MANIFESTE DES TAY-SON CONTRE LES FRANÇAIS VENUS EN COCHINCHINE
Vous tous, grands et petits, depuis plus de vingt ans ne cessez de subsister par les bienfaits de notre famille. Il est vrai que, pendant tout ce temps, si nous avons remporté des victoires dans le nord et dans le sud, nous reconnaissons que nous les devons à l'attachement de ces deux provinces. C^est là où nous avons trouvé des hommes courageux et des mandarins capables, pour former notre cour. Partout où nous avons porté nos armes, nos ennemis ont été défaits et dispersés : partout où nous avons étendu nos conquêtes, les Siamois et les cruels Chinois ont été obligés de subir le joug... Quant aux restes impurs de l'ancienne cour, depuis plus de trente ans avons-nous jamais vu qu'ils aient rien fait de bien ? Dans cent combats que nous leur avons livrés, leurs soldats
ont été dispersés, leurs généraux mis à mort; la province de Gia-dinh a été remplie de leurs ossements. Vous avez été témoins de ce que nous disons, et, si vous ne Tavez pas vu de vos propres yeux, au moins Favez-vous entendu de vos oreilles. Quel cas faire de ce misérable Chung* qui s'est enfui dans les malheureux royaumes d'Europe? Quant au peuple timide de Gia-dinh, qui ose aujourd'hui se mettre en mouvement et lever une armée, pourquoi le craignez- vous tant? Pourquoi votre cœur est-il saisi d'effroi ? Si leur armée de terre et de mer s'est présentée dans vos ports, et s'en est emparée dans un temps où vous ne vous y attendiez pas, le grand empereur nous en a déjà fait connaître les raisons par lettres, et nous avons vu que les mandarins, les soldats et vous tous, dans ces deux provinces, n'aviez pas eu le courage de combattre, et que c'est pour cette raison, plutôt que par leurs talents, qu'ils s'étaient emparés de tous les endroits qui sont aujourd'hui en leur possession. Votre armée de terre s'est enfuie de son côté, et celle de mer s'est enfuie du sien. Maintenant^ par ordre de notre frère l'empereur, nous préparons nous-même une armée formidable [par terre et par mer, et nous allons réduire les ennemis de notre nom, avec la même facilité que nous froisserions un morceau de bois pourri ou de bois sec. Quant à vous tous, ne faites aucun cas de ces ennemis : ne les craignez point ; mais seulement ouvrez les yeux et les oreilles, pour voir et entendre ce que nous allons faire. Vous verrez que les provinces de Binh-khang et de Nha-trang, qui ne sont que des débris du cadavre de Gia-dinh, que la province de Phu-yen, qui a toujours été le centre de la guerre, et qu'enfin, depuis la province de Binh-thuan jusqu'au Cambodge, toutes, d'un seul coup, vont rentrer sous notre puissance, afin que tout le monde sache que nous sommes véritablement frères, et que nous n'avons jamais pu oublier que nous sommes du même