‹ La Cochinchine religieuseChapitre 14 sur 79 · Voir tomes XV et XVI · texte numérisé non relu

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LA P0:RSfiCUTÎON SOCS THIEU^TBI iiSl

prêts quiU ne potivaîiiiiL faire un pas saus s"écorehei* les clie- \illDs, Quant aux simples clu'éliuus, ouue [es mil pas aux fers, un se contenta de cl ï au grer leurs cuTigiHis [égeies en bambou, coalise d'autres plus pesantes, en bois dur et garnies do fer.

Ce même jour, ^5 février, on les flt comparaître do nouveau, dans Taprès-midi, mais cette fois, en audience solennelle. Lfj gouvemmir de la province présidait^ assisté du quan 'f;ï^ ol de trois assesseurs. Les deux missionnaires, avant de répondre h aucune question^ demandèrent à être conduits ù Hué^ comme c'était leur droit, leur affaire étant du nombre (le ces causes majuure-s qui ne peuvent être jng^écs définitivement fju'àla capitale. A cette demande si juste, le gouverneur tlil ca souriant au quan an :

w Ils voudraient bien aller à Hué, mais ils u y iront pas di* ■sitôt. »

Le misérable voulait se donner le plaisir d'assouvir sa Ijaine, t;n lortiiranl les deux prtlres européens^ et dVixtorquer à celte Jiccasiou de nombreuses ligatures aux cb retiens du pï*ys.

On procéda alors à Tinterrogatoire. M. Micbe, plus hardi que IL Dticlos, sou conpagnon de captivité, qui était de compkicioQ faible et d*un caractère doux et limide, se chargea de répondre au nom des deux.

— Quels sont vos noms ?

**3Ion confrère se nomme Ong-Lo et moi, je m'appelle Miche.

■^ Voire patrie?

— Nous sommes Frant^aîs.

^ Votre c'ige?

^ Ong Lo, trentn-qnalro arts et moi, trcnîc-sept. ^- Qui vous a envoyés?

— l^ej'sonne ne nous a forcés de venir. Etrangfn's aux ad aire s ^^ ce monde, nous en abandjunons le soin aux hommes de ce

t^ Juge crirnineÎÉ

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l:ji CHAPITRE TROISIÈME

siècle, pour nous occuper uniquement de l'enseignement de la religion cl du salul des peuples.

— It-fes'Vous venus ensemble ou séparément?

— C'est le même navire qui nous a apportés et nous avons débarqué ensemble à Syncapour.

— A quelle nation appartient le navire qui vous a transportés de Syncapour au Tong-king?

— C'est une barque annamite.

— Cette barque s'est-elle rendue à Syncapour dans l'intention de vous amener ici?

— ]XûU5 n'avons pas interrogé le pilote sur ses intentions; nous Tavoiis trouvé occupé de son commerce, et nous lui avons demandé de nous conduire en Cochinchine, moyennant un prix convenu.

— Quel est le nom du maître de la barque?

— Nous l'ignorons.

— A quel port a-t-il touché?

— Nous n'en savons rien.

— Comment se nomme le village où vous avez mis pied à

— Nous ne pouvons vous le dire.

A ces mots des cris de fureur s'élèvent de l'enceinte du tribunal :

— Ils ne veulent rien dire, mais les tenailles les feront bien parler.

Le président continue l'interrogatoire :

— Yous connaissez ces noms, et le rotin vous forcera de les révéler.

— Non, nous ne les connaissons pas*. Quand vous tien-

L Pour ne pas être exposés à trahir la vérité ou à livrer df^s innocents, les jeunes tuissionnaires arrivant en Annam s'étaient imposé la loi de ne flfriiauder ni les noms, des pilotes, ni ceux des villages où ils abordaient. Leurs conducteurs avaient le mot, et on les introduisait dans le royaume, Bans qu'ils connussent aucun de ces noms.

