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Le cbiîf de lu milice pour toute la province

mandarins de la province siégeaient en permanence depuis deux jours ; le prélat ne fut pas mis à la torture et les officiers du prétoire eurent pour lui des égards inaccoutumés. Mgr Lefebire, alors dans la force de Tâge, était un grand et bel homme, dont le maintien calme et digne en imposait malgré eux aux mandarins. Voici le résumé de son interrogatoire :

— Êtea-vous Européen ou Annamite?

— Je suis Européen-

— Mais vous parlez comme un homme de ce pays ! Quel âge avez-vous?

— Trente-cinq ans.

— Trente-cinq ans, et vous êtes duc-thay * ?

— Oui, mandarin, je suis maître de religion.

— Depuis combien de temps * êtes-vous arrivé dans ce royaume?

— Depuis neuf ans.

— D'où êtes-vous venu? par où ètes-vous entré?

— Je suis venu de Macao et je suis entré par le nord du royaume.

— Et ensuite, quelles provinces avez-vous traversées? Où avez-vous tésidé?

— Je ne me suis fi5:é en aucun endroit ; j'ai logé un peu partout, mais seulement en passant, jusqu'à ce que j'aie pénétré dans la région du midi.

— Depuis combien de temps êtes-vous dans cette contrée ?

— Depuis trois ans.

Vînt ensuite la visite des effets du prélat; les satellites avaient découvert quatre grands vases pleins de farine, et un autre contenant du vîn pour le saint sacrifice.

— N'est-ce pas avec cela, demanda le mandarin, que vous ensorcelez les gens?

1. Mot & motr grand maître; c'est le titre que les païens donnent aux é^équeB ; les simples prêtre» sont appelés thaySy maîtres.

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LA PERSÉCUTION SOUS THIEU-TRI IBl

Mgr dlsauropolis protesta avec beaucoup d'énergie contre cette calomnie, à laquelle le gouverneur ne paraissait pas croire lui-même très fermement, car il accepta uW grand verre de vin de messe qu'il trouva excellent. On examina ensuite la boîte aux saintes huiles ;

— Quelle est la liqueur contenue dans ce vase?

— C'est de Fhuile ordinaire d'Europe.

— A-t-elle quelque vertu particulière?

— Elle procure aux malades qui reçoivent les saintes onc- Uona des grâces de salut.

— N'arrachez^ vous pas les yeux aux malades pour composer cette huile?

— Non, c'est encore une calomnie inventée par les ennemis de notre sainte religion» Si nous avions ces horribles pratiques ealHîe que nous ferions un seul prosélyte? Vous savez que nous faisons aux enfants des funérailles honorables, comment donc supposer que nous profanions leurs corps par des céré* monies révoltantes?

On passa enfin à rînspeclion des papiers saisis; Sa Grandeur se refusa à répondre aux questions qui auraient pu compromettre les chrétiens. Le mandarin insistait vivement :

^Mais si on vous livre à la torture, il faudra bien que vous parliez t

— Vous pouvez me frapper, me torturer comme il vous plaira; vous ne m'arracherez aucun aveu de ce genre.

— Sentirez- vous la souffrance, quand vous serez sous la verge du bourreau?

— Je u*en sais rien; je n*aî encore jamais été mis à la question; mais je suis de chair et d'os comme tous les autres; je crois bien que je ressentirai la douleur-

Cependant les mandarins avaient sous la main une riche proie, ils surent en tirer parti; tous les notables de la commune de Cai-nhum furent arrêtés et refusèrent généreusement Tapostasie, En conséquence^ ils furent condamnés à Vexil,

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leurs biens vendus et la chrétienté à peu près anéantie. Encore aujourd'hui, au bout de quarante ans, les fidèles sont loin d'avoir recouvré l'aisance dont ils jouissaient avant la funeste catastrophe de 1844.

Après cette instruction sommaire, les mandarins de Vinhlong firent leur rapport au roi et dirigèrent Mgr Lefebvre sur Hué, par la route de terre. Il lui fallut traverser, à petites journées, les forêts fiévreuses du Binh-thuan, franchir les montagnes abruptes de la côte, et, bien qu'il fût transporté en filet, il eut à supporter des fatigues et des privations bien dures pour un Européen déjà épuisé par les labeurs de la vie apostolique.

