‹ La cocarde clancheChapitre 40 sur 53 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Madame Villiers avait concentré toutes ses facultés sur un seul point : recevoir du monde dans un salon reluisant de propreté, servir du thé, marier ses filles. Elle savait bien que Camille sMtait fiancée; mais, sans désespérer absolument de voir sa fille aînée subjuguée par quelque prince Charmant, ou convaincue par quelque raison positive , elle trouvait que cette belle personne embellissait son salon , achalandait sa famille, et pouvait porter bonheur à Julie, dont la figure , moins régulière, moins épanouie, plus parisienne j plus chiffonnée, plus facile, après tout, à accommoder^ était de celles qui offrent une aimable compensation. Ceux que Camille désespérerait seraient consolés par Julie, en tout bien tout honneur. Cette spéculation est la grande affaire de la maternité à Paris. On

ne sait jamais jusqu'à quelle distance une mère de famille sans fortune, et qui tient au bien-être peut tendre ses pièges. On a vu des femmes assez jolies et suffisamment jeunes s'immoler avec une abnégation touchante, et jouer le rôle de Béjart la mère pour faire épouser Béjart la fille. Molière a tout observé.

Madame Villiers, Dieu merci, n'en était pas là, et ne voulait pas songer à cela. Il lui semblait impossible que Julie ne rencontrât pas un excèllent'parti, et si Camille était'inflexible pour M . de Palombierre, ou pour tout autre, si elle s'obstinait à épouser Pierre Dufour, la femme d'un ingénieur aurait tout naturellement des relations honorables. En attendant, cette excellente mèrb éprouvait des accès d'admiration, qui équivalaient presque à des accès d'attendrissement, quand, le mercredi soir, assise dans le meilleur fauteuil de son salon, un joli tabouret de velours sous ses pieds, un éventail à la main^ elle voyait sa lampe brûler sails fumée ^ ses bougies, d'excellentes bougies de l'Étoile, se consumer régu-* lièrement, les habitués installés au jeu ou cau^ sant^ et ses filles correctement vêtues, Camille avec son air majestueux et doux, Julie avec sa petite mine effrontée, servir le thé, offrir des sandwichs. Comme ce tableau d'intérieur, con-

fortable dans sa simplicité, était une invitation au mariage! La pauvreté connue était-elle un obstacle, et ne devenait- elle pas un attrait, quand on montrait ainsi aux gens comment, avec de Tordre, du soin, on pouvait faire figure dans le monde ?

Personne n'avait besoin de savoir que Ton ne dînait pas les soirs de réception, et que Ton était fort heureux quelquefois, le lendemain de ces fêtes, de pouvoir payer le déjeuner avec les quelques pièces de monnaie que Victor avait eu la chance de gagner ou de sauver à Pécarté.

Madame Villiers avait arrangé le programme de sa vie. Si, au bout d'un an ou deux, Julie ne trouvait pas un mari ;. si Victor, selon le rêve orgueilleux de sa mère, qui était utopiste et romanesque pour son fils, n'entrait pas dans la diplomatie, à quelque degré que ce fût, la mère devenait dévote. Cette ressource^ la dernière, était infaillible; mais il y avait plus d'honneur et plus d'agrément à s'en passer.

Nous avons vu avec quelle résignation Camille regardait, surveillait les gros calculs dont on ne se cachait pas devant elle. Bien décidée à ne se marier, à n'abandonner la direction du ménage que quand l'honneur ne courrait plus de hasards, elle 'souffrait ces petits excès de luxe ache-

tés par de si poignantes privations, et elle admirait tout bas ce qu'il en coûte d'héroïsnie pour se passer du travail.

