‹ La Cochinchine religieuseChapitre 21 sur 79 · Caritas numquam excidit · texte numérisé non relu

Caritas numquam excidit

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nécessaires. Je suis à la veille de partir pour Texil, je remets tout ce qui me concerne à la bonté de Dieu. Je lui offre bien volontiers le plus grand des sacrifices, celui de mafemme et de mes enfants ; lui-même en prendra soin. » Déjà les condamnés avaient reçu Tordre de s'embarquer dans deux ou trois jours; mais ce n'était pas pour Texil qu'allait partir le proscrit, c'était pour entrer dans la patrie céleste.

Dès que la nouvelle de sa mort arriv.i à Mac-bac, toute la paroisse se réunît pour célébrer solennellement les obsèques de son chef. Après constatation du décès, le saint corps fut rendu à la famille. 11 avait conservé toute sa souplesse, et je ne sais quel rayonnement mystérieux éclatait sur son visage embelli et transfiguré par la mort. Les mandarins surpris ne savaient comment expliquer ce prodige.

« Qu'il est beau! disait Tun d'eux, je n'ai jamais encore vu de cadavre "comme celui-là; on dirait qu'il dort et qu'il sourit! »

Ce ne fut qu'après lui avoir longtemps tiré les bras et les jambes qu'ils se décidèrent à reconnaître laréalité de la mort.

Les obsèques de Joseph Luu se firent avec un éclat extraordinaire, dans un temps de persécution. Quatre prêtres annamites y assistaient en habit de chœur; plus de deux mille fidèles faisaient cortège; le corps, porté par cinquante chrétiens en deuil, reposait dans un riche cercueil, sur un brancard magnifiquement orné; une grande croix illuminée ouvrait la marche; derrière, on portait les trophées de l'athlète victorieux: sa lourde cangue et ses chaînes, dont le bruit sinistre, au milieu du silence de la nuit^ ramenait la pensée de ses longues souffrances. Le martyr fut inhumé sur l'emplacement de l'église de Mac-bac, qui venait d'être détruite, à l'occasion de la prise du P. Minh. C'est là qu'il repose encore, en attendant le grand jour où ses ossements sacrés, tressaillant dans leur tombe à l'appel de l'Église, seront exaltés sur les autels.

Joseph Luu vient d'être déclaré vénérable par Léon XIII, II 13

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le 13 février 1879, en même temps que treute«trois autres con* fesse urs de la foi<

Confesseurs dn Binh-dinh (18&3-t8&^). -^ Dans la Cochinchine orientale ^ le gouverneur de Binh-dinh montrait moins de bienveillance que les mandarins de la basse Cochinchine et persécutait avec acharnement les disciples de Jésus- Christ« C'était un des grands mandarins qui travaillait avec le plus d'ardeur à engager le roi Tu-duc dans les voies de la persécution. Son plan, car il en avait un qu'il envoya au ministère des rites, était de faire des chrétiens une caste de parias et de lasser leur constance à force de vexations. Le voici en résumé :

« On ne laissera à chaque famille Chrétienne que trois arpents de terreià; le surplus, pour ceux qui en ont, sera abandonné aui villages.

« Il sera défendu aux chrétiens de faire aucune transaction commerciale avec les païens.

<< Ils ne pourront s'allier avec eux par des mariageë.

M Les chrétiens ne pourront avoir des barques de commerce.

« Il leur sera Interdit d'aller trafiquer chez les sauvages.

« Enfin, dans les villages où il y a des chrétiens, on établira, â leurs frais, nn professeur de rites et on les forcera à assister à ses leçons. »

Comme on le voit, ce tyran subalterne n'y allait pas de mainmorte; son projet ne tendait pas moins qu'à interdire aux fidèles l'eau et le feu. Le roi, jugeant ce projet peu exécutable pour le moment, renvoya la pétition au ministère; mais il félicita le gouverneur de Binh-dinh de son zèle, et celui-ci, se sentant soutenu à Hué, essaya d'appliquer ce joli plan dans sa province; trois chrétientés furent dispersées et plusieurs éLablissements détruits; le vicaire apostolique, Mgr Cuenot,

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lûanquft dô tomber aux maîns du persécuteur; quant aux fidëlês, lô gouvetneui- leur interdit tout commerce, toute fiavîgatioû, tdutë acquisition territoriale; ils furent soumis à tout un âystëme de formalités onéreuses, de déclarations, d'enquêtes, de visites domiciliaires, qui fournissaient aux Villages païens mille moyens de pressurer les fidèles, de désoler leur patience et finalement de les ruiner; c'était ce qu'on se proposait.

