Nolite timere, pusillm grex (Saint Luc, xii
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thieu^ avec le titre d'évêque de Dansara. Quatre ans plus tard, en 1852, le saint-siège détacha du territoire de la mission de Cochinchine occidentale, les provinces du Cambodge et du Laos, qui formèrent un nouveau vicariat apostolique, h la tète duquel fut naturellement placé Mgr Miche. Par ce démembrement, la mission de Cochinchine occidentale se trouva réduite aux six provinces de la basse Cochinchine, et fut constituée ainsi dans ses limites naturelles.
La nouvelle mission du Cambodge n'avait jamais été bien florissante; à l'époque de son érection, elle comptait à peine six cents chrétiens, presque tous descendants de métis portugais et, par suite, assez peu fervents. La guerre qui, depuis cinquante ans, désolait ce malheureux pays, avait ruiné tous les établissements que nos confrères y avaient faits autrefois, du temps de Nosseigneurs Lefebvre et Pignel (1730-1780). Quatre missionnaires, MM. Cordier, Bouillevaux, Aussoleil et Sylvestre, formaient avec Mgr Miche tout le clergé du nouveau vicariat apostolique ; pas de clercs indigènes et aucune espérance de pouvoir en former avec les éléments dont on disposait; on jouissait de la paix religieuse, il est vrai, mais cette tranquillité n'était due qu'à ce que le christianisme ne comptait, pour ainsi dire, pas dans ce pays foncièrement bouddhiste. Le vaillant confesseur des prisons de Phu-yen dut, plus d'une fois, en présence de cette apathie désespérante, regretter amèrement les luttes et les souffrances qu'il avait endurées en Cochinchine ; car ce qu'il y a de plus dur au cœur de l'Apôtre, ce n'est pas la verge du bourreau qui déchire la chair et fait couler le sang, c'est l'indifférence glaciale qui accueille avec mépris la parole sainte et ne se donne même pas la peine de persécuter, parce qu'elle sait qu'elle n'a rien à craindre et que toutes les âmes sont à elles.
Mgr Miche essaya avec courage de tirer parti d'une situation si difficile, à deux reprises différentes, il remonta en barque le Mé-kong, annonçant partout, dans les villages cambod-
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giens échelonnés sur les deux rives, la bonne nouvelle du salut. Peu à peu, à Pi-nha-lu, où il résidait, et dans trois ou quatre centres, de petits groupes de fidèles s^ formèrent; au bout de dix ans d'efforts persévérants, le nombre des chrétiens du Cambodge avait doublé : de six cents, il s'était élevé à douze cents.
Situation reii^euse en moyenne CkM^iiiiicliine (18&0).
— Dans la mission de Cochinchine orientale, le vénérable Mgr Cuenot avait plus de consolation; s'il était persécuté, en échange, il avait la joie de voir son troupeau grossir rapidement chaque année et ses œuvres se développer. Du reste, Tadministration s'y faisait comme dans la Cochinchine occidentale : elle était confiée à peu près exclusivement au clergé indigène, sous la direction occulte des missionnaires.
Les progrès continus obtenus par cette méthode permirent, en 1850, à Mgr Cuenot de faire un nouveau démembrement de sa mission. Il détacha les trois provinces du nord, pour en faire, sous le nom de Cochinchine septentrionale, un nouveau vicariat apostolique, qu'il confia à Mgr Pellerin, son coadjuteur, ne se réservant pour lui que les six provinces de la moyenne Cochinchine.
Le nouveau vicariat apostolique comprenait les provinces les plus exposées à la persécution ; le Quang-tri, Hué, la capitale, et le Quang-binh, sur la frontière du Tong-king. Depuis longtemps, aucun missionnaire européen n'avait paru à Hué autrement que chai'gé de chaînes et dans l'appareil sanglant du martyre. Dès qu'il se vit chargé de cette partie importante de la Cochinchine, Mgr Pellerin résolut d'aller visiter ses pauvres fidèles, qui le reçurent avec des transports de joie. La nouvelle mission comprenait vingt-quatre mille chrétiens. Un vicaire apostolique, deux missionnaires européens, MM. Galy etSohier, dix prêtres annamites en formaient le personnel.
