CHAPITRE X
Camîlle n'attachait pas d'ordinaire grande importance aux. taquineries de son frère. Elle voulut rire, quand elle se retrouva seule, de cette assimilation que Victor prétendait établir : mais elle en sentit plus vivement l'injure que dans toute autre circonstance. Cette goutte, non de poison , mais d'amertume vulgaire, salissait le pur calice qu'elle avait porté toute la nuit à ses lèvres. Bien qu'elle n'eût jamais mis au nombre de ses récompense? futures la reconnaissance de sa famille, elle espérait pourtant qu'un peu d'estime lui viendrait, comme encouragement, de ceux qu'elle nourrissait et qu'elle voulait sauver. Victor avait donné fa note exacte du progrès moral accompli depuis que Camille était rentrée dans la maison maternelle. On la croyait capable de les tromper et de leur voler leur es-
time, à eux ! on lui offrait un marché d'argent, on ne la trouvait bonne que pour payer ! '
Mais, après une pensée donnée à l'ingratitude de ceux qui exploitaient son dévouement, Camille s'alarma surtout de la grandeur et de la pesanteur de sa tâche. Comme elle était bien loin encore du but ! Si elle renonçait à son œuvre, que deviendraient-ils tous ? Sa mère, avec ses spéculations ambitieuses; Julie, avec son indolence altière; Victor, avec sa fainéantise et sa dépravation ! Devait-elle les quitter? Pouvait-elle imposer à Pierre. Dufour la moitié d'un pareil fardeau ? D'un autre côté, était-il juste qu'en se sacrifiant toujours, elle sacrifiât l'intérêt sacré de son amour ? Pierre, qui l'attendait et qui, à l'heure décisive de sa destinée, la veille de sa gloire, faisait prendre patieince à la fortune pour donner à Camille le temps de le rejoindre ; Pierre, qui la voulait pour femme, n'avait -il pas des titres aussi sérieux que cette famille ingrate, donnée par la honte, et à laquelle, par moments, elle n'était pas même certaine d'être tout à fait nécessaire ?
« Que leur manque-t-il surtout? se disaitelle : la certitude de trouver chaque matin à lieur réveil le pain que je leur gagne ! Que Julie épouse M . de Palombierre ; que Victor, enclin .
aux spéculations et fils d'un agioteur, réalise quelques bénéfices, et les voilà heureux ! Ce que je prétends ajouter d'honneur, de moralité, ne leur est-il pas inutile? et ne travaillé-je pas pour une utopie ! »
Et, tout en vidant sa bourse pour faire le compte des dépenses de la soirée et de la nuit, Camille mettait la main sur son cœur, établissant ôinsi d'instinct le double Jbilan de sa caisse et de son âme. Elle fut plus profondén)ent attristée, plus en deuil de ses réflexions, qu'elle ne , Tavait été quelques heures auparavant, dans l'angoisse de sa terreur et devant le cadavre d'un ami. Elle perdait cette revanche idéale que le ciel promet toujours aux victimes, puisque c'était précisément cette lueur d'en haut qu'elle voyait disparaître de son oeuvre, et à laquelle elle était tentée de renoncer.
f Seraient-ils pires que la plupart des gens du monde^ se demandait-elle, si je les abandonnais tout à coup? et j si je reste, le peu de bien que je m'efforcerai de leur donner les rendra-t-il de beaucoup supérieurs ? »
Et pourtant, c'était ce bien si faible, si incertain, qui tentait démesurément Camille. Pour cette petite chance vague de donner quelques idées graves à Julie et à Victor, de créer une
conscience à ces enfants gâtés, elle ajournait son bonheur, son devoir envers elle-même, envers Pierre Dufour ; elle se résignait à ce supplice de travailler seule, loin de celui qu'elle aimait, dont elle se savait si purement aimée, loin de cette atmosphère d'honneur à laquelle elle avait droit, et dans laquelle son âme achèverait de s'épanouir.
