‹ La cocaïne en chirurgieChapitre 4 sur 79 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PHARMACOLOGIE

On retire la cocaïne des feuilles fraîches du cocalier, car, 'avec le temps, leur teneur en alcaloïde s’abaisse et peut tomber de 50 à 2 ?/,. Les modes de préparation sont nombreux et consistent, pour la plupart, à séparer, par un alcali, la cocaïne, de ses combinaisons organiques, puis à la recueillir avec un dissolvant, huiles légères de pétrole, éther, alcool amylique, que l’on agite avec le mélange renfermant l’alcaloïde libre.

La plupart de ces procédés n’offrent plus qu’un intérêt scientifique depuis qu’on se livre à la préparation industrielle de la cocaïne. Dès qu’on eut découvert ses propriétés physiologiques, dès que son emploi comme anesthésique local se fut généralisé, les feuilles de coca qui n’avaient que peu d'application, du moins en Europe, furent accaparées par quelques fabricants et cette

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substance atteignit alors des prix prodigieux. Ce fut le beau temps de la fraude ; on vendit sous le nom de cocaïne, {outes sortes d’alcaloïdes frelatés ; on introduisit, sur le marché, des feuilles de quelques Erythroxyles voisins de la coca, qui ne rendaient que peu de cocaïne, mais RARE d’alcaloïdes résidus.

Aussi, la plupart des observations de cette première époque nous paraissent sans valeur pour l'histoire de l’anesthésie locale par la co: caïne, car les expérimentateurs ne savaient de quelle « drogue » ils se servaient; les empoisonnements légers ou graves, les échecs dans l’analgésie pouvaient être le résultat des produits hétérogènes qu’on livrait aux chirurgiens. Laborde, qui avait examiné plusieurs échantillons, avait pu constater leurs compositions différentes. IL était impossible d'établir les règles d’une technique rationnelle avec des substances d’origine aussi suspecle.

Mais bientôt, à la suile des travaux de Liebermann, l’industrie fabriqua une cocaïne de synthèse, absolument semblable à l’alcaloïde retiré directement de la coca. Il ne s’agit d’ailleurs que d’une synthèse partielle; les industriels prennent en effet pour base de leur fabrication lecgonine retirée des alcaloïdes résidus de la préparation de la cocaïne au moyen de feuilles de coca. Nous ne {ranscrirons ici aucun des procédés qui per-

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mettent de monter de l'ecgonine à la cocaïne. Nous dirons seulement que, grâce à ces préparations nouvelles, le rendement de cocaïne est plus considérable ; les prix de l'alcaloïde en ont baissé d’autant.

Ils ont baissé encore lorsqu'on s’est mis à cultiver le cocalier. Les arrivages des feuilles sont assurés d’une façon régulière et,en France, deux maisons sérieuses fournissent à la pharmacie des cocaïnes irréprochables, à des prix assez modérés pour décourager la fraude. Aussi, depuis cette époque, lorsque quelques chimistes ont renouvelé les expériences de Laborde, et se sont procuré, dans des pharmacies de tout ordre et de toute région, de la cocaïne pour la soumettre à l'analyse, 1ls ont toujours trouvé un produit identique. Donc, à cette heure, nous ne sau#ions expliquer les différences dans les résultats accusés par les chirurgiens par des différences dans les cocaïnes injectées : peut-être il faut accuser un peu les « diosynerasies », mais beaucoup l’insuffisante précision de la technique.

La cocaïne pure cristallise en prisme à 4 ou 6 pans du type klinorhombique ; elle est incolore et sans odeur, peu soluble dans l’eau, plus soluble dans l'alcool, très soluble dans l’éther et le chloroforme ; sa saveur est légèrement amère et sa réaction alcaline; elle est fusible à 98 degrés et

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peut même être sublimée ; mais elle subit alors un commencement de décomposition en ecgonine et cesse d'être anesthésique. Ce point est d'une importance capitale : nous avons vu des praticiens dissoudre le chlorhydrate de cocaïne dans de l'eau bouillante afin d’avoir un liquide stérilisé ; peut-être ce résultat était-il obtenu, mais aux dépens du pouvoir analgésiant de la substance.

Parmi les combinaisons que la cocaïne forme avec les acides, le chlorhydrate est à peu près le seul dont on use en thérapeutique, et nous avons déjà dit que, en langage courant, cocaïne est synonyme de chlorhydrate de cocaïne; ce sel, qui est soluble dans son poids d’eau, est moins soluble dans l’alcool ordinaire, moins encore dans l’alcool absolu ou le chloroforme, et « pratiquement » insoluble dans l’éther, le pétrole et les huiles fixes et volatiles. Le citrate qui fut, au début, prôné par les dentistes, ne paraît avoir aucun avantage et il a l'inconvénient d’être hygrométrique. Nous ne dirons rien du bromhydrate, du sulfate, de l’oxalate et du borate de cocaïne qui, à cette heure, sont sans application thérapeutique.

Il n’en serait pas de même du produit obtenu par OEfele avec l'acide phénique et la cocaïne,et qui aurait de grands avantages si l’on en croit certains auteurs, entre autres les dentistes français Viau et

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