CHAPITRE PREMIER
La moralité publique a-t-elie gagné aux transformations de Paris? La vertu a-t-elle subi la même hausse que les loyers? Voilà une question qui mérite d'occuper les statisticiens. Il semble, à première vue, que des honnêtes gens puissent seuls habiter de si belles maisons neuves, à rintérieur sans tache, à la conscience dorée; et Ton dirait qu'en 'bouleversant le terrain , en abaissant^ dans certains quartiers, le sol de plusieurs mètres au-dessous des vieilles boues et des ruisseaux des temps passés, on ait cherché le tuf d'une moralisation nouvelle.
L'assainissement physique est-il un symbole rigoureux d'assainissement moral?
Je voudrais l'espérer pour intéresser les gens
de bien au développement du budget des travaux publics, et pour faire accepter le mauvais goût de nos architectes comme une erreur naïve de la vertu. Ce qui est incontestable, après tout, c'est que le crime, s'il persiste, doit modifier ses allures, et qu'il n'a plus la mise en scène des rues sombres pour les sombres projets, des maisons borgnes pour les actions louches, et des chambres sinistres, à fenêtres de guillotine, pour abriter les assassins.
Il faut une terrible puissance de volonté, une absence totale du sentiment de l'harmonie, pour concevoir autre chose que des friponneries de bon ton, que des filouteries de grand air dans ces palais numérotés, où nul n'habite sans avoir au moins avec lui un peu d'or, au plafond et sur les lambris.
Le malheur lui-même va manquer de pittoresque. Où donc une âme de poëte, agitée, enfiévrée, terrifiée, trouverait- elle l'équivalent de la rue de la Vieille^Lanterne, pour jeter la gue*nille du corps dans un égout? Je sais bien que les poètes sont devenus aussi rares que les mansardes, et qu'il n'y a plus dès lors à se préoccuper du désespoir de personne j la majorité ne songeant qu'à vivre, et à bien vivre.
Mais les romanciers^ qui- sont des amateurs
de fictions, et auxquels on impose le devoir rigoureux de trouver des scélérats et d'inventer de» scélératesses, afin d'amuser les honnêtes gens, sont bien embarrassés dans ce temps-ci, et sont contraints d'évoquer des décors disparus, pour avoir le cadre nécessaire aux infamies dont notre génération est. Dieu merci, délivrée.
C'est ainsi que je me souviens fort à propos d'un cabaret, d'aspect assez équivoque, situé vers l'extrémité de la rue de la Bienfaisance, et dont on ne trouverait plus le pareil dans un rayon de deux kilomètres. Les chiffonniers de la Petite-Pologne le fréquentaient assez régulièrement pour autoriser la présence de consommateurs sans profession bien apparente, de philosophes cyniques sans lanterne*
La maison, peinte en rouge, avec des rideaux rouges aux fenêtres, semblait suer la lie de vin. Elle n'avait qu'un premier étage divisé en deux ou trois compartiments, qu'il fallait bien accepter pour autant de cabinets particuliers. Audessus, le toit aplati formait terrasse, et les consommateurs qui voulaient jouir de la vue deis terrains vagues^ étendus alors entre la rue de Miromesnil, la rue de Hambourg et l'abattoir du Roukj se faisaient servir entre deux tuyaux de cheminée. Ce temple de Bacchus était consa-
cré à la mélancolie des souvenirs militaires.
Sur un fronton extravagant, entre un plat de friture, qui ressemblait à de la mitraille entassée, et une chope de bière qui faisait explosion comme un magasin à poudre, on distinguait une sorte de corbillard de première classe, audessus duquel voletait un animal fabuleux, aigle ou chauve-souris, portant, dans son bec ou dans sa gueule, cette date sur une banderole : 1 5 décembre 1840.
