CHAPITRE XII
Action diplomatique,
Ce que l'adresse est à la force privée, la politique le doit être à la force publique : elle dirige l'usage de la puissance, elle en multiplie les moyens, en garantit la durée.
On pourrait, il faut le dire, reprocher à tous nos Rois de n'avoir pas assez connu les avantages d'un bon régime politique.
Ennemis généreux, preux chevaliers, ils croyaient indigne de leur grand cœur d'opposer aux adversaires de la France, d'autrès armes que le béhourdis et la dague ; souvent aux prises avec des rivaux pour qui trahir c'était combattre, et diviser c'était vaincre, ils n'opposaient aux savantes combinaisons de la diplomatie que la résistance périlleuse des battailes, et à force de loyauté, d'honneur, de confiance dans leur épée5 ils mirent souvent la monarchie à deux doigts de sa perte.
Presque tous ont ignoré le grand art de calculer la paix et la guerre sur l'intérêt de leurs couronnes, de se mettre quelquefois à couvert derrière des alliances utiles, de payer ou de recevoir à propos des subsides, de donner aux traités de commerce une action défensive, de diviser enfin, ou de réunir avec habileté les cours étrangères pour faire travailler les ennemis de la Monarchie à T édifice de sa grandeur.
Un seul de nos Rois (1) voulut avoir une autre politique que celle des camps ; il devina le secret de vaincre du fond de son cabinet, et le génie réparateur de Charles V guérit les maux de vingt-quatre années de guerres étrangères et civiles ; sa prudence ferma les blessures encore saignantes de la patrie envahie plusieurs fois et enfin démembrée ; son habileté sut donner à la nation tout ce qu'il lui fallait de forces, pour lutter, après lui, contre un demi-siècle
(1) Nous n'exceptons pas Louis XI, ce lâ< he et cruel despote, que l'on a si étrangement comparé à Philippe. Le Macédonien était adroit; son émule ne fut que perfide.
d'adversités, et lasser enfin la persévérance de la fortune.
Un seul de nos ministères osa fouler aux pieds les factions, porter ses regards au delà du sol français, s'emparer de tous les ressorts de la politique européenne, travailler en grand sur l'Europe ; et Richelieu, dont le nom était encore destiné à d'autres gloires, Richelieu valut au Royaume cent cinquante ans de paix intérieure, et prépara cette ère immortelle de notre suprématie, que la postérité nomme le Siècle de Louis