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mite. Les. chrétiens actuels le sont par la tradition de leurs parents, ou même de leurs ancêtres les plus reculés; leur nombre, y compris les vieillards, les femmes et les enfants, s'élève à plus de cent mille*. Or ce n'est pas dans quelques mois, ni même dans quelques années, qu'on peut espérer corriger les erreurs d'une telle multitude et les ramener au bien.
« Voici comment ils procèdent pour se répandre : ils gagnent d'abord un homme, d'où sort bientôt toute une famille, laquelle, avec le temps, devient une grande bourgade. Avec de faibles débuts, ils parviennent sans bruit à un agrandissement considérable. Ils nourrissent ceux qui ont faim, donnent des vêtements à ceux qui ont froid, portent des secours aux affligés et des consolations à ceux qui souffrent*; ils s'unissent pour faire à leurs morts des funérailles honorables. Peu leur importe la différence du pays; ils se regardent tous comme les membres d'un même corps, d'où il arrive que ceux qui suivent cette doctrine par principe s'en engouent tous les jours de plus en plus, et ceux qui s'y attachent par fanatisme ne soupçonnent pas même leur aveuglement. D'ailleurs les chrétiens voient l'autre partie de notre peuple, au dehors, écrasée de travaux, à l'intérieur, accablée de misères; ils voient, parmi les païens, les pères et les enfants qui ne se portent aucun secours, les proches qui sont sans commisération les uns pour les autres; ils les voient tous les jours plongés dans la luxure, adonnés à l'injustice, dévorés d'ambition et de haines. Est-il étonnant, après cela, qu'ils cherchent à s'en séparer? N'est-il pas à craindre, au contraire, que, séduits par la bonté des chrétiens, les autres ne viennent tous les jours en plus grand nombre à eux?
« Leurs livres, quoique écrits d'un style simple et sans art,
1. C'est plus de 500,000 qu'il eût dû dire, mais il fallait prendre garde de blesser le prince.
2. Bel éloge de la charité chrétienne, dans la bouche d'un païen!
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mi CHAPITRE QUATRIÈME
ne cantieniient rien de contraire aux bonnes mœui», rien de nuisible h la société. Tout le fond de leur doctrine et de leur enaeigaement ne tend qu'à un seul but : rendre leg hommes heureux et bienfaisants. Aussi, malgré leurs erreurs, leschré^ tiens vivent en paix, chacun dans son état ; ils paient scrupu<^ leueoment le tribut et les impôts; parmi eux, on rencontre bien peu de voleurs et de rebelles; soir et matin, ils récitent des prières; jour et nuit, ils s'efforcent de devenir meilleurs, dans la vue d'obtenir le bonheur du ciel*. Pour de vieilles et sottes erreurs dont ils sont imbus, convient-il de les punir si sévèrement?
n Bl Ton emploie à leur égard le système de la violence, ils se laisseront tuer sans se repentir, et il n'en résultera, au dedans^ qu'une grande calamité pour les fidèles sujets de Votre Majesté, et au dehors, qu'un prétexte aux projets malveillants des étrangers.
H Fautfil donc accorder aux chrétiens une liberté pleine et entière? Non, car il serait bientôt à craindre que l'Orient ne soit inondé des souillures de l'Occident et, plus tard, il devien» draît impossible de détruire les abus. Que faire donc? Il faut prendre un moyen terme :
iï Qu'on accorde une entière liberté aux anciens chrétiens; qu'on les force à se révéler tous, peuple, soldats ou manda^ rins, pour en connaître exactement le nombre et savoir, au juste^ combien ils sont dans chaque commune et dans chaque arrondissement. On en formera ensuite une liste h part, sans inquiéter ceux qui, pour le passé, se sont tenus cachés. On laissera tranquilles ceux qui forment des villages ou des hameaux séparés ; pour ceux qui se trouvent mêlés aux sujets fidèles ', on les groupera, selon la commodité des lieux, et on
1 . On est heureux de recueillir de pareils aveux sous la plume d'un païen hQtiTiéta homme ; jamais, je oroie, môme aux premieri jours du ehristiar DtBme, un plus hel éloge de la religion ne fut arraché à ses snnmaiil
2, Aux païens; style officiel.
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De leur permettra plus désormais d'habiter au milieu du bon peuple.
« Les anciens chrétiens ainsi placés ensemble, pourront en toute sécurité accomplir les cérémonies de leur culte et pratiquer leur religion, sans que personne ait le droit de les vexer là-dessus. Pour ceux qui, h l'avenir se cacheraient encore ou refuseraient de faire inscrire leur nom sur la liste commune, il» seront epvoyés en exil. Il sera, en outre, sévèrement défendu de se faire chrétiens à ceux qui ne le sont pas encore; si les mandarins locaux découvrent quelques individus qui aient osé, après ces dispositions, embrasser la fausse doctrine de Dato, ils leur appliqueront la loi contre les rebelles; les chefs de oanton et les maires de village, qui auraient connivé à Jeur défection, subiront la même peine.
H Quant aux prêtres européens, il faut leur appliquer les lois déjà portées contre eux et les proscrire sans rémission, afin de détruire le mal dans ses racines.
(I De cette manière, les anciens chrétiens vivront en paix, sans être inquiétés sur leurs fautes passées, et la source du mal sera tarie pour l'avenir. Le peuple est naturellement imi^ tateur; il faut, pour le corriger de ses erreurs, lui donner de bons exemples à suivre. La vérité est difficile à détruire, le mensonge se dissipe sans peine, Mettons en pratique notre reli^on sublime; faisons-la briller d'un vif éclat; on verra peu à peu l'erreur et la doctrine perverse disparaître d'elle-même, comme la neige fond aux rayons du soleil. Alors la paix et l'abondance régneront dans le royaume, et chacun» dana le transport de sa joie, battra des deux mains le tambour sur son ventre'. Notre sainte religion sera de plus en plus prospère et celle des chrétiens tombera dans le mépris do jour en jour. Ses diioipl^s se regardant alors entre eux et se voyant isolés,
l Proverbe annamite, pour exprimer Ja joie pertée à ss plus haute expression.