Mgr Lefebvre arriva à la capitale dans les derniers jours de 1844, en compagnie du thay Phuoc, dont le zèle imprudent avait causé tout le mal, mais qui racheta sa faute, en refusant à cinq ou six reprises de marcher sur la croix ou de faire aucun aveu compromettant. Un autre de ses compagnons de captivité était le chef du village et de la chrétienté de Cai-nhum, nommé Louis Ngo. Mis trois fois à la torture, il avait toujours refusé de faire connaître la retraite de Mgr Lefebvre. Ce vénérable vieillard, qui était âgé de soixante-treize ans, fit les trois cents lieues qui séparent Vinh-long de Hué à pied et chargé d'un lourde cangue; il arriva à bout de force à la capitale et mourut dans les fers, sous les yeux de son évêque, comme lui confesseur de Jésus-Christ ; cette mort précieuse arriva le 24 février 184S.

La foi vive de Louis Ngo, son dévouement constant aux missionnaires européens, qu'il abrita sous son toit depuisJe commencement de la persécution, au péril de sa vie, de sa fortune et de Texistcnce même de son village, lui méritèrent là palme du martyre. Il a été déclaré vénérable par Pie IX, le 27 septembre 1857, et son procès de béatification s'instruit à cette heure. Son corps, qui a été rapporté de Hué, repose dans l'église de Cai-nhum, et ce sera une grande fête pour cette

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LA PERSIÎCUTION SOUS TliïEU-TRl 153

excellente chrétienté, quand viendra enfin le jour où il nous sera permis de le placer définitivement sur les autels.

En vertu des décrets de proscription de Minh-mang, Mgr Lcfebvre fut condamné à mort par les mandarins de Hué, mais Thieu-tri ne se pressa pas de ratifier la sentence; il craignait d'attirer sur lui Tattention et les vengeances de l'Europe civilisée, en particulier de la France.

C'est, en effet, ce qui devait arriver. Déjà, au premier bruit (le la captivité du prélat, une frégate américaine, qui croisait dans les mers de Chine, était venue, au nom de Thumanité, réclamer sa délivrance. Le capitaine avait été éconduit et, n'ayant pas d'instructions, s'était retiré sans rien faire. Mais on vit bientôt arriver à Tourane le contre-amiral Cécile, commandant des forces navales de la France dans l'extrême Orient ; celui-ci parla haut et ferme, au nom de notre pays; il écrivit à Thieu-tri lui-même, pour demander la mise en liberté immédiate de Mgr Lefebvre et la cessation des cruautés exercées contre les chrétiens. Le roi effrayé céda sur le premier point, et le pieux confesseur de la foi fut remis à l'amiral qui, sur sa demande, le déposa à Syncapour (avril 1845).

Ce n'était pas la première fois, et ce ne fut pas la dernière, que le contre-amiral Cécile mit son pavillon au service des missionnaires et de leurs œuvres. Nos confrères des îles Liou- Kieou, aux portes du Japon, les missionnaires et les néophytes de rOcéanie, ont appris à bénir son nom. C'est qu'il y a une sorte d'affinité entre la vie du missionnaire et celle du marin. Dans les bureaux d'un ministère ou au fond d'une loge de francs-maçons, il est facile de calomnier les hommes apostoliques et de se demander à quoi ils servent. Mais quand on a vu de près ces ouvriers si humbles et si niécohnus de la grandeur française à l'étranger, quand on a assisté à la transformation merveilleuse de leurs néophytes, quand on a partagé leurs périls et leurs sacrifices, quand surtout on a rencontré à 4,000 lieues du pays, au fond d'un cachot infect, les fers aux

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pieds et le cou sous la cangue, des compatriotes qui û'ont d'autre crime que d'être prêtres et Français, alors bien des préjugés tombent et la lumière se fait dans \m cœurs généreux, dans les esprits droits. Et voilà pourquoi, à part dç très rares exceptions, nous, missionnaires, nous n'avons jamais eu qu'à nous louer de cette administration maritime, dont il est de mode, à cette heure, de méconnaître les services et de calomnier les actes. C'est un hommage que la reconnaissance me fait un devoir de lui rendre ici.

