‹ La cocaïne en chirurgie (volume 2)Chapitre 13 sur 53 · ORTEILS EN MARTEAU · texte numérisé non relu

ORTEILS EN MARTEAU

arrière, on plante l'aiguille dansles tissus fibreux; elle traverse le périoste et ne s'arrête qu'à l'os ; là on pousse le piston et le liquide fuse en décollant un peu la membrane d'enveloppe. Au bout de cinq minutes, l'insensibilité est complète et le bistouri coupe sans éveiller la moindre douleur, les téguments, les tissus fibreux, le périoste, tandis qu'un coup de cisaille tranche l'os. J'avais dit autrefois que la section de la phalange était très douloureuse et que la cocaïne ne mordait pas sur le tissu osseux. Mon erreur provenait d'une technique incomplète : pour insensibiliser l'os, il suffit d'injecter la cocaïne entre le périoste et l'os, au niveau du point où doit agir la cisaille.

Mêmes manœuvres si l'amputation porte sur la contiguïté et non sur la continuité; si l'on désarticule, au lieu de couper la phalange, on n'aura plus besoin de l'injection sous le périoste et la seringue portera, dans la cavité de la jointure, quelques gouttes de solution. Pour la résection, dans les cas cVorteils en marteau, on anesthésie la ligne d'incision qui permettra de mettre à nu les deux surfaces articulaires ; la synoviale et les deux extrémités osseuses, au niveau du point où la résection doit être faite, auront été insensibilisées par une injection souspériostée.

Nous en dirons autant pour la désarticulation

106 HALLUX VALGUS

du doigt tout entier. Ici le champ opératoire devient plus large et l'anesthésie est plus délicate ) la raquette classique, à queue dorsale et remontant un peu plus haut que l'articulation métacarpo-phalangienne, sera exactement parcourue par l'aiguille de Pravaz qui, au fur et à mesure, laisse sa traînée analgésiante. Puis on plante l'aiguille dans l'articulation de façon que l'anesthésie des tissus se fasse par deux foyers marchant à la rencontre l'un de l'autre : la cocaïne Injectée dans le derme s'infiltre en effet vers la profondeur, et celle que contient la synoviale gagne, vers la périphérie, le tissu fibreux environnant.

La résection de la tête du premier métatarsien m'a donné d'excellents résultats ; on la pratique dans les subluxations d'origine pathologique où le gros orteil fait, avec le métatarsien, un angle qui saille d'autant plus sous la chaussure qu'un hygroma se développe dans la bourse séreuse de la région. On connaît cet liallux valgus et les troubles qu'il imprime à la marche. L'opération est simple: traînée analgésique antéropostérieure longue de huit centimètres et qui passe par le point le plus saillant de la déformation ; incision de la peau mise à nu de l'hygroma ; injection de cocaïne autour de cet hygroma pour le disséquer sans douleur, puis, sur la tête du métatarsien, sous le périoste, entre lui et l'os.

DÉSARTICULATION D'UK DOIGT 107

Extirpation de l'hygroma, coup de cisaille sur la tête déviée et débordante du métatarsien ; le gros orteil se réduit ; suture profonde du périoste et du tissu fibreux périarticulaire, suture superficielle des téguments et pansement compressif. Je ne saurais trop recommander cette intervention.

La désarticulation d^un doigt avec le métacarpien correspondant ou d'un orteil avec son métatarsien est une opération plus compliquée, mais que l'on pratique aussi sous l'analgésie cocaïnique. La première partie de l'intervention rappelle point par point l'amputation du doigt ; mais comme on n'a pas à ouvrir la jointure métacarpo ou métatarso-phalangienne, il est inutile de pousser une injection cocaïnique dans la synoviale. Puis la queue de la raquette primitive sera allongée démesurément et devra remonter sur le dos de la main jusqu'au carpe ou au tarse le long de la saillie du métacarpien ou du métatarsien. La peau coupée, il faudra, en dehors et en dedans de l'os, faire, au ras du périoste, sous le périoste si on croit pouvoir détacher l'os de sa gaîne, une injection de cocaïne pour anesthésier la région profonde, ainsi que dans la jointure carpo-métacarpienne pour rendre la désarticulation indolore.

Page 1