‹ La cocarde clancheChapitre 17 sur 53 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

Napoléon s'arrêta trois jours. On a beaucoup commenté cette halte, dans une ville ouverte que d'insignifiants débris de fortifications ne mettaient pas à même de soutenir l'apparence d'un siège. L'ennemi, débordant notre armée, passait à sa gauche, à sa droite, en continuant à marcher sur Paris; et au lieu de couvrir résolument la capitale de l'empire, l'empereur, inquiet, décontenancé, au milieu d'une population mécontente qui cachait ses vivres, fermait ses portes, propageait la désertion, répandait et augmentait des rumeurs sinistres, l'empereur s'arrêtait et paraissait ne plus avoir de volonté.

La journée de la Rothière l'avait-elle vaincu à ce point? N'était-il plus Thomme des résolutions promptes, des audaces prévoyantes? Etait-il arrivé à ce moment de lassitude où Ton tombe désespéré sur le chemin, insouciant de toutes choses, s'en remettant au hasard, à l'imprévu ? Comme ses soldats qui avaient résisté à

la mitraille, mais que la neige terrassait sur la route de Moscou, et qui se couchaient pour mourir, ne voulant plus marcher, s'abandonnait-il lui-même ?

Jusqu^à la nuit, on passait dans la rue du Temple, devant sa porte, et Ton regardait s'il n'allait pas repartir. A chaque estafette qui sortait de la cour, les curieux, piétinant dans la neige, murmuraient :

— Voilà Tordre ! il s'en va.

Mais la nuit vint et l'empereur parut s'installer.

— C'est pour nous faire piller, incendier, mascrer, disait le peuple; on se bat déjà aux Maisons-Blanches.

Et cela était vrai. Le duc de Trévise repoussait pour un jour le prince de Lichtenstein à deux lieues de Troyes.

Napoléon présent, lui dans la ville, lui dont on voyait l'ombre derrière les fenêtres de son hôtel, on avait peur des Cosaques, on admettait la possibilité de leur entrée, et cette crainte mêlée de colère allait du peuple aux soldats ! . — Tu verras, me dit mon père pendant le souper, que nous serons obligés de le défendre et que demain on essayera de le chasser, et pis encore!

Un reste de prestige, peut-être une involontaire pitié, empêchèrent la haine des habitants de monter jusque-là; mais il fut gardé toute la

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nuit par des sentinelles farouches qui rôdaient en serrant les poings.

Les autorités n'avaient pris aucune précaution pour Tapprovisionnement et le logement des soldats : d'ailleurs, quelle mesure eût été efficace devant une mauvaise volonté universelle et une universelle misère? Nous ne nous couchâmes point. On frappait à toute minute à notre porte, qui avait été signalée comme une des plus hospitalières, et nous distribuâmes jusqu'au matin du vin, du pain, de l'argent. Les jeunes conscrits demandaient aussi un gîte, une cachette : il en resta un grand nombre après le départ de l'armée française.

Le 4,' il y eut dans la matinée une sorte de conseil de guerre, ou plutôt il y eut une démarche collective des généraux pour fléchir l'entêtement de l'empereur. Caulaincourt envoyait demander des instructions pour le congrès réuni à Châtillon, et ceux qui devaient avec tant d'insistance mettre la plume de l'abdication aux mains de l'empereur à Fontainebleau, essayaient déjà de faire céder son orgueil invincible.

L'empereur les reçut d'un air étrange, mystérieux, les sourcils contractés, la bouche essayant de sourire. Il semblait avoir un secret qu'il ne voulait pas dire, le secret de son séjour et du piège tendu à l'ennemi.

Ce piège, s'il était réel, ne pouvait être que de tenter une diversion entre les alliés, si fata-

lement réunis après le combat de Brienne. Napoléon espérait peut-être que, le sentant en arrière et de côté, les armées étrangères, au lieu de se porter en masse compacte sur Paris, se partageraient pour le suivre dans son mouvement oblique; et alors il saurait se jeter entre elles, les battre successivement et, en tout cas, pénétrer dans sa capitale à travers la brèche faite dans cette formidable muraille.

