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CHAPITRE XVIII

Considérations diverses.

Ainsi, deux hypothèses. Ou la guerre divisera les cabinets, et alors la politique fait une loi de la neutralité ; ou la paix leur permettra d' accomplir les grands desseins, de satisfaire les grands intérêts communs (I), et la fortune alors nous place dans l'alternative de nous livrer ou de combattre.

Soit neutre, soit belligérante, la France a également besoin de forces, parce qu'il faut pouvoir la guerre, quand on veut s'en abstenir; c'est le vieil adage: Si vis pacem, para bellum.

On ne reproduira point ici les aperçus présentés au chapitre XI : ceux qui flous

(1) Passages précités des traités.

feraient le reproche de n'avoir pas achevé notre tâche, de n'avoir exposé qu'à demi les moyens de délivrance, ne nous auraient pas bien entendu.

Nous avons offert les ressources morales et politiques : nous ne pouvions pas développer les autres.

Les bras ne manquent point : toute la difficulté est donc de savoir en utiliser la force, de manière à commander au-dedans la confiance et la sécurité, bases de tout crédit public, sans inspirer des alarmes audehors.

On a des armes: deux millions de Français ont fait la guerre, et tous conservent avec orgueil, comme trophée et comme défense, le fusil ou le sabre qui les aidait à vaincre.

Rien de plus facile que d'avoir une artillerie formidable. Les premiers artilleurs de la terre sont à vos ordres ; les canonniers d'Austeiiitz labourent vos champs ; au premier signal, ils viendront les défendre.

Et des pièces?— Rasez vos forteresses, désormais inutiles ! Renversez des citadelles coûteuses ! Vous aurez de quoi élever, dei-

rière la Seine ou la Loire, tout un rempart de bronze.

Qu'espérer de vos places démantelées, quand la perte d'une vingtaine des plus précieuses clefs du royaume livre la France au premier envahissement ; quand FAlsace et l'Artois sont inondés ; quand les armées étrangères, campent à trois journées du Louvre? (1)

C'est au cœur des empires que désormais les généraux auront toujours soin de viser.

Buonaparte est venu détruire tout le système de Fart militaire, en enseignant que les capitales méritent seules les honneurs d'un siège; que Munich et Vienne sont à la distance d'une marche, Paris et Moscou à la distance de deux victoires.

(1) Nous aurions pu ajouter que l'article 4 delà Convention conclue en conformité de 1 art. 5 du Traité principal, a fixé la force, tout-à-fait insuffisante, des garnisons que les coalisés veulent bien permettre au Gouvernement de tenir dans les vingt-six places qui lui sont restées. Nous serions curieux de savoir com* ment cette précaution est expliquée par ceux qui ne voient dans l'armée d'occupation qu'une garantie pour la royauté, et dans les Hauts- Alliés que des amis sincères de la France.

Tout est changé: Mézières et Bayard suffisaient pour arrêter Charles-Quint à là tête de l'armée la plus formidable que les temps modernes eussent montrée à l'Occident.

-Aujourd'hui, Strasbourg, Huningue, et Majence ont-ilâ interdit à Schwartzemberg le passage du Rhin? Aujourd'hui, la triplé ligne de Louis XIV, laissée par les conquêtes de la révolution à deux cents lieues de nos frontières, et couverte par plus de quarante boulevards, a-t-elle empêché Wintizingerode et Blucher d'apparaître dans les plaines de la Picardie et de la Champagne?

Voyez Buonaparte, dont nous citons quelquefois l'exemple, parce qu'instructives sont les fautes de l'homme dont la postérité dira que nul autre ne sut mieux l'art de maîtrisei\les hommes! En 1813 et 1814 il eut le tort de hérisser les places fortes de batteries et de soldats, puis quand il lui fallut tenir campagne, il ne lui resta ni matériel, ni troupes. Il cessa de régner sur la France pour avoir renoncé à la tactique dont l'avantage venait de le faire régner sur l'Europe.

Ainsi, plus de confiance dans la force inerte des citadelles ! Les armées les regardent et passent.

Le conseil de détruire des amas de pierres, dont on ne peut raisonnablement songer à se faire une sauvegarde, étonnerait moins qu'une autre idée dont il n'est peut-être pas temps encore de hasarder le développement; mais pas de doute que nous y viendrons plus tard, ou la monarchie périra......

Ce qu'était l'épée de Charlemagne pour l'empire, les brodequins écarlatés pour l'Orient, la couronne de fer pour la Lombardie, pour la Hongrie, celle d'or, sortes de palladium dont la conquête ou la perte suffisait à fixer les destins de l'état, Paris Test pour la France.

Grâce à la centralisation désordonnée des pouvoirs, et à l'habitude contractée, depuis vingt-cinq ans, d'avouer les carrefours de la grande ville pour les comices du royaume, elle est aujourd'hui devenue 3e Forum de la nation, tandis qu'elle n'en devrait être que la tribune aux harangues.

Nos pères voyaient toujours le roi de Trauce dans le roi de Bourges, et le Béarn-

ms9 bien que la Ligue régnât au Louvre, ne désespérait point de sa couronne.

L'expérience des derniers temps Ta plusieurs fois montré; rçous perdons tout-à-fait courage dès que nos couleurs ne flottent plus sur les bords de la Seine, parce qu'en perdant Paris, tout nous paraît aussi tôt perdu. Il est d'autant plus nécessaire de dissiper cette illusion nouvelle, que l'antique pres^ tige est détruit : la Cité-reine n'est plus 1$ Cité-vierge.

Il serait facile d'habituer les esprits à y voir simplement une commune dont la conquête deviendrait moins utile qu'onéreuse. C'est un grand fléau pour des aggresseurs, que ces énormes places dont il faut nourrir et garder les six cents mille habitans, sous peine de trouver un tombeau dans leurs murs.

Mettez -vous à même de pouvoir em?

porter, au besoin, votre capitale sur les hau^ teurs du Puy-de-Dôme, ou dans les inac«? cessibles retraites du bocage de la Vendée, et, malgré l'occupation passagère de quel-* ques provinces, vous pourriez, certains du salut de la patrie, répéter à ses oppresseurs,

les paroles du prophète : V<e qui prœdarisy nonne et ipse prœdaberis, et qui spernis, nonne et ipse sperneris? cwn consummaveris deprœdationem, ipse deprœdaberis. (1)

(1) Isaïe, ch. VII, liv. 1.

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