‹ La Cochinchine religieuse (volume 2)Chapitre 12 sur 62 · C'est la provinee actuelle du Quang-nam · texte numérisé non relu

C'est la provinee actuelle du Quang-nam

tous les hommes comme nos frères; nous nous abstenons même de désirer le bien des autres; telle est notre foi. Je prie votre Majesté d'examiner si ces maximes enseignent quelque chose qui ne soit pas bon et louable. » H n'y avait rien à répondre; aussi, sans autre procédure, Hien-vuong le fit conduire à la mort.

Enfin, dans le mois de décembre de la même année, un homme, appelé Michel An, comparut devant le tribunal avec sa femme. Celle-ci reçut la bastonnade et son mari fut décapité. Plusieurs autres chrétiens furent jetés en prison, frappés, rançonnés; mais la plupart demeurèrent fermes dans la foi.

Retour de M. de Bourg^es (IGBO). — Dans les commencements de 1669, M. de Bourges qui, on se le rappelle, avait été envoyé à Rome, pour traiter les affaires de la mission, et particulièrement des difficultés que suscitaient les Portugais, revint à Siam, avec des lettres du souverain Pontife, accordant à Mgr de Bérythe toutes ses demandes: Sa Sainteté promettait spécialement d'employer son autorité pour soutenir ses vicaires aux Indes, et y faire reconnaître leur juridiction à Siam et dans tous les lieux qui ne relevaient pas directement des couronnes d'£spagne et de Portugal.

Plusieurs missionnaires s'étaient embarqués avec M. de Bourges, sur les vaisseaux de la nouvelle compagnie française des Indes, mais ce premier voyage avait été long et périlleux. Partis de France, au mois de mars 1666, ils n'arrivèrent qu'au bout de trois ans, en février 1669. Ils avaient été forcés d'hiverner d'abord au Brésil, puis à Madagascar. Dans cette pénible traversée, le propre frère de Mgr de Bérythe, M. de, la Mothe Lambert, qui était destiné à travailler avec lui en Cochinchine, mourut sur mer, ce qui causa une vive affliction au prélat, quand il apprit cette triste nouvelle.

Voyant de M^r de Bérythe au Tons^king^ (leVO).

— L'arrivée de quatre nouveaux missionnaires permit à

révêque de Bérytlie de quilter Siam, pour visiter les missions, dont il était chargé. Comme Mgr Palïu^ vicaire apostolique du Tong-king, était retourné à Rome, pour les intérêts généraux des missions, Mgr de Bérythe se décida fi commencer sa visite pastorale par le Tong-king, et pour ne pas laisser la Cochinchine sans secours, il y envoya M. Brindeau, que les inquisiteurs de Goa s'étaient décidés à relâcher, et lui adjoignit deux prêtres indigènes MM. Joseph et Luc, qui n'étaient autres que les deux catéchistes envoyés par M. Haingues, l'année précédente. Ces deux prêtres cochinchinois, ordonnés par Mgr de Bérythe en même temps que deux catéchistes envoyés du Tong-king, étaient les heureuses prémisses d'un florissant clergé indigène qui devait surpasser en nombre et en ferveur tous les autres clergés de l'Extrême-Orient. Après avoir eu l'honneur de donner à l'Eglise près de deux cents martyrs, il se compose, en ce moment (1883), dans les huit missions annamites réunies, de trois cent vingt-sept membres. C'est un chiffre qu'aucun clergé indigène n'a encore atteint, je crois, dans les missions, depuis les Églises apostoliques.

Je ne suivrai pas Mgr de Bérythe au Tong-king, dont je n'ai pas à faire l'histoire. Après avoir ordonné de nouveaux prêtres, il tint un synode, dans lequel le prélat arrêta, de concert avec eux, les grandes lignes de cette Église déjà si florissante, puisque d'après les mémoires de notre société, elle comptait, à cette époque, plus de cent mille fidèles. Ayant consolé et confirmé d'immenses multitudes, qui n'avaient encore jamais vud'évêque» Sa Grandeur établit au Tong-king le premier couvent de religieuses annamites connues sous le nom d'Amantes de la Croix, et revint à Siam au mois d'avril 1670, très édifié de la ferveur et de la fermeté des chrétiens Tong-kînois cruellement persécutés depuis quarante ans et triomphant toujours de leurs ennemis par la générosité et l'héroïsme de leur foi.

Mort de MM. Haing^aes et Brindeau. 16*9 1 . — M. Brincleau, avec les deux nouveaux prêtres cochinchinois qui lui servaient de pilotes, arriva à Fai-fo vers le milieu de 1669. Comme il savait déjà passablement la langue, il se mit de suite à Tœuvre, et Dieu bénit visiblement son ministère. A la fin de cette année, M. Haingues fit le catalogue des chrétiens; il en compta environ quinze mille ; mais il ne comprenait pas dans ce calcul les néophytes que les jésuites avaient baptisés dans leurs deux dernières années (1663-1664). En ajoutant ceux que la crainte, la négligence ou Tesprit de parti tenaient encore éloignés des missionnaires français, le nombre total des fidèles en Cochinchine devait s'élever à cette époque à vingt mille environ.

