‹ La Cochinchine religieuse (volume 2)Chapitre 14 sur 62 · LA MISSION DE GOGHINCHINE DE 4680 A · texte numérisé non relu

LA MISSION DE GOGHINCHINE DE 4680 A

Mgr Mahot (1689. teSift). — Mgr Guillaume Mabot, originaire de Normandie comme Tévêque de Bérythe, fut son successeur et le second vicaire apostolique de la mission de Cochînchine, avec le titre d'évêque de Bide. Comme on Ta vu précédemment, il était entré en Cochinchine en compagnie de son vicaire apostolique, dès Tannée 4674, lors du premier voyage de Tévêque de Bérythe en ce pays. D'après les mémoires du temps, c'était un missionnaire d'un grand mérite, mais d'une humilité encore plus grande. Aussi, quand Mgr Laneau, vicaire apostolique de Siam, qui, depuis la mort de Mgr de la Mothe-Lambert, était devenu administrateur général de toutes les missions françaises dans l'Extrême- Orient, reçut le bref qui instituait M. Mahot, évêque de Bide, et vicaire apostolique de la Cochinchine, il se rendit exprès en Annam, pour le lui porter lui-même, sachant bien que rhumble missionnaire n'accepterait jamais l'épiscopat, si on ne lui faisait violence. La précaution n'était pas superflue, comme on va voir. Arrivé en Cochinchine, Mgr Laneau notifia à M. Mahot les lettres apostoliques, qui le chargeaient du gou-

vernement de la mission. Celui-ci ayant refusé d'accepter, comme on s'y attendait, l'évêque de Métellopolis convoqua en réunion synodale tous les missionnaires, les prêtres indigènes et les principaux catéchistes; on se mit en prières, pendant deux jours, pour connaître la volonté de Dieu, après quoi, l'assemblée tout entière se jeta aux genoux de Tévêque élu„ chacun protestant qu'il était prêt à abandonner ses fonctions, s'il persistait dans son refus. Il fallut bien céder à de pareilles instances, et le prélat consentit en pleurant à se laisser imposer les mains, le premier dimanche de TAvent 1682. Ce fut le premier sacre d'évêque qui se fit enCochinchine. La tranquillité dont on jouissait alors permit d'entourer cette cérémonie du plus grand éclat, et les fidèles accoururent, de toutes les parties du royaume, pour en être les heureux témoins.

Nous avons peu de détails sur l'apostolat de Mgr de Bide, depuis son élévation à l'épiscopat. U continua de s'appliquer avec zèle aux œuvres qui avaient rempli et sanctifié sa vie de missionnairre, mais il ne dura guère ^ dit une note du temps, car il était complètement épuisé par treize ans de travaux apostoliques. Une mort prématurée l'enleva, ou bout de dixhuit mois, à l'affection de ses prêtres et de ses chrétiens, le 15 juin 1684.

Mgr Laneau reçut alors de nouvelles lettres apostoliques pour sacrer, avec le titre d'évêque de Bérythe, M. Joseph Duchéne, docteur en Sorbonne, qui était parti de France en 1679. Mais quand le bref d'institution arriva, M. Duchêne était mort depuis longtemps, car il décéda deux jours après Mgr Mahot, le 17 juin 1684.

Hfg^rPérez (1691-1999). — Mgr de Métellopolis, très embarrassé et ne voulant pas laisser plus longtemps la mission de Cochinchine sans premier pasteur, fit choix, comme un bref du pape l'y autorisait, d'un autre sujet pour l'épiscopat. Ce fut M. François Pérez, qu'il consacra évêque deBugie

et vicaire apostolique de la Cochinchîne, au mois de juillet 1691. . ; . "

Ce prélat n*apparlenait pas à notre Société ; il était né à Ténassérim, dans le royaume de Siam, d'un père manillois et d'une mëre siamoise; il était entré, dès l'âge de sept ans, au séminaire de Siam, où Mgr de la Mothe-Lambert Tavait distingué de bonne heure, à cause de son intelligence précoce et sa vive piété. Ordonné prêtre par Mgr de Bérythe, il travailla avec éloge dans la mission de Siam, jusqu'au jour où Mgr Laneaujeta les yeux sur lui, pour l'élever à l'épiscopat et le mettre à la tête de la mission de Cochinchine.

Ce premier essai d'un évêque indigène ne fut pas heureux; Mgr Pérez fut un prélat respectable, mais il ne sut pas. faire accepter son autorité par les missionnaires européens qui travaillaient sous ses ordres; une hauteur de;manîères, qui peut être orientale, mais qui n'est cjiftÉ^iaement pas apostolique, des préjugés et des anlipathies.Aationalies, spécialement contre les missionnaires français, r;éndirent son administration dif-, lîcile, et forcèrent la congrégation de la Propagande à lui donner un coadjuteur. Ce fut Mgr Marin Labbé, évêque de Tilopolis, originaire du diocèse de Bayeux; nos confrères l'avaient député à Rome pour traiter les affairés de la mission, et faire connaître la situation difficile dans laquelle ils se trouvaient. Il y reçut la consécration épiscopale, et revint en Cochfnchine en n04, mais il mourut en 1723, cinq ans avant Mgr de Bugie, qui vécut jusqu'au 29 septembre 1728.

Sous le long épiscopat de Mgr Pérez, de regrettables divisions éclatèrent entre les membres des différentes sociétés, qui travaillaient en commun à l'œuvre évangélique. Le vicaire apostolique, en sa qualité de métis, n'avait pas Taulorité suffisante pour les prévénir^ou les dominer. Il faut bien dire un mot de ces tristes démêlés, qui firent tant de mal à l'église naissante de Cochinchine. Je tâcherai de le faire aussi brièvement que possible, en gardant avec soin les égards de la cha-

rité fraternelle et sacerdotale, sans oublier pourtant que les hommes apostoliques, comme TÉglise, leur mère, n'ont besoin que de la vérité.

Qaerellesavee les religieux. — Les missionnaires qui travaillèrent dans la Cochinchine pendant le cours du dernier siècle venaient de quatre nations différentes. Il y avait des jésuites , en majeure partie portugais , des prêtres et des vicaires apostoliques de la société des Missions étrangères de France, des franciscains de la province espagnole de Manille et des missionnaires italiens, envoyés directement par la Propagande, et appartenant eux-mêmes à divers ordres religieux.