Pour assurer l'avenir, Mgr Pellerin se hâta de se choisir
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un coadjuleur, qui fut Mgr Sohier; il le sacra, sous le titre d'évêque de Gadare, au commencement de 1852. Le vicaire apostolique s'occupa aussi d'ouvrir un collège pour la formation du clergé indigène ; c'était une initiative bien hardie, si près de l'antre du tigre; mais Mgr Pellerin n'était ni timide de caractère, ni facile à embarrasser. L'emplacement choisi fut cette chrétienté de Di-loan, qui avait déjà, une première fois, abrité le collège de M. Candalh, en 1836 et 1837. Les bâtiments furent construits au milieu d'un vaste jardin, entouré d'une haie épaisse de bambous, qui les dérobait aux regards des curieux ; la fermeté et la prudence des notables, et surtout du chef de la chrétienté, qui était en même temps le maire du village, arrêtèrent longtemps les perquisitions, écartant ainsi tout danger de cet utile établissement. Dès sa fondation, le séminaire compta de quarante-cinq à cinquante élèves ecclésiastiques, et, au bout de quelques années, Mgr Pellerin put y recruter son clergé indigène.
Tant que dura la crise de la persécution, le ministère apostolique fut, dans la Cochinchine septentrionale, ce qu'il était en moyenne et en basse Cochinchine, une œuvre d'obscurité et de sacrifices. Cachés au fond de pauvres réduits, les missionnaires européens durent mener une vie de proscrits et se contenter de diriger et de surveiller le travail des prêtres du pays. Cette vie si pénible à la nature, si opposée, en apparence, aux saintes ardeurs du zèle apostolique, était certainement plus dure que le martyre. Nos confrères s'y soumettaient humblement par obéissance ; on leur avait dit que c'était le seul moyen de ne pas compromettre leurs chrétiens et de faire un peu de bien. Cette abnégation complète d'eux-mêmes et de leurs goûts était d'autant plus méritoire devant Dieu qu'elle coûtait davantage à la nature, qui même dans les œuvres de Dieu, cherche toujours à paraître.
Choléra (18&0). — Une seule fois, pendant cette période
' LKS COMMENCEMENTS DE TU-DUC Ifil
de temps, les missionnaires de la Cochinchine purent sortir de leurs cachettes et se montrer au grand jour, par la grâce du choléra. Une épidémie d'une violence exceptionnelle désola tout TAnnam, pendant les deux années 18S0 et 1851. De* vant le terrible fléau, les mandarins s'étaient enfermés dans leurs prétoires, le chef de l'État se tenait comme muré dans son palais; espions, délateurs, satellites avaient disparu; la place publique restait aux disciples de Jésus-Christ. Leur charité et leur dévouement furent à la hauteur des circonstances et rappellent l'épisode de la peste d'Alexandrie, au milieu de la grande persécution de Dioclétien.
On vit les proscrits de la veille et du lendemain passer leurs jours et leurs nuits au chevet des païens délaissés par leurs parents, recueillir les orphelins abandonnés, transformerleurs maisons en hôpitaux et, pour prix de leur héroïque dévouement, ouvrir le ciel à de nombreuses âmes. Le prêtre, ce privilégié de l'échafaud, circulait maintenant librement, offrant aux mourants les derniers secours de la religion et les consolations de son ministère. Caché sous les espèces eucharistiques le sauveur Jésus s'en allait, sur la poitrine de son prêtre, porter de village en village et de cabane en cabane, aux malheureux frappés par le fléau, le gage d'une vie meilleure et de l'élernelle résurrection.
Dès le commencement de l'épidémie, les vicaires apostoliques de la Cochinchine et du Tong-king avaient prescrit des prières publiques; pour la première fois depuis bien longtemps les fidèles purent se réunir publiquement, même à la capitale, pour leurs exercices religieux; les païens épouvantés, bien loin de chercher à les troubler, étaient les premiers à se recommander à leurs prières; ils les conjuraient d'ensevelir leurs morts, qui gisaient abandonnés dans les champs, sur les chemins, au premier endroit venu, car les cercueils manquaient et la mort, cette terrible pourvoyeuse, ne laissait pas le temps d'en confectionner un nombre suffisant.
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i82 CHAPITRE QUATRIÈME
On évalua à un dixième de la population totale la mortalité du royaume pendant ces deux années, soit environ deux millions de décès, pour la Cochinchine et le Tong-king réunis; encore les mandarins furent les premiers à reconnaître que, sans le dévouement des chrétiens, le fléau eut pris des proportions bien plus terribles.
Aussi ils se gardèrent bien de les gêner pour les cérémonies de la sépulture; jusque sous les murs de Hué, on vit défiler, la croix en tête, le cortège des fidèles chantant leurs prières et conduisant les morts à leur dernière demeure; les prêtres, revêtus de Fétole et du surplis accomplissaient publiquement tous les rites de la liturgie catholique. Un moment on eût pu croire que TAnnam tout entier était devenu chrétien.
