Emiroîi un franc de notre mbnnaîs
7è CHAPITRE DEUXIÈME
remplis de gale, n'ayant souvent pas de riz à satiété ou décharnés par la fièvre, ressemblant à des spectres, on ne peut, dans les commencements, se défendre d'un mouvement de ^itié ; mais quand on les connaît, cette pitié diminue un peu. Voici un trait qui m'est arrivé : Dans le temps du vent du nort^est, qui est très froid, un de ces malheureux, malade, tout nu, n'ayant pas de riz à manger, me demanda un habit. Je ne pus le lui refuser. Vous croyez qu'il va bien le conserver? Le vent se radoucit pendant quelques jours, mon homme reçoit l'argent pour le riz que le roi leur donne ; rien de plus pressé que d'aller jouer; il perd son argent et joue encore l'habit que je lui avais donné. Le vent recommence à souffler plus fort que jamais, mais il ne vint pas me redemander un autre habit, et il fit fort sagement.
« Il n'est pas nécessaire de vous dire les sales propos qu'ils tiennent, les chansons obscènes qu'ils chantent, les malédictions qu'ils vomissent les uns contre les autrespour la moindre chose. Beaucoup de soldats, qui se rechangent tous les mois, ne valent pas mieux qu'eux. »
C'est dans ce bagne, vraie image de l'enfer, que le confesseur de la foi passa quatre longues années, jusqu'au jour où Minh-mang le rappela à Hué, pour lui procurer enfin la palme du martyre. Quel supplice pour un missionnaire européen, à l'intelligence élevée, aux sentiments délicats, de se voir ainsi mêlé et perdu au milieu de pareils scélérats!
Martyre de Paul Baong (93 oetobre' 1833). — Les chrétiens annamites se montrèrent généralement dignes des beaux exemples qu'ils recevaient de leurs Pères dans la foi. On se rappelle ce capitaine des gardes du roi, Paul Buong, arrêté au mois de décembre 1832, et demeuré fidèle avec six soldats de sa compagnie, malgré toutes les tortures qu'on employa pour les vaincre. Pendant plus de dix mois, ils fatiguèrent la rage des bourreaux, sans qu'on pût leur arracher
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L'HRE DES MARTYRS ÎS
lia signe de faiblesse. Le doi (capitaine) Buong, ae montra digne de commander à cette troupe héroïque. Un grand maodarln païen, qui, aux jours de sa fortune, était de ses amis, étant venu le visiter dans sa prison, lui demandait, en se moquant de lui, s'il ne voudrait pas bien changer ses chaînes ;
M Apprends, Juî répondit le martyr, que si je les change jamais, ce sera pour en prendre de plus lourdes, »
Une autre tois, il disait à ses visiteurs ;
« Apportez-moi donc quelque chose pour rendre mes chaînes plus pesantes ; celles-ci sont trop légères* »
Son corps et celui de ses compagnons de captivité n'étaient plus qu'une plaie, car on les mettait à la torture de deux jours Tun. Cependant le saint confesseur trouvait, dans sa ferveur, que ce n'était pas encore assez :
« On ne nous frappe pas assez souvent, disait-il, j'aurais plus de plaisir, si on nous frappait davantage, >»
C'est dans ces dispositions sublimes que la sentence du roi trouva les confesseurs du Christ : Paul Buong était condamné à être décapité, sur l'emplacement de Téglise renversée de la chrétienté de Tho-duc, à une lieue de la capitale, ses six compagnons et un interprète^ nommé Michel, dont le fils avait épousé la fille du doi Buong, furent condamnés à mort avec sursis.
