LI-TTRE DU MEME ROI AU P. GARDIEN DU COUVENT DE MALACCAi
Par mes ambassadeurs, j'ai reçu réponse à une lettre que j'avais écrite à cet ordre; j'ai reçu également une autre réponse accompagnant le présent fait par les religieux, et toutes l(?s deux étaient remplies de nombreuses marques d'amour cl de bonne volonté que cet ordre témoigne à mon égard» ce fpii m'engage à lui donner, pour ma part, toute la faveur néc Dssaire à la chrétienté de ces royaumes ainsi que je Vai accordé par ma lettre royale à cet ordre, avec toutes les condilion& que le père Antoine m'a demandées; si de nouvelles
faveurs étaient nécessaires, je les accorderais de bonne grâce,, et si je ne les ai pas mises en œuvre de suite, ce n'a pas été par ma faute, mais par le fait des guerres qui me Tontdéfendu; mais tout étant tranquille et pacifié, je donnerai accomplissement à ma parole royale.
J'envoie c'ette ambassade au vice-roi; tout est recommandé à votre sagesse, s'il vous semble bien que mes ambassadeurs passent, ils le feront, et si votre avis est qu'ils attendent en cette ville la réponse, ils agiront de la sorte, en envoyant eu tout cas les lettres à Goa. Ce que je demande dans cette lettre, c'est que le vice-roi. m'accorde ce qu'il a accordé à d'autres rois de cet archipel, qui ne m'égalent pas dans les désirs et la volonté de servir cette ville ou état. Que V. R. m'aide de ses lettres, et puisque tous les serviteurs de Dieu qui m'appartiennent ont été convertis par les vassaux du roi de Portugal, il est juste qu'il me fasse son frère. Et en ce qui concerne l'île pour y construire la forteresse, je ne me trouve pas en état d'en payer les frais. Si l'argent est envoyé de là-bas, on pourra la construire. Mes royaumes sont à cet ordre, il pourra s'en servir comme d'une chose à lui. Mon révérend père Custode, n'oubliez pas d'écrire au vice-roi au sujet du jonc et des marchandises qui m'ont été confisquées dans cette forteresse, c'était un catif à moi qui s'y rendait comme capitaine. Que Dieu vous garde. Donné à Sirîstrol.
LETTRE DU ROI NACQUI SUMADAY PERAORACHYONCAR AU P. GARDIEN DU COUVENT DE MALACCA
Le père Custode de Saint-François de la ville de Malacca m'a envoyé une lettre, par le père Jacoijae de Cauceioao, dans la-
m PIÈGES JUSTIFICATIVES
quelle il disait que le même père resterait avec moi dans mon royaume, pom' que je le reçoive de la même manière que mon frbro recevait tous ceux qui se trouvaient auprès de lui, ce qui m'a beaucoup réjoui, et j'ai toujours traité les Pères de Saînt- Frauc^ois avec le même amour que mon frère leur témoignait; h présent, je remercie beaucoup V. R. de m'avoîr envoyé le frère Jacome de Canceicao, parce qu il est très tranquille et très ami de la paix, et il a apaisé beaucoup de désordres entre les Portugais et les Japonais. Depuis qu'il est arrivé, il a baptisé quarante personnes, ce dont je suis très satisfait, et je lui donne la permission de baptiser tous ceux qu'il pourra, par louL mon royaume.
Donné dans ma cour, le 20 octobre 1612. Il sera donné au père Custode un cierge de cire et deux dents d'ivoire, pour le bc'ïiélice de son couvent.
LE POÈME d'aONES (TRADUCTION LITTÉRALE) '
Le martyre d'Agnès.
llciireux présage ! en l'année Canh-thân, sous la dynastie des
Ilan, Lu Fils de Dieu s'incarna pour le salut des hommes. Dans ie royaume d'Annam, ce Dieu saint et clément Fil l»rî[ler le flambeau de la foi, grâce inestimable ! Il ;- eut alors un homme vertueux nommé Lam, Dont ta famille religieuse fut la gloire d'Annam. 11 reçut au baptême le nom de Charles ; Il naquit à Lâm-tuyên dans la province de Diên-ninh.
1 , Chapitre iv, page 347-377. . ; ;
Son épouse se nommait Elisabeth ;
Ils furent pendant leur vie le modèle de toutes les vertus.