Cette peinture dramatique perpétuait donc le souvenir de cette restauration posthume, le retour de ce corps parfaitement conservé, qu'on appelle encore, par un abus de rhétorique et par une fausse imitation de l'antiquité, les cendres de l'empereur ! Pour compléter la légende, sur les contrevents ouverts du cabaret, on voyait, d'un côté, un petit chapeau, une redingote, une vieille épée, et, de l'autre côté, un martinet dressé sur son manche, qui se donnait, avec ses lanières éparpillées, de faux airs du saule de Sainte- Hélène.
Ce cabaret ne pouvait débiter que des acides. Les peintures faisaient tourner le vin, le vin faisait tourner les têtes. On montait par trois marches gluantes dans la boutique; on en descendait comme on pouvait. Les gens de sang-
froid glissaient sur ces pierres grasses et usées; les gens ivres y roulaient.
Ce bouge avait pourtant une magnificence. C'était, sur le seuil, barrant à demi la porte, un laurier-cerise, l'admiration des passants. Il s'épanouissait avec une insouciance qui fait bien du tort à la moralité des plantes. Installé dans un baril défoncé, rouge comme les murs, aspirant le fumier que son heureux possesseur allait ramasser pour lui sur le pavé de la rue, ce laurier balançait mollement ses lourdes fleurs au nez des ivrognes, ne se lassant pas de prostituer son parfum, et n'usant ni son éclat ni son arôme à cette profanation.
J'ai su depuis que lors de la démolition du cabaret, pour les travaux du boulevard Malesherbes, le beau laurier avait été acheté par le jardinier d'un couvent de femmes des environs. Plus discret que Vert- Vert, l'arbuste gardera pour lui ses souvenirs; mais il paraît que rien n'est beau comme la candeur avec laquelle l'hypocrite exhale maintenant sa pure ivresse à l'angle d'un autel ou d'un reposoir : on dirait qu'il n'a jamais connu que des sanctuaires et qu'il n'a jamais été arrosé que de bénédictions depuis sa première jeunesse.
Je ne serais pas surpris d'apprendre que le
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maître du cabaret a pris exemple sur soil afbuste, et qu'à la suite d'une indemnité, bien légitimement due, il a été oublier dans des fréquentations plus décentes ses anciennes pratiques de la rue de la Bienfaisance.
Je doute cependant que l'expropriation l'ait débarrassé de son visage boursouflé, peint de la même nuance que ses murailles, que ses rideaux, que son vin. Quand, debout derrière le comptoir en plomb, avec ses manches de chemise retroussées jusqu'au coude, avec ses mains de teinturier qui dénonçaient les mystères de sa cave, il soulevait un horrible broc pour répandre dans des verres un liquide presque bleu, on eût dit le président de quelque abominable société d'anthropophages versant un breuvage de sang à ses initiés.
Après tout, ce cabaretier valait peut-être mieux que sa figure, que son enseigne et que son vin. Les mauvaises fréquentations finissent par blaser sur le vice, et l'on devient honnête par scepticisme. La cabaretière avait l'air d'une ogresse, mais il n'y a plus de petits enfants. Elle présidait à la cuisine et s'y engraissait par abstinence.
Un soir d'octobre, dans un des cabinets de l'établissement en question, un vieillard, un in-
firme sans doute, puisque deux béquilles étaient déposées près de lui contre le mur, buvait silencieusement^ en regardant grésiller la chandelle qui réclairait. Un front chauve, une barbç blanche, tous les attributs qui font honorer un homme vieilli, sans qu'on sache d'abord si c'est la méditation ou la débauche, ou l'âge seulement qui souffle ainsi de la neige sur le crâne, donnaient à ce buveur un aspect vénérable» Il paraissait plongé dans un abîme de pensées, à moins qu'il ne pensât absolument à rien.
Des mains larges et longues, des mains de Titan affaibli, qui avaient dû broyer du fer, s'étalaient sur la table et ne' se contractaient lente* ment que pour saisir, l'une, le gros verre, l'autre, la grosse bouteille. De temps en temps, le buveur poussait un soupir, mais sans tristesse, et murmurait d'une voix basse :
— Elle ne vient pas !