La sentence royale arriva le 23 octobre 1833, six jours après Texécution de M. Gagelin. A cette nouvelle, Paul, sans rien perdre de son calme et de sa gaieté, fait ses derniers adieux à ses compagnons de captivité qui pleuraient de voir leur martyre différé, et se livre de lui-même aux mains de Bes anciens soldats chargés de le conduire au supplice. II était cinq heures du soir et, comme on se pressait pour arriver au lieu de rexécution, avant la nuit qui tombe si rapidement à cette époque de Tannée, le confesseur, les mains liées derrière le dos, embarrassé d'ailleurs dans ses chaînes^ avait peine à suivre ;-
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« Camarades, dit-îl en riant, n'allez pas si vite; je connais la route ; nous ne nous égarerons pas. »
Au bout d'une demi-heure de course, on arrive au lieu de l'exécution, à la lueur des torches ; le confesseur salue en passant la maison de sa fille située auprès même de l'église. On voulait s'arrêter au milieu de la nef, mais par un sentiment de piété, le martyr demanda à monter un peu plus haut, à la place où avait été l'autel, afin de répandre son sang au même endroit où pendant longtemps avait coulé le sang de l'Agneau. Arrivé là, il s'agenouille ; le mandarin qui présidait au supplice s'approche alors et lui dit :
-— Buong, tu n'es ni un voleur, ni un rebelle; tu n'as d'autre crime que ta religion. Abjure, le roi est prêt à te pardonner et même à t'élever en honneurs.
— Non, répond avec dignité le martyr. Je suis arrivé au terme ; je ne veux point revenir sur mes pas.
Il demande alors à prier un instant, ce qu'on lui accorde. Il se prosterne la face contre terre, recommande à Dieu son dernier combat et, se relevant après quelques minutes, il dit :
« Ma prière est achevée. » .
Au même instant, le bourreau qui se tenait derrière lui, détache sa tête d'un seul coup de sabre. Ce chef vénérable demeura pendant trois jours exposé à l'endroit même où s'élevait autrefois la croix de l'autel; le corps fut enterré au milieu de la nef.
Quelques années plus tard, Mgr Pellerin, alors vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale, fit exhumer ces précieux restes, qui furent transportés au séminaire de Paris, où ils sont conservés dans un beau coffret annamite peint en rouge, laqué et doré. La salle des martyrs possède encore d'autres souvenirs du doi Paul Buong : deux morceaux de linge trempés dans son sang, un des anneaux de pied et le collier de sa chaîne, avec la corde qui liait ses mains pendant
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rexéCTition. Ce digne émule de saint Sébastien a été déclaré vénérable par Grégoire XVI, le 19 juin 1840.
ATarÉyrs atmemlteii (1S33-1834). — Parmi 1ns fidëles de Cochinchîne, bien d'autres eurent pondant ces jours d'é^ preuves Thonneur de verser leur sang pour Jésus-Christ, Mais l'absence des missionnaires, la dispersion des chrétiens, la terreur qui planait sur tout le pays ne permirent pas de recueillir à temps les actes de leur martyre ; et leurs noms nr* sont connus que de Dieu, Des centaines de chrétiens, de tout âge et de toute condition, furent ainsi jetés eu prison, flagelléSj torturés^ condamnés à l'exil ou à la mort; dans la basse Cochinchine aeule^ d'^pr^s une lettre de Mgr ïaberd, dix-huit chrétiens furent ainsi mis à mort pour la foi, dans les derniers mois de 1833, On peut juger approximativement de ce que fut la proscription dans tout le royaume, pendant ces deux année s 1833 et 1834 qui marquent le début de la crise*
Cependant Sa Majesté annamite n'était pas encore satisfaite et les trois gouverneurs de Bien-hoa, de Saigon et de My-llio reçurent des reproches sévères, pour s'être montrés, paraît-il, trop indulgents envers les chrétiens. Par contre, celui de Yinhloûg, un apostat, et celui de Chau-doc méritèrent des éloges pour r acharnement qu'ils manifestèrent contre les fidèles. Comme Chau-doc est situé à ['extrémité de la Cochinchine et sert de route pour passer au Cambodge et à Siam, ce grand mandarin fit une garde très sévèrCj pour empêcher les chrélions de communiquer avec le vicaire apostolique et ceux de ses missionnaires qui s'étaient réfugiés dans ces parages. Une vingtaine de chrétiens, plusieurs catéchistes et un prêtre indigène^ chargés de lettres compromettantes, furent successivement arrêtés et traités avec beaucoup de cruauté.
