‹ La coalition et la FranceChapitre 36 sur 44 · CHAPITRE XIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIL

Torts du Gouvernement français dans ses relations extérieures.

On a eu raison de le dire : Les Etats qui ont une force réelle et solide ne 'périssent jamais par les maux dit dedans ; ce sont les rapports externes qui les tuent.

La politique adoptée par le gouverne* ment français, depuis le traité d'Aix-la-Chapelle, a, plus qu'on ne semble générale* ment le croire, contribué à tous les maux dont gémit la Monarchie.

Si la France ne s'était pas livrée à la Cour de Vienne par le traité de 1756, que le parlement britannique appelait monstrueux t l'Autriche ne se serait pas agrandie du démembrement de la Pologne, fortifiée de l'affaiblissement du Turc* enrichie des concessions de la Bavière et des opulentes dots de l'Italie ; elle n'aurait pas continué dans

sa Maison les honneurs de la dignité impériale, et pris en Europe l'ascendant funeste que nos Rois avaient eu raison de lui contester trois cents ans.

Si la France, au lieu d'aller au fond de l'Allemagne prodiguer son sang et ses trésors pour une cause étrangère, se fût abstenue de la guerre des sept ans, mais eût, comme protectrice des libertés de Fempire, et garante de la paix de Vestphalie, à propos armé quand l'invasion de 1778 mettait en péril l'existence de la Bavière, la Prusse ne se serait point environnée de l'influence pernicieuse que lui donna sa résistance aux usurpations du cabinet de Vienne ; la Prusse ne se serait point approprié plus tard les bords de la Vistule, et ramperait encore parmi les états* du troisième ordre.

Si la France avait, à l'aide de ses arméniens inutiles de Toulon, secouru la détresse du Grand-Seigneur, son plus ancien allié, son seul ami fidèle ; si elle n'avait pas livré la Porte aux avanies de la cour impériale, aux envahissemens de la Russie ; si elle avait défendu la Pologne à outrance, et opposé

à la conjuration des puissances co-partageantes l'appareil de toutes ses forces, secondées d'un nouvel effort de la Turquie, d'une diversion de la Suède et de l'alliance des états secondaires de l'empire, reléguée encore parmi les Asiatiques, elle ne pourrait se montrer à l'Europe que derrière d'insurmontables remparts, cette Russie aujourd'hui, si terrible, qui menace Constantinople, Stockolm, l'Allemagne et le monde entier.

Enfin, si la France n'avait pas été longtemps abandonnée à ces ministères qui, voyant toujours les moyens de l'Etat à travers Je prisme de leur incapacité, craignent de le commettre dans la lice politique, parce qu'ils lui supposent toute leur faiblesse,' et se contentent de regarder autour d'eux, nommant modération une réserve que les contemporains ne manquent jamais de prendre pour de l'impuissance, et sagesse, une inaction que la postérité appellera impéritie ; si la France avait continué le rôle de médiatrice ferme, de souveraine agissante, que lui assignaient ses intérêts et sa force, elle n'aurait pas la douleur de

voir des mains étrangères porter à présent et appesantir sur elle le sceptre de la prépondérance continentale.

Le Gouvernement l'avait, par sa faute, perdu avant la révolution ; il a pu le recouvrer depuis, et ne Ta point tenté.

Quand le premier traité de Paris eut fixé les destins de la France, si la France, désintéressé dès lors, au milieu de la lutte diplomatique qui s'allait ouvrir, se fût, au Congrès, avancée fièrement dans l'arène pour faire, comme juge du camp, la part de toutes les prétentions, de tous les droits, on eût respecté en elle cet auguste caractère de modération et de paix, que rendait formidable aux impatiences de l'ambition ou de l'orgueil, l'appareil des armées de Montmirail et de Champaubert, alors pleines de vie !

Ce fut surtout une grande faute de ne pas s'attribuer la préséance, cette gloriole, comme l'a dit un de nos plus grands écrivains, que tout le monde condamne quand on est sans caractère, et sur laquelle on in~ siste dès qu'on en a un.

Qui pourrait contester le pas? Ce n'au-

rait point été sans doute la Prusse, dont les maîtres, il n y a pas si long-temps encore, prodiguaient à nos ambassadeurs le titre à'Excellence, et n'osaient pas aspirer à marcher jamais leurs égaux. (1)

Ce ne sera pas non plus la Russie, géante superbe, mais née d'hier : les czars n' étaient pas reconnus par ï Europe pour Altesses, que déjà l'Europe saluait nos Rois du nom de Majestés sacrées, à l'égal des chefs du Saint-Empire.

Sur quel fondement s'élèveraient les prétentions de 1' Autriche ? Son souverain qu'est il ? — Roi de Hongrie et de Bohême. -—Rien de plus? — Il est Empereur. — Quoi! affecterait-il de se donner encore pour Théretier de notre glorieux Charlemagne dont il a résigné le sceptre? — Mais l'Autriche? — Si l'Autriche, qui s'estima heureuse d'être érigée en archiduché (2), quand déjà cinq cents ans avaient consacré la descendance de Hugues Capet sur le plus antique trône de la terre, si l'Autriche est un Empiré,

(1) Traité de Westphalie.

quel est son titre? — Le traité de Fontainebleau 1806. — Qui le signa? — Buonaparte. — Où est-il, ce dispensateur des couronnes? — >A Sainte-Hélène. — Pourquoi? — Il fut usurpateur ! — Et vous croiriez que sa prérogative a pu vous élever assez haut pour vous garantir le privilège de marcher à la tête de l'univers politique ! Et vous prétendriez avoir reçu de lui, avec les vains honneurs d'une dignité vaine, le droit auguste de primer une monarchie dont les armes firent seules revivre quelque ombre de l'Empire Romain, par la création du Saint-Empire, qui n'est plus ; monarchie vénérable, dont les princes dédaignèrent plus d'une fois de s'asseoir vsur le trône des Césars; dont les barons, cousultés sur des offres pressantes, par un neveu de Philippe- Auguste, qu'éblouissait peu l'éclat de la pourpre vraiment impériale, déclarèrent d'un commun accord, que le comte Robert se tenait assez honoré d'être le frère d'ui\ Roi (1) qui surpassait en dignité, en forces , en noblesse, tous les potentats du monde !

H) Saint-Louis»

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