A mon humble avis, cette extrême diversité de missionnaires appartenant à tous les ordres, à toutes les nationalités, ne pouvait être qu'excessivement fâcheuse, parce qu'elle rendait très difficile l'unité de vues et de gouvernement, qui est le premier besoin d'une Église naissante. Chaque famille religieuse a son esprit, sa manière de faire, son système d'apostolat ; Dieu me garde de décider entre les uns et les autres ; il y a plusieurs manières de faire le bien, et toutes sont bonnes, pourvu qu'elles soient appliquées avec suite et unité. Mais si, dans la même mission, chacun travaille de son côté, sans s'occuper de ce que font les autres; si surtout plusieurs sociétés indépendantes et ne relevant que d'elles-mêmes sont juxtaposées, il se produira nécessairement des tiraillements, des divisions, sinon entre les ouvriers apostoliques, au moins entre leurs chrétiens ; étant donnée l'infirmité humaine, il est impossible que les fidèles ne se partagent pas, et ne prennent parti pour leurs Pères spirituels, chacun exaltêmt le sien et dépréciant celui des autres. Au milieu de ces tiraillements et de ces conflits, que deviendra l'autorité d'un vicaire apostolique, et quel moyen de conserver dans une mission l'unité de direction et de gouvernement? Que sera-ce si, comme c'était le

cas en Cochinchine, les passions politiques et les antipathies nationales s'en mêlent? Personne n'ignore aujourd'hui que ce sont ces misérables rivalités qui ont ruiné, en grande partie, la magnifique chrétienté du Japon. C'est ce qui fait que désormais la sacrée congrégation de la Propagande, instruite par une douloureuse expérience, a partagé les différentes missions entre les diverses familles religieuses qui s'occupent de l'apostolat. De la sorte, chacun est chez soi, la charité fraternelle est gardée, il n'y a plus de conflits, ni de dissentiments entre les hommes apostoliques, mais une sainte émulation à qui fera le plus de bien, et travaillera le plus efficacement à promouvoir le règne de Dieu dans les âmes de bonne volonté. Les choses n'en étaient pas là en Cochinchine, à la fin du XVII® siècle. On a vu que les RR. PP. jésuites avaient d'abord accepté franchement et sans arrière-pensée l'autorité des vicaires apostoliques envoyés par le saint-siège. Ils ne faisaient en cela que se conformer à l'esprit de leur illustre institut, qui a toujours fait profession spéciale d'obéir aux moindres désirs du vicaire de Jésus-Christ. C'était un des leurs, le R. P. de Riodes, qui était venu demander au pape des évêques, « afin qu'ils fussent nos pères et nos maîtres dans ces églises. » Il semble donc que rien n'était plus simple que d'accepter la juridiction des vicaires apostoliques; mais on avait compté sans les passions humaines, qui se retrouvent [toujours, même chez les saints.

Les chrétiens, qui ne connaissaient que les RR. PP. jésuites, avaient eu un peu de peine, on le conçoit, à se soumettre à l'autorité des nouveaux venus. Grâce au bon esprit de leurs anciens Pères spirituels, ils l'eussent fait cependant, sinon sans regret, au moins sans hésitation ; mais les intrigues politiques des Portugais étaient venues, comme on l'a vu, compliquer une situation déjà délicate, et semer dans la mission l'esprit de schisme et de division. Tant que Mgr de Rérythe fut à la tète de la mission, sa grande autorité sauva la

situation; mais après sa mort, et surtout, pendant le long interrègne de sept ans, entre la mort de Mgr Mahot (1684) et le sacre de Mgr Pérez (1691), les malentendus, les dissentiments ne tardèrent pas à se produire entre les missionnaires du même rang, qui ne voyaient personne à la tête de la mission, pour imposer son autorité à tous.

Le pape Innocent XI, informé de ces fâcheuses divisions, commanda au général de la compagnie de Jésus de rappeler en Europe quatre de ses religieux; c'étaient les PP. Fuciti, Candone et d'Acosta, qui avaient travaillé longtemps en Cochinchine, avec le P. Fereira du Tong-king. Comme on devait s'y attendre, les chrétiens réclamèrent contre Texil de leurs Pères spirituels; c'est un sentiment trop naturel et trop filial pour qu'on puisse même avoir la pensée de leur en faire un reproche. En 1689, sur la requête des catéchistes tong-kinois, qui étaient venus jusqu'à Rome réclamer les jésuites, Innocent XI permit au général de la compagnie d'envoyer d'autres missionnaires de son institut en Ahnam ; sur de nouvelles instances. Innocent XII permit, en 1692, aux quatre exilés de rentrer dans leurs missions. Le P. Fuciti était mort, mais les PP. Fereira et Candone rentrèrent, l'un au Tongking, l'autre à la Cochinchine. Le P. d'Acosta y était déjà rentré depuis longtemps, grâce au gouverneur portugais de Macao, qui l'avait fait saisir de force, malgré la protestation du P. Provincial et du P. Visiteur, au monient qu'il s'embarquait pour l'Italie, pour le faire reconduire à Hué, en donnant pour raison que le roi de Cochinchine, dont ce père était le médecin, le réclamait, et qu'il menaçait de s'en prendre aux Portugais, si on ne le lui rendait pas.

Mgr Pérez, en sa qualité d'étranger, n'était pas en état de dominer une situation si difficile. Son éloignement des niissiônnaires français, sa nationalité, qui le rapprochait davantage des Espagnols et des Portugais, d'autres causes encore qu'il est inutile d'exposer ici, ne contribuèrent pas à

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remettre la paix dans la mission. Mais Dieu allait, pour quelques temps, rapprocher les adversaires dans une épreuve commune, et les réunir devant les mêmes juges, dans la confession d'une même foi ; c'est un spectacle qui console et repose la vue de ces démêlés mesquins.

Persécution de Minh-i^ouong^ (169S-19041).— Depuis plus de vingt ans, la mission de Cochinchine jouissait d'une paix profonde, et elle eût fait de grands progrès, sans les désaccords qui partageaient les chrétiens ; car Dieu n'est pas là où la charité est absente. Hien-vuong était mort en 1686» laissant le trône à son fils, Ngai-vuong, qui, étant encore prince royal, avait entretenu de fréquents rapports avec les missionnaires, spécialement avec M. Vachet et le P. d'Acosta, jésuite qui résidait à la cour, en qualité de médecin; en sorte qu'on le regardait généralement comme favorable au christianisme.

Une fois sur le trône, il continua, pendant quelques années, de laisser en paix les fidèles, mais, gagné par les instances de leurs ennemis, il publia, en 1690, un édit contre le christianisme ; on démolit quelques églises , plusieurs chrétiens furent jetés en prison, cette année et l'année suivante ; mais la mort prématurée de Ngai-vuong, qui arriva en 1692, fut généralement regardée comme un châtiment du ciel, et suspendit les poursuites contre les chrétiens.

Sou fils, Minh-vuong, qui lui succéda et occupa le trône jusqu'en 1724, était un fervent bouddhiste, ce qui est assez rare parmi les lettrés de la cour. Dès son avènement au trône, il témoigna hautement de son aversion contre le christianisme. Un jour qu'on parlait devant lui du grand nombre de chrétiens et d'églises qu'il y avait dans le royaume, il s'écria avec colère: « Je réduirai ces églises en cendres, et je ferai mettre à mort tous ces missionnaires, qui viennent dans mes États suborner mes sujets. » Les représentations de

sa mère et d'un de ses oncles Fempêchèrent seules d'exécuter de suite ces mauvais desseins, mais il ne devait pas tarder à y revenir.