Le gouverneur de Chau-doc inventa une nouvelle et barbare manière de porter la cangue. Au lieu d'en donner une à chaque prisonnier, il en fit faire plusieurs, longues comme des échelles,
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qu'il passa au cou de sept ou huit personnes à la fois, en sorte que ces malheureux ne pouvaient faire un mouvement, sans mettre tous leurs compagnons au supplice. Dans cet état, il les tenait, jour et nuit, en plein air, exposés au soleil et à la pluie, leur refusant toute espèce de nourriture et les faisant, chaque matin, déchirer à coups de verges. D'autres fois, les soldats, prenant par les deux bouts ces longues cangues, traînaient de force les chrétiens sur la croix; ceux-ci se débattaient pour éviter cette profanation, pendant que le grand mandarin, buvant le thé et fumant sa cigarette, étendu sur un riche coussin^ se tordait der rire, en voyant leurs larmes et àCurs efforts impuissants.
Les Siamois ayant voulu profiter du trouble que la persécution jetait dans tout le pays, pour faire une expédition en basse Cochinchine, ce misérable, si fort et si courageux contre de malheureux prisonniers épuisés par la torture, se montra lâche, devant les ennemis de son pays et s'enfuit honteusement de Chau-doc; mais fidèle jusqu'au bout à sa haine diabolique, il donna ordre de mettre à mort les chrétiens qu'il détenait en prison, de peur qu'ils ne fussent délivrés par les Siamois. Comme le temps pressait et qu'on ne pouvait venir à bout d'ouvrir ces énormes cangues, il fit scier le cou à cinq chrétiens ainsi attachés ensemble, et prit la fuite, en commandant de mettre les autres à mort. Les bourreaux furent plus humains que le juge : ils ouvrirent les portes des prisons et dirent aux fidèles de pourvoir comme ils l'entendraient à leur sûreté. Ceux-ci tombèrent aux mains des Siamois qui ne leur firent pas de mal, mais les emmenèrent à Bang-kok, où ils demeurèrent prisonniers de guerre.
Mgr Taberd À ftiam (1833-18341). — La fuite du vicaire apostolique et de trois de ses missionnaires à Siam avait surexcité, on le pense bien, la colère du persécuteur, furieux d'avoir manqué une si belle proie. Mgr Taberd avait profité
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potir s'échapper des fêtes du jour de Tan annamile, pendant lesquelles lout ce qui n'est paî> amusements, festins, comédies t'st comme suspendu. Parti deïhi-nghe, près Saigon, le 19 févvier 1833, au soir, le vicaire apostolique arriva le 24 à la douane de Chau-doc et ne trouvant pas les guides qui avaient promis de la lui faire franchir^ il fui forcé de redescendre sur lia- tien, où il resta caché pendant quinze jours, dans une é table il buffles; enfin le 9 mars, il put s'embarquer sur un méchant bateau pour Chantobon, dans le royaume de Siam; il y arriva le 21 mars après avoir échappé à bien des périls.
Oa se rappelle que le gouverneur de Bien-hoa avait consigné Mgr Taberd au collège de Lai-lhieu, en attendant qu'une décision fut prise sur son transfert à la capitale. Après la fuite de Tévêque, Talarme fut grande dans la chrétienté, les notables redoutant d'être accusés d'avoir favorisé son évasion. Plusieurs prirent la fuite; les deux chefs de la chrétienté demeurèrent presque seuls, pour faire tête à l'orage. Le premier catéchiste, homme de foi et de courage, resta tranquillement dans sa maison en disant :
«iQue la sainte volonté de Uiea soit faîte ! J'ignore où est allé monst^igneur ; mais s'il faut souffrir la mort pour lui, je la souffrirai de grand cœur. »
Le second catéchiste avait d'abord pris la fuite, mais la pensée de sa femme et de ses enfants qu'il abandonnait à toutes sortes de tracasseries, le ramena au logis et il s'abandonna pleinement à la Providence.
Du reste, les chrétiens prirent le meilleur moyen de fermer la bouche aux mandarins^ ce fut de leur remplir la poche. Les notables des chrétientés avoisinaut Saigon, Cho-quan, Thinghe^ Thu-duc et Lai-thieu se cotisèrent; on emprunta sur les terres de UÉglise, et Tou finit par réunir vingt barres dardent, * qii*on offrit aux grands mandarins de la province,
1, Eûvîrori 1600 fr. de notre raonnaîe.