Neuf des principaux catéchistes de la mission furent détenu!*, toute Tannée 1834, dans les prisons du chef-lieu. Le gouverneur les faisait comparaître devant lui, tous les mois, pour les presser d'apostasier; mais comme ils s'y refusèrent jusqu'au bout, ils furent tous condamnés à l'exil et âUx travaux forcés à perpétuité.

Cinq de ces vénérables confesseurs furent envoyés dans la basse Cochînchine. Leur chef, André Nam-thuong, était un vieillard de plus de soixante-dix ans, qui, pendant, plusieurs années, avait généreusement exposé sa vie en donnant asile à Mgr Cuenot. Il avait sacrifié sa fortune, qui était considérable pour le pays, aux œuvres de la mission et au bien de la religion. En passant à Sdgon, il eut, ainsi que ses compagnons de chaînes, la consolation de visiter Mgr Lefebvre, qui se tenait alors caché dans la chrétienté de Thi-nghe. Le prélat bénit avec amour les prisonniers de Jésus-Christ et les encouragea à persévérer jusqu^à la fin.

Le vieux Thuong était déjà si malade que le prêtre annamite chargé de la chrétienté de Cho-quan crut devoir lui donner l'extrême-onction. Comme le vice-roi de Saigon était bien disposé, il eût été facile d'obtenir pour le mourant une prolongation de séjour dans cette ville ; mais il s*y refusa, voulant, disait-il, faire son sacrifice tout entier et mourir au lieu assigné pour son exil.

Cependant, en arrivant à la préfecture de My-tho, il fut forcé de s'arrêter, pendant que ses compagnons se rendaient

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19â CHAPITRE QUATHIÉMË

à Vinh-long. Ceux-ci firent halle un jour à Cai^nhum, où le provicaîrcj M, Borelle, eut la joie de baiser leurs fers; ayant appris d'eux l'état désespéré dans lequel ils avaient laissé à My-tho leur saint compagnon, M. Borelle envoya immédiatement un médecin chrétien de Cai-nhum pour lui donner des soins; mais il était trop tard, le coufesseur de Jésus-Christ avait déjà échangé les tristesses et les souffrances de Texil contre les joies de la patrie du ciel {iS juillet 1853,)

M. Borelle fit transporter son corps dans la chrétienté de Cai-nhum, où il fut reçu avec honneur, comme un dépùt précieux. Quelques années plus tard^ les enfants d'Audré Thuong viïirent réclamer les restes de leur père et les transport ferent à Go-thi (Binh-dinh),

La cause d'André Thuong, déclaré vénérable parLéonXIII, en même temps que Joseph Luu^ est pendante en ce moment devant le trihunal de la sacrée congrégation des Rites-

Persiôcuilon dans la Coehinchlne septentrioDale

(ISS^-ïSaS). — Au nord, dans la mission de Huéj il y eut anssi redouhlementde vexations, à la même époque» MgrPellerin fut forcé de fermer le collège de Di-loan, dont les espions païens avaient fini par dénoncer Texistence; les missionnaires durent aussi changer de retraites , les anciennes étant connues de trop de gens. Néanmoins il n'y eut pas d'arrestations importantes, et Ton put, en prenant les plus sévères précaulious, continuer à admiuistrer les chrétientés.

SliDation au Cambodg^e (1S&41). —Au Cambodge seul, Mgr Miche était parfaitement tranquille dans son nouveau vicariat. Les mandarins auuamites eurent Timpudence de demander son extradition, mais le roi du Cambodge se refusa très nettement à une lâcheté.

La mission du Laos végétait toujours, malgré le zèle de ses

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LES COAliHilNGEMENTS DE TU-DUO i97

apôtres; à la date du 11 août 1853, Mgr Miche écrivait en

France :

(t J^ai eu Heu de me convaincre que mes confrères cultivaient un sol ingrat, qui ne promet aucune récompense à leurs travaux; mêmes superstitions, mêmes usages, mêmes préjugés et peut-être plus d*indolence encore que chez les Cambodgiens. Bientôt nous devrons quitter ce poste, pour chercher des contrées où la semence évangélique produira plus de fruits... Malgré cela, il faut aller de Tavant et prêcher à temps et à contre-temps, pour atteindre le but de notre vocation et remplir les vues du Saint-Siège, qui nous a confié cette mission du Laos. »

Au Cambodge, la situation était meilleure ; à la même date, le prélat écrivait :

« Ma chrétienté naissante de Pi-nha-lu augmente à vue d'oeil et^ si nous jouissons quelque temps encore de la paix, il y a lieu d'espérer que mon petit troupeau sera bientôt doublé. J'ai pour le moment près de trente catéchumènes à instruire, et quand ils seront régénérés par les eaux du baptême, d'autres sans doute prendront leurs places au catéchuménat. »

