Mgr Lefebvre. Lettre du 10 mars
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breux et variés sur les travaux de ce martyr. Nous voulons dire ici comment il est mort. Laissons parler Mgr Theurel, qui fut son élève et qui a été son successeur.
«Mgr Retord, obligé de fuir aux montagnes, après y avoir erré près de quatre mois , détrempé par la pluie, couchant dans les antres, souffrant de la soif et quelquefois de la faim , sans avoir eu pendant un si long temps la consolation de dire une seule fois la sainte messe, Mgr Retord a succombé le 22 octobre 1858. Il est mort au milieu d’une forêt peuplée de tigres, dans une cabane de feuillage ayant environ six pieds en carré. Et c’est ainsi qu’il a réalisé, à la mort comme dans tout le cours de sa pénible vie, l’héroïque devise gravée sur son seing : Fac me cruce inebriari, A sa dernière heure il a pu recevoir des mains de M. Mathevon les sacrements de pénitence et d’extrême-onction ‘ . »
Je constate ces faits avec douleur, mais sans aucune pensée de récrimination. Il est évident que le gouvernement français voulait et veut encore atteindre en Cochinchine et au Tonquin le but fécond et glorieux marqué à son expédition. M. Rillault l’a positivement déclaré au Corps législatif, en répondant à de chrétiennes et patriotiques paroles de M. de Cuverville.
« La France , a-t-il dit , a mis le pied en Cochinchine, et elle n’est pas disposée à en sortir. Si des forces plus considérables n’y ont pas été envoyées pen-
\ . Lettre de Mgr Theurel, évêque d’Acanthe.
dant l’expédition de Chine la chose se comprend d’elle-même. Mais depuis la conclusion de la paix, de nouvelles troupes ont été dirigées sur Saigon , et les intérêts que le drapeau français et le drapeau espagnol couvrent sur cette terre ne seront pas abandonnés par le gouvernement de l’Empereur ’ . »
Il était certainement nécessaire d’agir avec promptitude et vigueur contre les Chinois ; mais il est regrettable que cet(e nécessité n’ait pas été également sentie au sujet des Annamites. Le guet-apens du Peï-ho, qui détermina l’envoi de toute une armée en Chine, eut lieu le 25 juin 1859. L’occupation de Touranne par les forces franco-espagnols remontait au 1®*’ septembre 1858. Ainsi, lorsque la guerre de Chine fut résolue , de concert avec la Grande-Bretagne, nous savions, depuis plusieurs mois déjà, que notre expédition contre Tu-Duc menaçait d’avorter. Cependant nous paraissions hésiter sur la conduite à tenir. Les Anglais, qui connaissent l’extrême Orient, n’eurent point, dès que leurs intérêts furent en cause, de semblables hésitations. Ils comprirent tout de suite, et la France comprit avec eux, qu’il fallait, au plus vite, frapper un grand coup. C’était trèsquste, car la paix n’a pu être faite qu’après l’occupation de Pékin.
Un pareil précédent ne laisse plus place au doute sur la conduite qu’il convient de tenir en Cochinchine. C’est à Hué seulement, capitale de l’empire d’Annam, que nous pourrons parler en vainqueurs
i . Séance du 20 mars ) 801 .
et recevoir le prix de nos sacrifices. Cependant, d’après certains journaux dont les informations ont du crédit, le gouvernement français conserverait l’espoir d’atteindre le but sans faire un aussi grand effort. Il importe de réclamer contre cette illusion. Qu’avons-nous obtenu jusqu’ici par de hardis coups de main, par des occupations partielles et plus ou moins prolongées? Deux choses : des insultes contre la France et des édits contre les chrétiens. De Touranne nous espérions faire peur à Tu-Duc et l’obliger à traiter; de Saigon nous devions l’affamer et l’amener à composition. Ces prévisions ont été trompées. S’y reprendre serait marcher sans excuse à des déceptions nouvelles. Et sur ce terrain les déceptions sont des désastres.
L’occupation de Hué peut offrir des difficultés. L’occupation de Pékin en offrait aussi. Cette entreprise , qui restera un acte de hardiesse et de bonne politique, a longtemps été jngée impossible et paraissait encore bien téméraire lorsqu’elle fut tentée. Cependant les alliés n’ont eu qu’à s’avancer pour vaincre. La bataille qui nous a livré Pékin ne nous a coûté qu’un homme. Les Annamites ne sont pas plus redoutables que les Chinois. Ceux-ci les méprisent au point de ne porter que des sabres et des piques de bois lorsqu’ils vont donner l’investiture au souverain d’Annam. Sans prendre trop au sérieux cette fanfaronnade chinoise, on peut croire que les fortifications de la capitale de Tu-Duc n’arrêteraient pas longtemps nos soldats. Les missionnaires l’affirmaient lorsque l’expédition de 1858 est partie, et.
malgré les apparences, l’événement n’a point compromis cette affirmation. Quelques faits et quelques dates suffiront à le prouver.
Le 31 août 1858 nos bâtiments jetaient l’ancre devant Touranne. Le lendemain les forts étaient attaqués et emportés. La canonnade avait duré une demi-heure. « Quand les troupes descendirent à terre « pour donner l’assaut, elles ne rencontrèrent pas de « combattants. Les portes étaient ouvertes et aban- « données et l’on n’a pas tiré un seul coup de fusil. « On a pris quatre forts, et, dans celui seulement « d’où l’on ne pouvait s’échapper parce qu’il fallait « traverser une chaussée très à découvert, on a trouvé « six à huit morts, dix à douze blessés et une quac< rantaine de prisonniers ; dans les autres on n’a c( trouvé âme qui vive ‘ . » Deux forts restaient à enlever au fond de la baie. Ils n’offrirent pas une plus longue résistance. Toute la presqu’île que commande Touranne fut donc conquise en quelques heures de combat. Nos pertes se réduisaient à trois blessés. Ces forts si mal défendus étaient d’ailleurs très-bien armés. L’ennemi avait abandonné un matériel considérable , notamment de très-bons canons de bronze.
Il avait été résolu que Touranne deviendrait possession française et servirait de base à nos opérations. Marins et soldats se mirent à l’œuvre résolûment. Des travaux de toutes sortes furent exécutés. Ils
Lettre du P. Gainza, aumônier en chef du corps espagnol, i.e rapport de M. l’amiral Rigault de Genouilly contient des détails identiques.