Mais le lendemain de sa rencontre avec Sylvie, qui était un mercredi, la pensée des réceptions hebdomadaires lui fit presque horreur. Elle eût voulu, le matin, rester dans sa chambre, ou sortir pour aller au-devant des nouvelles. Jusqu'à midi, son courage fit pourtant bonne contenance : elle eut seulement dans ses allures une brusquerie qui ne lui était pas habituelle. Mais à midi, l'angoisse commença. Trompée sur l'heure de l'expérience, qui avait dû, en réalité, se faire dans la matinée, elle crut sentir aux battements de son cœur que l'instant était proche. Alors il lui fut impossible de rester en place : elle montait, elle descendait sans relâche le petit escalier conduisant à sa chambre. Elle avait laissé ouverte la fenêtre qui donnait sous la voûte de la porte cochère, afin de guetter plus facilement le commissionnaire que Pierre lui enverrait sans doute.

Le mercredi, Camille ne donnait pas de leçons. C'était ainsi réglé pour qu'elle fût, ce jourlà, tout entière aux soins du ménage; mais elle n'avait plus, dès lors, de prétexte pour sortir, et elle eût voulu courir jusqu'à la rue Saint-Maur,

puisque Pierre ne lui envoyait pas de nouvelles. Elle ne Taccusa pas; elle l'excusa d'abord par les préparatifs, par les soucis de l'expérience ; puis, quand la journée fut aux trois quarts écoulée, elle eut trop peur pour songer aux reproches.

Vers la nuit, une sorte de torpeur l'engourdit, une catalepsie de son âme qui laissait agir automatiquement le corps. Elle allait, elle venait; elle répondait aux questions; elle aidait aux préparatifs avec une terreur instinctive de tout ce qui interrompait cette activité machinale, au bout de laquelle était un abîme. Sa mère la trouva pâle, et lui demanda ce qu'elle avait.

— Je n'ai rien, répondit-elle.

— La pâleur te va bien , reprit madame Villiers avec une satisfaction d'artiste.

Quand il fallut s'habiller pour la soirée, bien qu'on fut en été, et qu'on eût employé une par* tie de la matinée au repassage et à l'arrangement des robes blanches, Camille alla revêtir une robe noire. Elle avait l'air d'être en deuil; mais comme ce vêtement sombre faisait ressortir la fraîche toilette de "Julie, on ne fit aucune remarque.

Au premier coup de sonnette , Camille tressaillit. Ce n'était pas un message, c'était un invité. Pas un, ce soir-là, ne manqua au rendez-

VOUS, afin que la pauvre Camifle eût plus d'efforts à faire pour sourire, pour répondre aux questions, pour dissimuler son inquiétude, qu'elle ne voulait pas profaner en la laissant deviner par ces indifférents.

Elle s'imaginait que, si quelque mauvaise nouvelle était dans l'air, les physionomies des habitués du salon devaient en avoir le reflet, et elle interrogeait les physionomies ; elle regardait dans les yeux de façon à embarrasser les moins timides et à enchanter les moins modestes. Pour qu'on ne s'aperçût pas de sa torture, comme ses jambes fléchissaient sous elle, elle se contraignit à rester debout, s'accoudant à la cheminée, jurant de ne pas s'asseoir. A chaque nouveau venu, elle demandait :

— Qu'y a-t-il de nouveau ? que dit-on dans Paris ?

Et cette question, qui surprenait tout le monde, amenait des réponses banales, un aveu d'ignorance ou quelques plaisanteries sur les excentricités de l'heure présente.

M. de Palombierre arriva le dernier. Quand il s'approcha, seloh son habitude, pour déposer un baiser sur la main de Camille, celle-ci lui adressa la même demande :

— Quelle nouvelle apportez-vous ?

Il6 LA CHAUVE-SOURIS

Le vieux magistrat parut surpris et presque scandalisé de Tinterrogation. Lui demander du nouveau, c'était le railler.

— Voulez-vous me permettre, mademoiselle, de vous offrir le journal du soir? Vous aurez là les nouvelles les plus fraîches.