Qui donc devait venir à pareille heure (il était nuit depuis longtemps), par un temps pareil (il tombait une pluie froide), dans un pareil lieu?
C'était sans doute la créature qui, vers neuf heures du soir, s'élançant de l'omnibus occupé à gravir la montée rapide de la rue du Rocher, se mit à rire d'un rire de colère en voyant qu'elle
était descendue de voiture au milieu d'une flaque d^eau, resserra autour d'elle le grand châle tartan qui l'enveloppait, retroussa sa robe, moins pour ne pas se salir que pour ne pas être embarrassée dans sa marche, et s'engagea dans la rue de la Bienfaisance, en personne que ni la nuit, ni la solitude, ni le froid, ni la pluie n'intimidaient.
Vers les hauteurs de la place Laborde, la femme qui avait marché jusque-là sans s'occuper des. détails de la route s'arrêta et se mit à regarder autour d'elle; puis elle aperçut, à quelques pas en avant, le cabaret du Retour des CendreSy avec ses rideaux rouges aux fenêtres, qu'un bec de gaz placé au plafond de la boutique rendait transparents comme deux phares un peu troubles.
— C'est là ! dit-elle à demi-voix. Ce n'est pas un cabaret borgne ! il a ses deux yeux : mais comme ils sont rouges !
Cette plaisanterie, faite pour elle-même, lui plut sans doute, car elle rit un peu, mais d'un rire qui grelottait; et, doublant le pas, elle fut bientôt à la porte de la boutique. Cette porte était fermée. Le maître de l'établissement, assis dans son comptoir, se reposait des mélanges du jour et sommeillait un peu, les bras croisés sur
sa poitrine. Au bruit que fit la porte et à la respiration haletante de la femme qui entrait, il se réveilla en sursaut.
— Voilà, voilà ! dit-il.
Et, machinalement, il saisit le broc pour verser.
— Merci! j'ai assez d'eau comme cela, répondît l'inconnue en secouant son grand châle.'C'est vous qui êtes M. Crochard?
— Pour vous servir, mademoiselle Sylvie.
— Ahl le vieux vous a dit mon nom! Il est donc là ?
— Depuis une heure, au moins.
— Pauvre cher homme! Vous lui avez donné ce qu'il lui fallait, n'est-ce pas? C'est moi qui paye. Apportez-nous du réchauffant, un brûlot ! Où est l'entrée ?
— Par ici.
M. Crochard quitta le comptoir, poussa une porte au fond de la boutique et s'apprêta à gravir un escalier de meunier conduisant aux sa^ Ions du premier étage.
— C'est bon ; restez en bas, dit vivement mademoiselle Sylvie, je trouverai bien. Je veux le surprendre... Ah! j'ai le cœur qui me bat d'une force !
M. Crochard, intimidé par l'aplomb de sa nouvelle cliente, s'inclina avec un sourire et se
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recula. Il paraît que la grimace du cabaretier était une malice, car mademoiselle Sylvie fronça lés sourcils, se mordit les lèvres et puis haussa les épaules. Les commentaires de son hôte lui étaient, après tout, bien indifférents.
Au haut de l'escalier, Sylvie s'arrêta. Un carreau au-dessus d'une porte laissait filtrer une lumière jaune et désignait la pièce où le vieillard attendait. Le trou de la serrure, d'ailleurs, se trouvait à la hauteur de la chandelle posée sur la table. Au moment d'entrer, Sylvie porta la main à sa poitrine.
— C'est singulier ! murmura-t-elle, on dirait que cela me fait quelque chose. C'est peut-être que j'ai marché trop vite, ou que je n'ai pas assez dîné; j'ai les jambes comme du coton... Quand je serais émue!... est-ce que je n'en ai pas le droit? On rit de ces bêtises-là, mais on est obligé de les subir comme les autres ! . . . Ah ! si le pauvre vieux pouvait se souvenir que je suis sa fille et m' aimer un peu! je crois que cela me ferait du bien.