Éreetioa da Ticaiiat de la Cochinehine tH^identale

(tSiiii). — Au moment où Mgr Tévêque d'Isauropolîs confessait la foi devant les tribunaux annamites, le vicaire de Jésus-Christ l'appelait à diriger en chef le nouveau vicariat de la Cochinehine occidentale. Sa Sainteté le pape Grégoire XVI qui, étant encore cardinal, avait exercé la charge de préfet de la Propagande, conserva sur le trône pontifical un grand zèle pour les missions étrangères; plusieurs actes importants de son pontificat témoignent de sa pieuse sollicitude à cet égard ; un des plus utiles fut certainement la multiplication des vicariats apostoliques, dont les plus étendus furent divisés, afin de rendre plus immédiate et plus directe l'action apostolique. Dès que Mgr Cuenot connut ce désir du souverain Pontife, son dévouement absolu à l'Église romaine ne lui permit pas d'hésiter un instant. Il s'empressa de détacher de sa mission les six provinces de la basse Cochinehine avec le Cambodge, pour les céder à son coadjuteur, Mgr Lefebvre, et former un nouveau vicariat apostolique sous le nom de Cochinehine occidentale. Cinq ans plus tard, le Cambodge^ à son tour, était , détaché de la Cochinehine occidentale et formait une mission distincte; de son côté, Mgr Cuenot partageait de nouveau son vicariat en deux : il cédait à Mgr Pellerin, son nouveau coadjuteur, la Cochinehine septentrionale et se réservait les six provinces du centre, sous le nom de Cochinehine orientale.

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Ainsi le vicariat unique de Cochînchîne, qui existait depuis cent quatre vingts ans^ se trouva définitivement partagé en quatre missions distinctes : la Cochinchioe septentrionale, Torien laie, roccidenlale et le Cambodge. C'est la division qui subsiste actuellement.

APépoque où la Cochinchine occidentale fut érigée en vicariat apostolique, voici quelle était sa situation :

Le territoire de la mission comprenait les six provinces de la lasse Cochincbine : Dong-naï, chef-lieu Bien-hoa; Gîa-dinh, chef-lieu Saïgon, Dinh-tuong, chef-lieu My4ho ; Long-ho, chef- Hpîi ViuL-long; An-giangj chef-lieu Ghau-doc, etHa-tien, plus le Cambodge et une partie de Laos. La population totale était d'environ trois millions siz cent mille habitants^ sur lesquels les chrétiens formaient environ vingt-trois mille âmes, soit un peu plus d'un chrétien sur cent soixante-trois habitants.

Le personne] de la mission se composait d'un vicaire apostolique, Mgr Lefebvre, de trois missionnaires, MM, Miche, Dticlos et Fontaine ^; et de seize prêtres indigènes, dont quelques-uns, épuisés par Tâge et les fatigues de la vie apostolique, ne pouvaient presque plus rendre aucun service.

Pas d^églises, pas de presbytëres, pas d*écoles; la persécucution avait tout renversé; pas de séminaire; du bel établissement qui avait existé longtemps à Lai-tbieu^ il ne restait plus alors que des ruines. Par ordre de Minh-mang, tous les bâtiments qui couvraient la colline avaient été rasés. Quand j'arrivai dans la mission, trente ans plus tardj on voyait encore, sous la végétation luxuriante de ces contrées, les ruines dune terrasso et quelques pieds de vigne, seuls vestiges subsistant des magnifiques jardins de Mgr d'Adran; mais je ne puSj comme je l'aurais désiré, aller m'agenouiller sur les tombes des confrères qui m'avaient précédé, car il n'en res-

1- MM. Miche et DucîoBj délivrés, comme on Ta tu, par le commandant Lévêque, avaient été, sur leur demande , déposés à Syncapour, où ils a Lie aâaient les moyens de rentrer dans leur mission*

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tait qu'un vague souvenir; le temps et l'oubli avaient recouvert leurs précieux restes, et Ton pouvait justement répéter le mot du poète :

Etiarn periere ruinœ.

Mais le désastre qui avait ruiné tous les établissements de la mission avait respecté, au moins, les pierres vivantes du sanctuaire. On a vu qu'en 1833, Mgr Taberd avait emmené avec lui à Siam la plupart de ses séminaristes; plus tard, ces jeunes gens furent conduits à notre collège général de Pinang, et depuis lors, jusqu'à la fin des persécutions, ce fut de ce pieux asile que sortirent tous les élèves ecclésiastiques de la mission de Cochinchine. A l'époque oii Mgr Lefebvre prenait l'administration séparée de la CochincKine occidentale, la nouvelle mission comptait au collège de Pinang une dizaine d'élèves ; de plus, le vicaire apostolique et ses prêtres entretenaient chez eux une vingtaine d'écoliers, qui se préparaient ainsi à être envoyés plus tard au collège général. C'était l'espoir dun futur clergé indigène et le gage d'un avenir meilleur.

Tel est le point de départ de la mission de Cochinchine occidentale, au moment de son érection, en 1844. Il convient de ne pas oublier ces chiffres, afin de mesurer les progrès réalisés depuis cette époque et de se rendre un compte équitable du travail des missionnaires, pendant cette période de quarante années.

