Je pense que c'est la chrétienté actuelle de Pi-nha-leu
• ' MONSEIGNEUR D'ADRAN (1770-1790) 403
dans lesquelles Tévêque s'installa tant bien que mal, avec ses prêtres et ses séminaristes. Peu de temps après, Nhac, le chef des Tay-son, qui s'était rendu maître de toute la basse Cochinchine, envoya des troupes au Cambodge, pour obliger le roi à reconnaître son protectorat ; il exigea de plus qu'on lui livrât tous les Cochinchinois réfugiés dans le pays ; nouveau péril pour les séminaristes et les gens au service de Févêque. On en cacha, aussi bien que Ton pût, une partie chez les chrétiens, et le vicaire apostolique, remontant la rivière, alla se réfugier avec les autres dans les solitudes du Laos, où il célébra cette année la fête de saint Pierre, son patron.
Retour en Cochinchine (octobre 1989). — Mais le roi de Cochinchine étant rentré dans les basses provinces, et ayant repris Saïgon au mois de septembre, Mgr d'Adran se hâta de retourner au milieu de son troupeau, d'autant que la guerre civile venait d'éclater avec violence dans le Cambodge, et ne promettait aucune sécurité à ceux qui résidaient dans ce pays. Il s'arrêta dans la chrétienté de Mac-bat, et y célébra la Toussaint, à la grande consolation des fidèles.
Pendant cette absence de sept mois, les chrétiens de la basse Cochinchine avaient eu beaucoup à souffrir de l'invasion des Tay-son : beaucoup avaient perdu tous leurs biens, avaient vu leurs maisons brûlées, leurs filles enlevées ; les églises étaient ruinées pour la plupart; les trois prêtres annamites laissés dans le pays, avaient été forcés de fuir et de se cacher dans les montagnes insalubres des Mois, oii ils étaient tombés tous trois sérieusement malades. Quant au P. franciscain, Ferdinand Odemilla, qui s'était refusé à toutes les instances qu'on lui avait faites de s'enfuir avec l 'évêque, il avait été pris à Caî-nhum, ramené à Saïgon, et, après avoir porté un mois la cangue, avait été mis à mort dans la chrétienté de Cho*quan, avec son catéchiste (août 1782).
Le vicaire apostolique, pressentant bien que les [moments
étaient précieux et que Nguyen-anh ne pourrait tenir en Cochinchîne contre une nouvelle descente des Tay-son, se hâta de pourvoir à l'administration des chrétiens, aussitôt aprjbs la fête. Laissant donc à Mac-bat^ M. Liot, avec le collège, il assigna à chacun de ses collaborateurs une portion de la basse Cochinchine à visiter, et leur donna rendez-vous à tous dans les premiers jours do mars 1783. Lui-même se rendit à Saïgon, auprès de Nguyen-anh, pour administrer les chrétiens de la cour et préparer des bateaux capables de tenir la mer, avec de nombreuses provisions, pour subsister Tannée suivante.
Au commencement de mars 1783, tout le personnel de la mission de Cochinchine se trouvait de nouveau réuni à Mâchât: le vicaire apostolique, M. Liot, les deux Pères franciscains et les trois prêtres indigènes. Malgré les. calamités de l'heure présente, ils n'avaient qu'à bénir Dieu du succès de leurs travaux; pendant ces quatre mois, quatre-vingt-treize adultes avaientétéadmisaubaptême, les confessions et les communions se comptaient par milliers, et, ce qui était le plus important, les fidèles, consolés par la visite de leurs Pères spirituels, étaient pleins de courage pour les épreuves et les luttes de l'avenir,
Mouvelle fuite (mars fS^SS). — Déjà les Tay-son avaient repris Saïgon, et s'avançaient dans le sud, pour se saisir du malheureux Nguyen-anh. Il devenait urgent de pourvoir, sans délai, au salut des missionnaires. Le 19 mars, après avoir célébré solennellement la fête de saint Joseph, à Mac-bat, Monseigneur s'embarqua, à Tinsu des chrétiens, avec M. Liot, les deux franciscains et un des prêtres annamites encore malade, M. Paul. Des deux autres, l'un, M. Jean, alla se cacher dans la chrétienté de Lai-thieu, au nord de Saïgon^ l'autre, M. André, reçut l'ordre de se tenir dans les chrétientés de l'ouest, sur Ja frontière du Cambodge, afin de pouvoir s'y réfugier à la première alerte. Il s'établit à Sa-dec.
