‹ La coalition et la FranceChapitre 37 sur 44 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Que les circonstances commandent un rôle actif.

Il est temps de quitter le rôle passif au. quel les ministères semblaient avoir, depuis le traité d'Aix-la-Chapelle, pris à tâche de condamner la France. Occupés qu'ils étaient, presque sans cesse, de défendre leur élévation contre les attaques toujours instantes des partis, ils négligèrent pour la cause de leur ambition compromise, les intérêts sacrés de leur pays et de leur Roi ; coupables nochers qui abandonnaient au hasard des orages le soin de diriger le navire, satisfaits, à tout prix, de se maintenir au timon.

Il est temps que, jusqu'ici oisive spectatrice, la France rentre en scène ; qu'elle se montre à l'Europe ; que les puissances n'y

voient plus, enfin, ce qu'à certaine époque les princes de Piémont voyaient dans le Milanais : Un artichaut qu'il s'agisse de manger feuille àjeuille.

Depuis le siècle de Louis XIV, la fermeté manqua toujours. II semblait que nous ne savons quelle invisible main eût relâché tous les ressorts de l'Etat, énervé toutes les âmes, amolli tous les cœurs, comme afin de donner à la révolution, cette fille sanglante de la pusillanimité commune, plus d'énergie et plus de forces.

Sachons, après tant et de si longues fautes, paraître dans l'arène politique, de manière à ce qu'on n'ait plus le droit de prendre notre résignation pour de la lâcheté, et notre bonne foi pour de l'impuissance!

Pourquoi n'avoir, dans la diplomatie, qu'une oisive parlementaire, chargée seulement de capituler ; elle, qui devrait, active avant-garde, ruiner les ennemis avant le combat, leur enlever avec adresse tous les secours, mettre le désordre dans leurs rangs par l'habileté de ses manœuvres, traverser à force de tactique tous leur plans d'attaque, les réduire ainsi à la défensive, et vaincre

enfin, sans que nos années eussent besoin de paraître en ligne ?

Quelle imprudence, que de se confier aveuglément à l'avenir, et de plier, chaque jour davantage, sous le joug, dans l'espoir que la fortune va, tôt ou tard, voler à votre aide ?

Le malheur est un arbre dont les fruits deviennent salutaires, quand leur amertume ne décourage pas. Ce fut toujours des grands périls que naquirent les grandes prospérités.

Croyez-le bien, que, malgré tous les désastres de la monarchie, le profond marquis d'Orméa pourrait dire encore : Vous parlez d'équilibre en Europe ; il est tout au cabinet de Versailles : qu'il sache seulement ce qu'il fait.

Pour cela, qu'au lieu de se laisser mener à la baguette par l'impérieuse Coalition, la France oppose sceptre à sceptre ; que loin de subordonner ses vues à tous les plans des cours étrangères, loin d'être la cliente des grands trônes, elle croie encore à sa portée le patronage de l'Europe, et marche fièrement à la tête d'un système politique, armé pour sa propre cause.

Page 1