Je sais bien que, comme les êtres purs, quand ils ont la pudeur de leur élévation au-dessus du monde, cherchent à se diminuer eux-mêmes par modestie, à l'aide de quelque satisfaction égoïste, Camille se disait :
« Après tout, quand l'épreuve aura été complète, si j'échoue, je ne m'amuserai pas à poursuivre éternellement un rêve, j'y renoncerai. >
Mais, encore une fois, c'était là la transaction apparente d'un cœur modeste qui avait peur de persister par orgueil dans son héroïsme, et qui s'autorisait à y persister, en se réservant d'y renoncer.
Camille, dès qu'elle vit sa mère, lui raconta simplement sa course de la nuit, non pas qu'elle craignît les dénonciations de Victor, mais il lui plaisait d'affirmer la loyauté de sa conduite et la force de son amour. Madame Villiers trouva que la démarche était imprudente : elle n'osa
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pas toutefois la blâmer bien fort. Tout ce qui tenait de près ou de loin aux relations de Camille avec la famille Dufour gênait la veuve. D'ailleurs, Pierre pouvait être bientôt un homme considérable et un gendre important. Julie trouva un sujet de grande gaieté dans la promenade sentimentale de sa sœur, qu'elle apprit de Camille elle-même ; mais son rire n'était pas exempt de la jalousie, et elle ne put s'empêcher de soupirer par réflexion, quand elle se trouva seule, et de se dire :
— Est-elle heureuse !
Quand Victor, qui se leva tard, voulut jouer à la diplomatie et faire pressentir un grand secret qu'il avait découvert, sa mère et Julie se moquèrent de lui. Quant à Camille, le prenant à part :
— Tiens, lui dit-elle en lui remettant une pièce d'or, voilà le louis que tu m'as demandé; c'est le fond de ma bourse. Paie tes dettes et jase à ton aise.
— Ah ! ah ! c'est une leçon que tu me donnes ?
— Non, c'est un souvenir et un conseil. Je ne veux pas acheter ton amitié, pas plus que je ne veux te vendre mes consolations, si tu souffres jamais.
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— Au fond, tu es bonne, repartit Victor en mettant le louis dans sa poche,
T— Oui, au fond, répéta Camille avec un sourire,
Les funérailles de M. Bl^mpignon devaient avoir lieu dans la journée, assez tard, à l'hw^Q où Ton enterre les pauvres. Pierre Pufovir, disciple sévère du maître qu'il pleurait e,t avec rame duquel il était resté, pour ain^i dir^^en communion directe, pe voulut payer aucune pompe banale pour ce savant mécQpnu pendî^nt sa vie. Il savait bien , d'ailleurs, q^e Iç cortège des élèves serait nombreu]^ \ qu^ parmi çevjJ^-ci se trouvaient c^es noms illij^tres. La catastrophe de Tusine de la rue Saint-M wr était connue \ les journaux, un peu mieu)ç renseignés q^e l§ JQur-r nal du soir lu par Camille (ce n'était pourtant pas 1^ petit Moniteur^ qui n'existait pas encpie), avaient doniié des détails syr le fiacrifiçe) 3ur ^^ dévouement dç Mt BlampigPPn. Ces écrivains, de ceux qui se font, par sympathie, par QM^ç^i* tion peut-être, les covirtisap^ du mf^lheur et du génie pauvre, devaient se joindre aux élèv€^ d^ M. Blampignpn pour honorçr çç n(iort qui n'avait eu ni récompense ni gloire. Les ouvriers de Tusipe, ceux dii quartier, toute cette population de travailleurs, ardents à comprendre les mani-
festations du devoir, seraient toute la pompe de ce convoi. Voilà pourquoi Pierre n'avait exigé aucun panache pour son vieux maître, qui n'avait eu aucune décoration; et voilà pourquoi l'heure de l'enterrement avait été fixée de manière à ne pas trop déranger l'ordre des ateliers.
