‹ La coalition et la FranceChapitre 34 sur 44 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Moyens de défense.

Un Ministre disait à son maître, " Sire, " vous n'avez pas de quoi nourrir vos qua- '* tre-vingt mille hommes, il faut les doubn " 1er."

Mais il n'appartient pas à la France de songer à redevenir conquérante, et nous ne tiendron pas ce langage.

Nous ne savons que trop, d'ailleurs, qu'il serait difficile d'agrandir jamais les rangs de l'armée, jusqu' à y trouver un rempart contre l'invasion européenne, tandis que l'Autriche, la Prusse et la Russie, tiennent seules plus de deux millions d'hommes sous la tente.

Ce serait ici le lieu de présenter une constitution militaire, qui pût au besoin changer le royaume en un vaste camp re-t tranché, dont l'abord fût partoutinaccessible.

Quelles que soient nos vues, il ne nous,

est pas permis de les manifester : inutiles, nous les tairons comme écrivain ; avantageuses, comme Français.

Toujours est-il que vous devez créer une force défensive, dont le principe garantisse les avantages de votre système.

Ce principe est de mesurer le résistance à l'attaque : tout est là.

La guerre se fera certainement à la sauvage ; si le peuple Français est vaincu, il sera dévoré !

Puisque l'indépendance, c'est-à-dire la vie politique, serait en péril ; puisque la nation toute entière serait attaquée corps à corps, c'est à la nation toute entière de se défendre. Et la victoire couronnera ses généreux efforts; elle reconnaîtra les drapeaux de Norlingue et les hommes de Lutzen, en dépit des timides qui ne veulent pas croire la défense possible, parce qu'un célèbre maréchal de France demandait, pour entrer en campagne, trois choses, de l'argent, de l'argent, et de V argent.

Non : pour combattre, vous n'aurez pas besoin de redemander à la Coalition, cette jdole avare, tout l'or que le vœu, fait dans

les tempêtes, vous oblige, chaque jour, de lui sacrifier.

Déjà on avait entrevu, dès le milieu du dernier siècle, que ce qui avait été vrai sous Louis XII, pour une expédition offensive, pouvait ne pas l'être aujourd'hui pour une lutte de résistance.

Un publiciste illustre allait même, il y a quarante ans, jusqu'à mettre en problème si la finance est réellement le nerf de la guerre.

Et le maréchal de Trivulce a été, de nos jours, réfuté bien plus puissamment encore par la Prusse, l'Espagne et l'Autriche, qui, dépouillées, ruinées, saccagées, n'ont pas eu besoin de trésors pour mettre toute leur population sous les armes; elles nous ont appris que c'est dans les arsenaux qu'il faut savoir battre monnaie.

Ainsi, point de crainte ! la nation française saura faire ce qu'ont fait les guérillas de la Castille et les landsturm du Brandebourg.

Elle est forte de son industrie et de son soleil, qui répareront, en peu de temps, tous les désastres de plusieurs années.

Elle est forte du bonheur de compter au

milieu de ses rangs des Princes qui voudront conserver la couronne, comme leurs ancêtres l'ont acquise, en sauvant la patrie (1) ; des Princes dignes d'être issus de l'auguste famille dont nos pères ont, depuis dix siècles entiers, vu couler le sang dans toutes les tranchées et sur tous les champs de batailles (2).

(1) Il n'est pas de dynastie au monde dont l'origine soit à la fois plus ancienne et plus nationale. On sait que Robert-le-Fort fut tué à Briserte, en 866, cornbatant pour son pa^ys ; que son fils Eudes fut, en 888, élu Roi par la nation, pour avoir délivré la Monarchie du joug des Barbares ; et que c'est en considération des services de sa famille et des siens, que, cent ans plus tard, Hugues Capet obtint les suffrages des Etats de Noyon, au préjudice de Charles de Lorraine, qui fut exclus du trône, parce que ses relations étroites avec les étrangers le rendaient odieux.

(2) Cette glorieuse particularité n'est jamais plus remarquable que depuis Philippe-de-Valois jusqu'à Louis XI, époque où la France était menacée, par les tentatives de l'Angleterre et les divisions intestines de l'Etat, d'avoir à se courber sous une domination étrangère. Pendant un période de cent vingt ans de guerres nationales, il est à la lettre de dire que l'histoire ne mentionne pas un combat, ni un siège où quelque

Elle est forte d'une foule de capitaines illustres qui sauraient bien déposséder quelques superbes de leur gloire mal acquise ; forte enfin d'une population de trente millions d'hommes, d'autant plus redoutable que tout Français peut dire, comme Lesdiguières : Depuis mon enfance, nous nous connaissons les mousquetadcs et moi.

Que la détresse publique, loin de vous alarmer, vous rassure donc. Quand une nation est aux abois, c'est alors qu'elle est, plus que jamais, terrible :

Una saïus victis nullam sperare salutem.

Prince français ne soit blessé, souvent à mort, et la branche de Bourbon est celle dont le nom se reproduit le plus souvent à toutes les pages de nos fastes»

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