Ils donnèrent le jour à douze enfants dociles,
Sept garçons et cinq filles; quelle heureuse famille !
Tous se distinguèrent par leur piété filiale ;
L'aîné reçut le nom de Laurent;
Ses parents le consacrèrent au Seigneur.
Ses vertus et ses talents relevèrent au sacerdoce.
Il soigna avec zèle les chrétiens du pays.
Son père en ressentait une joie ineffable.
Parmi leurs filles, Agnès est digne d'attention.
Elle fut le huitième enfant, et un modèle de vertu.
Depuis son enfance jusqu'à sa mort,
Elle se distingua toujours par sa modestie, son humilité et sa
douceur.
A peine arrivée à son seizième automne, Le Seigneur la sépare de sa mère qu'il reçoit dans son sein. Agnès répand alors des flots de larmes, et dit : « Ma mère n'est plus, quoique jeunes nous sommes orphelins. Je prendrai soin des trois plus jeunes enfants, |
Et pourvoirai aux besoins de mon vieux père. » Lorsqu'Agnès fut parvenue à l'âge de dix-neuf ans. Son père pensa alors à l'établir.
Agnès dans Tanxiété et douleur de son cœur. Disait en soupirant : « A quoi bon s'occuper d'une fille ; Néanmoins, ô mon père, votre volonté sera la mienne. Dieu soit béni, reprit le vieillard, je vais donc te marier. » Il s'occupe dès lors de son établissement. Marc fut choisi pour son époux.
Et ils furent unis par le lien du mariage. ^
Ils eurent de leur union deux enfants, 1
Tous deux distingués par leur vertu et leur prudence. Barnabe fut l'aîné et Paul le cadet.
Agnès était âgée de vingt-huit ans,
Lorsque son père la quitta pour visiter le sol natal.
Elle soupirait après le moment de son retour.
Qui leut pensé? Elle apprend que son père n'est plus.
Agnès en a le cœilr navré de douleur,
Elle prie pour ses parents avec piété et ferveur.
« Mon frëre aîné est occupé des fonctions du sacerdoce,
Je suis mariée, qui soignera mes plus jeunes frères? »
Elle prend aussitôt la résolution d'écrire à son frère.
u Laurc nU Révérend Père, reviens pour me conseiller. »
Le pieux Laurent reçoit la lettre,
Et deux ruisseaux de larmes s'échappent de ses yeux.
Il dit : a Ingrat, j'ai violé le devoir d'un bon fils ; »
Puis il prépare l'autel et offre le saint sacrifice;
La messe achevée, il rend grâces au Seigneur;
1! part pour son pays, il est pâle, son cœur est agité.
Le souvenir de ses parents s'offre toujours à son esprit;
Il vient pour secourir et conseiller sa sœur.
Agnès en le voyant tressaille de joie,
ic Enfin le voilà de retour; comment ferons-nous?
Pendant ces dix ans, où as-tu habité?
la sœur pensait toujours à toi, enfin tu arrives. »
Lanrent console ses frères avec zèle :
(( Soyez sages, dit-il, et vivez tous en bonne harmonie*
Il fait ensuite le partage des biens.
Je consacre ma portion d'aîné au soulagement de l'âme de notre père.
J*ai égalisé tous les lots à chacun;
La maison paternelle est due au plus jeune;
Vives! chrétiennement, observez la religion.
Agnès, ma chère sœur, conserve la vraie félicité, w
Les six frères prennent ensemble la résolution
D^aller à Dông-nai chercher les restes de leur père.
Parcourant peu à peu diverses provinces,
Us apportent à Dièn-ninh la dépouille mortelle.
Ils Tensevelissent, puis chacun se sépare.
Laurent fait de pieuses exhortations à sa sœur.
« Il y a dans la famille des garçons et des filles,
Mais j'eus toujours pour toi une plus grande amitié.
Observe fidèlement les dix préceptes de Dieu.
Ne les viole jamais, résiste aux tentations. »
Agnès soupirant, dit : « 0 mon Père,
Le chrétien vit au milieu du monde.
Comment après avoir quitté cette terre,
Mon âme séparée de son corps irait-elle droit au ciel? >.
Laurent lui donne de nouveaux motifs de consolation.
« La vierge la plus sainte n'est point impeccable,
Le cénobite et l'anachorète même.
Peuvent tomber et devenir inconstants.
Bien plus heureux est le sort de l'enfant baptisé ;
Son âme s'envole au ciel, comme un astre brillant.