Avait-il ce plan ? paraissait-il commettre une faute pour permettre à Tennemi d'en commettre à son tour une dont son génie eut profité? c'est là le mystère. Il lui fut facile après Champ- Aubert et Montmirail de donner un sens à ses hésitations ; mais pour nous qui Pavons vu entrer si pâle^ se promener si triste et repartir si inquiet, malgré l'effort d'une volonté qui le trahissait comme le reste, pour nous. Napoléon, à cette heure-là, se sentait égaré dans son empire, et le sourire de sphinx qu'il affectait était la dernière diplomatie de son orgueil en train de composer avec lui-même. C'était toujours, dans son maintien, dans son attitude, un admirable acteur de la tragédie humaine; mais on voyait filtrer une lueur entre le masque et le vrai visage ; on devinait le jeu, l'efFort, la pose. A l'heure où ils descendent à leur tour dans l'arène pour y combattre et mourir, les Césars ont aussi leur attitude de gladiateurs et saluent la foule.

Le 4, Napoléon parcourut la ville dans la

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journée, et salua le peuple qui ne le saluait plus. On se battit encore ce jour-là aux Maisons- Blanches, et les dragons de la garde sabrèrent la cavalerie près de Saint-Parres-aux-Tcrtrcs, à notre porte.

Le 5, le bruit se répandit dès le matin que toute la France était en révolte, que la Vendée était soulevée, que les Cosaques venaient de brûler Sens, et que, trahi par sa propre famille, Napoléon avait appris la désertion de Murât. De toutes ces nouvelles, la dernière seulement devait se confirmer : Tangoisse exagérait ou inventait les autres. Ce fut pourtant ce jour-là que partit pour Caulaincourt Tordre de traiter à tout prix. L'empereur se fiait à son honneur, à son dévouement, et lui donnait carte blanche. Ces mots, restés historiques, furent colportés immédiatement à travers toute la ville. M. Gouault, que je voyais plusieurs fois par jour, et qui, depuis le voisinage de Tempereur, était dans un état de surexcitation morale que sa gravité habituelle dominait à peine, M. Gouault accourut à la maison.

— Eh bien! nous dit -il en entrant, vous savez quelle carte on retourne? la carte blanche. Avant huit jours, nous marquerons le roi.

Mon père alla brusquement fermer la porte de la salle ; il ne voulait pas que cette plaisanterie fût entendue. Puis il revint à M. Gouault, et le regardant avec une sorte de défi :

— Jamais ! dit-il, tant qu'il restera une cartouche à brûler.

— Vous voyez bien pourtant que Tempire est en déroute.

— Et Tempereur aussi, repartit mon père. Or Tcmpereur, c'est comme un roi ou même comme deux. Il nous guérit de deux dynasties. Non, non, ajouta-t-il en me prenant à témoin, la France a trop souffert, elle va trop souffrir encore, pour ne pas se souvenir de ce qu^il lui en coûte de n'être plus en république.

— Taisez-vous donc, jacobin, votre guillotine est ébréchée !

— Tant mieux, monsieur l'émigré!

M. Gouault eut un éclair; puis haussant les épaules et souriant :

— Qu'en pense mon neveu ?

— Je pense que les volontaires de 1792 n'^ont pas laissé envahir le territoire; que la France agrandie sera diminuée par cette cat^te blanche dont vous parlez.

— Peut-être!

— Je pense, en tout cas, que rien n'est fini. L'empereur n'est qu'un homme; l'empire, c'est la France, et la France n'a pas dit son dernier mot.

