LE CAMBODGE ET LE LAOS
La Basse-Gochinchine ^ qui a Sai-gon pour ville principale, est quelquefois appelée le Cambodge annamite parce qu^une partie des provinces qui la composent ont anciennement appartenu au Cambodge.
Quant au Cambodge proprement dit, ce n’est ni une province de Bempire d'Annam, ni un État indépendant. Le pauvre chef de ce pays, placé entre les Siamois et les Annamites, paye tribut aux uns et aux autres. Cependant il dépend plutôt de Siam que d’Annam. Ses États servent depuis longtemps de champ de bataille à ses deux redoutables voisins , lesquels sont presque toujours en guerre. Ausssi le Cambodge, malgré sa fertilité extraordinaire , est-il pauvre et médiocrement peuplé.
Divers journaux ont parlé dans les termes les plus sérieux de la cour de Sa Majesté cambodgienne ; ils nous permettront de leur donner sur cette cour quelques renseignements extraits d"une lettre de Mgr Miche , vicaire apostolique du Cambodge.
« Quatre jours après notre arrivée, le roi de Battambang (capitale du Cambodge) témoigna le désir de nous voir, et nous lui fîmes une visite. Pour tout présent , il reçut de nous une bouteille d’eau de Cologne, un canif et une paire de ciseaux. Voilà sans doute de bien tristes présents à faire à un roi, cependant celui-ci fut enchanté de posséder des objets aussi rares, et nous reçut fort bien : il nous donna une poignée de main, chose que je redoutais assez, car Sa Majesté cambodgienne avait des ongles crochus d’un bon pouce de longueur. Comme il n’avait qu’un langouti pour tout vêtement, et qu’il craignait la fraîcheur de la nuit , il nous demanda une paire de bas et une paire de souliers. Quelques jours auparavant, je lui avais déjà donné mon gilet qu’il m’avait fait demander par un de ses mandarins. Quand Sa Majesté entra dans la salle de réception, ou plutôt dans le hangar où elle nous reçut, tout le monde se jeta à plat ventre par terre ; pour nous, nous saluâmes le Hoi à la française. Afin de nous donner un témoignage
éclatant de son estime , il nous fit asseoir à la même hauteur que lui, et nous déclara que tout ce qu’il avait était à notre service. Quelques jours après, nous trouvant peu empressés à solliciter ses royales faveurs, il nous en fit des reproches et nous envoya quelques gâteaux de riz... (1). » La population du Cambodge est diversement évaluée. Les uns parlent d’un million d’âmes, les autres de cinq cent mille seulement.
Les tribus laociennes que l’on a parfois confondues avec les Annamites, s’étendent au nord jusqu’aux frontières de la Chine, au midi jusqu’au royaume de Siam, à l’est elles continent avec la Chine et le Tonquin, et à l’ouest avec l’empire des Birmans.
c< On distingue ordinairement deux sortes de Laociens , dit M. Grandjean, l’un des prêtres de la mission de Siam, les uns qu’on appelle Toung-Dam, c’est-à-dire F(en^m-wo^r5, et les autres qu’on appelle Thoung-Khao, c’est-à-dire Yentres-blancs. On les nomme ainsi parce que les hommes de la race Ventres-noirs , arrivés à l’âge de quatorze à seize ans , ont coutume de faire peindre sur leurs corps , différentes figures d’hommes, de fleurs, d’éléphants, de tigres, de serpents et autres animaux. Cette opération se fait en pratiquant, au moyen de plusieurs aiguilles jointes ensemble, une foule de piqûres sur l’épiderme; puis, ils y versent une encre noire qui fait ressortir tous les traits dessinés sur la peau ; ils ont beau se laver ensuite, l’impression ne s’efface jamais. Ce tatouage ne s’exécute pas sans douleur, puisqu’on est obligé de garrotter le patient , qui demeure ordinairement malade pendant quinze jours, et qui en meurt même quelquefois. Cependant , comme les jeunes Laociens ne pourraient trouver des fiancées si ce genre de beauté leur manquait, il n’en est aucun parmi eux, qui ne souffre volontiers cette opération douloureuse. Les YentresMancs au contraire, se contentent de leurs grâces naturelles (2). »
Presque toutes les tribus laociennes relèvent du roi
(1) Annales^ t. XII, ]p. A99.
(2) /rfem, t, XVIII, p. 54.
de Siam ; néanmoins leurs chefs sont à peu près indépendants. Du moment où ils payent exactement leur tribut, le suzerain les laisse gouverner selon leur bon plaisir.
Les tribus voisines du Tonquin sont seules tributaires de Tempereur d'Annam.