En attendant, pour relever dans Tesprit de son peuple le culte du Bouddha, qu'il se plaignait de voir négligé , il fit venir de Chine un des bonzes les plus fameux qu'il y eût en ce temps-là, l'installa dans son palais, et lui fit élever une belle pagode, pour y exercer son culte. Pour plaire au prince, les grands mandarins renchérirent sur lui, comme c'est l'usage, et ces lettrés sceptiques, dont la plupart ne croyaient à rien, passaient leur temps à visiter les pagodes et à se prosterner devant l'image du Boudha. Partout on voyait, à la cour et dans les provinces, des centaines de bonzes, à la tête rasée, à l'air mortifié, solliciter humblement les aumônes, qu'on n'avait garde de leur refuser, de peur de devenir suspect au prince. Lui-même ne faisait rien sans consulter ces pieux imposteurs, dont les conseils perfides l'excitèrent contre les chrétiens.

La persécution commença en 1698, par suite de leurs calomnies. Ils prirent occasion que les fidèles étaient réunis en grand nombre, pendant la semaine sainte, pour mutiler légèrement une statue du Bouddha qui était dans leur temple, et accoururent faire de grandes plaintes de Tinsolence des chrétiens, qui étaient venus briser leur dieu et piller la pagode. Malgré le rapport favorable que les mandarins firent au roi de cette affaire, car ils n'avaient pas eu de peine à reconnaître la fourberie des bonzes, Minh-vuong saisit cette occasion de se déclarer, et pour venger l'insulte prétendue faite à son culte, il commanda de détruire toutes les églises qu'on trouverait dans le royaume; de plus, afin de diminuer le nombre toujours croissant des fidèles, il fit une ordonnance portant que les chrétiens paieraient triple taxe, et feraient triples corvées, que ceux qui servaient dans l'armée seraient renvoyés du service, et les officiers dégradés*

On commença par détruire avec un grand appareil les deux églises qui se trouvaient à Hué, Tune appartenait aux RR. PP. jésuites; M. Langlois, un de nos confrères était chargé de Tautre. Le roi Nhai-vuong, qui aimait beaucoup ce bon missionnaire, lui avait donné autrefois un terrain considérable auprès des palais ; M. Langlois y avait bâti cette église, et ouvert un hôpital pour trois cents malades. Il était également respecté des riches et des pauvres, des païens comme des chrétiens; chaque année, il baptisait au moins deux mille catéchumènes.

Le grand mandarin militaire, à la tète de quatorze compagnies, formant un effectif de sept cents hommes, investit tout le terrain du missionnaire, pour que personne né pût s'échapper. Les soldats entrèrent dans sa maison, se saisirent brutalement de lui, lui lièrent les mains derrière le dos, lui déchirèrent ses habits, et dans cet état, l'amenèrent devant Tofficier, qui lui dit : « J'ai ordre du'roi de détruire votre église, de brûler vos livres, vos images, et de vous défendre de jamais parler aux gens de ce pays de la religion. Vous méritez la mort; [mais le roi, dans sa bonté, vous laisse la vie sauve et votre maison. Vous pouvez garder votre religion en votre particulier, et continuer à assister les pauvres et les malades, comme vous avez fait jusqu'à présent. Considérez l'extrême indulgence dont on use envers vous, et soyez sage à l'avenir. » Le missionnaire répondit à ses insolences avec beaucoup de modestie : « Je remercie très humblement le roi des grâces qu'il veut bien me faire, mais c'en serait une bien plus grande pour moi que de souffrir et de donner ma vie pour Jésus-Christ. C'est le seul désir de prêcher la religion qui m'a fait venir en Cochinchine et braver les périls d'une longue navigation; je n'ai jamais eu d'autre dessein que de faire connaître à tous les hommes le Souverain Seigneur du ciel, je ne puis donc me dispenser d'instruire ceux qui veulent bien m'entendre.Si le roi et ses mandarins connaissaient la religion chrétienne

et les grands avantages qu'elle procure à ceux qui. la professent, je suis persuadé qu'ils traiteraient autrement ceux qui viennent la prêcher. Au lieu de les exposer à la brutalité et au pillage des soldats, ils les recevraient avec joie et les honoreraient. Vous me connaissez depuis longtemps, et vous savez beaucoup de choses de la religion chrétienne; vous n'ignorer pas qu elle nous ordonne d'adorer le Seigneur du ciel, qui a fait de rien le ciel, la terre et tout ce qui existe. Cette même loi nous prescrit d'obéir au roi et à tous nos supérieurs, d'éviter le mal, et de faire tout le bien que nous pouvons. Depuis que je suis entré dans ce royaume, j'ai toujours vécu conformément à cette sainte religion. Vous-mêmes en êtes témoin; vous savez la vie laborieuse que je mène; j'exerce, autant que je le peux, la charité envers tous, les grands et les petits, les riches comme les pauvres; je soigne tous les malades qui se présentent, qu'ils soient païens ou chrétiens. Ma maison est ouverte à tous, je vais de jour et de nuit, partout où l'on m'appelle. Personne parmi les sujets du roi n'a jusqu'ici fait de plaintes de moi, et pourtant me voici aujourd'hui traité comme un voleur. »

(c Assez, » interrompit brutalement l'officier; « on ne se plaint pas de vous, ni des services que vous rendez aux sujets du roi. On se plaint seulement des grandes assemblées que vous tenez chez vous, pendant la nuit, et du zèle que vous mettez à faire des chrétiens. Le roi ne veut pas que ses sujets quittent la religion de leurs ancêtres pour prendre la vôtre. Il est bien le maître, et vous devez lui obéir. »

Pendant ce temps, les soldats et une foule de pillards. qui s'étaient joints à la troupe, faisaient main basse sur tout ce qu'ils trouvaient dans l'église et la maison du missionnaire. Quand tout fut enlevé, jusqu'aux serrures des portes, l'officier fit allumer un grand feu au milieu de la place, pour y jeter les images saintes, les livres, les ornements, et généralement tout ce qui portait quelque marque de religion; M. Langlois,

qui était demeuré impassible jusqu'alors, ne put retenir ses larmes, en voyant ces profanations, et menaça les coupables des châtiments d'en-haut.

Quand tout fut consumé, le grand mandarin déclara à M, Langlois qu'il ne le ferait pas délier et remettre en liberté, qu'il ne lui donnât une barre d'argent (environ 80 francs). L'homme de Dieu eut beau représenter que les soldats avaient tout pris chez lui, et qu'il ne lui restait que les habits déchirés qu'il portait sur le corps, il fallut s'exécuter et que des amis charitables lui prêtassent cette somme que l'officier mit dans sa poche, après quoi il partit, laissant deux compagnies de soldats pour achever de démolir l'église, et transporter chez lui les colonnes, qui étaient de très beau bois.

Les choses se passèrent de même pour l'église des jésuites; ijaais le P. d'Arnédo, qui en était le gardien, ne fut pas molesté, en sa qualité de mathématicien du roi. 11 put même sauver des flammes son missel et quelques livres de religion, en prétendant qu'il en avait besoin pour ses études.

