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« sieurs grands terrains incultes qu’ils défrichèrent, « et où ils établirent de florissants villages ; ils eurent « des greniers abondants, des églises pour exercer « leur culte et enseigner leur doctrine. Le peuple « les aima bientôt avec passion ; il leur était soumis « en tout. Peu à peu cette mauvaise religion se ré- « pandit dans le royaume , et maintenant , environ « les quatre dixièmes du peuple en sont infectés. Elle « a beaucoup de partisans cachés parmi les manda- « rins et les soldats, et si nous n’y prenons garde, « cette peste finira par envahir tout notre royaume. »
Il reste une troisième accusation. Deux mots suffiront à la réfuter. Nos soldats et nos alliés ont assurément montré à Touranne et à Saigon une grande intrépidité ; mais s’ils avaient eu devant eux des ennemis foncièrement redoutables, eussent-ils emporté, sans perdre un seul homme, des forteresses garnies d’une artillerie formidable et défendues par des milliers de soldats, tandis que les assaillants se comptaient par centaines? Nos troupes se sont arrêtées à Touranne, puis à Saigon ; les Annamites ne les ont arrêtées nulle part. Deux ans de lutte ont aguerri l’ennemi; il montre plus d’expérience et plus de ténacité ; il nous craint moins. Mais les faits que nous venons de rappeler fortifient les appréciations des missionnaires.
En dehors de ces accusations précises, un vague reproche a été formulé. On a prétendu que les missionnaires, loin de provoquer un arrangement avec Tu-Duc, désiraient qu’un nouveau roi fût élevé sur le trône d’Annam. Je ne sais si cet avis a été
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ouvert , mais vraiment ii a dû l’être, car il répond seul aux exigences du bon sens et aux leçons de l’expérience.
Nous pourrons vaincre Tu-Duc et lui imposer nos conditions; nous ne pourrons jamais compter sur lui. Il restera et devra rester notre ennemi. Ce résultat, qu’il faudrait attendre partout, est inévitable en Cochinchine, par suite des traditions nationales et des devoirs particuliers des souverains. Tu-Duc vaincu et acceptant sa défaite, mérite la mort aux yeux de son peuple ; il doit se suicider. Tout traité ne sera donc pour lui qu’un moyen de gagner du temps, qu’une promesse de reprendre la lutte et de chasser les barbares. Un autre prince serait libre d’accepter notre présence et notre suprématie; lui, il doit nous vaincre. Par conséquent, tant qu’il régnera, nous ne pourrons espérer ni une paix réelle , ni le concours sérieux, efficace, cordial des populations, car en se rapprochant de nous, elles s’exposeraient à de terribles vengeances.
La situation devient toute dilférente si Tu-Duc est détrôné. Son successeur, par le fait seul de son avènement, ratifie la domination française. Il nous doit la couronne , et son influence peut facilement être contenue dans d’étroites limites. Pourquoi ne lui imposerait-on pas l’organisation que les Anglais ont appliquée à plusieurs royaumes et principautés de rinde sous le nom de régime subsidiaire? Il n’y aurait rien là de contraire aux idées des Annamites, et, d’ailleurs, il serait facile de leur donner pour souverain quelque prince indigène ayant des