— C'est que vous ne l'entendez pas, Maurice, Irepartit solennellement M. Gouault; c'est, d'ai-

leurs, qu'on ne peut l'çntçndrç ; ellç n'a plus,dç

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force pour crier. Tenez! leô tambours euxmêmes sont détrempés par la défaite.-

A ce moment, une troupe^ un détachement passait dans la rue, et le tambour, en effet, par je ne sais quel accident, percé ou détendu, rendait un son triste, lugubre, le son qu'on entend aux funérailles. M. Gouault ouvrit la porte, et montrant du fond de la salle les soldats qui défilaient.:

— Faites-leur donc chanter la Marseillaise! à ces enfants -là... Leurs mères brûlent des bouta de cierge dans les églises, pour que la guerre finisse.

— Eh bien! la paix, c'est encore Tempiref interrompit mon père.

M. Gouault eut un second sourire d'ironie.

— Vous verrez cela, dit-il.

Et il nous quitta sans s'expliquer davantage. Quand M. Gouault fut sorti, mon père s'assit en face de moi et me fît asseoir.

— S'il disait vrai, pourtant ! soupira-t-il en me prenant les mains.

— Qu'il soit prophète, je le veux bien, m'écriai-je dans un élan de colère, prophète de malheur; mais, du moins, qu'il ne soit pas complice! Son honneur va devenir le mien.

— Amoureux, va! grand amoureux!

Et mon père rit de ce rire qui lui servait aussi dans les moments d'anxiété et de douleur. Je ne voulus pa3 attendre la soirée pour aller ^

selon rhabitude que j'avais prise depuis mon retour de Brienne, voir Valentine.

Je la trouvai dans une agitation égale à la mienne. Elle marchait dans le salon, en répondant, paraît-il, d'une façon distraite aux inutiles observations de la douce et frivole madame Gouault qui lui disait de se calmer. Au bruit que je fis en ouvrant la porte, elle se retourna.

— C'est lui, je savais bien qu'il viendrait... Maurice, est-ce qu'on ne peut pas nous marier aujourd'hui, tout de suite?

Cette brusque interrogation me fit tressaillir et doubla mes terreurs au lieu de doubler mes joies.

— Répondez-lui donc, monsieur Maurice, que cela n'est pas possible, que cela n'a pas le sens commun, que cela ne se fait que dans les romans, dit madame Gouault en roulant avec indolence sa tête sur le dos de son fauteuil. Cette chère enfant devient folle.

Je gardais le silence, mais je répondais par mes yeux ardents aux yeux ardents de Valentine. Je m'avançai et je lui pris les deux mains que je portai réunies à mes lèvres.

— Votre tante a raison, mon amie; attendons un peu.

— Attendre ! ... Eh bien ! alors, Maurice, convertissez-moi tout à fait à vos idées ou prenez 1er miennes. Je souffre, entre mon oncle que j'admire et vous que j'aime plus que ma vie. Si

l'étais votre femme, j'aurais le devoir de penser comme vous, d'espérer ce que vous espérez, de rêver ce que vous rêvez, et peut-être que je me sentirais plus forte pour conseiller, pour prémunir mon oncle. Mais il m'attire et vous me retenez, il me retient et vous m'attirez. Faites cesser ce duel dont mon cœur est le champ clos. Vous avez deviné, n'est-ce pas,. que j'avais besoin de vous dire cela aujourd'hui, sur l'heure? merci, mon ami.

Et, avec une simplicité touchante, Valentine appuya sa tête sur mon épaule. Alors, à voix plus basse, elle me dit :

— Maurice, je t'aime et j'ai peur... Prendsmoi vite!

Je lui mis un baiser sur le front, et la relevant avec douceur :

— Valentine, le choix que vous feriez si vous étiez ma femme, faites-le avant Theure. Votre oncle lui-même vous approuvera.