Camille ne pouvait manquer à cette triste cérémonie^ elle s'y rendit en grand deuil. De l'usine à l'église, elle se trouva la seule femme; elle prit place, comme une parente, à côté de Pierre, derrière le cercueil. On disait, en la voyant passer :
« C'est la fille du défunt ! »
Et les gens du quartier, se découvrant devant la dépouille d'un homme quMls oubliaient de saluer quand il vivait, ajoutaient, en regardant la jeune fille et en admirant le cortège :
^— Elle aura du moins, la pauvre enfant, la consolation de se dine que son père était bien aimé... Quel convoi! Un sénateur n'en aurait pas autant.
Le convoi était nombreux, en effet, à ce point que les sergents de ville j étonnés d'abord , vaguement alarmés ensuite, et sachant par leur consigne que les agglomérations sont toujours! suspectes dans ce quartier de travailleurs ^ cru^
rent que M. Blampignon était un prétexte de conciliabule, ne pouvant admettre que tant de monde suivît un si pauvre corbillard. Il leur fallut pourtant bien reconnaître que cette manifestation, toute personnelle, n'avait d'autre menace que d'attester la force inhérente au dévouement, au savoir, à la bonté et à l'honneur. Mais cette façon platonique de protester contre les vanités triomphantes échappe presque -toujours aux perceptions de la, police.
A l'église, et au moment de partir pour le cimetière, Camille aperçut dans la foule une autre femme en deuil, dont le chapeau avait un voile rabattu qui cachait son visage. Elle pensa que quelque parente oubliée .du vieux professeur, ne gardant pas rancune à Pierre de n'avoir point été convoquée, était venue spontanément ; mais cette supposition fut promptement détruite par un geste de cette femme qui, se voyant observée, voulut être reconnue. Elle releva son voile et montra, dans l'encadrement sévère que faisait le chapeau de deuil, le visage pâle de Sylvie.
Camille tressaillit : elle redoutait pour Pierre, et même pour M. Dufour, beaucoup plus que pour elle, la présence et la vue de cette femme. Profitant de la confusion que cause toujours la sortie d'un convoi, elle alla droit à Sylvie à tra-
vers la foule, et se plaçant intrépidement en face d^elle :
— Vous ici ?
— Vous m'avez montré le chemin des églises, j'en profite.
Derrière Tironie de cette réponse, on sentait comme une douleur comprimée. Camille reprit :
— Vous ne connaissiez pas M. Blampignon ?
— Non, le cher homme, je ne le connaissais pas. Aussi, n'était-ce pas pour lui que j'avais acheté cet habillement. Je croyais venir à l'enterrement de notre ami Pierre.
Camille parut frappée de ce rapprochement nouveau, que la même erreur établissait entre elle et Sylvie. Elle n'en ressentit aucune jalousie, mais plutôt de la pitié.
— Ah ! dit-elle d'une voix douce, vous aussi, vous avez cru qu'il était mort ?
— N'est-ce pas votre faute?... Vous m'avez alarmée... J'étais inquiète, je me suis informée, et quand j'ai su qu'un homme avait été tué..., j'ai supposé que c'était lui. Mais vous lui portez bonheur à ce garçon... Ce sont vos prières de l'autre jour qui l'ont sauvé... Ce ne sont pas les miennes... J'ai eu bien peur !.. mais j'ai été bien contente ensuite.
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— • Merci ! dit ingénument Camille en tendant la main à la Chauve-Souris.
— De quoi me remerciez- vous ? répliqua celle-d en sè reculant. De ce que , malgré vos mépris, je me suis toujours crue de la famille î. . . Ne me remerciez pas, je vous veux du mal.
Camille ne put s'empêcher de regarder autour d'elle, comme si elle invoquait, pour les faire accepter par Sylvie, les pensées d'apaisement qui devaient se dégager d'un pareil lieu , dans un pareil monient.