Cela dura autant que le fléau ; quand le danger fut passé, mandarins et satellites reparurent, prêtres et fidèles durent se cacher à leur tour ; mais ils emportaient la satisfaction d'avoir montré à leurs ennemis les plus acharnés comment les chrétiens et les missionnaires savent se venger.
Jubilé de 1 851 . — Néanmoins les disciples de Jésus-Christ ayant respiré quelque temps Fair de la liberté, devinrent un un peu plus hardis, et les missionnaires de la Cochinchine purent se hasarder un peu hors de leurs cachettes, mais toujours en s'entourant des plus grandes précautions. Une grande grâce accordée par le Père commun des fidèles, le jubilé de 1850, vint ranimer partout le zèle et la ferveur. A càUse de Téloignement et aussi de la violence de l'épidémie qui décimait, cette année-là, nos missions d'Annam, il fut remis, presque partout, à l'année 1851 et fut suivi avec beaucoup d'assiduité dans toutes nos chrétientés, où il produisit de grands fruits de grâce; de vieux pécheurs, des apostats de dix et quinze ans revinrent au bercail. Les chrétiens annamites ont une grande dévotion pour les jubilés ; c'est pour eux un temps de pardon général, et il est bien rare que
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LES COMMENCEMENTS DE TU-DUC t83
les négligents le laissent passer, sans saisir l'occasion qui leur est offerte de se réconcilier avec Dieu.
nfoaveaa décret de persécution (mars 1851). — Nos pauvres chrétiens faisaient bien de se ranimer dans la ferveur ; l'heure de la lutte suprême approchait, et ils allaient avoir besoin de toutes leurs forces pour soutenir un terrible assaut.
On doit se rappeler que Tu-duc n'était que le second fils do Thieu-tri. Son frère aîné, le prince An-phong, auquel la couronne eût dû revenir de droit, essaya à plusieurs reprises de rallier les chrétiens à sa cause ; non seulement il promettait de leur donner la liberté religieuse, mais encore de se faire chrétien lui-même et d'user de son influence pour christianiser le pays. Il est peu problable qull eût tenu parole, car c'était un homme sans intelligence et sans caractère; quoi qu'il en soit, la tentation n'en était pas moins délicate pour des procrits, mis depuis vingt ans hors la loi par le gouvernement de leur pays. Mais cette fois, ils n'étaient pas abandonnés à eux-mêmes, il consultèrent leurs pasteurs, qui leur répondirent de se confier uniquement en Dieu et de se tenir en dehors des intrigues de la politique. A l'exemple des fidèles de la primitive Église, les chrétiens d'Annam préférèrent demeurer les sujets soumis d'un roi persécuteur que de se révolter contre le pouvoir établi.
Au moment où nos néophytes donnaient à leur prince cette preuve touchante de fidélité, celui-ci lançait contre eux un nouvel édit de persécution. Ce décret, daté de la quatrième année du règne de Tu-duc, le 28® jour de la deuxième lune, (21 mars 1851), était rédigé en ces termes :
« La doctrine de Jésus vient des Européens ; elle défend le culte des ancêtres et l'adoration des esprits. Pour tromper le cœur des hommes et fasciner ses adeptes, elle leur parle du ciel et d'une eau sainte. Ceux qui prêchent cette mauvaise doctrine, sachant bien que la loi du royaume ne peut tolérer
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\S\ CEI A PITRE QOATRJÊME
de paiTÎUes erreurs, représ*?ntcnt aux yeux du peuple 1 image
du supplice de Jésus, leur maître, pour sédairf^ les ignorants et leur faire aflïonter la morl sans se repentir. Quelle funeste illusion I quelle fascination incompréhensible !
