PASSAGE DES « LUISIADES » RELATIF AU ME>KONG
A travers les plaines du Cambodge, coule le fleuve Mécon, le souverain des eaux. Grossi du tribut qu'il reçoit en été de mille autres rivières, il s'enfle comme le Nil, et couvre au loin les campagnes. Les habitants de ses rives croient que les animaux ont aussi leur Tartare et leur Elysée.
Fleuve secourable, un jour, tes bords hospitaliers sauveront du naufrage un poétique trésor déjà trempé de Tonde amère, seul débris échappé aux écueils d'un océan perfide, aux tempêtes, aux dangers sans nombre, à toutes les misëres qui accableront cet exilé, dont la lyre harmonieuse aura plus de gloire que de bonheur.
Mais admire avec moi les rivages de Ciampa, chargés de forêts odoriférantes, la Cochinchine encore peu renommée, et Tanse inconnue d'Aïnam ; la Chine enfin, où l'abondance verse à- pleines mains des trésors. Ses vastes domaines s'étendent de l'ardent tropique à la zone glacée. (Chant X®, CXXVII à GXXX.)
LETTRE DE NAQUE PRAUNCAR, ROI DU CAMBODGE, AU R. P. GARDIEN DES FRANCISCAINS DE MALACCA *.
Reconnaissant les nombreux et bons services qu'ont reçus des Portugais les seigneurs rois, mes prédécesseurs, et que j'espère recevoir dans le présent, afin qu'on ne puisse pas
1. Chapitre P^ — Rapports des rois du Cambodge aveales RR. PP. Franciscains portugais. — P. 221-246.
dire que l'oubli de cette dette est entré dans mon esprit, j'ai eïivôyu, aussitôt que j'ai accepté la couronne royale, celte ambassade, à une époque où les grandes guerres auraient pu y mcllre obstacle et où j'avais besoin des personnes qui la composent : par là je veux signifier combien j'estime l'amitié de cette ville, aussi bien pour veiller à ce que je dois, que pour ualrolenir avec elle les rapports qu'entretenaient nos prédécesKcuis; je demande à présent à cet ordre et maison d'entrer avec moi en relation, et de prendre le soin de recommander à Dieu ks choses de ce royaume, de même qu'ils le faisaient au temps du roi mon père et seigneur, et qu'il m'envoie des religieux, car ceux de cet ordre ont été les premiers qui sont venus enseigner leur doctrine en mon royaume, et lorsque j'élais enfant, j'ai communiqué avec eux, et j'ai toujours^ eu pour rux beaucoup d'affection; donc cette chrétienté est la leur de plein droit : et puisque mes ancêtres ont joui de ce bien, je veux en profiter, avec d'autant plus de raison que je dois a ces religieux ce que je suis, et si j'ai un grand intérêt à les demander, ils ont l'obligation de venir et de porter leur altenlion sur mes affaires. Je leur promets de construire des iemplos dorés et de leur donner mes deniers pour tout ce qu'ils voudront : et je demande qu'ils ne manquent pas de venir pour la consolation des chrétiens qui sont ici, et qui m'ont domaudé avec grand empressement de les faire appeler, puisque j'ai été si peu heureux que celui qui venait a été tué par les Jaos (Javanais), ce que j'ai beaucoup regretté, d'autan L plus que je n'ai pu en réclamer satisfaction ; mais je promets de venger cette offense, aussitôt que le royaume sera tranquille et que les guerres seront terminées; je suis désolé do ce fait, et je demande à cette maison et ordre d'intercéder pour (| ne mes richesses qui sont à Malacca me soient renvoyées. Très révérend père Custode que Dieu vous garde.
PROVISION DU MÊME ROI AUX PP. FRANCISCAINS POUR LEUR PERMETTRE DE RÉSIDER DANS SON ROYAUME.
Moi Prauncar, roi du Cambodge, j'accorde aux religieux de Tordre de Saint-François, de la province de Malacca, pouvoir, liberté et autorité; parce que, dès mon enfance, j'ai acquis amour et affection pour les mœurs de leur religion, et pour cette raison, pressés par nos prières, ils sont venus de Malacca dans nos royaumes évangéliser les chrétiens qui y vivent, et pour prêcher et enseigner leur sainte loi à ceux qui voudront Taccueillir de bonne volonté, et afin que, de ma part, la faveur nécessaire ne leur fasse pas défaut, à cet effet j'ai ordonné de leur délivrer la présente, après l'avoir fait apprécier et approuver par mon conseil et sceller de mon sceau royal. Premièrement,j'accorde auxreligieux de Saint-François, pleins pouvoirs pour que dorénavant ils puissent baptiser toute personne du Cambodge, du Java, du Champa, et autres de quelque nation, condition et état qu'elles soient, dans mes royaumes, sans perdre pour cela dignité de personne ou charge d'offices qu'elles tiennent, de manière qu'elles restent dans les mêmes conditions, où elles se trouvaient quand elles étaient païennes. Item^ j'accorde auxdits pères entière juridiction sur les chrétiens, aussi bien sur ceux qui le sont déjà, que sur ceux qui le deviendront par la suite, encore même qu'ils soient mes esclaves ou des geîis de ma maison royale pour qu'ils puissent être forcés par des châtiments et des peines à garder leur loi, en toute partie de nos royaumes où ils se trouveront. Item^ je mande que pour tout esclave qui voudra se faire chrétien, son maître ne puisse pas Ten empêcher, et s'il l'empêchait, on pourrait le lui retirer par justice, en lui payant le prix fixé par le prêtre et un mandarin, et si le maître permet
f|ue Tcsclave reste à son service étant devenu chrétien, il sera fi)rc6 de lui donner toute liberté pour remplir toutes les oblifl^aLîoQS de chrétien et aller à l'église les jours de fête.
!ttm, j'ordonne à tous mes parents et princes de mon royaume et conseil, qu'ils estiment et vénèrent les dits prêtres tïo Saint-François, avec le même respect qu'ils le font avec nos samçaraches.
liem^ je promets de faire construire aux dits prêtres des églises dorées, aussitôt que les guerres le permettront.
fiemj je promets de plus, de donner aux dits prêtres toutes k-a fournitures de riz, sel, chandelles et gens de service. .
Iterrij j'accorde la sûreté aux délinquants de mon royaume, du moment où ils se réfugieraient dans les églises des dits pnHres, et les exécuteurs de ma justice ne pourront pas les en reliier. Tout ce qui est contenu ci-dessus, je l'accorde aux prêtres de Saint-François de Malacca et je veux que cela soit vnlable pour toujours. En foi de quoi nous avons ordonné que la présente fût scellée de notre sceau royal. Donné à Siristrol, elc.