Seconde captivité de Mgr Lefebvre (18416). — A Syncapour, Mgr Lefebvre avait rencontré M. Duclos, qui attendait toujours, depuis deux ans, l'occasion de rentrer dans sa chère mission; M. Miche, plus heureux ou plus entreprenant, avait réussi, depuis quelques mois, à pénétrer par le Cambodge et se tenait caché dans la chrétienté de Lai-thieu, non loin de Saigon. Ce n'était pas chose facile que de s'introduire en

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LA PenSKCUTIÛN sous THIEU-TRI 157

Cochinchine, car la persécuUon durait toujours, bico qu'elle évitât de verser lo sang; Mgr Cucnot, caché au Biah-dioh, venait d'écrire qu'il avait couru de grands dangers, dans le cours (le Fan née 1843^ cl avait eu heaiicoup de poines à échapper aux shires lancéîs à sa poursuite par les mandarins. M, ChamaisuD, qui résidait au Quaiig-namj avait été moins heureux; il avait été pris et jeté en prison, d'où il ne sortil que moyennant un nombre respectable de barres d'argent fournies parles fidèles pour éiouiïer celte aiïaire. La position était donc fort critique, pour ceux qui voulaient rentrer; il fallait veiller à ne pas se faire prendre et surtout k ne piis compromettre ceux qui se dévouaient, au péril de leur vie, àiutroduire les proscrits en Annam.

M. Miche s'entendit alors avec un homme énergique, né au village de Go-công, près de Bièn-hoa, et le chargea de la périlleuse mission d'aller chercher Mgr Lefebvre à Syncapour, pour le faire rentr^^r dans son vicariat apostolique. Cet honirau de cœur, nommé Matthieu GAm, était un de ces chrétiens Bolides, entièrement dévoué à la mission et k ses ceuvreSj comme Dieu, dans sa hi^nté, nous en ménagea toujours quelques-uns^ aux heures les plus sombres de la persécution r 11 acci'pta, sans hésiter, mais aussi sans se faire d'illusions, la difliciie commission dont son supérieur le chargeait : « Cette îois-ci, dit-il à M. Miche, j'y passerai pour sûr, mais nlmporte. ï> Il devait y passer, en effet.

Sur l'ordre de M. MichCy il prit le commandement de la barque de la mission, recruta parmi les fidèles des environs de Saigon un équipage sûr et dévoué, et partit pour Syncapour dans les premier-s jours de iSiO.

Le 23 mai suivant, Mg[- Lefebvre^ arcon^pagné de M. Duclos et suivi de trois de ses séminaristes qui avaient terminé leurs études à Pinang, s'embarqua pour la Cochincliine, Le 6 juin, après une navigation bien périlleuse pour une faible jonque annamite obligée de tenir la pleine mer, les missionnaires

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arrivaient en vue du Cap Saint-Jacques, à l'entrée de la rivière de Saigon. Là commençaient les difficultés sérieuses; on n'avait plus affaire aux éléments aveuglea, mais à la méchanceté des hommes.

Après avoir louvoyé toute la journée du 7, en vue du Cap, les rameurs se hasardèrent à entrer dans la rivière, pour essayer de franchir, la douane la- nuit suivante. Malheureusement, soit que leur barque, par ses allures embarrassées, eût attiré Tattention et fût suspectée de chercher à introduire de Topium, comme on le leur déclara, soit plutôt, comme je le pense, que les Chinois de Syncapour les eussent dénoncés et vendus aux mandarins, la jonque fut arrêtée à la douane, fouillée de fond en comble et nos deux confrères, marchandises de contrebande au premier chef, découverts dans la cale.

Néanmoins, dans le premier moment, tout s'arrangea, moyennant quelques barres d'argent données aux douaniers. Nos deux confrères se crurent sauvés et reprirent leur route ; mais ils avaient contre eux le vent et la marée ,et, malgré tous les efforts des rameurs, la lourde jonque avançait avec une lenteur désespérante. Ils étaient parvenus près de l'endroit qu'on appelle les Quatre-Bras, quand les douaniers reparurent, au point du jour ; effrayés de leur responsabilité, ils s'étaient ravisés pendant la nuit, et la peur faisant taire la cupidité, ils rapportaient l'argent, déclarant qu'il y allait de leur tête et qu'ils n'osaient pas prendre sur eux une si grossç affaire.