(ï Sous le règne de Minh-mang, ce culte insensé a été sévèrement prohibé par plusieurs décrets ; toutes les fois qu'un chrétien a refusé d'abjuror, il a été sans rémission très rigoureusement puni. Du temps de Thieu-lri, plusieurs instruclious ont été données aussi, pour proscrire cette doctrine perverse; à l'exception des vieillards et des infirmes , aucun chrétien réfraclaire n'a jamais obtenu sa grâce, sous nos saints prédccesseurs,
(< C'est ainsi que^ pour détruire le mal dans son priDcipe, ils ont toujours agi avec une sollicitude, une sévérité, une prudence consommées. Par la Gdèle observation des rites, par l'étude de la musique et la bonne forme des vêtements', i!fi sont arrivés à un haut degré de civilisation, La base de notre religion, à nous, c'est la droiture; elle serait bientôt viciée^ si la doctrine de ces hommes au cœur de sauvages, aux mœurs d'animaux, était mise en pratique. Lorsque le coeur est corrompu, si on ne le corrige au plus tôt, la droite raison est faussée.
a NouSj Tu-duc, roi, fidèle au système que nous avons adopté dès le commencement, qui consiste k voir et à écouter, h examiner attentivement, dans tous nos actes, nos jugements, nos ordres, ce qui convient et ce qui est à propos, Nous avons chargé nos ministres de nous faire un rapport au sujet d*une pétition que nous a adressée notre Conseil privé, sur la nécessité de prohiber la mauvaise religion de Jésus. Voici quel a été Tavis de notre ministère : les prêtres euro-péens doivent être jetés dans les abîmes de la mer ou des
1, Allusion à rMit de Mînh-mang, dont j'ai parlé ilans l'introduction, qui rég'iait k forme des vêtements et forçait toutes les femmes h porter le costume de leurs mails.
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fleuves, pour la gloire de la vraie religion; les prêtres annamites, qu'ils foulent ou non la croix aux pieds, seront coupés par le milieu du corps, afin que tout le monde connaisse quelle est la sévérité de la loi. Après avoir examiné ces dispositions, nous les avons trouvées très conformes à la raison.
« En conséquence, nous ordonnons à tous nos mandarins de mettre ces instructions en pratique, mais secrètement et sans les publier. Ainsi donc, si dorénavant des prêtres européens viennent furtivement dans notre royaume, pour en parcourir les provinces, tromper et séduire le cœur des peuples, quiconque les dénoncera ou les livrera aux mandarins, recevra huit taëls d'argent* et, déplus, la moitié de la fortune des receleurs du prêtre; Tautre sera dévolue au fisc.
«Quant aux receleurs, petite ou grands, peu importe qu'ils aient gardé l'Européen chez eux longtemps ou peu de jours, ils seront tous coupés par le milieu des reins et jetés au fleuve, excepté les enfants qui n'ont pas encore atteint l'âge de raison ; ceux-ci seront transportés en exil au loin.
« Telle est notre volonté ; respectez-la. »
Martyre de Philippe Mlnh (3 juillet 1853). ~ Le
premier résultat de ce nouvel édit fut, au Tong-king, l'arrestation et le martyre de M. Schœffler (1*' mai 1881), l'arrestation etle martyre de M. Bonnard (1" mai 1852). En Cochinchine, ce fut un jeune prêtre annamite, M. Philippe Minh, qui remporta la palme du martyre. On lui appliqua la nouvelle disposition qui condamnait à mort les prêtres indigènes, les assimilant ainsi aux apôtres venus de l'Europe, dont ils partageaient les travaux et les souffrances. Jusqu'alors, au moins dans la Cochinchine, on s'était contenté de les déporter. Philippe Minh est le premier prêtre sorti du collège de Pinang qui eut l'honneur de verser son sang pour la foi-
1. Le taël étant de 8 fr,, la prime promise est de 64 fr. seulement.
186 CHAPITRE QUATRIÈMK
Il était né à Gai-mong' vers i815, d'une de ces vieilles familles chrétiennes distinguées par leur attachement inviolable à la foi. Il fut du nombre des élèves que Mgr Taberd emmena avec lui à Siam, quand il fut forcé de quitter h mission ; plus lard, il suivit son évêque k Calcutta, et travailla très utilement à la rédaction du grand dictionnaire de k mission. Apres la mort de Mgr Taberd, en Î8i0, Philippo Minb revint au collège de Pinang pour achever ses études, Rentré dans la mission de la Cochinchine occidentale^ il fut ordonné prêtre, en 1846, par Mgr Lefebvre* De tous les prêtres indigènes de la mission, le P. Minh, au jugement de ses supérieurs, était certainement le plus pieux et le plus distingué* fVétait, sous tous les rapports, un sujet d'élite*
Vers la fin de 18S2, le P. Minh desservait la chrétienté dp Cai-mong; il tut dénoncé aux mandarins et M, Borelle, provicaire de la mîssioUf qui se tenait caché tout près de là, à Calnhum, lui ordonna de partir immédiatement pour Mac-bac. Son supérieur croyait le soustraire au martyre; il l'y envoyait.
