‹ La Cochinchine et le TonquinChapitre 4 sur 60 · XIJ · texte numérisé non relu

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étaient d’autant plus nécessaires qu’on ne se croyait pas en mesure de marcher immédiatement sur la capitale, parce que certains moyens de transport faisaient défaut, et que trois semaines à peine nous séparaient des pluies de l’automne. Ces pluies commencent d’ordinaire dans la seconde quinzaine de septembre. Elles détrempent affreusement le sol et amènent sur plusieurs points de véritables inondations. Il semblait imprudent de pénétrer à l’intérieur au risque d’y trouver bientôt un tel ennemi. Puis, on espérait sans doute que Tu-Duc, nous voyant si déterminés à rester, proposerait la paix et subirait nos conditions. En attendant, il fallait mettre Touranne à l’abri de tout retour offensif. Cette obligation devenait un péril, car les rudes travaux sont difficiles à l’Européen sous le ciel de l’Indo-Chine. L’ardent soleil de septembre et les longues pluies de l’automne provoquèrent des maladies épidémiques, et firent de nombreuses victimes. La petite armée franco-espagnole, dont l’effectif était au début d’environ trois mille hommes, fut sensiblement réduite. Aussi les renforts qui avaient d’abord été jugés trèsutiles parurent-ils indispensables lorsque le beau temps fut venu. On les espérait pour janvier 1859, et malheureusement ils ne quittèrent la France qu’en décembre 1858.

Le commandant en chef du corps expéditionnaire, M. l’amiral Rigaultde Genouilly, pressé d’agir, pensa qu’il affaiblirait sensiblement l’ennemi en occupant Saigon. Cette ville, située à cent cinquante lieues au sud de Touranne et à vingt-cinq lieues dans les

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terres, mais sur les bords d’un fleuve toujours profond, pouvait être attaquée par nos navires. Elle est l’entrepôt de la basse Cochinchine , pays très-fertile, et commande les routes, rivières ou canaux qui servent à transporter le riz à Hué et dans l’intérieur du pays. Les officiers français attachés à Gia-Laong, • bisaïeul de Tu-Duc, avaient fortifié Saigon. Leurs travaux, que d’anciennes lettres des missionnaires nous montrent comme fort mal entretenus, venaient d’être relevés, et l’amiral se trouva en face de défenses d’un aspect formidable. Des estacades, armées de batteries, barraient le passage, et devaient nous retenir sous un feu meurtrier ; les forts étaient nombreux et bien placés ; la citadelle avait de bons canons. Néanmoins tout cela fut rapidement emporté. Le 9 février nous paraissions à l’embouchure du fleuve, et le 16, après avoir détruit tous les ouvrages avancés, nous étions sous les murs de la citadelle, qui fut prise d’assaut le lendemain. Nos forces s’élevaient au plus à deux mille hommes.

Deux cents pièces d’artillerie, quatre-vingt-cinq mille kilogrammes de poudre, beaucoup de fusils, quelques bâtiments de guerre et la caisse militaire, caisse peu garnie, tombèrent entre nos mains. La citadelle renfermait, en outre, des bois de construction, du soufre, du plomb et surtout des masses de riz représentant une valeur considérable. C’était un grand succès obtenu sans perte, car nous n’eûmes pas un seul homme tué. Les troupes alliées étant trop peu nombreuses pour garder une place aussi étendue, on fit sauter la citadelle et plusieurs forts.

Cette œuvre de destruction, dont je ne prétends pas contester Tutilité, fut accomplie avec tant de hâte qu’on brûla à peu près tout ce que contenait la citadelle. 11 semble cependant que le riz aurait pu être conservé ou vendu. En effet, des marchands chinois se trouvaient déjà à Saigon , et beaucoup d’autres y arrivèrent dès que nous y fûmes établis. A défaut d’acheteurs, ces masses de riz eussent longtemps défrayé leis quatre mille Annamites qui vinrent immédiatement se placer sous notre protectorat. On peut croire que le déménagement confié à leurs soins n’eût pas entraîné de longs retards.