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moyennant quoi, on en fut quitte pour quelques coups de rotin; mais les mandarins envoyèrent dans les six provinces un mandat d'amener, avec le signalement du prélat*, en sorte qu'il devint très difficile de voyager dans les basses provinces, les douanes arrêtant les voyageurs à chaque pas. Heureusement le vicaire apostolique et ses prêtres étaient déjà loin.
11 va sans dire que le pillage de la résidence épiscopale fut complet; le prélat n'avait presque rien emporté dans sa fuite précipitée ; les vases sacrés, les ornements pontificaux,, crosse, mitres, etc., tombèrent aux mains des satellites. Quelque temps après, un prêtre du pays écrivait à Mgr Taberd :
« On danse sur les barques avec les ornements des missionnaires; on a même revêtu ceux dont se servait Votre Grandeur aux jours de fêtes. »
La belle église de Lai-thieu, qui couronnait la colline, fut démolie avec tous les bâtiments du collège, et transportée à la préfecture de Bien-hoa, où elle servit de prétoire aux mandarins jusqu'à l'arrivée des Français. Je l'ai encore vue au milieu du fort, en 187S; depuis, elle a été achetée par un entrepreneur, pour servir de magasin.
Mgr Taberd ne trouva pas à Siam la tranquillité qu'il était venu y chercher. Le roi de ce pays, dans des vues politiques, accueillit d'abord très bien les missionnaires; mais il essaya de se servir de leur présence pour attirer à sa cause les chrétiens de Cochinchîne. Le vicaire apostolique ayant refusé, avec beaucoup de dignité, de se prêter à ses visées ambitieuses sur la basse Cochinchine et de pousser les fidèles à la révolte contre Minh-mang, leur souverain légitime, perdit entièrement les bonnes grâces de Sa Majesté siamoise, qui commença, pour se venger, à maltraiter très fort les quelques Annamites qui avaient suivi l'évêque. Au mépris du droit des gens, trois prêtres indigènes et une quinzaine de séminaristes,
\ . Voir aux pièces justificatives.
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qui se trouvaient dans ce cas, furent traités comme prisonniers de guerre, et il fallut toute la prudence de M. Cuenot, leur supérieur, pour leur permettre de s'échapper et de se réfugier à notre collège de Pinang, dans le courant de 1834.
La guerre était déclarée entre les deux royaumes ; les Siamois firent une descente sur les côtes de Cochinchine, au commencement de janvier 1834, et s'emparèrent facilement des deux provinces de Ha-tien et de Chau-doc. Mais ils se débandèrent pour piller le pays, et se firent honteusement battre par les Annamites pourtant bien inférieurs en force, car Tarmée d'invasion comptait soixante-dix mille hommes, tandis que les mandarins des basses provinces, surpris à Timpro- \iste, n'avaient pas dix mille combattants à leur opposer.
Les Siamois s'en retournèrent donc chez eux plus vite qu'ils n'étaient venus, traînant à leur suite un riche butin et des milliers de captifs, dont près de quatre mille chrétiens, auxquels ils avaient promis la liberté religieuse» en leur disant faussement que le vicaire apostolique les engageait à se réfugier auprès de lui.
Cette malheureuse guerre rendit Mgr Taberd odieux et suspect aux deux peuples : aux Siamois, parce que, malgré toutes les instances du roi et de ses ministres, il se refusa toujours, comme il le devait, à pousser les chrétiens de Cochinchine à se révolter contre leur prince ; aux Annamites parce qu'ils crurent, et il faut avouer que les apparences y étaient, que le prélat avait fait déclarer la guerre à leur pays*. Ne pouvant donc ni rentrer dans sa chère mission, où ces malheureux événements l'avaient rendu odieux même aux fidèles, ni accepter plus longtemps l'hospitalité compromettante du roi de Siam, le prélat se décida, dans le courant de 1834, à se ^réfugier à Singapoure.
1. Voir aux pièces justificatives, l'extrait du Journal asiatique et la lettre dans laquelle Mgr Tabert réfute les calomnies que les ministres protestants colportaient dans l'Inde, à ce sujet, contre les missionnaires catholiques.