— Et moi, je vous veux du bien! réponditelle.
-— Alors, souhaitez-moi une chose : c'est que je meure bien vite de ma belle mort, car ce n^est pas vivre que d'envier.». Si le pauvre cher homme qui s'est fait tuer pour vous avait pu me céder sa place !
— Mais de quoi souffrez -vous donc? demanda Camille avec un peu plus de vivacité ; vous travaillez... n'est-ce pas?
— De quoi je souffre? Oh! ce n'est plus de la faim. Oui, vous regardez ma robe : je m'habille, je n'ai plus de loques; je gagne même assez bien ma vie; je regrette ma misère passée... De quoi je souffre?... ce n^est pas facile à dire... je souffre de la haine que je sens en moi et du mépris
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qu*oil ôie donne... Tenez! Voilà qu'on Vous attend pour partir, ajoutait-elle en abaissant son voile... Pierre vous cherche et. vous garde une plaee à côté de lui... Eh bien ! je souffre d'être obligée d'aller à là queue et de ne pouvoir marcher avec vous, moi qui étais de la famille avant vous !
— Vene;t ! dit Camille.
-*» Non; Pierre me chasserait... et M. Dufour appellerait un sergent de ville. Ah ! être dédai-. gnée par ces gens-là !
*-- Vous êtes une femme étrange, reprit la jeune fille, mais je ne suiâ plus une enfant, et je n'ai pas peur. Demandez-^ mo] donc quelque ehose que je puisse faire pouf vous, et à Pinstant je le fais.
•«- Eh bien ! faites-mol causer avec les Dufour. Qu'ils m'entendent avant de me chasser !
»-- Je vous le promets. Aujourd'hui... tout à l'heure... après la cérémonie.
Et Camille, quittant la Chauve-Souris, qui se perdit dans la foule, alla reprendre son rang dans le convoi.
Le Cortège s'éclaircit en se dirigeant Vers lé cimetière. La halte de l'église est toujours r point commode pour Ceux qui vont aux enterr ments afin d'y être vus : c'est là qu'on pose d
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vant la chronique. Au delà, le devoir d'affection vraie, de sentiment, mais aussi la fonction pénible commencent. Tous les savants, tous les académiciens, la majeure partie des élèves de M. Blampignon croyaient avoir assez fait pour la mémoire du héros obscur, en l'escortant jusqu'à réglise : les ouvriers de l'usine, les badauds de lîi mort, qui attendent toujours une péripétie dans ces sortes de spectacles, et quelques amis sincères poursuivirent. Le convoi du pauvre parvint donc, dans toute la rigueur de son étiquette, à cette ville silencieuse, rêvée par l'égalité, bâtie et peuplée par l'orgueil.
La fosse était ouverte, tout au haut de la colline, dans un coin de l'ancienne limite du Père- Lachaise, entre la tombe de Chaptal et celle de Volney. Ce fut là que Pierre et Camille , s'agenouillant sur cette terre corrosive, donnèrent un dernier adieu à leur vieil ami. Aucune parole déclamatoire ne fut dite sur la sépulture de ce savant modeste, que sa pauvreté avait préservé de la gloire. Pierre planta lui-même la croix de bois qui marquait la dernière trace de son vieux maître. Il avait le projet de faire mettre une pierre, d'acheter le terrain; non qu'il voulût disputer à la terre ce peu d'engrais d'un homme de bien, mais il songeait à faire de cette tombe un
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monument expiatoire de Tégoïsme, et une sorte de halte pieuse où il viendrait se reposer les jours de grande lassitude morale et de misanthropie.
Les rares amis qui avaient gravi le coteau s'éloignèrent, et il ne resta bientôt plus que M. Dufour, Pierre et Camille. Celle-ci, qui apercevait de loin Sylvie à travers les arbres, se souvint de sa promesse, et, au moment où Pierre lui offrait le bras pour redescendre :
— Mon ami, lui dit-elle, j'ai une grâce à vous demander.