MONSEIGNEUR D'ADRAN (1770-1790) 405
Mgr d'Adran, lui, ne savait trop où se réfugier avec le collège et ses missionnaires, car tous les pays environnants étaient ravagés par la guerre ; la basse Cochinchine venait de retomber tout entière aux mains des Tay-son, le roi de Cambodge avait été vaincu par les Siamois et emmené prisonnier à Bang-kok; partout le trouble et les horreurs delà guerre. Il n'y avait plus que la mer de libre ; il s'y réfugia avec ^es bateaux, et, pendant près de deux ans, les îles désertes du golfe de Siam servirent de refuge aux 'misérables débris de la mission jadis si florissante de Cochinchine.
Le prélat s'arrêta d'abord cinq jours dans une petite île près de Ca-mau, oii il célébra les fêtes de Pâques. Étant reparti, le mardi suivant, il alla aborder sur un point boisé de la côte, pour y radouber ses barques qui faisaient eau. Il ne se doutait pas que cet endroit fût malsain, des soixante-neuf hommes qui composaient sa suite, tous tombèrent dangereusement malades, à l'exception d'un seul. On perdit, dans ce lieu funeste, deux domestiques et un séminariste de vingt-sept ans, qui, depuis douze ans, avait partagé toutes les vicissitudes du collège. Comme c'était un sujet de grande espérance, Mgrd'Adran parut d'abord accablé de ce coup, qui venait après tant d'autres encore plus terribles. Comme il laissait couler ses larmes auprès du mourant, celui-ci lui dit, avec un sourire angélique : « Pourquoi donc, mon Père, paraissez-vous avoir perdu la constance qui vous est ordinaire? Avez-vous oublié les miséricordes du bon Dieu? Je mourrai demain ou aprèsdemain, et j'irai paraître au jugement de Dieu; ma plus grande confiance est que vous souff'rez ici pour moi^ et que Tétat oij vous êtes est si agréable à Dieu qu'il ne vous refusera pas le salut de ma pauvre âme. Ne vous découragez donc pas; ces peines passeront, et le bon Jésus couronnera enfin vos travaux. » L^évêque raconte lui-même qu'il était si loin de s'attendre à pareil sermon, qu'il n'y put tenir ; il alla s'enfoncer dans les bois, oîi il passa le reste du jour à pleurer sa
faiblesse, et à demander à Dieu le courage de porter en paix sa lourde croix.
Comme ils étaient encore en ce lieu, on vînt leur dire que le roi Nguyen-anh était à une demi-journée de là, et qu'il allait envoyer à Manille pour acheter des vivres et demander du secours aux Espagnols. A cette nouvelle, les deux Pères franciscains, qui appartenaient à la province de Manille, firent lant d'instances, pour profiter de cette occasion de s'en retourner chez eux, que Mgr d'Adran ne put leur refuser cette satisfaction, tout en exprimant des craintes qui se vérifièrent, car ils ne purent s'embarquer et tombèrent entre les mains des rebelles, qui, ayant mis ces deux pauvres Pères à la torture et à la cangue, les ramenèrent à Saigon, et parlaient déjà de les mettre à mort, comme ils avaient fait du P. Ademilla, l'année précédente ; mais les chrétiens s'étant cotisés, les rachetèrent, au prix de mille cinq cent ligatures, ce qui, à cause de la rareté du numéraire, faisait alors plus de deux mille francs de notre monnaie. Ils se hâtèrent de se réfugier au Cambodge. Ayant été repris une seconde fois, ils purent s'établir à Sa-dec, d'où ils administrèrent les chrétientés voisines.
Voyage à Siam (décembre 1983). — Cependant le roi de Cochinchine venait d'éprouver une dernière défaite, qui avait entièrement accablé son parti. Mgr d'Adran, voyant que tout espoir de rentrer dans la basse Cochinchine était perdu, au moins pour longtemps, et que le Cambodge n'offrait aucune sécurité, se décida à passer à Siam, pour essayer de rétablir le collège à Chantabun, où il avait déjà subsisté en 1666, et après s'être déchargé de ce soin écrasant, à s'embarquer luimême pour la haute Cochinchine, puisqu'il ne pouvait plus travailler dans la basse.