Et , avec une galanterie qui dissimulait la leçon, M. de Palombierre tira de la poche de son habit un journal du soir, plié en quatre. Camille était trop préoccupée pouf s'arrêter à cette épigramme légère; elle ne la sentit même pas; elle prit machinalen:ient le journal, le garda à la main, et continua la petite besogne d'économat qu'elle avait toujours à remplir dans les réceptions du mercredi. Vers onze heures, on servit le thé : encore quelques minutes, et Ganiille serait libre de remonter dans sa chambre, d'avoir peur tout à son aise, de mourir d'inquiétude.

La perspective de cette liberté prochaine lui fit sentir alors combien elle était lasse, et, tandis que chacun buvait à petites gorgées bruyantes l'excellent thé que l'épicier du coin fournissait, mais qu'on avait fait infuser dans une belle théière, Camille se laissa tomber dans un fauteuil. Au bout de quelques secondes, elle craignit que cette lassitude ne fût trop apparente et ne donnât lieu à des remarques; alors elle parut

s'intéresser au journal, elle le déplia et le parcourut, mettant même une certaine conscience dans cette lecture des yeux, qui pouvait combler Tabîme du quart d'heure qu'elle avait encore à passer dans le salon.

Tout à coup, une ligne, une phrase de cette feuille imprimée, parut s'enflammer, jaillir et la frapper aux yeux. Le nom de la rue Saint-Maur flamboyait aux faits divers. Camille lut, dévora dans un regard électrique la nouvelle suivante :

€ Ce matin, rue Saint-Maur, une terrible explosion , qui a jeté l'effroi dans le quartier, a signalé l'expérience d'un nouveau moteur à air dilaté. L'ingénieur qui présidait à cette épreuve a, dit-on, payé de sa vie l'oubli de certaines précautions indispensables. »

Camille sentit quelque chose de brûlant rouler en elle, depuis son front jusqu'à ses pieds : c'était le foudroiement de sa douleur. Elle remua les lèvres sans crier; elle leva les mains en agitant le journal. Le silence l'étreignit à la gorge pour qu'elle gardât bien en elle tout le feu de son désespoir ; ses beaux yeux se voilèrent ; elle pencha la tête sur son fauteuil , espérant vaguement que cette faiblesse était la mort.

Pendant ce temps, madame Villiers faisait à haute voix l'éloge de son pâtissier, accompagné

par les petites cuillers qui heurtaient doucement les tasses, et par le léger susurrement des lèvres humant le thé. Personne ne se retourna, et c'est ce qui sauva la vie de Camille; elle eût été bri' sée par une question , par une parole même de pitié. Au bout d'une minute, elle comprit qu'elle vivait encore. Alors, il fallut lutter : elle se leva toute droite, plia lentement le journal qui contenait son arrêt, et, sans jeter un regard sur cette famille et sur ces amis qui ne pouvaient plus la retenir en ce monde, elle sortit du salon.

Dans la salle à manger, elle chancela, rencontra, sur la table, en s'y appuyant, une carafe et un verre, se versa de l'eau dont elle but une gorgée, et dont elle se mouilla ensuite le front; puis, se tenant aux meubles, accablée, comme si tout le sang de ses veines l'abandonnait et se répandait autour d'elle, elle atteignit le petit escalier de son entre-sol, le gravit presque sur les genoux, se traîna jusqu'à la porte de sa chambre, et vint tomber sur son lit, où elle resta gémissante, se pâmant par intervalles sous l'étreinte d'une douleur qui la garrottait, qui la secouait, ou qui s'amassait en se concentrant comme un bloc de marbre, pour l'étouffer et pour en finir...