Et, dans la demi-obscurité de ce couloir de cabaret, Sylvie essuya deux larmes, deux perles, que l'amour filial faisait monter de son cœur vide à ses yeux desséchés; elle se baissa et regarda par la serrure.
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— Comme il est vieux! dit- elle, et cassé! Il n'y a pas de danger qu'il me batte, comme il a battu maman. Décidément, c'est de l'émotion que j'ai!... Qui est-ce qui dirait cela? Est-ce bête!
Et, sur cette réflexion philosophique, qui n'était, comme toutes les suggestions de la philosophie, qu'une bravade de sa raison contre son sentiment, qu'un accès de fatuité de son expé^ rience raillant la naïveté de sa nature, elle ouvrit la porte et entra dans le cabinet.
Le buveur ne se dérangea pas. Il croyait peutêtre que c'était M. Crochard qui venait renouveler sa consommation, ou plutôt il ne croyait rien. Résigné de longue date, il avait perdu la faculté d'être inquiet ou surpris.
Sylvie le contempla pendant une minute d'un regard profond, ardent, qui voulait pénétrer jusque sous les cendres dont ce vieux cadavre animé semblait rempli pour y chercher une étincelle. Le résultat de cet examen fut une pensée grave, presque religieuse, qui mit un nuage sur le front de cette femme étrange. Elle prit en silence un tabouret rangé contre le mur, l'approcha de la table, s'assit en face du vieillard, et, glissant ses deux mains vers une des mains énormes du buveur, elle dit, en contractant sa
bouche avec effort, pour ne laisser passer qu'un son plus doux que sa voix habituelle :
— Bonjour, papa !
Le vieillard leva lentement la tête, et, d'un œil vitreux, regarda sa fille.
— Tiens ! c'est toi... répondit-il; Je ne t'aurais pas reconnue.
— Je crois bien ! repartit Sylvie d'un ton strident, il y a vingt-cinq ans que vous ne m'avez vue.
— Vingt-cinq ans! répétale buveur; tant que cela?
— Dame ! tout autant. J'étais une gamine : est-ce que vous vous rappelez comment j'étais? Un peu noire, un peu maigre, un peu longue; car, sans reproche, papa, vous ne me nourrissiez guère ; mais on m'a dit que mes longs cheveux et mes yeux perçants me donnaient tout de même un air!...
— Oui, oui! je me souviens, dit le vieillard, avec un écartement de la barbe qui dénonçait peut-être un sourire, tu étais jolie!
— N'est-ce pas? s'écria Sylvie qui se leva brusquement. Embrassez-moi donc, papa?
— Je le veux bien, dit tranquillement le buveur, qui passa sa grosse main sur ses lèvres.
Sylvie tendit la joue; mais il paraît que l'im-
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pression reçue du baiser paternel fut médiocre, car elle voulut sa revanche aussitôt, en essayant du baiser filial. Elle se pencha sur l'homme, lui prit la tête à deux mains et le baisa avec énergie. Le buveur se laissa faire, inerte, patient, docile.
— Cela ne vous dit donc rien d'être embrassé par votre fille? demanda Sylvie d'une vobt enrouée par l'émotion.
— Qu'est-ce que tu veux que cela me dise? répliqua sans malice le vieillard, qui emplit son verre.
— Au fait, c'est vrai ! Pendant ces vingt-cinq ans, vous avez été tout seul au monde, et moi aussi. Est-ce que nous avons eu une famille, vous, un enfant, moi, un père ? Ah ! bien oui : vous, vous étiez là-bas à trimer. Cela éreinte joliment... Qui est-ce qui reconnaîtrait un hercule?
— Tais-toi! dit le vieillard avec effroi en se retournant vers la porte.