Le roi de Siam permit au vicaire apostolique d'établir son séminaire à Chantabun, sous la direction de M. Liot ; mais,
comme il était en guerre avec les* rebelles de Cochinchine, il se refusa à le laisser rentrer dans ce pays. Que faire? Mgr d'Adran ne pouvait se rendre à Tourane avec son bateau exclusivement monté par des Cochinchinois ; c'eût été livrer ces malheureux au bourreau ; d'un autre côté, la mousson était trop avancée pour descendre h Malacca, et de là s'embarquer pour Macao. Il ne lui restait donc qu'à se promener encore un an sur les flots, comme le héros de l'Odyssée. Au mois de janvier 1784, il errait, avec une partie de ses gens, à travers les îles et le long des côtes du golfe de Siam, sans trouver un seul endroit sûr, où il pût se réfugier seulement un mois ou deux.
Rencontre avec le roi de Cochinchine (janvier 19S4).
— C'est alors qu'il fit la rencontre du roi Nguyen-anh, lui aussi fugitif et réduit à la dernière extrémité. Ce prince n'avait plus avec lui que six ou sept cents hommes, un grand bateau tout délabré et une quinzaine de barques ; en outre il manquait de vivres, et ses gens étaient réduits à ramasser des coquillages sur la côte, ou à fouiller dans les bois, pour y déterrer des racines sauvages. L'évêque fut touché de compassion à la vue d'une pareille infortune ; bien que très gêné lui-même, puisqu'il tenait la mer depuis plus de dix mois, il partagea généreusement avec le prince les dernières écuellées de riz de la mission, et lui sauva la vie.
Il fit plus : pendant les quinze jours qu'il passa auprès de lui, il essaya de remonter son courage, en lui conseillant de demander du secours à la France, démarche qui devait aboutir à lui faire rendre le trône de ses ancêtres, et même à le faire régner un jour sur tout|rAnnam, Cochinchine et Tong-king réunis, ce qui n'avait encore été donné à aucun de ses prédécesseurs.
L'infortuné roi n'en demandait pas tant, à cette époque ; il eût été heureux qu'on lui assurât la possession paisible de
la basse Cochinchine. Dans' cette vue, il s'était adressé au roi de Siam, son ancien allié ; mais les rois détrônés n'ont plus guère d'amis, aussi bien en Asie que dans notre Europe qui so dit civilisée. Le roi de Siam faisait de grandes promesses ; au fond, il se promettait d'intervenir en basse Cochinchine pour son compte, et do reprendre pour lui le protectorat du Cambodge et des provinces du Dong-naï que Siam avait eu autrefois.
D'un autre côté les Hollandais de Batavia, les Anglais de l'Inde, les Portugais de Malacca, les Espagnols] des [Philippines, avaient fait au prince fugitif des offres de services ; mais tous cherchaient à vendre leur concours très cher, et le roi détrôné comprenait qu'une fois les étrangers établis en Annam, c'en était fait de l'indépendance de son pays. Il hésitait donc, entre ces terribles protecteurs; dans son anxiété, il examinait toutes les chances, et demandait à l'évêque d'Adran des renseignements sur ces différents peuples^ qu'il ne connaissait guère que de nom.
Et la France? Il ne paraît pa^s que le prince y pensât; peutêtre même ignorait-il son existence, car, dès ce temps-là, une politique coloniale insensée avait détruit le prestige de notre pays dans l'Extrême-Orient. Mais l'évêque d'Adran était Français, il aimait son pays et il comprenait quels avantages pourrait avoir une intervention armée en faveur du roi de Cochinchine. Comme évêque, il redoutait de voir les Anglais protestants, les Hollandais calvinistes mettre le pied dans ce pays et créer peut-être pour l'avenir de grandes difficultés à l'apostolat cathoUque. Mgr d'Adran ne pouvait donc qu'engager le prince détrôné à s'adresser à une nation généreuse, qui n'a pas coutume de trafiquer du sang de ses soldats, et de vendre aux peuples opprimés les services qu'elle leur rend.