Elle demçura plus d'une heure étendue, sanglotant dans l'obscurité. Ses larmes pudiques

avaient besoin de la nuit. Quelque chose d'elle pourtant veillait en elle et guettait les bruits extérieurs. Elle entendit Julie remonter en fredonnant dans sa chambre; elle reconnut la voix de madame Villiers, qui s'étonnait tout haut de son absence-, elle remarqua le départ de Victor, sorti pour reconduire sans doute un ami; puis, le silence s'établit : chacun dormait :

Camille sembait attendre cette heure de liberté. Elle se leva, resta quelques minutes les mains jointes , réfléchissant , arrangeant le plan de sa vie condamnée, puis elle mit son chapeau, son châle, prit un peu d'argent, ouvrit doucement la porte, et, marchant sur la pointe du pied, attentive, de sang-froid, .prêtajit l'oreille au moindre craquement du parquet, elle descendit l'escalier, sortit de l'appartement avec les précautions d'une âme que rien ne trouble.

Le concierge, averti par un petit coup frappé à la porte de sa loge, tira le cordon : Camille s'élança presque dans la rue. Ce devait être ainsi que les veuves de l'Inde se jetaient dans le bûcher de leur mari. Il faisait une nuit superbe : la nature, impassible, offre plus souvent des contrastes que des harmonies à nos douleurs. Camille regarda le ciel, que la lune argentait, et sourit de ce sourire surhumain qui atteste la vi-

sion de Pinfini et qui a plus de mélancolie que les larmes.

— Pierre est déjà là-haut, murmura-t-elle.

Et elle marcha résolument.

Au bout de la rue, elle s'arrêta pour s'orienter, puis aussi pour s'assurer si elle n'entendait pas venir une voiture. Dans cette halte d'une seconde, la pensée de son enfance, de sa première désertion de la maison paternelle, la frappa tout à coup. Elle recommençait; mais, cette fois, elle n'avait plus rien à redouter, rien à espérer de ce monde.' Le sacrifice était complet, et pourtant, si elle aspirait à la mort avec plus de force, avec une foi plus entière dans l'immortalité, elle ne voulait pas se tuer. Elle avait un dernier adieu à donner, et cet adieu suffisait : la Providence, à son défaut, l'invincible attraction de l'amour, l'appellerait, hors de ce monde !

La destinée a des symétries bizarres. Camille refaisait en sens contraire le chemin qu'elle avait fait autrefois : elle s'en aperçut en se trouvant devant la gare de l'Ouest. C'était là que, jadis, la mof t, qui la conduisait par la main, l'avait quittée brusquement, en lui montrant de loin le tableau d'une famille à retrouver à Saint- Germain, près de sa mère nourrice : c'était là qu'elle avait rencontré Pierre. Elle bénit ce sou-

venir; le désespoir présent augmentait sa reconnaissance pour toutes les Joies ressenties dans le passé.

Camille ne s'apercevait pas que les rues étaient désertes : le désert était si bien en elle déjà! Elle n'avait donc aucun effroi des rares personnes qu'elle rencontrait, et ce n'était pas pour se soustraire au vain danger de marcher seule dans Paris qu'elle aspirait après une voiture. Elle s'imaginait arriver trop tard rue Saint-Maur; elle eût voulu des ailes pour y voler, non qu'elle doutât de son malheur et qu'elle crût une erreur possible, mais elle avait hâte de repaître ses yeux, son cœur de cette cruelle et sanglante image qui ne quitterait plus sa pensée; elle se disait que peut-être l'excès de sa douleur serait tel, qu'elle mourrait sur ce cher cadavre en l'embrassant, et ses lèvres haletantes brûlaient de Pembrasser, pour se glacer ensuite.

Le cocher d'une voiture de remise, qui allait remonter la rue d'Amsterdam, consentit, après quelques hésitations, à la conduire. L'autbmédon fit son enquête; il regarda cette belle demoiselle, se dit qu'il allait servir sans doute à quelque escapade, à un rendez-vous, à un enlè- . vement : c'était la chance d'un secret à vendre, d'une bonne aubaine, en tout cas. Il rendit des

jambes à son cheval, qui n'en avait plus, et emmena lestement Camille, qui s'était engagée à le garder pendant plusieurs heures.