De Hué, la dévastation se répandit dans toutes les provinces; environ deux cents églises furent jetées à terre, et les matériaux employés à construire des pagodes ou donnés aux communes. Mgr de Bugie avait, à une lieue de Fai-fo, une très belle église dans l'endroit où il faisait habituellement sa résidence. Un oncle de Minh-vuong, qui était gouverneur de la province, la fit démolir et transporter chez lui, pour s'en faire une maison. Mgr Pérez, ignorant les usages du pays, auxquels il ne put jamais s'habituer, alla trouver ce mandarin, et se plaignit avec amertume de Tinjure et du tort qu'on lui faisait. Le grand mandarin, furieux de cette réprimande trop méritée, donna l'ordre d'arrêter l'évêque, qui n'eut que le temps de s'enfuir à Fai-fo, où il se cacha chez les chrétiens.

Tels furent les débuts de la persécution de Minh-vuong ;

dans cette première année, on se contenta de voler les églises et de vexer les fidèles. Ces scènes de crochetage ne devaient pas en rester là, et bientôt le sang allait couler à flots.

La persécution se ralentit pourtant un instant à la vue des châtiments dont Dieu frappa, à cette époque, les ennemis du nom chrétien. Ce grand mandarin qui avait si fort maltraité M. Langlois et pillé son église, tomba malade, à peine de retour chez lui, et mourut au bout de trente-cinq jours; un de ses rfo2 (capitaine d'une compagnie de cinquante hommes), qui avait pillé la maison du missionnaire, mourut quinze jours après; deux soldats, qui s'étaient signalés par leur impiété, reçurent un châtiment exemplaire; Tun, qui avait saisi M. Langlois aux cheveux et l'avait lié, devint aveugle quelques jours après ; l'autre, en travaillant à démolir l'église, fut écrasé sous une poutre qui, tombant sur lui, lui broya la poitrine. L'autre grand officier qui avait présidé à la destruction de la seconde église, mourut dans Tannée, ainsi que son fils qui était capitaine dans son régiment et trois autres officiers. Ces morts précipitées, que rien humainement ne faisait prévoir, frappèrent les païens de stupeur et de crainte.

Il y eut encore dans les provinces beaucoup d'exemples de la justice divine sur les persécuteurs. Cet oncle du roi, qui avait volé l'église de l'évêque et donné ordre de l'arrêter, tomba malade, lui aussi et mourut dans un âge peu avaucé. Il avait essayé d'apaiser le ciel, en rétablissant dans leur maison les missionnaires de Fai-fo, qu'il en avait chassés auparavant. Dans les derniers temps de sa maladie, il témoigna quelques sentiments de repentir et parla même de recevoir le baptême ; mais il ne paraît pas que cette pénitence différât beaucoup de celle d'Antiochus, et le malheureux mourut païen, comme il avait vécu.

Le peuple avait été en grande partie complice des violences du prince; dans tous les villages, les notables s'étaient emparés avec joie des églises qui se trouvaient sur le terri-

ioire dô leur commune, pour construire des maisons ou élever des marchés publics. Le 2 novembre de cette année 1698, un typhon, comme de mémoire d'homme on n*en avait jamais vu en Cochinchine, ravagea tout le pays ; des milliers de maisons furent renversées; à Hué, les bâtiments les plus solides, les pagodes, les greniers du roi, le palais, furent à moitié démolis. Ce prince fut si épouvanté qu'il abandonna sa demeure, et se réfugia en rase campagne, pendant la durée de l'orage. Plus de quatre cents jonques, qui apportaient à la capitale le tribut en riz des provinces, furent coulées; quant aux barques des particuliers qui furent brisées, jetées à la côte, englouties dans les fleuves, le nombre en est incalculable. On porte à près de cent mille, le chiffre des victimes de ce typhon qui périrent en mer, sur les fleuves ou furent écrasés sous les ruines de leurs maisons. Pendant plus d'un mois, les flots ne cessèrent de jeter sur la côte des centaines de cadavres.

Cette catastrophe" consterna les païens, et il faut avouer qu'il y avait de quoi. Sans doute, comme le fait remarquer avec raison le pieux auteur de la relation que j'ai sous les yeux, les jugements de Dieu sont impénétrables, et l'on ne pourrait, sans témérité, affirmer que cette tempête efl*royable ne fût suscitée de Dieu que pour venger son Église, et punir les païens de leur impiété; mais ce que personne n'aurait pu affirmer avec certitude, à moins d'une révélation spéciale, le sentiment universel des psuens comme des chrétiens le pressentit, avec ime évidence intime, irrésistible. Dans ces occasions, comme le dit Pascal, le cœur a ses raisons que la raison ne comprend pas, et il ne se trompe guère. Ces morts inopinées des principaux persécuteurs, ce désastre national, venant immédiatement après une grande iniquité nationale, ces maisons renversées par milliers, au lendemain du jour où les églises du Christ avaient été jetées à terre, tous ces rapprochements, toutes ces coïncidences que rien n'avait du

préparer, frappèrent tout le monde, et chacun s'écria : Le doigt de Dieu est là!

Je sais bien que cette théorie des responsabilités morales choque tout particulièrement les hommes de notre temps, qui ont peut-être leurs raisons pour écarter Tidée gênante de la justice divine. Comme les châtiments d'en-haut ne suivent pas toujours immédiatement la faute, au moins d'une manière visible, on se rassure en disant que la crainte des jugements de Dieu n'est qu'une chimère. En écrivant ces lignes, ma pensée se reporte, malgré moi, à d'autres crochetages, à d'autres iniquités nationales, que Dieu semble laisser impunies, bien qu'elles aient été commises, non plus par des païens aveuglés, mais par des fils révoltés de l'Église. Eh bien! qu'est-ce que cela prouve? Ne voyez-vous pas que si le châtiment suivait toujours immédiatement le crime, la liberté morale ne subsisterait plus ? A quoi bon se presser d'ailleurs ? Dieu est patient, dit Tertullien, parce qu'il est éternel, patiens quia œtemus. C'est quelquefois une marque de miséricorde, quand Dieu ne châtie pas immédiatement les coupables ; il leur laisse le temps du repentir; mais c'est aussi quelquefois un signe de sa colère, il réserve l'avenir, et malheur aux persécuteurs qui échappent en ce monde à. sa justice! Jamais la loi morale n'est violée impunément; les peuples, comme les individus, expient sévèrement, un jour ou l'autre, les iniquités nationales, dont ils se sont rendus fauteurs ou complices. C'est ce Iqu'on est trop exposé à méconnaître ou à oublier de nos jours, et voici pourquoi j'y insiste, en passant.

Grâce à ces terribles manifestations de la justice de Dieu» l'année 1699 s'écoula assez paisiblement. L'Église, qui recommence toujours son œuvre cent fois interrompue, sans jamais se laisser décourager par la malice humaine, reprit son apostolat au milieu des Annamites. De tous côtés s'élevèrent des paillottes provisoires et de nouveaux lieux de réunion pour les fidèles ; ceux-ci, écrasés d'impôts, puisqu'aux termes de

Inédit, ils payaient triple taxe, trouvèrent encore le moyen de rétablir à peu près partout Texercice du culte, et leur ferveur s'accrut des sacrifices qu'il étaient obligés de s'imposer pour rester chrétiens.

Les bonzes, voyant leurs efforts déjoués, revinrent à la charge, et recoururent encore une fois aux fourberies qui leur avaient si bien réussi. Au commencement de 1700, ils brisèrent une statue du Bouddha très révérée des païens, et accusèrent les chrétiens de cette action. Cette fois Minh-vuong résolut d'en finir avec le christianisme et la persécution commença pour tout de bon.