Consultations et rapports des mandarins (1SS3tSSS). En Cochinchine, la question des chrétiens était, pour ainsi dire, à l'ordre du jour. Avant de s'engager à fond contre le christianisme, le roi Tu-duc^paraît avoir hésité longtemps. Deux partis étaient en présence à la cour : Fun voulait qu'on en finît avec la religion chrétienne; l'autre, par politique ou par humanité, inclinait visiblement vers la tolérance. Le roi, incertain longtemps entre ces deux partis, tint de nombreux conseils au sujet de la question religieuse, dans le cours des années 1853, 1854 et 1855. A la fin, il se décida à adresser une consultation à tous les grands mandarins du royaume. Voici le texte de cette pièce importante :

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c( La mauvaise religioQ de Jésus est évidemment fausse; elle trompe le peuple et leur est mille fois plus pernicieuse que les doctrines de Phat, de Lao, de Mac et de Duong. Cependant, parmi ses sectateurs, il est certainement des hommes qui ont étudié les livres des anciens sages, il en est même qui ont obtenu des grades littéraires; assurément ce ne sqnl pas les lumières qui leur manquent pour connaître Terreur, et néanmoins ils ne l'abandonnent pas. Quelle en peut être la raison? Est-ce attachement à leurs familles ou crainte de leurs villages? Us habitent la terre du roi, ils sont les sujets du roi, et ils embrassent de tout leur cœur les mœurs des étrangers. Quelle dépravation! Quel entêtement!

« Par quel moyen pourrait-on les instruire et les ramener au bien? Les poursuivre avec rigueur répugne à notre cœur vertueux; mais si nous les traitons avec clémence, comment pourrons^nous remédier au mal? La bonne administration du royaume (iemande qu'on réfléchisse sérieusemeat sur cette affaire.

« Nous avons examiné la doctrine des anciens, nous l'avons comparée avec les enseig^nements des modernes et nous ne les avons pas trouvés d'accord, Le philosophe Duong tient pour le système de la rigueur; Quan-tu se prononce dans le même sens ; « Le pardon, dît-il, produit une mince utilité pour le « présent, mais pour Tavenir, il est la source de grandes cala^ « mités, w Manh-tu, au contraire, prétend que Thomme ver-^ tueux ne hait personne et n'a pas d'ennemis. Ces opinions nous paraissent tout à fait contradictoires.

H Quelle serait dono, eu égard aux dispositions de notre peuple et à notre système de gouvernement, la meilleure politique à suivre, pour éteindre les procès, faire fleurir Tagriculture, détruire l'injustice et abolir la mauvaise doctrine de Jésus? Faut'il employer la force ou vaut-il mieux user de doueeup? »

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En réponse à cette consultation, de nombreux rapporta furent envoyés de toutes les provinces au roi, annotés par lui et discutés en conseil. On dit qu'avant de mourir, Minh-mang, dans sa haine satanique contre le christianisme, avait fait Jurer à ses principaux mandarins, qu'eux vivants, on n'accorderait jamais la liberté religieuse. Presque tous ceux de cet âge tenaient donc pour la proscription; au contraire, les jeunes conseillers de Tu-duc, persuadés de l'impossibilité de réussir par la violence, auraient voulu qu'on fermât, au moios, les yeux et qu'on tolérât ce qu'on ne pouvait empêcher; mais les vieux mandarins de Minh-mang étaient implacables dans leurs haines. Malheureusement pour nos chrétiens, et aussi pour le royaume annamite, c'est le parti des violents qui devait finir par l'emporter.

Il me serait impossible de relater toutes les insanités, tous les blasphèmes qui se débitèrent à cette occasion. La question des chrétiens ayant été mise ainsi solennellement à l'étude, chacun, pour faire sa cour au prince, crut devoir envoyer son petit plan de persécution. On a vu plus haut celui du gouverneur du Binh-dinh; un autre grand mandarin, beaucoup plu* modéré, proposait ceci • « Qu'on persécute encore pendant trois ou quatre ans, après quoi, on laissera les chrétiens en paix. On proposera à chacun de fouler la croix; ceux qui obéiront auront une ligature* de récompense, ceux qui s'y refuseront seront punis d'une amende de six masses'. »

Évidemment celui-là était pour les moyens économiques. Tu-duc rejeta, avec raison, ces mesures comme absolument insuffisantes :

« Comment, dit- il, il y a près de vingt ans que nous employons tous nos efforts pour arracher les chrétiens à la religion; nous n*avons encore rien gagné, et vous croyez

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