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m CHAPITRE DEUXIÈME
Révolte de Saïg^on (1 833-1 83S). — Une autre compUcaiion vînt achever de compromettre les chrétiens et les missionnaires; ce fut la révolte de Saïgon, qui eut lieu à cette époque. Le vice-roi de Saïgon, Thuong-cong, Fami des chrétiens étant mort, comme je l'ai dit, au mois d'août 1832, avait été enterré au nord-est de Saïgon, près Tarroyo de f Avalanche *. Minh-mang, débarrassé par la mort d'un honnête homme dont il redoutait Tinfluence et méprisait les conseils, se vengea bassement de l'opposition qu'il avait faite à ses desseins pervers, en faisant mettre sa tombe à la cangue et la faisant frapper de cent coups de bâton, peine excessivement infamante, dans un pays où le respect de la tombe est porté si loin.
Les anciens amis et les officiers du vice-roi défunt, outrés de tant d'ingratitude, prirent les armes, dans le courant de juillet 1833, pour venger la mémoire de leur maître. Comme Minhmang par sa tyrannie et ses cruautés s'était attiré l'exécration de ses sujets, des païens aussi bien que des chrétiens, la révolte s'étendait vite, et les six provinces de la basse Cochinchine tombèrent au pouvoir de Khoi, le chef des rebelles, qui prit le titre de Nffuyênsoaz, généralissime des armées.
Khoi était païen et n'avait nullement la pensée de se convertir au christianisme; mais par politique, il prit le contrepied de la conduite de Minh-mang, promit sa protection aux chrétiens et s'efforça d'en attirer le plus qu'il put sous ses drapeaux. La tentation était délicate pour de malheureux opprimés; quelques chrétiens privés des conseils de leurs Pères spirituels, les uns en prison à Hué, les autres en fuite ail Cambodge et à Siam, y succombèrent. Ils envoyèrent à Chantobon une barque en forme d'ambassade au vicaire apostolique, pour lui demander de rentrer à Saïgon, où Khoi pro-
1. Son tombeau, qui subsiste encore et qui est entretenu aux frais- de Tari mi iiist ration française, est situé en face de l'inspection de 3inh-hoa, au milieu d'un beau bouquet d'arbres.
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L'ÈRE DES MÂftTYRS $$
meltail do le recevoir avec tous tos honneurs dus à son caractère.
Démarche imprudente etfatale, qui, faite à Tinsu de tous les missionnaires j devait les compromettre et les faire passer pour les fauteurs de la rébellion! La barque qui portail hs lettres ries catéchistes à Mgr Taberd fut arrêtée a la douane de ila- UeUj les lettres furent saisies» les chrétiens massaerés, et il demeura évident, pour des gens qui n*y regardaient pas de près quand il s'agissait de calomnier l'Eglise, que les fidèles et leurs prêtres prèchait^nt la révolte contre le souverain légitime.
Aujourd'hui encore, après un domi-siëclcj rimpresaion subsiste, et ce n'est pas sans une douloarouse surprise que, dans une histoire de la Cochinchine écrite par un de nos lettrés chrétiens, M. Petrus Ky, j'ai trouvé ces déplorables allégations Pour Thonneurde la vérité, je crois devoir protester, It y out^ à cette époque troublée, quelques imprudences^ bien excusables d'ailleurs, commises par un uombre assez restreint de chrétiens indigènes, trop peu dociles à suivre les conseils de leurs pasteurs légitimes; mais ui de la part du vicaire apostolique, ni de celle d'aucun de ses missionnaires, il u y eut le plus léger encouragement donné k des tentatives aussi imprudentes que coupables.