Le 17 mars, il publia un édit plus sévère qu'aucun de ceux qui avaient paru jusque-là. Le roi ordonnait qu'on abattît par tout le royaume les nouvelles églises, qu'on brûlât tous les livres et les effets de religion qu'on pourrait trouver, qu'on arrêtât les missionnaires, et qu'au lieu de les exiler, comme avaient fait ses prédécesseurs, on les retînt étroitement en prison ; que tous ceux qui avaient embrassé le christianisme fussent forcés d'abjurer, et que, pour s'assurer que tous avaient obéi, on convoquât dans chaque village tous les habitants à la maison commune, pour fouler aux pieds le crucifix ; ceux qui s'y refuseraient devaient être jugés et mis à mort.

Conformément à cet édit, on arrêta successivement treize missionnaires : Les PP. d'Arnédo, Pires, Belmonte et Candone, de la compagnie de Jésus, ainsi qu'un de leurs confrères travaillant dans le Don-nai, dont le nom ne nous est pas parvenu ; MM. Langlois, de Capponi, Ferret, Gouges, Destréchy etSennemand, tous les six membres de notre société; un prêtre chinois, originaire de Macao, M. Nicolas Fonséca, et un prêtre annamite, M. Laurent* Parmi ces confesseurs de la foi, quatre moururent en prison, de mauvais traitements et surtout de faim ; c'étaient les PP. Belmonte et Cslndone, MM. Langlois et Ferret. Les neuf autres, après avoir langui plus ou moins longtemps dans les fers^ furent mis en liberté en 1704^ quand

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la paix eut été rendue à TÉglise de Cochinchine. Il faut dire un mot de chacun de ces pieux confesseurs de la foi.

Los premiers arrêtés furent M. Langlois, qui se trouvait alors à Hué, avec les PP. d'Arnédo, Belmonte et Gandone. Sur l'ordre de Minh-vuong, le P. d*Arnédo, mathématicien de la Gour, fut relâché au bout de quelques jours, mais les trois autres demeurèrent en prison, les fers aux pieds et la (îangue au cou. M. de Capponi, arrêté quelques jours après, fut le plus maltraité. Comme il entrait en prison, un des oflicicis qui Tavaient pris, osa bien lui proposer Tapostasie. Il icponrlîtavec une noble fierté : « Ce n'est pas à un prédicateur tle Ici religion, qu'il faut tenir de semblables discours. Ne [M iisi z pas que des hommes qui viennent ici des extrémités de kl lene, avec des peines infinies, pour annoncer Jésus-Christ auxiiilidèles, veuillent le renoncer, parla crainte de quelques tour monts. Faites de moi ce qu'il vous plaira; je suis prêt à toul souffrir. »

Ou le mit à la question, lui et son catéchiste, pour les forcer h déclarer le nom des mandarins chrétiens ; à plusieurs reprises, on leur écrasa les doigts entre deux planchettes, en sor(e que leurs mains n'étaient plus qu'un amas de chairs décliiiéeH et pantelantes. Tous deux supportèrent héroïquement la torture, et l'on ne put leur arracher un seul mot compromettant contre les chrétiens, ce qui excita l'admiration des juges et des païens.

Le P. d'Arnédo ayant été relâché, le nombre des missionnaires réunis dans les prisons de Hué s'élevait à quatre. Le 22 avril, ils furent présentés au roi, en compagnie de trente-sept chrétiens. On ne leur proposa pas l'apostasie, sachant bien rjue c'était inutile ; mais le prince, après leur avoir reproché avec colère de venir suborner ses sujets, ordonna qu'on leur mît au cou des cangues plus pesantes, qu'on les chargeât de fers plus lourds, et qu'on les reconduisît en prison, pour y router jusqu'à la fin de leurs jours.

A quelque temps de là, on arrêta dans la province de Cham (le Quanh-nam actuel) deux autres missionnaires, MM. Sennemand, des Missions étrangères, et Nicolas Fonséca, prêtre chinois. Ils furent conduits à Hué, présentés au roi, qui les regarda d'un air irrité^ sans leur dire un seul mot, puis il ordonna de les enfermer étroitement comme les autres confesseurs, mais dans une autre prison.

Selon Tordre du roi, on chargea les missionnaires d'une cangue ', et on leur mit aux pieds des fers très lourds et très incommodes. Leur cangue était si pesante qu'ils ne pouvaient se relever seuls, quand ils étaient assis, et lorsqu'ils avaient besoin de faire quelques pas, ils étaient forcés de payer un soldat pour les aider à soulever ce fardeau. Du reste, on ne leur épargna aucune avanie, aucun mauvais traitement. J'ai parlé, dans l'introduction, de la prison annamite, de sa malpropreté fétide, de ses tortures physiques et morales. Qu'on juge de la situation des missionnaires européens, dans un pareil lieu, enfermés à l'étroit, au milieu des voleurs et des brigands du pays qui leur font mille insolences et les regardent comme des bêtes curieuses ; dévorés par la vermine, couchant par terre, sur un méchant morceau de natte, charçfe de fers et la cangue au cou, ne pouvant dormir la nuit, ni reposer pendant le jour, et n'osant, par pudeur, prendre aucun des soulagements que la nature réclame le plus impérieusement. Par un raffinement de cruauté, on les avait séparés les ims des autres, pour qu'ils ne pussent se voir et se consoler mutuellement. Les^chréliens pourvoyaient, du mieux possible, à leurs besoins, en leur faisant passer le riz et les "petites provisions nécessaires à leur subsistance ; mais trop souvent leurs gardiens s'en emparaient, pour les dévorer sous leurs yeux, avec des railleries sanglantes. Quel martyre qu'une pareille

1. Ces cangues réservées aux grands criminels pèsent quatre- vingt ou cent livres.

vie, quand elle se prolonge pendant des mois et des années !

Aussi plusieurs des missionnaires déjà épuisés par les souffrances delà vie apostolique, n'y résistèrent pas longtemps. Le P. Belmonte ouvrit la liste des martyrs; il travaillait en Cocbinchine depuis huit ans, et était très affaibli, par plusieurs maladies qu'il avait faites ; il mourut, deux mois et demi après son entrée en prison, le 27 mai 1700. M. Langlois, notre confrère, traîna deux mois de plus. Deux jours avant sa mort, il connut clairement que Dieu l'appelait à la récompense ; comme il était extraordinairement révéré de ses gardiens, à cause de la grande charité qu'il avait toujours témoignée aux pauvres et aux malades, il en obtint d'aller se confesser à l'un de ses confrères renfermé dans une autre partie de la citadelle. Il s'y traîna, comme il put, les fers aux pieds et la cangue au cou ; un des satellites, comme autrefois le bon Cyrénéen sur la route du calvaire, soulevait par derrière une partie du fardeau. Après s'être mutuellement consolés, en échangeant les dernières confidences de leur âme sacerdotale, M. Langlois revint dans sa prison pour y mourir. Le lendemain matin, son confrère apprenant qu'il était à l'extrémité, obtint la permission de se rendre auprès de lui, pour lui donner l'extrème-onction. Il mourut sous la cangue, les fers aux pieds et le sourire aux lèvres, le 27 juillet de cette même année.