— Ah ! mon ami ! si vous saviez ce qui se passe en moi ! Je ne veux demander de sacrifice à personne, et je ne saurais en faire un. Je voudrais vous confondre tous les deux dans mon admiration : c'est elle précisément qui vous sépare. Quand vous êtes parti, rien n'a pu me retenir ici; je vous ai rejoint à Brienne. Aujour- .'Vhui je sens en moi une tentation qui m'effraie de vouloir comme mon oncle, d'agir comme lui. Je trahirais ma conscience en l'abandonnant,

comme j'aurais trahi mon amour si je ne vous avais pas suivi... Ce soir, demain, il peut arriver des événements qui vous jettent dans des rangs opposés...

— Vous vous exagérez, mon amie, ma chère femme, les raisons qui nous divisent, M. Gouault et moi.

— Valentine, fais donc comme moi, reprit madame Gouault qui ne comprenait rien à cette scène émouvante ; ne t'occupe pas de ces choses qui ne regardent que les hommes !

— Ah! ma tante, c'est comme si vous me disiez de ne pas m'occuper de mon cœur. Il se peut que je sois folle, mais on m'a élevée pour cette folie. Je ne peux pas me désintéresser de ce qui coûte tant de sang... N'est-ce pas, Maurice, que vous m'aimez mieux ainsi, même en me sachant toute chrétienne et toute royaliste, que si j'étais indifférente aux choses du ciel et de la terre ?

— Oui, vous dites vrai, Valentine. C'est pour cela qu'il ne faut pas avoir d'alarmes trop grandes. Qu'importent nos champs de bataille différents? Nous nous réconcilierons toujours en vous. Ce n'est pas à vous à souffrir de la sincérité de nos croyances. Mon père a fait le plus grand effort qu'on puisse demander à un homme convaincu, en vous élevant selon les idées de votre oncle. Il a obéi comme un soldat, obéi jusqu'à la trahison de ses principes, sachant

bien ce qu'il nous préparait, à lui et à moi. N'ayez pas de remords de difficultés prévues et, en employant votre raison à empêcher toute imprudence, faites les vœux que vous voudrez. Si je ne les partage pas dans leur expression humaine, je les partage dans la pureté de votre intention. Et puis le sort décidera promptement entre le drapeau de votre oncle et le mien !

— Voilà qui est bien raisonné, dit madame Gouault, qui n'avait jamais pris part aussi longtemps à un entretien sérieux, et qui fut aise de mapprouver pour pouvoir se retirer. — Si M. Gouault m'écoutait, nous nous en irions pour quelque temps. Nous avons des connaissances dans Tarmée russe; on nous laisserait bien passer; et quand tout serait fini, nous reviendrions. Les choses s'arrangeraient fort bien ainsi sans nous. A notre retour, on saurait ce qu'il faut crier.

Valentine rougit de la prudence de sa tante, mais ne répliqua pas. La bonne madame Gouault traversa solennellement le salon et sortit.

Quand nous fûmes seuls, je dis à Valentine :

— Votre oncle a quelque entreprise périlleuse Jans l'esprit, n'est-ce pas?

— Périlleuse ! oui, comme tout ce qui se tente aujourd'hui, car il y a péril partout à cette heure. Qui sait si, ce soir, l'empereur ne brûlera pas la ville pour couvrir sa retraite ou si l'ennemi ne la brûlera pas demain pour se vcn-

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gerde Tempereur? Mais, je puis vous le dire, Maurice; maintenant, ce qui me trouble, ce n'est pas surtout le danger entrevu des démarches que peut tenter mon oncle ou des balles que vous pouvez affronter : c'est une angoisse vague, indéfinie. Je me repens d'avoir fait attendre le bonheur, le devoir, Tamour que je trompais ! ... J'ai vu passer tant de pauvres gens, tant de morts; on fait tant de récits affreux, que je crains de ne pas avoir payé ma dette au malheur et que j'ai peur de la payer maintenant. J'ai des terreurs, des superstitions; je suis poursuivie par une idée fixe, c'est que nous aurons beau faire, mon ami, nous ne serons jamais Aîf^ariés l'un à l'autre!

Valentine tremblait. Elle me regardait avec une dévorante fixité comme pour lire jusqu'au fond de moi et s'assurer que je né partageais pas son épouvante.