L'évêque avec ses compagnons fut conduit à Saigon et logé assez honorablement, avec M. Duclos, dans la maison des mandarins qui passent en voyage. Cette maison était située dans ,1a basse ville, à l'endroit où s'élèvent aujourd'hui l'arsenal. Quant à Mathieu Gâm, le pilote de la jonque, et à son équipage, ils furent enfermés dans la prison commime des malfaiteurs et mis dans l'impossibiUté de communiquer avec les missionnaires*

Mort de M. 0uclas (Jiiillet lS4fl}. CcpeadantM. Ductos, épuisé par les souffrances d'une première captivité, ne larda pas à tomber sérieusomeut malade. Le grand maûdarin donna ordre de lui fournir tous les remèdes du pays ; mais ni les médecines annamites, ni les soins de Tamitié la plus dévouée ne purent le sauver. Le 26 juillet 1846, le pieux confesseur de la foi, deux fois prisonnier de Jésus-Christ, après avoir été condamné à mort comme prédicateur de l'Évangile, après avoir comparu dans les prétoires des mandarins et subi courageusement la torture, rendit en paix sa belle âme h Dieu, en disant à son évêque, comme dernier adieu, qu'il offrait de bon cœur sa vie, afin que le prélat put rentrer dans sa mission et y demeurer en paix. Ce dernier vœu d'un martyr devait être exaucé un an plus tard.

Le vîce-roi de Saigon^ dans cette triste circonstance, se montra plein de respect et d'égards pour le missionnaire défunt. Le mausolée de Tévêque d'Adran subsistait toujours; lAgr Lefebvre demanda et obtint Tautorisation de faire inhumer souconfrèrej non dans l'enceinte, mais tout auprès. Le corps du défunt, revêtu des ornements sacerdotaux, fut placé dans un beau cercueil; Tévèquc récita paisiblement Toffice des morts auprès du corps de son amîj puis une troupe de soldats l'emporta à sa dernière demeure. Les chrétiens des environs de Saigon auraient bien voulu se joindre au funèbre cortège, mais la crainte d'être reconnus les forgaà se tenir cachés dans leurs maisons; seules quelques pieuses femmes se hasardèrent à suivre de loin, en pleurant, les restes de Tapôtre.

Le tombeau de M. Duclos subsiste toujours; il est placé à la gauche delà grande route de Cholon, à une centaine de mètres ea avant du mausolée de Mgr d'Adran.

Pendant la maladie de M. Duclos, Tordre était arrivé de transférer les deux confesseurs de la foi & la capitale et d'instruire leur procès. Mgr Lefebvre, seul survivant, fut donc dirigé par mer sur Hué; il y arriva dans les premiers jours

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du mois d'août et fut jeté aussitôt dans la prison commune. Le 6 août, il fut conduit au tribunal des causes criminelles Quelle fut la stupéfaction de ses juges en.reconnaissant leur prisonnier de Tannée précédente ! Grande fut la colère du roi qui, dans le premier moment d'emportement, commanda de lui trancher la lêle, sans autre forme de procès; mais la réflexion le ramena bientôt à des pensées plus modérées.

Le procès suivit donc son cours régulier; mais dans la crainte qn'un navire d'Europe ne vînt, encore une fois, réclamer le prélat, Thieu-tri donna ordre d'accélérer Tinstruction, en sorte que les procédures et le jugement furent terminés en quinze jours. Voici les principales questions que les mandarins posèrent à Mgr Lefebvre :

— N'êtes- vous pas le fils du roi de France*?

— Je suis le fils du Seigneur du ciel.

— Dans quelle intention étes-vous revenu ici?

— Pour prêcher la religion.

— N'aviez-vous pas aussi un autre but ?

— Non ; je ne suis pas venu, comme vous paraissez le supposer, pour faire la guerre ou exciter le peuple à la révolte, mais uniquement pour prêcher.

— Pourquoi, après avoir reçu du roi la grâce insigne d'être soustrait à la peine capitale, que vous aviez méritée, êtes-vous revenu ici ?

— Le Seigneur du ciel ordonne de prêcher l'Évangile dans tous les royaumes; c'est pourquoi, malgré la défense des hommes, j'ai dû revenir ici l'enseigner. D'ailleurs, j'avais des raisons de croire que vous n'interdiriez plus la prédication. En Chine, vous devez le savoir, on a déjà autorisé l'exercice public de la religion*, et l'intention de l'empereur est qu'on

1. Je ne sais qui avait pu donner naissance à ce^ bruit absurde, qui courut u n moment par tout TAnnam. La réponse du prélat dut singulièrement intriguer les mandarins.

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