Quelques semaines plus tard, le P. Joseph Pires, jésuite portugais, qui venait d'entrer en Cocbinchine, fut arrêté, conduit à Hué, et jeté en prison, où il languit jusqu'en 1704. Restaient donc à cette époque cinq confesseurs dans les prisons de Hué : les PP. Candone et Pires, MM. de Capponi, Sennémand et Fonséca. Les quatre derniers, plus robustes, résistèrent à toutes les tortures de la prison ; le P. Candone, qui était arrivé en Cocbinchine dès 1671, et qui avait 64 ans, languit onze mois encore, et mourut saintement, le 28 mai 1701 .

C'était un des quatre missionnaires de la compagnie de Jésus, que le Pape avait fait rappeler en Europe, à cause de

leur opposition aux missionnaires français de notre société. Plus lard, à la demande de ses chrétiens qui le chérissaient, il lui avait été permis de revenir en Cochinchine. Dieu semblait avoir ménagé au vieil apôtre Thonneur de partager avec ses anciens adversaires la souffrance et la mort, comme pour apprendre à tous les hommes apostoliques qu'exposés aux mêmes périls, victimes des mêmes haines, attendant la même couronne, ils doivent savoir s'élever au-dessus de toutes les considérations personnelles d'ordres et de nationalités, pour n'avoir tous qu'un même cœur, dans l'union des .mêmes épreuves et la confession d'une même foi.

Pendant que ces choses se passaient à Hué, trois missionnaires de notre Société étaient arrêtés dans le Ciampa, vers la fête de Pâques 1700. MM. Gouges et Destréchy étaient partis de France avant d'être prêtres, et avaient fait leur séminaire à Siam. Le vicaire apostolique de Siam étant mort en 1691, et n'ayant pas encore de successeur, ils étaient venus demander l'ordination sacerdotale à Mgr de Bugîe ; ils s'en retournaient à Siam, sur une jonque chinoise, en compagnie de M. Ferret, qui allait y rétablir sa santé épuisée par dix-huit ans d'apostolat. Le gouverneur de la province de Pha-rang (actuellement le Phu-yen) les ayant arrêtés, les jeta en prison. M. Ferret, déjà très malade, ne fit que languir pendant quelques semaines et mourut prisonnier de Jésus-Christ, le 22 juin de cette année 1700.

Vers la fin de Tannée, le Quan-an (mandarin chargé de la justice) condamna MM. Gouges et Destréchy à mourir de faim, et les fit enfermer avec plusieurs chrétiens déjà condamnés à cet affreux supplice ; ils y demeurèrent trois jours, sans boire ni manger; mais comme on fit observer à ce grand mandarin que le roi n'approuvait pas qu'on mît à mort les missionnaires étrangers, il les fit sortir, au bout de ce temps, et reconduire dans leur première prison, où on les remit aux fers et à la cangue.

Vers le même temps, un P. jésuite, qui travaillait dans la province de Dong-naï, récemment enlevée par le roi de Cochinchine au Cambodge, fut condamné au même supplice de la faim, mais au bout de quelques jours, il fut remis, lui aussi à la cangue et aux fers, comme nos deux confrères.

Au mois de décembre 1701, un nouveau gouverneur bien disposé en faveur de la religion, permit à MM. Gouges et Destréchy d*aller et de venir en dehors de la prison, en donnant caution. Leur situation s'améliora un peu ainsi, mais ils étaient toujours étroitement surveillés et ne recouvrèrent complètement leur liberté qu'en 1704.

A Hué, le sort des prisonniers s'adoucit un peu aussi, à la même époque. M. de Capponi obtint du doi (gardien en chef de la prison) la permission de se construire une petite cabane à part, dans la cour de la prison et d'y donner des consultations aux malades. Quelques mois après, M. Sennémand obtint à son tour de venir le rejoindre. On leur ôla alors leurs énormes cangues et leurs lourdes chaînes, pour les remplacer par des fers plus légers. Ils restèrent en cet état jusqu'à la fin de la persécution.

M. Laurent, prêtre annamite, avait été arrêté avec sa sœur et plusieurs chrétiens, dont je parlerai plus bas; après avoir été mis à la torture, il fut condamné à mourir de faim ; mais au bout de trois jours, le gouverneur de Dinh-cat, à qui il avait rendu plusieurs services, le fit sortir et remettre en liberté.

De tous les missionnaires qui travaillaient en Cochinchine, à cette époque, quatre seulement purent échapper aux recherches des persécuteurs : Le vicaire apostolique, M. Forget Je provicaire, M Ansier, et le P. jésuite Christophe Cordeiro.

Mgr l'évêque de Bugie, traqué de tous côtés, se tint d'abord caché quelques mois dans un bateau, qui allait d'un endroit à l'autre; à la fin, ayant trouvé, au bord de la mer, une caverne très retirée, il s'y enferma avec quelques catéchistes, et y

demeura tout le temps de la persécution. Il y ordonna un prêtre annamite, qui, n'étant pas encore connu comme tel dans le pays, put, très secrètement, visiter les chrétiens, pour les consoler et leur administrer les sacrements. A partir de 1702 la persécution s'étant un peu ralentie, les deux autres missionnaires demeurés libres purent aussi, mais avec de grands dangers, faire l'administration d'une partie des provinces.

Le provicaire, M. Forget, était mort dès le début de la crise^ Il avait* travaillé au Cambodge, où sa mémoire est restée en bénédiction. D'après une note du séminaire de Paris, c'était un saint, il était favorisé de dons surnaturels, avait des extases, et plus d'une fois, il fut vu élevé de terre, pendant qu'il priait. À la première nouvelle de la persécution, il quitta la province de Gham où il travaillait, et se réfugia dans une île déserte, au bord de la mer, dans l'espoir de pouvoir, de temps en temps, descendre à terre et visiter les chrétiens. Il eut naturellement beaucoup à souffrir dans ce lieu solitaire, et ne tarda pas à tomber malade, dès le mois de juillet 1700. Comme le grand mandarin de la province voisine avait beaucoup d'estime et d'affection pour lui, il permit à MM. Gouges et Destréchy, qui étaient détenus au chef-lieu, d'aller assister leur confrère. Il mourut pieusement entre leurs bras, après dix-huit ans d'apostolat en Cochinchine.

Le P. d'Arnedo, que nous avons vu relâcher dès les premiers jours, grâce à la faveur de Minh-vuong, avait été rappelé à la cour. Ce privilège dut paraître cruel à l'homme apostolique, qui saurait préféré, sans doute, partager le sort de ses frères. Il s'en consola, en usant de son influence sur l'esprit du roi, pour adoucir le sort des missionnaires et des nombreux chrétiens qui souffraient pour la foi. Enfin, au bout de quatre ans, les missionnaires qui avaient eu la force de résister aux souffrances de la prison furent remis en liberté, et purent, en prenant beaucoup de précautions, retourner à leurs églises désolées (1704).