Nguyen-anh, à peu près décidé par la parole chaleureuse de l'évêque, voulut pourtant essayer d'abord de l'expédition que le roi de Siam promettait de faire en sa faveur cette
MONSEIGNEUR D'ADRAN (1770-1790) 409
année-là ! D'ailleurs, il était trop tard pour passer en France, avec la mousson contraire. Le roi se retira donc à Siam, en donnant rendez-vous à Tévêque, pour la fin de Tannée. D'après Tétat des affaires, 41 se déciderait alors. Mgr d'Adran, avec ses gens, se retira dans l'île de Pulo-way, assez éloignée de la terre ferme (soixante lieues), pour qu'on n'eût pas à craindre de visites importunes.
Séjour à Pulo-l^ay (19841). —Du commencement demars aux premiers jours de décembre 1784, l'évêque d'A.dran, n'ayant plus avec lui qu'un prêtre indigène, M. Paul, et les gens de son bateau, se reposa un peu de ses long voyages. Il employa ce temps à composer pour l'utilité des chrétiens des instructions familières pour tous les dimanches et les fêtes de Tannée, à traduire le livre des Quatre Fins de r homme et les Méditations de Dupont. C'est ainsi que ne pouvant plus évangéliser en personne son troupeau, l'homme apostolique employait ses loisirs forcés à lui préparer la pâture spirituelle.
Ce séjour de ueuf mois au milieu ^d'une île déserte, dans laquelle il ne recevait la visite que de quelques pigeons ramiers et de nombreux oiseaux de mer, fut comme une oasis de fraîcheur et depaix, danslavie si agitée de l'évêque d'Adran, et il en garda toujours un délicieux souvenir : « Cette île, écrivait-il quelque temps après, a environ une lieue de long sur une demi-lieue de large, et on peut la regarder à tous égards comme un endroit enchanté. Si je ne me croyais destiné à beaucoup d'autres travaux, pour l'expiation de mes péchés, je serais trop heureux d'y passer le reste d'une vie qui, après tant de travaux, aura vraisemblablement un triste dénouement. »
Après avoir fait radouber soigneusement son petit bateau, l'évêque d'Adran quitta Pulo-way, au commencement de décembre 1784, pour aller s'aboucher de nouveau avec le roi Nguyen-anh. L'année avait été malheureuse pour ce prince. Il
était rentré en basse Cochinchine, avec Tarmée siamoise qu'on lui avait promise, mais les généraux n'avaient cherché, sous son nom, qu'à piller ses sujets, et finalement, s'étaient laissé battre par les Tay-son. Le prince, n'espérant plus rien de la duplicité du roi de Siam, était déterminé à se jeter dans les bras de la France. Il confia à l'évêque d'Adran son jeune fils, le prince Canh, alors âgé de cinq ans et demi, avec le grand sceau du royaume de Cochinchine, pour l'accréditer auprès des ministres du roi Louis XVI, le chargeant de conclure, en son nom, un traité d'alliance avec ce prince, et d'en obtenir des secours.
Le prélat descendit aussitôt à Malacca, où il arriva le 19 décembre, et de là s'embarqua pour Pondichéry avec son intéressant pupille. A la fin de février 1785, il arriva dans cette ville, où il avait laissé, on doit se le rappeler, d'excellents souvenirs.
Mg^r d'Adran accusé ù, Rome. — Cependant il n'était pas encore décidé à passer en France, et le 22 mars il écrivait de Pondichéry aux directeurs du séminaire de Paris, pour leur recommander son pupille et leur apprendre qu'il n'attendait que l'occasion de se rendre à Macao^ et de là rentrer dans la haute Cochinchine. D'où pouvaient provenir de pareilles hésitations, dans un esprit si net et un caractère si ferme ? C'est ce qu'il faut expliquer ici.
Mgr d'Adran avait été accusé à Rome*, et il le savait ; il n^ignorait pas que plusieurs de ses confrères, mal instruits des circonstances, blâmaient sa conduite; lui-même était rempli d'anxiété et ne savait en conscience à quoi se résoudre ; voici pourquoi.
