‹ La coalition et la FranceChapitre 26 sur 44 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Que la Confiance est nécessaire.

O n a essayé d'établir, entre le trône qui doit protéger la nation, et la nation qui doit défendre le trône, une milice, toujours sous les armes, d'ombrages, de soupçons, de méfiances.

La timidité a dit au Louvre: " Dé- M pravés par vingt-cinq ans de brigandages, " vos sujets n'aspirent qu'à de nouveaux *é bouleversemens ; vous n'avez d'autre " appui que les baïonnettes étrangères : " qu elles se retirent, le 20 mars se renou* " velle : la France n'est pas digne des * Bourbons !"

La malveillance a, dans les salons, doucement insinué, mais crié dans les carrefours ; <6 Eloignés de vous pendant " un quart de siècle, vos Princes ont con- " tracté l'habitude de vous craindre ; ils w voient en vous des ennemis/ et V armée

" d'occupation est l'ignominieuse sentinelle " qui veille à leur garde : les Bourbons ne "sont pas dignes de la France."

Calomnie, calomnie, également criminelle de part et d'autre ! la France a constamment désavoué la révolution : elle n'en

reconnaît que la gloire de ses armées, et la Charte de son Roi,

Et les Bourbons, sachant que l'Europe conspire contre la monarchie, aimeront mieux, comme Louis XIV, faire la guerre à leurs ennemis qu'à leurs enfans.

Ne sont iis pas les petits-fils de ce grand Roi qui, au moment où la Ligue respirait encore, moins effrayé des menaces de la rébellion, que de l'appareil des ambitions étrangères, disait à nos aïeux : " J'aspire " au glorieux titre de libérateur et de resu taurateur de la France ; déjà je l'ai tirée " de la servitude et de la ruine, maintenant " je désire la remettre en sa première force " et en son ancienne splendeur. Partiel " pez, mes sujets, à cette seconde gloire, " comme vous avez participé à la première.

" Je veux, ajoutait-il, recevoir vos con» " seils, les* croire, les suivre, en un mot,

" me mettre en tutelle entre vos mains. " C'est une envie qui ne prend guère aux " Rois, aux barbes grises, aux victorieux " comme moi ; mais l'amour que je porte à " mes sujets et le désir de conserver mon " état, me font trouver tout facile et ho- " norable."

Lorsque Henri IV se livrait ainsi, le dehors était moins formidable qu'aujourd'hui, le dedans plus orageux.

Car il ne s'agit plus de savoir si certains hommes seront soutenus, certains vœux accomplis, certains plans adoptés ; mais bien si la patrie sera sauvée, la patrie telle que la conçoivent tous les esprits, que la sentent tous les cœurs, sans en excepter le Roi, au gré de quelques aveugles, ni le peuple, au gré de quelques téméraires ; la patrie telle que la voyait le Père de Rome, quand il a dit, Patria omnes omnium caritates amplectitnr !

Or, comment venir à bout de la tourmente, si le pilote laissait éclater la tempête sans oser appeler l'équipage à la ma^ noeuvre ?

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