La persécution qui avait frappé si durement les pasteurs, n'avait pas, on le^ conçoit, épargné leur troupeau. Il nous faut donc revenir un peu en arrière, pour raconter les combats des principaux martyrs du Christ.

On se rappelle que Tédit de Minh-vuong, prescrivait de faire fouler la croix dans tous les villages, afin de reconnaître et de punir les chrétiens qui n'obéiraient pas. Des bandes de satellites se répandirent dans toutes les provinces, semant sur leur passage la désolation et le pillage. Des milliers de chrétiens, pour se mettre à couvert de leurs poursuites, s'enfuirent sur les montagnes et dans les forêts, où beaucoup périrent de faim et de misère, ou bien furent dévorés par les tigres ; d'autres se rachetèrent de ces odieuses vexations, en donnant de l'argent aux chefs de village et aux soldats, trop heureux d'échapper à l'apostasie, au prix de la perte de leurs biens temporels. Malheureusement il yen eut un grand nombre qui, ne pouvant ou ne voulant pas se racheter ainsi, succombèrent à la tentation et abjurèrent de bouche la foi qu'ils conservaient dans leur cœur. Enfin, il y eut, comme dans toutes les persécutions, un troupeau d'élite, lé petit nombre, hélas! qui supporta courageusement les tourments et la mort pour l'honneur de J.-C. ; ce sont ceux dont je m'occupe ici.

Le 22 avril 1700, trente-sept chrétiens, à la cangue et aux fers, furent amenés dans la grande place du palais, en présence de Minh-vuong, qui leur fit proposer l'apostasie ou la mort. Préside la moitié répondirent qu'ils étaient prêts à obéir au roi; les autres protestèrent qu'ils aimaient. mieux mourir que d'abandonner la religion. Le prince ne s'en tint pas à cette déclaration faite de vive voix; il ordonna que chacun donnât un écrit signé de sa main, pour faire connaître son choix définitif. Quatre jours après, on les ramena devant le prince; dans cette intervalle, on n'avait négligé ni les séductions, ni les menaces, ni même les tortures; aussi à cette seconde

comparution , sept seulement demeurèrent fidèles , trois femmes et quatre hommes; les trente autres se déclarèrent par écrit prêts à obéir et à abjurer la religion. Ceux-ci furent condamnés à une rude bastonnade et à avoir un doigt coupé, après quoi, on leur fit fouler à tous la croix aux pieds, et on les renvoya chez eux.

Quant aux sept confesseurs demeurés fermes dans la foi, ils furent condamnés à mourir de faim et de soif, dans une petite cabane, oîi le roi donna ordre de les enfermer avec des gardes, au milieu d'une petite île, qui est à un quart de lieue des palais. Comme ils s'y rendaient tous avec joie, le prince fit rappeler les trois femmes, et leur faisant grâce de la vie, les condamna à recevoir la bastonnade, à perdre la dernière phalange des doigts et l'extrémité des oreilles. Deux d'entre elles subirent courageusement ces tourments, et se retirèrent en remerciant Dieu de l'honneur qu'elles avaient eu de souffrir pour son nom, la troisième était de bonne condition et parente du mandarin qui présidait à l'exécution ; coifimo elle résistait à toutes les instances qu'on lui fit, pour l'amener à abjurer, ses parents donnèrent de l'argent aux soldats pour l'épargner; on lui donna donc la bastonnade pour la forme, puis, avec leurs mains encore teintes du sang de ses compagnes, les bourreaux lui barbouillèrent l'extrémité des doigts et des oreilles, et la renvoyèrent, comme si elle eut subi toute sa peine. Cette généreuse chrétienne, au lieu de s'en réjouir, se mit à verser des pleurs, se 'plaignant à haute voix de l'affront qu'on lui faisait, en la traitant mieux que ses compagnes. Le P. d'ArnédOj, qui assistait à l'exécution, entendant ses cris, s'approcha pour la consoler et panser ses plaies, car il pensait que la douleur seule lui arrachait ces gémissements; il fut bien édifié, quand il vit qu'elle n'avait pas de mal, et qu'elle se plaignait uniquement de n'avoir pas été jugée digne de verser, comme ses compagnes, son sang pour Jésus-Christ.

Les quatre hommes avaient été conduits dans la cabane, qu'on leur avait préparée, et gardés jour et nuit par des soldats, pour que personne ne put leur donner même une goutte d'eau. Leur martyre fut très cruel et très long, et tout le temps qu'il dura, païens et chrétiens accouraient pour être témoins de leurs souffrances et s'édifier de leurs pieux discours. Ils parlaient avec des traits enflammés de la grandeur de leurs tortures, et de l'espérance des biens étemels qui les leur faisait supporter. Une soif ardente était leur principal tourment; ils sentaient 'en eux comme un feu intérieur, qui consumait lentement leurs entrailles, parfois on les voyait s'étendre sur le sable, pour essayer d'aspirer de leurs lèvres desséchées et durcies, un peu de l'humidité du sol, afin de tempérer la violence de ce feu qui les dévorait. « Eh ! pauvres insensés, leur disaient les gardes, pourquoi tant souffrir? Nous sommes dans une île, au milieu de la rivière, l'eau vous entoure de tous côtés. Mettez seulement le pied sur riraage, et vous aurez le fleuve à discrétion. — Nous ne pouvons, répondaient les martyrs, acheter une seule goutte d'eau, au prix que vous voulez nous la vendre. Mieux vaut mourir de soif, que d'offenser Celui qui nous a créés et qui est mort pour nous. »

Le douzième jour, on vit leurs yeux s'obscurcir, et leur langue aride s'attacher au palais, ils étaient si faibles et si languissants qu'ils ne pouvaient se soulever ou même se tenir assis. Le quinzième jour, le plus faible mourut le premier, le seizième et le dix-septième jour, deux autres allèrent à leur tour recevoir leur couronne, le dix-huitième jour enfin, le plus robuste des quatre, qui n'avait cessé d'encourager ses compagnons, mourut le dernier. Le prince fit couper leurs corps en morceaux et ordonna de les jeter à la mer, de peur que les chrétiens ne recueillissent leurs précieuses reliques, pour les honorer.

A quelques semaines de là, le premier ministre, qui avait

inventé cet affreux supplice de la faim, pour faire périr les chrétiens, mourut presque subitement. Ses parents, regardant cette mort imprévue comme un châtiment du ciel, envoyèrent à la prison faire des sacrifices, pour apaiser les mânes des martyrs, que^ dans leurs idées superstitieuses, ils supposaient irrités.

Quelque temps après, on amena des provinces dans les prisons de Hué, trois chrétiens, qui s'étaient distingués entre tous par l'intrépidité de leur confession devant les juges. Le premier était Paul Kièn, qui avait un grade d'officier supérieur dans Tarmée que le roi de Cochinchine entretenait alors sur les frontières du Tong-king ; le second était fils d'un mandarin, et déjà engagé lui-même dans les honneurs militaires ; le troisième était un jeune homme qui venait de recevoir le grade de catéchiste.

