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CHAPITRE XV

Principes de l'Autriche, la Prusse et la Russie.

Cette Sainte Alliance n'existait pas encore, lorsque J.-J. Rousseau disait, il y a quarante ans, " Ne comptez pas les traités " pour quelque chose : tout cela ne sert de " rien avec les puissances chrétiennes : elles " ne connaissent d'autres liens que ceux " de leur intérêt ; quand elles le trouveront " à remplir leurs engagemens, elles les rem- "pliront; quand elles le trouveront à les " rompre, elles les rompront : autant vaud- " rait n'en point prendre." (1)

Le juge sévère avait long-temps médité la Prusse, l'Autriche et la Russie.

Il les avait vues envahir, à main-armée, la Pologne, sous le prétexte de calmer les

(1) Considérations sur la Pologne, Conclusion,

orages révolutionnaires et attenter à la majesté d'un peuple libre, en effaçant avec la pointe de Vépàt les articles de sa constitua tion, en le forçant de recueillir, au sein de ses assemblées délibérantes, le vote des baïonettes étrangères.

Il les avait vues, peu après (1), au mépris de tout ce que peut avoir de sacré le droit public des nations, arracher de la chaire curule et traîner dans les cachots les ministres d'un Roi leur allié, ou plutôt leur ouvrage, enlever d'assaut les places fortes d'un peuple ami, porter la dévastation dans ses campagnes, le pillage dans ses villes, l'effroi dans sa capitale, la guerre enfin au sein même de sa paix.

11 les avait vues, plus tard, travailler cette déplorable Pologne par des manœuvres perfides, armer l'opinion publique contre un monarque dont elles réclamaient naguères l'élévation sous peine de conquête ; le punir par des vexations nouvelles de chacune de ses vertus, d'un acte de souveraineté comme d'un crime envers ses oppresseurs,

d'un acte de royauté comme d'un crime envers ses peuples ; le réduire à écraser ses sujets d'impôts, parce que l'insubordination et la misère marcheront toujours de compagnie ; enfin attiser le feu des guerres civiles, en exhortant, dans un manifeste public, les citoyens à se prémunir contre V esprit de domination qui dirigeait, à les entendre, les démarches du Prince et de sa famille. (1) Il avait prévu qu'elles ne tarderaient pas à consommer le meurtre politique, à se partager les membres sanglans de la Pologne, à donner le spectacle, inconnu jusqu'alors dans notre vieille Europe, de Rois assez audacieux pour réduire un roi à l'esclavage et un peuple au néant.

(i) "On lui faisait un crime de quelques mouve- " mens impuissans en faveur d'une nation qui, par *' obéissance, se l'était donné pour maître. L'inten- " tion n'était cependant pas de le renverser d'un trône " sur lequel on venait de le placer (on voulait l'y main» " tenir pour mieux arriver à ses fins), mais seulement «' le dégrader aux yeux de ses compatriotes, et ne le ff conserver en place que comme un instrument utile à, " tout ce qui s'opéra dans la suite."

Peyssonnel (1789)*

Grande leçon donnée aux nations à venir! A peine des traités solennels présentent à la Pologne les cours de Prusse, de Russie et d'Autriche, comme les garantes de son indépendance, qu'elle expire sous leurs coups, après avoir donné des suzerains à la Prusse, des czars à la Russie, des libérateurs à l'Autriche !

Etrange destinée des deux Stanislas : le premier, qui tombe deux fois du trône dans l'exil, puni d'avoir supposé que la force fait le droit ; le second qui meurt à Saint-Pétersbourg, expiant dans les fers son imprudente obstination à croire que le droit fait la force !

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