Cette année 1670, qui s'ouvrait sous de beaux auspices, devait se fermer sur une catastrophe. Dans les derniers jours de décembre, MM. Haingues et Brindeau furent empoisonnés par leur domestique, probablement à Tinstigation de leurs ennemis acharnés. Tous deux moururent saintement, dans les premiers jours de 1671, au milieu des larmes de leurs chrétiens. Dans le mois qui suivit leur mort, plusieurs centaines de païens se présentèrent d'eux-mêmes au baptême, ce qu'on regarda comme une bénédiction posthume accordée à leur intercession. En présence de cette belle moisson, qui ne demandait que des ouvriers, les principaux catéchistes s'étant réunis, décidèrent d'envoyer une députation à Siam, pour demander au vicaire apostolique un nouveau pasteur. Les deux prêtres avec deux anciens catéchistes firent voile sur une méchante barque, et arrivèrent à Siam, le 8 mai 1671. Ils se présentèrent au séminaire, et prosternés en pleurant aux pieds de l'évêque : « Monseigneur, lui dirent-ils, ayez pitié de vos enfants demeurés comme des orphelins sans père ni mère. Vous seul, par votre présence, pourriez nous consoler de la perte que nous avons faite; mais si vous ne pouvez venir avec nous, envoyez-nous, au moins, d'autres missionnaires, nous

VOUS en supplions » au nom de nos chrétiens dont nous vous apportons les lettres. » Le prélat reçut ces lettres des chefs de chrétienté, il mêla ses larmes à celles de ces pauvres gens^ et le voyage de Cochînchîne fat décidé.

Premier voyage de Mgr de Bérythe à la C^ehlneMne

(IBVl)* —Pour lui faciliter l'entrée de ce pays, le vicaire apostolique envoya en avant un jeune missionnaire, qui arrivait de France, M. Guyard, afin de s'entendre avec les chrétiens sur les meilleurs moyens d'introduire l'évêque. Avant de quitter Siam, il imposa les mains à un nouveau prêtre cochinchinois, et monta, au mois de juillet 1671, sur une barque du pays que les chrétiens lui avaient envoyée ; il était accompagné de deux nouveaux missionnaires, MM* Mahot et Yachet, et des trois prêtres indigènes. Cette petite troupe apostolique, qui comprenait tout le clergé du vicariat de Cochinchine, courut de grands dangers en route, car leur bateau fit naufrage sur un ilôt peuplé de pirates chinois, qui les poursuivirent avec acharnement pour les massacrer et s'emparer de la cargaison ; mais le prélat, confiant en Celui qui commande aux vents et à la mer, ne se laissa pas déconcerter un seul instant.

Après deux mois d'une pénible navigation, ils abordèrent enfin sur les côtes du Binh--dinh. Un des prêtres annamites descendit aussitôt à terre pour avertir les chrétiens, qui, pleins de joies de l'arrivée de leur évêque, le transportèrent en filet, la nuit suivante, dans la chrétienté la plus proche, où les fidèles étaient déjà réunis en grand nombre. Là, le prélat, ayant pris le rochet, le camail et la croix, adressa par interprète une allocution à ses chrétiens, et leur donna solennellement la bénédiction pontificale. Bientôt le concours fut très considérable ; de toutes les parties de la province, les chrétiens accouraient saluer leur évêque et recevoir la confirmation. Il baptisa aussi un certain nombre d'adultes, qui, après

ezainen, furent jugés suffisamment prépai'és à cette grâce.

Mgr de Bérythe, sachant qu'il y avait environ trois cents chrétiens dans la province, y laissa M. Mahotavec un prêtre indigène, et se prépara à partir pour Fai-fo. Sur ces entrefaites, il vit arriver le quart bo (chef de service administratif), qui était chrétien. Ce grand mandarin le pressa très fort de visiter le tong doc, gouverneur général du Bind-dinh, qui était païen, mais bien disposé pour les chrétiens. Cette proposition fit trembler les fidèles; mais le prélat, s'abandonnant à la Providence, se rendit à cet avis. Un capitaine chrétien, qui commandait une compagnie de soldais, répéta à cette occasion le mot de Tapôtre saint Thomas : « Allons, et s'il le faut, mourrons avec lui ! » Le gouverneur témoigna beaucoup de respect à l'évêque ; il vint le voir de nuit, de peur d'indiscrétion de la part de ses gens, et promit qu'il n'arriverait rien de fâcheux, pourvu que les chrétiens fussent prudents et ne tinssent pas de réunions trop nombreuses. Que si, néanmoins la |)ersécution s'élevait, il offrait au prélat un asile dans sa maison, où personne n'aurait la pensée de venir le chercher. En se retirant, il remit à Sa Grandeur un passe-port écrit de sa main et scellé de son cachet, qui fut très utile dans la suite.

Mgr de Bérythe, accompagné de M. Vache t, passa de cette province dans celle de Nha-rou*. Le gouverneur en était chrétien, mais encore faible dans la foi; il avait, selon l'habitude des mandarins, plusieurs femmes du second rang ou concubines, à côté de sa femme légitime. Il envoya au vicaire apostolique un beau filet couvert pour le transporter au palais, où il le reçut avec beaucoup d'honneurs. Le lendemain, il pria le prélat de célébrer la messe dans sa maison; celui-ci s'en excusa avec douceur, et profita de l'occasion pour lui représenter le désordre honteux dans lequel il vivait et l'ex*

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