Je me sentis presque défaillir : une main de fer me saisit le cœur et l'étreignit lentement jusqu'à la suffocation ; mais je fis bonne contenance, je voulus repousser cette crainte par un éclat de rire, et j'oubliai comment on rit.

Nous restâmes quelques secondes l'un devant l'autre, nous voyant réciproquement l'âme, absorbés dans une contemplation infinie, unis par tous les désirs de la jeunesse, et pourtant convaincus tout à coup par une de ces précautions providentielles, ou par une de ces intuitions fa-

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taies, que nous ne serions jamais l'un à Tautre. Eh bien! le croiriez-vous? les sentiments purs donnent tant de courage, qu'au heu de nous abattre, cette conviction nous fortifia peu à peu. L'héroïsme qui se prodiguait alors sur les champs de bataille se mêlait aussi à la vie privée. A force d'entendre parler de mourir pour la France, on était tenté de mourir pour tout ce qui tenait fortement au cœur. Les historiens, qui n'expliquent que par la férocité des mœurs les duels, les sacrifices volontaires de soi-même et les meurtres juridiques ou politiques dans les grandes tourmentes sociales, ne comprennent rien à cette mtensité de la vie qui fait mépriser et invoquer dédaigneusement la mort.

Je vous fais de singuUères confidences d'amoureux. Ce ne sont pas là les idylles ordinaires; mais 1814 n'était pas non plus un temps propice aux élans de l'égoïsme à deux. Sans se re« procher d'aimer, on gardait dans le doux tête-àtête la part de la patrie qui ne se fût pas laissé oublier. Ah! je vous le jure, si nous n'avions écouté, Valentine et moi, que l'hymne turbulent de nos vingt années superbes, nous aurions analysé et dépensé des Joies à faire pâlir les poètes. Ces scrupules, qui vous étonneront peutêtre et qui agitaient si profondément notre tendresse, ne fermaient pas nos yeux, ne refroidissaient pas notre sang, ne nous empêchaient pas d'éprouver toutes les saines ardeurs qui aliraen-

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tent Tambition de la vie. Dans ces appréhensions mêmes, Pâpreté d'héroïsme qui nous transportait n'était qu'une revanche de l'amour contraint au sacrifice. Pure, mais digne de toutes les voluptés de la famille, Valentine ne mettait aucune coquetterie dans cette dispute de nos idées; seulement elle ne soupçonnait pas qu'il pût y avoir dans le mariage autre chose qu'une absorption complète, absolue, réciproque de deux existences.

Ah! pourquoi mon père avait-il accepté autrefois ce fidéi-commis d'une conscience à former, d'une éducation royaliste à donner, lui jacobin? Dans sa fidélité de dépositaire, il avait manqué à ses principes; il avait eu peur de voler une âme d'enfant aux préjugés de l'émigration; et cette simplicité nous châtiait tous. La foi est plus exigeante encore que l'honneur : pourquoi avait-il promis?

Voilà ce que je me disais en quittant Valentine pour rentrer tristement chez moi, et comme il ne fallait, malgré tout, perdre aucune chance de bonheur; en dépit des augures, je me jurai de lutter, d'empêcher M. Gouault de commettre quelque imprudence qui nous eût séparés davantage et de guetter l'heure d'une résignation sincère de ma part qui eût facilité l'harmonie.

Mais j'étais loin encore de me résigner. Les Bourbons ne représentaient rien à mon esprit. Peut-être qu'à bout de défaites et de génie

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impuissant, l'empereur en viendrait à payer lui seul la rançon de la liberté enchaînée par lui. En le servant, nous nous servions. Qui pouvait dire qu'un pacte ne surgirait pas à la dernière bataille, soit entre lui et nous, soit entre nous et l'étranger?

Telles étaient mes illusions, Je ne dirai pas les dernières, car l'homme qui n'a jamais fini de souffrir n'a jamais fini d'espérer.

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