‹ La cocarde de Mimi-PinsonChapitre 13 sur 77 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

ROBICHON, puis JEAN, BOURICHE

robichon, seul y se lève et arpente la scène.

Quelle charmante jeune fille, simple, courageuse et (Souriant.) un tantinet sentimentale, que de romans comme le sien, brisés par la guerre... Pauvre petite Marie-Louise!... (A ce moment on entend un bruit de voix derrière la porte, premier plan gauche et des éclats de rire.) Tiens ! qu'est-ce que c'est que tout ce bruit ?

jean, derrière la porte.

Laisse la valise en bas, animal !

ROBICHON

Cette voix ? (Très ému il s'appuie sur la table de droite.)

Oui, mon lieutenant !

JEAN, ouvrant la porte et entrant en scène. Il est en tenue de campagne, seus-licutenant, croix de guerre.

Papa !...

ROBICHON

Mon fils, jnon Jean... toi! (Us s'embrassent.) Laisse-moi te regarder. (Lui prenant les deux mains.)

JEAN

A ton aise, papa. (Ils s'embrassent encore.)

ROBICHON

Ici... à Paris ! Tu n'es pas malade?

JEAN

Moins que jamais !

robichon, regardant autour de lui.

Sapristi ! les fenêtres ouvertes !... Tu vas attraper du mal 1 (// court fermer les fenêtres.)

jean, riant.

Non, maman !...

bôuriche, qui depuis son entrée a esquissé de nombreux saluts à l'adresse de Robichon qui ne l'a même pas vu.

Le patron de la boîte ne m'a même pas remarqué... c'est bien ma veine !

ROBICHON

Mais comment es-tu là ! (S'asseyant.) Tu permets, mon grand? Tout à l'heure, en entendant ta voix, j'ai eu une émotion, ça m'a coupé les jambes... Mais pourquoi ne m'avoir pas prévenu?

JEAN

Parce que, hier matin encore, j'ignorais tout. Au rapport nous avons reçu ordre d'embarquer pour Paris. Il a fallu tout préparer et partir tout de suite.

BOURICHE

Même que ça a été un fourbi !

JEAN

Nous arrivons à l'instant gare du Nord et nous repartons à dix-sept heures par la gare de l'Est.

bouriche, se confondant toujours en salutations. On peut dire que notre séjour, elle n'est pas longue !

— /29 — JEAN

J'ai obtenu du capitaine l'autorisation de venir t'embrasser, déjeuner avec toi, et me voilà.

robichon, se levant.

Mon cher enfant !

jean, faisant passer Bouriche.

J'ai amené avec moi mon fidèle compagnon, mon brosseur, que je te présente : le nommé Bouriche dit La Cerise.

BOURICHE

Parce que j'ai une poisse verdâtre.

robichon, lui tendant la main.

Enchanté... (Mouvement de Bouriche.) Pas de votre poisse, non... de faire votre connaissance.

bouriche, lui serrant la main.

Dans ces conditions, j'accepte ! (// remonte.)

JEAN

Regarde bien ce brave garçon, papa ! c'est à lui que tu dois de me voir aujourd'hui. Il m'a sauvé la vie...

robichon, avec émotion.

Vous lui avez sauvé la vie !

(Bouriche proteste en reculant et bouscule un mannequin qu'il retient et salue militairement, puis redescend au n° i.)

JEAN

Aussi c'est convenu, papa, après la guerre on ne se quitte plus nous deux, et on fera une place ici, à Bouriche.

robichon, troublé.

C'est entendu... Vous ferez des robes avec nos ouvrières.

bouriche, riant.

Oh ! pas des robes, patron !

ROBICHON

Pas des robes, c'est vrai... enfin, vous ferez ce que vous voudrez avec nos ouvrières, Monsieur Bouriche.

BOURICHE

Dit La Cerise. Ah! mon lieutenant, vous êtes bien bon de penser à moi; mais j'ai une ambition.

JEAN

Laquelle ? Parle ! si on peut la satisfaire, c'est fait !

BOURICHE

Je voudrais être bistrot, avec un beau comptoir en étain et une femme qui me ferait de la bonne cuisine !

JEAN

Pour la femme, je n'en réponds pas, mais pour le fonds de marchand de vin et le comptoir, compte sur nous deux!

BOURICHE

Merci, mon lieutenant. (A part.) C'est pas un lieutenant, c'est une crème ! (// remonte et admire discrètement les robes au fond.)

ROBICHON

Mon cher enfant, quelle terrible guerre vous faites tous ! Quels dangers vous courez!... Sans foulards, sans arnica et sans brosse.

Ah ! dame, ça n'est pas la guerre d'autrefois ; ça n'est plus Fonténoy, Iéna, Valmy, Austerlitz ! Mais sois tranquille, papa, les poilus d'aujourd'hui, comme leurs glorieux ancêtres, savent se bien comporter !

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