‹ La coalition et la FranceChapitre 24 sur 44 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Vues générales.

Si la fortune se prêtait aux complots de la Coalition, si le beau nom de France devait se perdre pour nos neveux ; si, déshérités de l'indépendance de nos pères, nous étions destinés à chercher inutilement une patrie dans le sein de la terre natale, au lieu de pleurer sur le tombeau de nos aïeux, il

faudrait, comme ces peuples du Caucase, prendre le deuil à la naissance de nos fils.

Mais les menaces de l'avenir n'épouvanteront point les cœurs français. Les hommes savent aujourd'hui qu'il n'y a pas de domination illégitime qui soit indestructible : la victoire n'a plus de chaînes assez pesantes pour opprimer long-temps les peuples.

Impérissable est cette robuste Monarchie des Lis, la fille aînée du Monde chrétien, qui, depuis quatorze siècles, voit tomber à ses côtes ou naître les Empires, seule, inébranlable au milieu des bouleversemens de l'univers politique, et réservée à prendre toujours de la force dans les épreuves, de la gloire dans les adversités, de la stabilité dans les révolutions.

Immortelle est cette vieille France, qui, sans cesse à la tête du genre humain, donna des modèles à tous les héroïsmes, des maîtres à tous les arts, des vainqueurs à tous les peuples, des Rois à tous les trônes. (1)

(1) Le Saint-Empire, l'Empire Grec, l'Empire cre Trébizonde, l'Allemagne, la Bavièr \. HlttfUe, la Mtan»

Sous le joug, elle ne passera point cette terre des Turenne et des Condé, où tout est soldat quand les Rois s'écrient, Qui aime son pays me suive ! Où tout est invincible quand les La Trémouille ont dit, Enfans ! Louis vous voit !

Où le paysan vendéen, sommé par le vainqueur de se rendre, meurt en répondant, Rendez-moi mes Princes !

Où Kléber peut dire à ses officiers, Faites-vous tuer là ! sûr qu'ils lui répliqueront tous, Oui, Général !

Où les pères, à la nouvelle que leur fils est mort pour son pays et pour son Roi, lui envient, comme le maréchal de ChâtiL lon, le bonheur d' avoir péri pour une si belle cause.

Où l'orgueil du patriotisme est si ardent, la haine des dominations étrangères si profonde, que, lors de l'invasion mortelle, les femmes, ainsi qu'autrefois, demanderaient

grie, Chypre, Jérusalem, Antioche, les deux Siciles, l'Angleterre, l'Espagne, le Portugal, la Pologne, la Suède, &c.

à leurs époux, de les tuer toutes plutôt que de les exposer aux opprobres de V esclavage.

On ne subjugue pas un Empire dont on a vu les provinces, durant trois mois, couvertes contre l'envahissement d'un million de coalisés, par soixante mille défenseurs que leur seul héroïsme suffisait à multiplier sous le choc.

On ne détruit pas un peuple où se peuvent, en quarante jours, créer des armées qui, trahies par les élémens, livrées par les défections de la reconnaissance, destituées d'appuis, écrasées sous le nombre, savent, à force de merveilles d'armes, contraindre encore la victoire de rester, chose inouïe ! fidèle à leurs drapeaux plus long-temps que la fortune.

Et, si des chances inespérées vous permettent d'asseoir votre tente sur une pareille terre, songez-y bien, qu'il n'est pas prouvé encore que Victor Amédée ait eu tort de dire, 'Rien de~ si facile que d'entrer en France; rien de si impossible que d'en sortir.

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