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driez le glaive suspendu sur nos t^Hes, nous vous répéterions eûcore que nous ignorons ce que vous nous demandez. Nouî5 ne vous le dirons pas.

On devine pourquoi le mandarin tenait tant à avoir ces noms; il aurait voulu faire de nouvelles victimes; mais les missiottnairùs ne les connaissaient pas, et lors même qu'ils les ^^usseat connus, ils auraient préféré s'exposer à toutes sortes de tortures plutôt que de trahir leurs néophytes,

Le 26 février, dès sept heures du matin, nos deux confrères furent ramenés an tribunal- Cette fois, les mandarins firent comparaître les chrétiens pris avec eux, se promettant de venir plus facilement à bont de ces derniers, pour leur arracher dos aveux compromettants.

Oq commença par harceler de tout côté les confesseurs de questions, afin de les surprendre plus facilement; le président les assesseurs, les scribes, jusqu^anx satellites se mirent de la partie. M. Miche, qui avait Tesprit vif et la répartie mordante, les Gut bientôt remis à leur place. Avisant un misérable valet de mandarin qui Tembarrassuit de questions captieuses, il Tapostropha en ces termes :

<t Puisque c*est toi le grand mandarin, monte là haut et dis îi ton maître de descendre à ta place- »

Chacun se mit à rire, aux dépens du pauvre diable, qui alla en g^rommelant cacher sa honte dans un coin.

Le grand mandarin, se voyant ainsi rappelé aux convenauces, se mit enlin à diriger rinterrogatoire.

— Quelle était votre intention en venant ici?

— De prêcher au peuple la vraie religion,

— Nous n'en voulons pas de votre religion*

— Vous n'en voulez pas, par ce que vous ne la connaissez pas, mais ceux des Annamites qui la connaissent en veulent et bénissent le ciel de notre arrivée. Après tout, nous ne forcions personne à Tembrasser.

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i:i4 CHAPITBE TROISIÈME

— Saviez-vous que des lois très sévferea défendent aux

prêtres européens rentrée de ce pays?

— Oui-

— Comment avez-vous eu l'audace d'enfreindre ces lois?

— Nous défondre de venir ici prêcher l'Évangile, c'est défendre ce que Dieu^ le Grand Maître, ordonne. D^ailleurs le désir de procurerj en lui obéissant ^ un bonheur éternel à nos semblables est un sentiment plus vif et plus fort en nous que Tatlachemunt à la vie,

^ Vous ne craignez donc pas la mort?

— On ne craint pas de mourir quand on ne veut que lo bien.

— Est-ce vouloir le bien que de violer les lois du royaume? ■ — Je m'étonne que vnus nous reprochiez si fort ce qu'ont

fait, par ordre de Minh-mang^ vos mandarins envoyés en France^ Tannée dernière'- Ils ontfoulé le sol français, comme nous le sol annamile; Tun est-il donc plus sacré que Tautre? Voici i*unique diiïérence qu'il y a en Ire eux et nous : ils sonl r*^stés longtcmjis en France, et moi, j'ai traversé celle province en sept jours, pour me rendre chez les sauvages ; on les a accueillis avec générosité, et vous, vous nous avez chargés de cangues et de chaînes. Il faut avouer que vous vous cnLefidez à recevoir les étrangers !

Et le confesseur agitait ses chaînes; tout le monde se mit à rire, et les mandarins se disaient entre eux ;

— C*est un ihatuj qui quoij''.

Le gouverneur, reprenaul son sérieux, continua Finlerrogatoire :

— N'avez-vous pas été faire la guerre ii Gia-dinh^?

— Nous n'avons jamais mis le pied dans cetfc province,

1. En 1839, MinlwmaTif;-, on no sîiit r]ai>s quelle inlenlion, avait envoyé à Loîiis-Pbiflppe une atnbnssnflc qui ne fut pas re^ua ûMcielleinent.

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