La prise de Saigon montrait, de nouveau, la supériorité inouïe des alliés; elle n’améliora pas sensiblement leur situation. L’armée annamite, retirée à une ou deux lieues de nos avant-postes, établit un cordon devant les barbares, et nous restâmes sans communication avec l’intérieur du pays. L’amiral laissa quelques centaines d’hommes à Saigon et regagna Touranne.

Nos victoires, tout à la fois si éclatantes et si faciles, auraient dû nous enhardir et nous pousser en avant. Il n’en fut rien. Tu-Duc, qui déjà tremblait pour sa capitale et pour son trône, ne tarda pas à se rassurer. Voyant que nous n’avancions point il prit l’offensive et conçut le fol espoir de nous chasser.

Dès le 29 janvier, trois jours avant le départ de l’amiral pour Saigon, un engagement avait eu lieu devant Touranne. Quelques jours plus tard les Annamites essayèrent d’enlever nos premières positions. Ces deux attaques, qui furent vivement repoussées,

ne découragèrent pas l’ennemi. Il revint plusieurs fois à la charge, et sans réussir jamais, obtint cependant de bons résultats : les défaites le fortitiaient. Il perdait quelques hommes, qu’il lui était toujours facile de remplacer, et la masse s’aguerrissait. Nos pertes, au contraire, étaient irréparables. Le feu des Annamites nous faisait peu de mal sans doute, mais nos soldats, déjà fatigués, malades, avaient à souffrir de ce qui-vive perpétuel.

A Saigon comme à Touranne, l’ennemi nous tenait sans cesse en alerte. Il visait évidemment à nous cerner sur les bords du fleuve, pour tenter ensuite une attaque décisive. On put le battre et le mettre en fuite ; on ne réussit pas à i’éîoigner. Il rentrait derrière nous dans les travaux en ruine dont nous l’avions chassé. C’est ainsi que l’armée annamite, mise en pleine déroute le 21 avril 1859, et forcée d’abandonner toutes ses positions, reprenait deux ou trois jours plus tard une attitude offensive. Notre supériorité restait éclatante , car avec quelques centaines d’hommes nous venions d’en battre dix mille ; mais il était démontré que l’ennemi prenait de l’assurance. En effet, nous avions enlevé Saigon, sa citadelle, S0S nombreux forts, ses défenses avancées, ses estacades sans perdre un seul homme, tandis que le combat du 21 avril nous coûtait quatorze tués et trente blessés.

Cependant, voyant que loin de songer à partir nous recevions des renforts, Tu-Duc usa d’une ruse souvent mise en oeuvre, et qui devait nous tromper encore. Il parla de traiter, convaincu , à bon droit,

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que ses négociateurs en retenant les barbares dans l’inaction leur feraient plus de mal que ses soldats. Les négociations commencèrent vers la fin de mai et se prolongèrent jusqu’au mois de septembre. Elles eurent uniquement pour résultat de prouver que les mandarins annamites avaient l’ordre de ne rien accorder, mais de tout faire espérer afin de gagner du temps. Voici quelles étaient nos conditions :

Liberté du culte chrétien dans l’empire annamite ;

2*" Faculté' de commercer dans tous les ports de l’empire à des conditions favorables ;

3^" Concession à la France de la ville de Saigon et de son territoire ;

4^* Reconnaissance des anciens droits de la France sur Touranne.

Lorsque M. Rigault de Genouilly n’eut plus de doutes sur la mauvaise foi des envoyés de Tu-Duc, il leur signifia que le traité devrait être signé le 7 septembre , ou que ce jour-là les négociations seraient rompues. Les mandarins disparurent, et le 15 septembre les troupes alliées, formées en trois colonnes, attaquèrent les lignes ennemies. Les Annamites sont habiles à remuer la terre et ils avaient eu le temps de se fortifier. Néanmoins, toutes leurs positions furent conquises en quelques heures « sous un feu violent d’artillerie , de gingols et de mousqueterie. » Quarante bouches à feu restèrent entre nos mains. On les fit éclater en les chargeant à outrance avec des éclisses. « Plusieurs de ces bouches à feu fondues à Hué, et récemment arrivées de cette capitale, furent

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