Un mauvais sujet, qui avait Tintent Ion de faire prendre le P, Luu, le prédécesseur du P, Minh à Mac^bac^ avait dénoncé au grand mandarin de Vinh4ong la présence d'un prêtre anna mite dans la chrétienté. Quelques jours après l'arrivée du P. Minh, dans la nuit du 19 février 1833, les satellites cernèrent àrimproviste la maison oii le prêtre se tenait caché; son hôte, Joseph Luu, chef de la chrétienté de Mao-bac j fut pris avec lui, en même temps que plusieurs des notables^ et les prisonniers chargés de canguea furent conduits à Vinh-Iong, cheflieu de la province,
A la. vue de ce jeune prêtre, aux manières dîstinguéeSy à la parole élégante et facile, les grands mandarins de Vinh-bng se montrèrent bienveillants et le traitèrent toujours avec égards et convenance ; on ne le mit pas à la torture, on se
i. Province de Viûh-long,
contenta, pour la forme, de lui proposer de fouler aux pieds la croix ; le confesseur de la foi répondit avec dignité et tout ensemble avec respect :
« Grand homme, je ne puis faire ce que vous me commandez, parce que la religion me le défend. Jusqu'ici, j'ai toujours respecté cette image de mon Dieu ; comment voulez-vous que je la foule aux pieds? »
Le juge n'insista pas, et la sentence fut rédigée et envoyée à Hué, pour être soumise à la sanction du roi. Selon la teneur des anciens édits, le P. Minh était simplement condamné à fexil au Tong-king; ses compagnons de captivité, au nombre de sept, devaient recevoir chacun cent coups de bâton et être ensuite renvoyés chez eux.
Mais Tu-duc ne ratifia pas la sentence ; conformément à son édit de 1851, bien qu'il n'ait pas encore été publié dans les basses provinces, il condamna le prêtre de Jésus^Christ k être décapité, et ses compagnons, à l'exil perpétuel.
La sentence ainsi modifiée arriva à la préfecture de Vinhlong, le dimanche 3 juillet 1853, jour où l'on célébrait dans l'Église la fête du Précieux Saûg. Le P. Minh était loin de se douter du sort qui l'attendait; huit jours auparavant, il avait écrit à son évêque, Mgr Lefebvre, pour se recommander à ses prières, et lui annoncer son prochain départ pour l'exil:
« De grâce, mon Père, priez pour votre fils, afin qu'il supporte avec joie les soufi'rances que Dieu lui destine. En quelque lieu qu'il aille, il s'y rendra avec bonheur, pourvu que le Père prie Dieu de venir au secours de son fils, car alors tout ce qui lui arrivera sera bon. »
Le prêtre et témoin de Jésus-Christ se préparait ainsi à partir pour son lointain (exil: mais Dieu avait décrété qu'il allait sortir de TÉgypte et de la terre de captivité, pour entrer dans la terre promise des bienheureux. Pendant que les mandarins
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surpris prenaient connaissance de la dépêche royale, un paten^ qui les avait entendus causer, vint avertir le? Père qu^il n'avait plus que quelques instants à vivre. Le P. Minh^ toujours calme et se possédant parfaitement lui-même, écrivit qu talques lignes d'adieu à ses supérieurs; puis, s*ad ressaut à ses compagi]ons de captivité, il les encouragea à demeurer fidèles :
« Vous le voyezj mes amis. Dieu a décidé que ma vîe lui serait offerle pour la gloire de son saint nom. Il me faut, donc embrasser d'un cœur joyeux sa sainte volonté; mais, avant de vous quitter, je vous conjure, une dernière fois, de demeurer fermes dans la foi, quelles que soient les soufTrances qui vous attendent dans la suite. Mettez toute votre confiance, non en vous-mêmes, mais dans le secours d'en haut; il- ne vous manquera pas. ï> '^
Comme il achevait ces mots, les satellites vinrent le prendre pour le conduire au supplice. Ils commencèrent par lui lier les mains derrière le dos, et serrèrent si étroitement les cordes, que sa poitrine faisait saillie en avant et qu'il avait peine à respirer; mais, sur Tobservatian des chrétiens que le maître ne songeait nullement à s'enfuir, ils consentirent à desserrer un peu ses liens. On se mit alors en marche ; un crieur public portait devant le martyr sa sentence ainsi conçue :
« Le maître Minh enseigne une religion perverse; quilsoit décapité et sa tête jetée au fleuve, >i
Ce pauvre homme, qui était chrétien, était si ému qu'il pleurait à chaudes larmes et ne put, comme c'est Tusage, crier la sentence le long du chemin. Quant au P. Minh, il s'avançait d'un pas tranquille, au milieu des bourreaux, en récitant des prières ; trois mandarins militaires, à cheval, fermaient la marche.