Il en est ainsi du martyr, ou de celui qui, en prison
Meurt pour la foi ; ils vont jouir du même bonheur. »
Agnès, assise auprès de son frère, prend la parole.
Elle fait un récit, elle gémit, et ne peut se séparer de lui.
« Vos pieux discours, vos paroles de feu,
Embrasent mon cœur du désir du ciel;
Heureuse s'il m'était donné d'entrer en lice.
J'affronterais le danger, et peut-être remporterais la palme. »
L'affection d'Agnès retarde le départ de son frère.
Laurent lui dit adieu et repart aussitôt.
A peine arrivé à Binh-khuong et pris quelque repos.
Il donnait tous ses soins aux chrétiens du lieu.
Lorsque tout à coup, ô prodiges dans le ciel et sur la terre !
Il apprend que le chrétien courageux doit combattre.
Au commencement de l'année Canh-thin,
Nguyen-minh, roi du pays, donne un édit :
Il fait connaître à tous ses sujets
Que quiconque adorera l'idole de Phât sera bien traité,
Mais quo T adorateur opiniâtre du Dieu du ciel,
Qui ne s'amendera pas, sera certainement puni.
Qui IVùt cru ! un homme perdu d'honneur,
Dont le cœur était ulcéré par la haine, accuse Agnès.
« Les ordres du roi, dit-il, sont positifs et sévères,
Pourquoi les méprisez-vous si opiniâtrement? »
Cela dit, il va au prétoire, présente Tacte d'accusation.
Cet écrit expose avec clarté les divers griefs.
Voici Taccusation :
« Salut, j'accuse ici en termes clairs. Trois pta^sonnes rebelles au roi et aux lois, Leur nom est Agnès, Marthe, et Dominique; Ils méprisent la religion de Phât, et violent les lois du pays. Nous ne* pouvons les souffrir, Car ils unissent leur cœur et leurs forces Pour ne faire aucun cas des usages et des édits du royaume. Ils suivent la religion du Dieu du ciel,
Et dédaignent le culte de leurs ancêtres qui est celui de Phât. Celte roUgion est contraire à toutes nos coutumes, Et sadocUine n'est appuyée sur aucun fondement. Pourquoi ne pas arrêter un tel désordre ? Ces sectaires sont en outre des gens sans aucune étude ; Leur intelligence est au-dessous des choses profondes; Je supplie les mandarins d^examiner eux-mêmes; Je ne suis qu'un homme vil, je remets tout à leur sagesse;
Tel est mon placet. »
L^âcte d'accusation était clair et précis. Le préfet fait appeler les soldats et leur ordonne D'arrêter Agnès et les deux autres accusés. Agnès et Dominique se présentent au prétoire; Marthe, incapable de supporter les tourments, Cherche son salut dans la fuite.
Le ju°^e interroge les deux accusés avec soin : i,i Yous n'avez qu'un mot à dire,
Renoncez à votre religion du Dieu du ciel,
Suivez celle de Phât, foulez aux pieds cette croix,
Et votre péché i^era aussitôt pardonné.
Sinon, je voiis fais mourir, et votre corps sera jeté à la voirie.
Le roi de ce pays est un prince vertueux et éclairé ;
Jusqu'ici personne n'a pratiqué cette religion du ciel.
Elle est certainement une religion fausse. .
Abandonnez-la, je vous renvoie absous,
Autrement je vous fais mourir et vous prive de la sépulture.
Votre bonheur est vain, et votre péôhé est grand. »
Agnès lui répond avec calme :
/[( N^ous observons la loi de Dieu, qui est notre Père,
C'est la véritable voie, elle n'est point erronée.
Comment pourrais-je être ingrate envers un tel bienfaiteur?
En deux mots; pardonnez ou condamnez, à votre volonté ;
La mort m'est préférable, lé Ciel sera ma récompense.
Ou la vie ou la mort, ordonnez ce que vous voudrez;
Semblable à un rocher, mon cœur est inébranlable. »
Le juge ne voulait point répandre le sang du peuple.
Il dit : « A quoi bon pour une femme fatiguer nos soldats ?
Qu'on les mette tous les deux en prison pour un temps,
On nous les livrera lorsque nous le jugerons à propos. »
Agnès et Dominique sont mis en prison.