Voici ce qu'écrivait, en apprenant ces fâcheuses nouvelles, Mgr Taberd :
" Il y a dans Tarmée un certain nombre de soldats et d'officiers chrétiens; ils se laissèrent enLraîuer par le torrent, espérant ainsi être délivrés de Toppressiou du roi, et pouvoir aussi délivrer leurs parents et leurs amis, car j'ai appris qu'au mois de juillet, Sa Majesté avait donné une nouvelle ordonnance qui enjoignait à ses mandarins de persécuter les chrétiens, depuis dix ans et au-dessus» Les rebelles, au contraire, iirent paraître une circulaire qui permettait aux chrétiens de rétabUr leurs églises comme ci-devant. La tentation était dé-
licate; j'ignore le nombre de ceux qui y ont succombé. Cependant je crois être certain que les chefs de cette conspiration étaient tous païens. »
Et un peu plus loin, après avoir raconté la capture de la barque envoyée à Chantobon, le prélat conclut ainsi :
« Cette arrestation et ces lettres suffiront, aux yeux des païens ennemis de la religion, pour mettre cette révolte sur le compte des chrétiens, quoique certainement ils n'en soient pas les auteurs. Mais qu'y faire? Nos chrétiens savent très bien que nous n'avons jamais prêché la révolte, mais toujours la soumission au prince, et que nous devons préférer d'être égorgés plutôt que de nous révolter. »
M. Marchand était toujours caché à l'extrémité des basses provinces, dans la chrétienté de Mac-bac. Khoi, le chef des rebelles, qui avait ses raisons pour faire croire que les chrétiens et les missionnaires étaient pour lui, le fit amener, avec des égards, dans la chrétienté de Cho-quan, aux portes de Saïgon. Le missionnaire y demeura deux ou trois mois, visitant les chrétiens des environs qui, depuis plus d'un an, n'avaient pas vu de prêtres. Mais il refusa toujours, avec énergie, de prêter aucun appui à la rébellion et s'occupa exclusivement des œuvres de son ministère.
Cependant la division s'était mise parmi les chefs; Khoi, abandonné de son principal lieutenant, se vit bientôt assiégé dans la citadelle de Saïgon, où il s'était renfermé; mais auparavant, il avait fait enlever M. Marchand, pour le garder sous sa niain. Un matin, on avait vu arriver à Cho-quan plusieurs officiers à cheval avec un éléphant bien caparaçonné, pour servir de monture au missionnaire. Ne pouvant résister à la force, sachant d'ailleurs que si l'armée royale, qui était proche, mettait la main sur lui, il était perdu, M. Marchand se décida, bien à contre-cœur, à s'enfermer dans la citadelle avec lès révoltés ; mais il continua à leur refuser son concours. Un jour, Khoi le fit venir chez lui et lui proposa de signer plu-
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L'ÈRE DES MARTYRS m
sieurs lettres à envoyer dans les principales chrétieoLés, pour appeler les fidèles à prendre les armes; le miBsioanairc rejeta cette proposition avec horreur et se lovant, prit les lettres qui étaient toutes préparées sur la table et les jeta au feu ^ au risque de se faire de Khoi un ennemi mortel.
Enfermé pendant dix-huit mois dans la citadelle, sans pouvoir communiquer avec [ses confrères^ il épauchait les tristesses de son âme dans la lettre suivante écrite a sou évêque. Cette lettre, que Ton conserve comme une relique au sémînaire des Missions élrangèrei, est le seul souvenir qui nous reste de Tapôtre,
if l>u tort de ëaïgoti, 24 sep le m br© I83i»
u Mûuseig:neur,
(1 Je suis soldat des révoltés, enfermé dans le foi't avec trois on quatre mille gens du Binh-lhuan et autres; autour de la ville se trouvent je ne sais combien d'obsédants; ils n'osent encore sapprocher delà ville, mais ça viendra.... Ils massacrent les chrétiens phis œquo\ Minh-maug ayant ordonné, il faut combattre les révoltés et persécuter la religion
« Les chefs (des révoltés) m'ont demandé de leur indiquer la manière de faire des étendards semblables à celui de Constantin; je m'en suis excusé de toutes mes forces (c'est le P. Phuoc* qui leur a parlé du fameux labannn de Constantin), leur apportant pour raison que si la divine Providence n'a pas décidé en leur faveur, tout retournera au désavantage de la religion, et tœtpvu. Ils disent qne maintenant ils ont la foi en Dieu, que par conséquent il ne peut en résulter que du bien,
it II y a aujourd'hui un mois, Monseigneur^que le prince envoya des ambassadeurs chrétiens à Siam, m'ayanl d'abord
i . Plus que de mison .