxis, hématémèses, purpura, elc., de tendance hémorragipare héréditaire, et de lésions sanguines consistant en retard de la coagulation, coagulation plasmatique, diminution de la rétractilité du caillot, temps de saignement expérimental augmenté. Outre des signes d'insuffisance hépatique, plusieurs de ces malades présentaient nettement des signes d'insuffisance ovarienne, thyroïdienne, pituitaire ou surrénale.
(1) P.-E. War. Société Médicale, 1912.