Le. trajet est long de la rue Saint-Lazare à la rue Saint-Maur : il parut infini à la pauvre Camille. Deux heures sonnaient quand elle arriva à Tusine. Elle descendit de voiture avec assurance; tout son courage était revenu en face de répreuve. Elle contempla pendant quelques secondes les grands murs, la porte massive, et fut presque surprise, presque scandalisée du calme dont cette demeure sinistre était enveloppée. L'émotion de la catastrophe s'était dissipée déjà : personne n'avait pris sur son sommeil pour y penser plus longtemps; personne ne veillait peut-être le mort dans ce sépulcre gigantesque bâti par l'égoïsme, par le génie de la matière. Camille n'était jamais venue à l'usine, qu'elle connaissait seulement par les descriptions de Pierre Dufour; elle se souvint que celui-ci lui avait raconté dans, ses lettres que sa chambre était située tout au haut de l'édifice principal, et, avant de frapper^ elle leva la tête. Elle aperçut à l'étage en question, derrière une persienne, une lampe allumée : c'était la veillée du mort sans doute.

« Ils ne l'ont pas abandonné ! » soupira-t-ellc.

Elle frappa à la gr'osse porte, tîraîdement d'abord, comme si le bruit pouvait iFaire tressaillir Pierre, et peu à peu avec plus d'insistance. Il lui sembla que quelqu'un entr'ouvrant la persienne de la chambre mortuaire, regardait dans la rue. Un gros chien de garde, dont le reniflement sonore se faisait entendre sous la porte, essayait de la reconnaître, et comme il n'aboyait pas, Camille se disait que Pierre Dufour l'avait révélée sans doute à ce cerbère, et avait préparé celui-ci à la recevoir.

Après quelques minutes d'attente qui parurent une heure, les gros sabots du portier retentirent sur le pavé de la cour, la clef tourna dans la serrure, un coup de piqj. donné au chien pour l'écarter, ou pour stimuler sa vigilance, provoqua un aboiement plaintif; la porte s'ouvrit.

— Que voulez-vous? que demandez-vous? dit le portier.

Il y avait si peu de chagrin dans le ton de cet homme, dont la mauvaise humeur seule était sensible, que Camille eut comme une lueur d'espérance.

— Est-ce vrai ce qu'a annoncé le journal du soir?... répondit-elle en joignant les mains par un geste de supplication naïve qui ne pouvait changer la destinée... Est-ce qu'il est niort?

Le portier comprit ce dont il s'agissait. Il regarda plus attentivement Camille, fut frappé de sa pâleur qu'augmentait la pâleur de la nuit, et s'inclinant avec respect :

— C'est un bien grand malheur, madame!... Est-ce que vous voulez?...

— Je veux le voir, l'embrasser!...

La voix de Camille s'était affermie. Le portier marcha devant elle jusqu'à l'entrée du bâtiment d'habitation. Là, ouvrant la porte, et s'efiFaçant avec un redoublement d'égards :

— Si j'avais su... que vous fussiez de la famille, je vous aurais prévenue. C'est tout en haut, madame... l'escalier est éclairé... la porte en face. Il y a du monde... Oh! on ne Tapas laissé seul.

— Merci !

Et tandis que le portier, complètement adouci par la perspective de recevoir une gratification des mains de cette jeune parente, venue au milieu de la nuit pour embrasser le défunt, retournait paisiblement à sa loge, Camille commençait à gravir le long escalier. A chaque étage, elle s'arrêtait, invoquant tout bas le ciel pour qu'il doublât sa force, et sentant son courage s'augmenter à mesure qu'elle montait, et qu'elle approchait de son calvaire. 14 ne restait plus que

quelques marches à franchir : Camille voyait la porte.

« C'est là !» se dit-elle.

Et, s'appuyant sur la rampe, comprimant les battements de son cœur, elle fit un dernier pacte avec Tespérance immortelle pour affronter la vue de la mort. Une lumière semblable à un sourire fixa sur ses lèvres cette sérénité auguste des martyrs, et elle s'étonna elle-même de se sentir si forte en allant mesurer l'abîme de son désespoir.

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