— A moi ? quelle plaisanterie !
— Je ne plaisante pas, et le lieu serait mal choisi pour une ironie : c'est très-sérieusement que je vous demande de ne pas me refuser... une chose qui vous sera pénible, sans doute, mais que j'ai promise.
— Il s'agit de notre mariage?
— Non ; rassurez-vous, reprit Camille, dont le front se couvrit de rougeur.
— Alors, j'accorde de grand cœur ce que vous avez promis, ma chère Camille.
— C'est bien ! Vous aussi, monsieur Dufour, vous devez vous engager envers moi !
— Je ne désavoue jamais mon fils! répondit l'ancien escamoteur.
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•^ Alors préparcz-voiis tous les deux à recevoir sans colère, sans rancune^ sans autre préoc* cupation que le désir de lui- être utile une per-^ sonne qui a besoin de vous.
— De qui donc parle^i-vous, Camille?
— Tene;s ! la reconnaissez-vous ?
Et elle montra, derrière les arbrisseaux d'une tombe voisine, la figure pâle de Sylvie, qui, soft voile relevé, les yeux étincelants, les lèvres serrées, émue et comprimant son émotion, s'avançait lentement.
— Comment! c'est elle? s'écria M. Dufour avec un mouvement d'effroi. Ah! Camille, quel piège vous nous avez tendu!
— C'est singulier, murmura Pierre, je la reconnais, et elle me semble avoir une figure nouvelle.
— C'est qu'elle a bien changé, mon ami : écoutez-la, l'un et Tautre. Que veut-elle au juste? je l'ignore; mais j'ai deviné dans son cœur un instinct confus de réhabilitation qu'il faut éclairer et aider* Pour moi, je m'y dévouerai sans crainte. Prenez bien garde de la heur-
ter!... Nous lui devons tous quelque chose»
-—* Moi, s'écria Pierre Dufour avec révolte, Je '^'î lui dois rien. Elle vous a outragée jadis, et
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elle a empoisonné ma jeunesse.., je ne puis pas ne pas la mépriser.
Camille était pure par vocation, mais non par ignorance. La chasteté de son cœur n'empêchait pas les remarques de sa raison. Elle avait songé trop souvent à l'importance de Sylvie dans le passé du père Dufour pour n^avoir pas deviné la vérité des situations réciproques. Aussi^ en en* tendant le cri d^indîgnatîon de Pierre et Télan égoïste de Tancien saltimbanque, ne put-elle s^empêcher de sourire d'un sourire de doux reproche et de compassion ; puis, posant la main sur la main de son ami :
— Prenez garde d'être injuste! dit-elle en regardant de côté M. Dufour. Ceux qui sont heureux ont toujours quelque chose à réparer envers ceux qui ne le sont pas... Sylvie n'avait pas de torts quand on l'a recueillie... Est-ce seulement sa faute, si elle en avait de si grands quand on l'a chassée.
Le père Dufour baissa la tête, son fils pâlit.
— Ah ! dit le vieillard, voilà l'expiation.
— Camille, vous avez raison, répondit Pierre subitement adouci. Je me souvenais de ses injures... j'oubliais les nôtres; et, puisque vous lui avez parlé... pourquoi donc ne lui parlerionsnous pas?
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Camille n'en entendit pas davantage. Elle franchit rapidement la faible distance qui la séparait de Sylvie.
— J'ai tenu ma promesse, lui dit-elle.
— Moi, je n'ai rien promis, repartit la bohémienne.
Et les yeux animés, les mains fiévreusement jointes sur son châle, elle s'élança vers le père Dufour et son fils, sans saluer, sans remercier Camille.
Celle-ci descendit lentement une allée qui conduisait à la chapelle : c'était là qu'elle voulait attendre rissue de l'entretien auquel il ne lui convenait pas d'assister.
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