EXTIRPATION DES HÉMORRHOÏDES
L'opération, telle que nous venons de la décrire, n'a porté que sur l'une des moitiés de la masse : avant de s'attaquer à l'autre moitié que nous opérons de la même manière, nous faisons l'hémostase et la suture de cette première plaie. Avec une aiguille courbe, nous piquons la muqueuse ramenée par nos pinces à demeure ; nous la piquons à un bon demi -centimètre du bord sectionné afin que le catgut ne la coupe pas et nous faisons cheminer l'aiguille vers la peau, mais toujours cachée sous les tissus, de telle sorte que le fil que l'on passe et que l'on serre, non seulement juxtapose la muqueuse à la peau pour assurer la cicatrisation, mais oblitère aussi les vaisseaux compris dans la tranche, et tarit leur écoulement. Les catguts sont ainsi placés de quatre à cinq millimètres les uns des autres, plus rapprochés même si le besoin de l'hémostase l'exige. Il ne reste plus qu'à attaquer le bourrelet du côté opposé, à le suturer suivant les mêmes procédés et l'opération est terminée. Le pansement consiste à mettre, dans le trajet sphinctérien, un tampon de gaz iodoformé, doublé par quelques épaisseurs de ouate et maintenu par un bandage en T.
Ajoutons que le malade aura été purgé la veille avec quarante-cinq grammes de sel de Sedlitz et que, dès le jour de l'opération, il sera constipé par l'absorption quotidienne de cinq à
EXTIEPATION DES HÉMORRHOÏDES 141
dix centigrammes d'extrait thébaïque. Dès la fin du septième jour, une purgation est donnée et la débâcle entraîne le pansement. Si avant ce temps, les tampons et la ouate sentent mauvais, j'enlève le bandage, je soumets la région à une pulvérisation phéniquée avec la marmite de Championnière ; je supprime le tampon, et, pour tout pansement, j'applique, sur la région, une pommade antiseptique.
Telle est l'opération que je propose pour la cure des hémorrhoïdes, et je ne crois pas qu'il en soit de meilleure ; j'y ai recours depuis bien des années, et elle ne m'a donné que des succès sans aucun accident, opératoire ou autre, méritant d'être signalé. Les résultats lointains sont excellents, et je n'ai jamais observé de récidives ; or j'ai suivi nombre de mes malades de la clientèle privée.
Cette opération est bien mienne par les trois points suivants : mon mode d'anesthésie, la manière si simple dont j'extirpe le bourrelet, de telle sorte que mon intervention ne dure jamais plus d'une demi-heure, et, j'ajouterai, par mon mode d'hémostase et par ma suture au gros catgut. Celui-ci se résorbe tout seul ; je n'ai plus cette séance pénible et douloureuse de ceux de mes collègues qui emploient la soie ou le crin de Florence ; je sais bien que beaucoup de leurs fils sont tombés d'eux-mêmes, en coupant la mu-
142 nSTVLE ANALE
queuse ; mais ceux qui restent sont cachés sous les replis de la muqueuse boursouflée, et leur extraction provoque une souffrance que j'évite. Je serai bref sur le traitement des fistules anales. Je n'ai recours à la cocaïne que pour les fistules à trajet unique, les plus fréquentes d'ailleurs. On introduit dans le trajet sphinctérien un tampon, gros comme un pois, de ouate hydrophile, imbibé dans la c'ocaïne; puis un deuxième un peu plus gros, puis un troisième ; on détermine le point où la fistule s'ouvre à l'extérieur et, autour, on fait une injection de cocaïne; on en fait une autre dans le pont cutané qui va de l'orifice à la muqueuse, et enfin une dernière, profondément, le long du trajet présumé de la fistule, mais en dehors de cette fistule. On attend cinq minutes, on enfonce la sonde cannelée que l'on fait ressortir par l'orifice muqueux de la fistule, ou mieux au point le plus élevé du décollement de cette muqueuse que l'on perfore ; on saisit avec le doigt le bec de la sonde cannelée, on l'attire à l'extérieur et l'on coupe au thermo-cautère le pont de tissus chargé sur la sonde. Il reste à cautériser le trajet calleux de la fistule ainsi mis à nu, et cette cautérisation se fait sans douleur, grâce à l'injection cocainique dont nous avons parlé en dernier lieu, celle que l'on fait le long et en dehors du trajet présumé de la fistule.