Une des choses que le saint-siège a toujours recommandées le plus instamment à tous les ouvriers apostoliques, c'est de ne jamais s'immiscer, sous aucun prétexte, dans les questions politiques, et de s'occuper uniquement de prêcher l'Évangile
MONSEIGNEUR D'ADRAN (i770-1790) 4H
à tous, sans s'attacher à aucun parti, de peur de rendre leur ministère odieux et stérile aux peuples qu'ils sont venus évangéliser. Mgr d'Adran se demandait, avec angoisse, s'il n'avait pas déjà contrevenu à ces sages dispositions, et si, en demandant à la France des secours pour rétablir les Nguyen sur le trône, il n'allait pas contre les intentions du souverain pontife. Ne se devait-il pas également à tous? Pourquoi, en faveur d'un prince païen, compromettre son ministère et peutêtre celui de ses missionnaires auprès des Tay-son, qui occupaient la plus grande partie de son vicariat?
Avait-il bien le droit, lui, évêque missionnaire, envoyé par le saint-siège dans ces contrées lointaines, de quitter son poste pour plusieurs années, à la poursuite d'un but exclusivement politique et bien difficile à atteindre? N'eût-il pas mieux valu, dès le commencement de cette révolte des Tay-son, accepter les faits accomplis, et s'occuper simplement des intérêts religieux des Annamites, sans s'inquiéter de savoir sous quel drapeau ils combattaient ?
D'un autre côté, il voyait de grands avantages pour la religion à s'occuper des affaires du roi légitime de Cochinchine : ce prince paraissait bien disposé ; il confiait son fils aux soins de Tévêque, en le chargt^ant de son éducation. N'y avait-il pas de justes motifs d'espérer que ce jeune prince élevé chrétiennement ne devint un jour pour son peuple un nouveau Constantin, et ne procurât ainsi la conversion de toutl'Annam?
Pouvait-on d'ailleurs, au point de vue religieux, faire fond sur les Tay-son? C'était des rebelles, des hommes perdus do crimes, des persécuteurs qui en voulaient à la religion d'une haine implacable. Tout récemment, ils venaient de publier deux édits pleins d'injures et de menaces contre le christianisme*. Ils avaient, à plusieurs reprises, chassé les missionnaires de la basse Cochinchine, les avaient mis à la cangue et
h Voir aux pièces justificatives.
ï^pç^.
battus de verges*, les avaient traînés à la suite de leurs armées et forcés de se racheter à grand prix*, les avaient fait mourir'. Ce n'était pas Tévêque qui refusait d'aller à eux et de leur prêcher TÉvangile ; les missionnaires, en haute Cochinchine, continuaient, malgré les persécutions, à exercer leur apostolat de charité auprès des fidèles soumis à leur tyrannie, mais il était évident qu'il n'y avait rien à attendre des Tayson que la persécution et la mort, et, dès lors, le seul moyen de servir la religion et de préparer peut-être la conversion du pays, n'était-ce pas d'aider le prince légitime à remonter sur son trône? Fallait-il négliger de pareils intérêts, à cause du scandale pharisaïque de quelques malheureux, qui avaient de trop bonnes raisons pour en vouloir au vicaire apostolique, dont la sage fermeté les gênait?
Au milieu de toutes ces hésitations qui torturaient sa conscience délicate, Mgr d'Adran reçut le secours du côté d'où il pouvait le moins l'attendre. Des religieux travaillant dans sa mission et mécontents de sa juste sévérité, l'avaient accusé à Rome ; leur procureur, qui résidait à Macao, crut devoir écrire à la Propagande, pour le justifier et le défendre contre d'indignes calomnies.
Je vais donner presque en entier une traduction de cette longue lettre. Elle fait trop d'honneur à celui qui l'a écrite, elle justifie trop bien l'illustre accusé, pour qu'on puisse passer sous silence an document si important*.
Lettre du R. P. procureur des missions à Macao, à la Sacrée Congrégation delà Propagande (1783).
«... Vous avez sans doute été surpris d'apprendre la fuite des missionnaires européens de la basse Cochinchine, et l'on ne voit pas tout d'abord les raisons de cette fuite, les ennemis