Plusieurs jours s'écoulent, on ne les livre point, ils s'attristent;
Ils demandent à Dieu le secours nécessaire
Pour demeurer fermes, si on les retient encore longtemps.
Agnès exhorte Dominique à ne pas s'affliger :
« Courage, mon frère, nous sommes nés de mêmes parents.
Nous n'avons qu'une même origine, mourrons ensemble !
Dieu sera notre récompense dans le même séjour. »
Ces paroles achevées, Laurent arrive.
Il a appris qu^ils sont condamnés à mourir,
Il vient les visiter et les consoler ;
11 désire aussi mourir avec eux.
< Issus d'un même sang, qu'il est doux de mourir ensemble ! Que Dieu nous rende fidèles à sa grâce et nous fortifie. Nous sommes frères, n'ayons qu'un même but. Vivre et mourir avec vous, Agnès, ah ! quel plaisir ! Désormais nous suivrons tous la même route ; Courage, soyons constants dans la même destinée. » Agnès conservant le calme et la paix, Dit k son frère : « Écoute-moi, ne te fais pas illusion ; La religion est persécutée dans ce royaume ; Les chrétiens deviendront tièdes et négligents ; Et tu prends la résolution de mourir avec nous? N'en doutes pas, les chrétiens égarés oublieront la loi de Dieu. Il est beaucoup mieux de rester avec eux, Alin de prendre soin de leur âme; Tu pourvoiras surtout aux besoins de nos neveux Et nos jeunes frères auront en toi un père. C/est pour cela que Dieu, dans ses secrets desseins, Te favorise; tu n'es pas chargé de fers, pourquoi t'en affliger? C/est le Seigneur qui te rend le mandarin propice; Il ne t'arrête pas; tu peux encore prendre ton parti. Lorsque je serai dans le beau ciel étoile. Je prierai Dieu de t'introduire dans ce lieu de délice. » Alors Laurent, fondant eh larmes, lui dit : « Afi ! ma tendre Agnès, comment pourrais-je être en paix? Encore un instant, la sentence du jugé aura tout décidé. iSe te fc^che point, Agnès, n'augmente pas ma douleur; En te perdant il ne me reste plus aucun repos. ilotte occasion manquée, je n'en trouverai jamais de semblable. »
Voiei la lettre d'avis du provicaire de la mission; Les missionnaires étrangers assemblés ont dit : (t Désormais les chrétiens seront dans l'affliction : Xf>ns no pouvons les soigner, ni les consoler, l'artoiii ils sont abandonnés et orphelins,
PÏÈCES JUSTIFICATIVES 505
Nous sommes étrangers, nous n'avons point la figure indigent.
Pourquoi, Laurent, voulez-vous affronter la mort?
Le mandarin vous favorise, il désire quelque présent;
Vous êtes prêtre cochinohinois.
Destiné à soigner les fidèles dans les temps difficiles,
Pourquoi vouloir cueillir la palme du martyre?
A quel autre confierai-je les chrétiens du royaume ?
Qui pourrai-je trouver pour me servir d'appui?
J'ai écrit cette leltre pour vous donner mes avis. »
On remet à Tinstant la lettre d'instruction de Tévêque ;
Son contenu est fidèlement exposé, il dit :
« Au nom du Dieu souverain, juste et tout puissant,
Du souverain pontife, dont je suis le vicaire,
Que la grâce de Dieu soit avec le prêtre Laurent, salut.
Le Rédempteur des hommes les enseigna d'abord
Avec soin, pendant trois ans, puis se livra à la mort;
A présent, vous, Laurent, avez résolu fermement de mourir ;
Vous abandonnez les chrétiens; qui les consolera?
La figure des Européens les oblige à se cacher çà et là.
Nous confions les cl^rétiens à votre vigilance.
Pourquoi vous hâter d'aller vers le Seigneur?
Qui enseignera désormais aux chrétiens la voie du salut?
Nous remettons entre vos mains Jes chrétiens d'Annam;
Mais si vous êtes sourd à mes avis.
Réfléchissez sérieusement, et obéissez aux secrets desseins de Dieu.
Nous vous exhortons à vivre au milieu des chrétiens,
Jusqu'au dernier terme de ces temps orageux ;
Aidez-les; une pluie abondante répare les maux de la sécheresse.
Secourez noire peuple jusqu'à la fin de ses tribulations.
Que la grâce du Seigneur vous éclaire et vous fortifie. »