Les trois confesseurs furent présentés à Minh-vuong, qui n'adressa la parole qu'à Paul Kiên. « Capitaine, lui dit-il, je rie veux pas que mes sujets soient chrétiens. Je le leur ai défendu, par un édit qui a été publié par tout le royaume; vous le savez, et vous ne m'obéissez pas, après toutes les obligations, que vous m'avez! Vous méritez la mort, et je vous donne l'option entre abandonner la religion des étrangers ou mourir : Choisissez. » « Seigneur, répondit généreusement rofficier, je suis prêt à obéir à tout ce que voire Majesté m'ordonnera, pourvu que ma conscience n'y soit point intéressée; commandez-moi ce qu'il vous plaira, je suis prêt à tout; la religion chrétienne est la seule chose dans laquelle je suis obligé d'aller contre vos ordres, puisque je ne saurais l'abandonner, sans désobéir au souverain Seigneur du ciel, et sans perdre à jamais mon corps et mon âme. J'ai reçu cette religion de mes parents, par une faveur particulière de Dieu; je dois la préférer à tout, même à la vie, afin de ne pas me rendre indigne des biens éternels que Dieu a promis à ses serviteurs. »

A ces mots, les mandarias qui assistaient le roi se mirent à pousser de grands cris, pour interrompre le confesseur de la foi, disant qu'il manquait de respect au prince, et qu'il fallait le couper en morceaux; Minh-vuong, plus calme, se contenta de le renvoyer dans son pays, pour être décapité devant son régiment, au milieu de sa famille. 11 condamna en même temps le jeune lettré à perdre la tête, en présence des soldats du régiment, dont il faisait partie, et le catéchiste à êt^e enfermé dans une cabane, pour y mourir de faim et de soif.

0 mystère des prédestinations et profondeur des jugements d'en haut ! De ces trois hommes qui n'avaient pas craint de confesser généreusement Jésus-Christ, en présence du roi et de sa cour, un seul obtînt finalement la palme du martyre. Ce fut le jeune lettré, qui eut la tête tranchée, au milieu du camp.

Le catéchiste endura pendant onze jours l'affreux supplice de la faim et de la soif, édifiant tout le monde, par la ferveur de ses discours et l'héroïsme de son courage. A la fin, vaincu par une soif dévorante, il succomba et foula aux pieds la croix, échangeant ainsi, contre une goutte d'eau, la palme glorieuse du martyre qu'il tenait déjà dans sa main.

Paul Kiên, l'officier supérieur qui avait montré tant de courage devant le roi, fut vaincu par les larmes de sa famille et les sollicitations de ses compagnons d'armes. Sa femme, ses enfants, toute sa parenté, ses nombreux amis, son général lui-même, se mirent à ses pieds, le conjurant de ne pas se perdre, d'avoir pitié des siens, et d'obéir au roi. Comme le malheureux tenait bon contre toutes ces obsessions^ on le raisonna; avec une casuistique diabolique, on lui sophistiqua l'apostasie.

« Vous êtes bien libre, lui disait-on, de garder, en votre particulier, votre religion qui est excellente; mais vous devez bien aussi donner une légère marque d*obéissance au roi, qui est votre bienfaiteur. Vous avez peur de marcher sur l'image; cela se conçoit, et nous approuvons vos scrupules; mettez

seulement le pied à côté ; il n'y a rien là d'injurieux à la religion que vous professez, et cela nous permettra de vous sauver. » L'infortuné ne put tenir à de pareilles instances ; vaincu par les larmes et le désespoir des siens, il posa en pleurant le pied à côté de Tirnage sainte, protestant à haute voix qu'il entendait rester chrétien. Le général, s'inquiétant peu de ces distinctions subtiles, écrivit à la cour que Paul avait ohéi, et que, voyant cela, il avait pris sur lui de différer l'exécution, pour ne pas priver le prince d'un excellent officier.

Mais par un juste jugement de Dieu, le roi indigné que cet homme eut plus déféré aux pleurs des siens qu'à son autorité à lui, confirma la condamnation à mort, à la grande surprise de tout le monde. A cette nouvelle inattendue, ce fut une étrange émotion dans cette famille chrétienne, qui perdait son chef, après lui avoir lâchement ravi l'honneur du martyre. Quant à Paul Kiên, après avoir prolesté de rechef qu'il mourait chrétien, il présenta hardiment la tête au bourreau, en demandant pardon à Dieu et aux hommes du scandale qu'il avait eu le malheur de donner.

Deux autres soldats, qui étaient au Quang-binh furent plus heureux. Le commandant du poste les ayant fait comparaître devant lui, pour les forcer à abjurer, ils tinrent bon contre toutes les promesses et toutes les menaces, et furent décapités, à la vue du camp.

Un médecin de la province de Cham, nommé Jean Toan, fut assommé à coups de bâton par les gens de son village, qui déjà auparavant, en 1690, l'avaient chassé de sa maison et du territoire de la commune.

Dans la province du Dong-naï, un chrétien, dont le nom ne nous est pas parvenu, subit jusqu'au bout l'atroce supplice de la faim et de la soif, et remporta ainsi la palme du martyre. On ne saurait que difficilement se faire une idée de l'horreur de ce supplice et de la grandeur des souffrances de ceux qui l'endurèrent pendant cette cruelle persécution. Voici la des*-

criplion que fait d'un de ces malheureux la relation que j'ai sous les yeux.

« Il était si pâle, qu'il ressemblait à un mort ; ses yeux étaient enfoncés dans sa tête et tout languissants ; sa peau était desséchée, comme s'il eût été exposé au feu, et l'ardeur qui lui dévorait les entrailles était si grande, qu'elle lui faisait jeter le sang par la bouche, par le nez et par les oreilles *• » J A l'exception des soldats, qui furent décapités, tous les martyrs de cette époque subirent, dans toute son horreur, cet affreux supplice. Mais parmi ces héroïques patients, aucun ne laissa dans la mission de Cochinchine un souvenir aussi vivace qu'une femme nommée Agnès, qui subit courageusement cette épreuve, en compagnie de plusieurs de ses parents. Un poète chrétien a chanté, en très beaux vers, ses souffrances, et aujourd'hui encore, vous entendez réciter, dans les écoles, ou chanter le soir, aux veillées de famille, la touchante histoire de la mort d'Agnès et de ses compagnons de souffrance '.

Agnès était la sœur de M. Laurent, ce prêtre indigène, dont j'ai parlé plus haut. Arrêtée avec ce prêtre, un autre de ses frères, nommé Dominique , et un de ses cousins, nommé André, ils furent sur leur refus d'apostasier, condamnés tous les quatre, à mourir de faim, et enfermés étroitement dans un cachot, en compagnie de MM. Gouges et Destréchy, nos confrères, que le mandarin avait condamnés au même supplice; ces deux derniers, et M. Laurent, ayant été délivrés, au bout de trois jours, comme je l'ai dit plus haut, le juge adjoignit aux trois confesseurs, qui restaient, un vieux catéchiste, âgé de soixante-dix ans, et un jeune lettré de trente-trois ans.

De ces cinq confesseurs, trois seulement obtinrent la palme du martyre. Tous pourtant étaient entrés avec joie dans leur prison, bien déterminés à souffrir jusqu'au bout pour le nom

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