Quand on eut traversé Tarroyo qui passe non loin de la citadelle, le mandarin qui présidait commanda au cortège de s'arrêter^ afin que le maître put se reposer un instant. Un
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maire chrétien, nommé Phuong, étendit à terre une belle nalte, sur laquelle le martyr s'assit, les jambes repliées sous lui, à la manière annamite. Une pieuse chrétienne lui offrit alors des rafrsdchissements qu'il refusa :
« J ai soif, en effet, dit la douce victime, qui pensait peutêtre à la parole de Jésus sur la croix; mais tout à Theure, je vais me désaltérer dans le sein de Dieu. » Et il continua pieusement à réciter son chapelet.
Au bout de quelques minutes, on se remit en marche et, quand on eut fait environ une lieue le long du fleuve, le mandarin (lit :
« Arrêtez; nous voici au lieu de Texéculion. Étendez une nalte à terre, pour que le maître se repose. »
Le maire Phuong se hâta d'étaler deux nattes sur le gazon, avec une couverture par-dessus, et le Père s'y assit. Il demanda alors à se recueillir dans une prière suprême, ce qui lui fut accordé de bonne grâce.
Le martyr de Jésus-Christ s'agenouille ; il lève au ciel, qui déjà s'entrouve devant lui, des regards de joie et d'espérance ; on l'entend murmurera demi-voix :
« Mon Dieu, ayez pitié de moi ! Jésus, donnez-moi la force et le courage de souffrir pour votre gloire ! Marie, ma mère, assistez-moi ! »
Païens et chrétiens recueillaient en silence les aspirations brûlantes qui tombaient du cœur et des lèvres du saint prêtre. Sa dernière prière fut un peu longue, mais le mandarin, saisi de respect, défendit de la troubler. Quand il eut fini, le P. Minh fit un signe et la tête tomba sous le glaive.
D'après la sentence du roi, ce chef sacré devait être jeté au fleuve; mais pendant que le martyr faisait sa dernière prière, le mandarin, toujours bienveillant, avait appelé le maire Phuong et lui avait dit à voix basse :
« Quand la tête du maître sera tombée, un soldat la prendra, pour aller la jeter au fleuve, selon Tordre du roi ; toi, cours
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après lui et donne-lui trois ligatures' pour qu'il te la remette; tu la joindras alors au corps, et les chrétiens pourront l'emporter dans leur barque ; mais surtout, fais en sorte que je ne le voie pas. »
Les choses se passèrent ainsi. Après que la foule des païens eut satisfait sa dévotion, en trempant des linges dans le sang du marlyr, les fidèles qui s'étaient tenus à l'écart, pour ne pas exciter l'attention, rejoignirent la tête au corps et firent force de rames pour le transporter dans la chrétienté de Cai-nhum, située à trois heures de là. Une bière magnifique, achetée par les notables, reçut alors les restes du P. Minh, et trois prêtres annamites s'y rendirent pour vénérer les glorieuses dépouilles de leur jeune confrère. Le saint corps, revêtu des insignes sacerdotaux, demeura exposé plusieurs jours, pendant lesquels les fidèles vinrent, un peu à contre-cœur, réciter les prières des morts, car ils se disaient entre eux :
« A quoi bon prier pour un martyr qui est déjà au ciel ? »
Quand il fallut procéder à Tinhumation définitive, une discussion s'éleva entre les chrétiens de Cai-nhum qui voulaient garder le corps et ceux deCai-mong, qui le réclamaient comme celui de leur ancien pasteur et de leur compatriote. Le provicaire^ M. Borelle, décida la question'en faveur de Cai-mong. La nuit suivante, le précieux dépôt fut amené dans cette chrétienté et, le lendemain, au milieu d'une assistance de plus de mille fidèles, il fut inhumé sur remplacement de Téglise détruite.
En 1870 , les juges ecclésiastiques firent exhumer ces restes vénérables; ils furent déposés dans un beau coffret, qui fut confié à la garde de la chrétienté de Cai-mong. Puisse ce riche trésor protéger toujours cette belle et fervente chrétienté, qui compte aujourd'hui près de trois mille fidèles !
On conserve encore, au séminaire de Paris, un morceau de