— Ici, vous êtes en sûreté, papa. M. Crochard est un honnête homme qui ne trahit que les gens de la correctionnelle. Aussi a-t-il la confiance de la rousse et celle des amis. N'ayez donc pas peur! Allez! il sait bien que vos béquilles sont de fausses béquilles, et que vous marchez aussi bien que moi.
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— C'est égal, tais-toi, tais-toi ! . . . murmura le buveur en tremblant.
— Pauvre père ! Est-il devenu capon !
•^ Ah ! c'est que tu ne sais pas...
— - Jo ne sais pas, mais je m'en doute, interrompit Sylvie avec un mouvement de commisération qui adoucissait brusquement les traits anguleux de sa figure; vous avez souffert, n'est-ce pas?..* C'est dur à traîner, ce vrai boulet. Cela écorche. Ah! pauvre homme! vous me racon* terez tout cela, et cela me fera pleurer, car j'ai un fier besoin de pleurer. On ne sait pas comme cela me soulagerait et comme je serais contente!
Et, tout en parlant ainsi, par une contradiction apparente, qui ne faisait que confirmer au fond ses paroles, Sylvie se mit à rire, d'un rire terrible, douloureux, de ce rire que poussait sur la roue je ne sais plqs quel supplicié, Damiens, je crois, lequel provoquait la douleur, et, à chaque goutte de plomb fondu qu'on versait sur ses chairs tenaillées, déchirées, criait : « Encore ! encore! »
— Sylvie, tu es méchante, dit avec soumission le vieux buveur, qui ne comprenait rien à la gaieté de sa fille.
— Bon ! voilà que vous ne m'avez vue que depuis cinq minutes, et vous me jugez comme
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me jugent les autres. Ah! je suis m&faante! moi qu^on a élevée à coups de pied^ à coups de poing; qui faisais des tours dans les ruisseaux à cinq ans ; qui n^avais plus de mère à sept ans, et qui voyais arrêter mon père par des gendarmes quand j'avais dix ans!... Laissez-moi dire, personne n'entend.*. D'ailleurs, il faut que cela sorte. Je suis méchante ! moi qu'on a toujours trompée, frappée, méprisée, et qui n'ai pas pu trouver une pauvre créature qui consentît à m'aimer un peu!...
Eh bien! vous êtes gentil de me dire cela, quand nous nous rçvoyons ; quand je viens savoir s'il n'y aurait pas moyen que j'eusse un peu de véritable affection pour vous; quand je voudrais faire de vous ou mon vrai père, ou mon petit enfant. Ah! bien oui, je fais peur, je suis méchante! Qui est-ce qui vous a dit que j'étais méchante? Parce que je vous demande de me raconter vos vingt-cinq ans de travaux forcés?... Puisque je vous répète que c'est pour vous plaindre et pour pleurer! Eh bien! moi je vous raconterai mes vingt-cinq ans de galère... et vous verrez si je n'ai pas du mérite à n'être encore que ce que je suis... Mais il faut boire un peu pour se réchauffer.
Sylvie se leva, alla à la porte, qu'elle ouvrit.
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— Et ce brûlot, monsieur Crochard? cria-t-elle en grossissant sa vilaine voix à Paide de ses deux mains réunies.
— Voilà ! voilà ! dit le cabaretier du fond de sa boutique.
Sylvie se reprit à rire.
— On dirait que. nous jouons une scène de ventriloquie. Ce père Crochard a une voix qui sort toujours de la cave!...
Le buveur acheva la dernière goutte de la bouteille; il avait toujours la même lenteur de mouvements, mais des lueurs dans ses yeux révélaient l'inquiétude que lui inspirait sa fille avec ses propos inconsidérés. Il était bien fâché d'être à ce rendez- vous. S'il avait su! Après vingtcinq ans de séparation (et quelle séparation!) était-il nécessaire pour lui de retrouver son enfant, pour elle de retrouver son père ?