SON HÉRITIER
Comme le ciel a ses différentes périodes, ainsi les pères ont des enfants qui doivent leur succéder. Quand le ciel a accom-
1. M. Boisserand, missionnaire à Saigon, avait fait partir devant le roi plusieurs ballons, ce qui naturellement avait stupéfié les Annamites, et le bruit de cette merveille était allé jusqu'à la cour de Tay-son. On disait que les Européens, venus au secours du roi légitime, avaient des vaisseaux de cuivre, qu'il était impossible d'incendier, et qu'avec leurs ballons, ils pouvaient transporter en l'air des armées, pour les introduire dans les places les plus fortes.
pu la période Nguou* on en conclut, qu^il est constant et invariable dans ses résolutions. Tout tronc a ses branches, comme les grands fleuves ont des ruisseaux qui en dérivent. Plus ces ruisseaux sont profonds, plus ils sont éloignés de la source. Ainsi les rois sages et les saints empereurs, même au sein de la paix, n ont jamais négligé de se donner des successeurs. Nous, aujourd'hui, au milieu des troubles d'une longue guerre, pourrions-nous ne pas nous en occuper ? Considérant que vous, Canh^ êtes Théritier légitime de la famille Nguyen-phuoc, el que vous avez droit à la succession de ce royaume, nous vous recommandons l'étude du gouvernement et de la science nécessaire à un prince. Consultez Jes sages, et faites en sorte de les avoir à vos côtés; suivez les préceptes et la doctrine des anciens; écoutez les avis de vos gouverneurs et instituteurs. Quoique vous soyez encore dans un âge tendre, vous avez assez de connaissance pour distinguer le bien de ce qui ne Test pas. Faisant attention à tous les dangers que vous avez courus, et qu'il ne vous est arrivé aucun accident, nous croyons que le ciel a des vues sur vous, et la raison se trouve en cela conforme à Févénement. En conséquence, nous vous établissons rhtjritier de notre couronne, et vous remettons le sceau d'argent. Quant au commandement général des troupes, nous nous en chargeons ; mais aussitôt que nous serons partis pour la guerre, tous les soldats qui resteront, et tout ce qui pourra avoir rapport au gouvernement de l'État, sera entièrement sous votre autorité. Tâchez de vous conformer en tout aux désirs du peuple^ et que vos vertus ne démentent pas la lumière de Tétoile, qui doit marquer le prince héritier. Que ce siècle et le peuple actuellement existant jouissent du bonheur do la dynastie des Han**
1. C'est la grande période chinoise de 129600 années, après laquelle toutes les coustellations reviennent au même point,
2, C'est une famille impériale célèbre en Chine par la prospérité dont on a joui eous son règne.
Semblable à Thirondelle qui couvre ses petits de ses ailes, je vous adresse ces paroles plus claires que le soleil et la lune. Puissiez-vous être assez heureux^ pour rendre notre dynastie aussi durable que le ciel et la terre, et la prolonger jusqu'à dix mille générations.
La 54® année de Canh-hang, le 21° jour de la 3« lune.
LETTRE DU UOI DE COCHINCHINE AU iaOUVERNEUR GÉNÉRAL DES PHILIP- PINES, POUR ACCRÉDITER M. DAGOT AUPRES DE LUI.
Les hommes qui habitent l'univers étant tous frères, cette vérité, Monsieur, nous donne la confiance de vous écrire. Quoique nos États soient éloignés de votre gouvernement, nous avons cependant entendu parler de l'estime qu'on fait chez vous de la vertu. C'est ce qui nous a souvent donné le désir d'avoir quelque rapport avec vous. Aujourd'hui que, pour nos besoins, nous somities obligés d'envoyer deux de nos vaisseaux à Macao et à Canton, nous chargeons J.-M. Dagot, Français de nation, capitaine de nos vaisseaux et commandant deux bâtiments, ainsi que le mandarin Trung qui l'accompagne, après nos affaires terminées dans ces deux endroits, de se rendre à Manille pour y acheter du soufre et y caréner ces mêmes bâtiments. Dans le cas où ces envoyés auraient besoin de votre secours pour terminer heureusement leur mission, nous osons vous prier. Monsieur, de vouloir bien ne pas les abandonner, et si les fonds venaient à leur manquer, de les leur procurer avec la même confiance que si nous avions nous-même contracté alliance avec vous. Si, dans la suite, Monsieur, nous pouvions être assez heureux pour trouver Toccasion de reconnaître ces services, nous vous prions d'être
5t4 PIÈGES JUSTIFICATIVES
assuré que nous la saisirions avec le plus grand empressement. Dans l'éloignement où nous sommes, il ne nous reste qu'à vous assurer de la sincérité de nos sentiments.
Le 14® jour de la S* lune de la 51« année de Canh-hung. [22 juin 1790.)