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204 GHAPlTBl!; QUATliïÉME
comme en dehors de l'espèce humaine, reviendront d'euxmêmes à nous et se corrigoronl, sans qu'il soit besoin d'employer pour cela la violeace. ij
Comme l'écrit Mgr Retord qui doune au long ce rapport, il y a de tout dans cette pièce curieuse : du bon sens et de Tabsurde, du vrai et du faux, du sérieux et du ridicule; mais ce qui domine certainement, à travers la phraséologie embarrassée d'un rhéteur qui veut dire la vérité, sans clioquer trop fortement h maître, c'est la bienveillance à Tégard des Qdëles et le désir très sincère d'arrêter la persécution.
Mais ni les sages et politiques représentations du vice-roi du Tong-king^ ni celles, très fermes aussi, du vice-roi des basses provinces qui s'était refusé, pour sa part, à publier Tédit de 1851 j ne devaient remporter sur les conseils de la haine. Après trois ans de délibérations, de projets et de contre-projets, le 18 septembre 1855, éclata, comme un coup de foudre, redit de proscription générale. C'était le début d'une lutte ardente, atroce, implacale; Tu-duc voulait en finir cette fois avec le christianisme en Annam, et il s'imaginait Élre plus heureux que son père Thieu-tri et que son grand-pt^re Minh-mang, de sinistre mémoire.
Édit de perHecutîon générale (septembre 1 S&&). — ^le passe le préambule, renfermant comme toutes ces sortes de pièces, mais avec plus de violence encore, d'ineptes blasphèmes contre Notre-Seigneur Jésus-Christ, contre la sainte Eglise catholique, à laquelle le pt^rsécuteur avait le triste courage de reprocher ses vertus héroïques et sa charité, qjii s édu isa it le bon p enp le, contre les missionnaires, ç€$ son vaiff^^ de t Occident, qui venaient jeter le trouble dans le royaume.
Suivait un long exposé de tous les décrets de Gia-long', de
1* Gia-long n'a jamais lancé de décret de persécution proprement dit^i mais, comme on Ta vu, ce prince, comblé de bienfaits par hv^^lise, a. maai-
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Minh-mang, de Thien-tri et du roi contre la mauvaise doctrine de Jésus. Voici enfin le nouveau dispositif destiné, dans la pensée du roi, à en finir avec la superstition chrétienne :
« En conséquence, les mandarins chrétiens qui habitent à la capitale ont un mois pour abjurer; ceux qui sont dans les provinces, trois mois seulement. S'ils confessent humblement leur crime et se soumettent aux lois du royaume, on leur pardonnera; sinon, ils perdront leur grade, seront remis au rang du peuple et punis sans miséricorde.
(t Six mois sont accordés aux soldats et au peuple pour faire leur abjuration. S'ils obéissent, on les laissera en paix; mais si, plus tard, on s'aperçoit qu'ils ne se conforment pas aux usages sublimes du pays, s'ils s'abstiennent des sacrifices et aulres œuvres nationales, ce sera une preuve qu'ils n'ont pas abandonné de cœur la mauvaise doctrine, et ils seront châtiés comme de grands coupables.
« Les chrétiens, quelque lettrés qu'ils soient, ne pourront pas concourir pour les degrés littéraires; ceux qui sont entendus aux affaires ne pourront exercer aucune charge dans leurs villages, afin que leur vie reste vouée à l'ignominie. Si nos ordres sont encore éludés, et qu'on nous dénonce les prévaricateurs, alors il y aura des châtiments terribles. C'est aiusi que nous savons allier la sévérité et la douceur.
« Parmi ceux qui exercent la profession de pêcheurs ou qui demeurent près de la mer et le long des fleuves, il y a des scélérats qui feignent d'aller prendre du poisson et qui introduisent chez eux des maîtres de religion. Ces Européens ont aussi à leur service des barques marchandes, avec lesquelles ils descendent secrètement à terre. Us bâtissent des maisons de prières dans des lieux cachés, ils se creusent des retraites souterraines ou bien se barricadent dans leurs refuges, plaçant
festé plus d'une fois, dans des pièces officieiles, Taversion secrète qu'il nourrissait contre la religion chrétienne.
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deë sentinelles aux avenues des villages et, lofdqu'Ofl Si^ftle rapproche de quelqu'un, la nouvelle en est aussitôt tfftOêûiiSé et le midtre de religion s'enfuit.
a Plusieurs de ces scélérats ont déjà été pris sur le fait et ont reçu le juste châtiment de leur crime, mais les autres coûtinuent à jouer ce jeu infâme. Désormais, quand oU potiffa saisir un de ces donneurs d'avis, il faut lui faire son proeèiét le mettre à mort saUs rémission.
« Quiconque arrêtera un prêtre européen, recevra côflime récompense trois cents clous d'argent* ; quiconque prendra un disciple des Européens oU un prêtre itidigënô, recevra ôetit clous d'argent*. Parlât nous montrons clairement» et personne n'en pourra douter maintenant^ que nous savdUs mettre de Tordre et de la mesure en toutes choses.
t( Les midtres européens, qui seront pris^ auront la tète tranchée; elle sera exposée pendant trois jours, puis Jetée à la mer avec le cadavre. Tout élève d'un maître européen ôt tout prêtre du pays aura également la tête tranchée. Les disciples des prêtres du pays seront marqués ftU yisage et envoyés en exil.
« Si quelque navire barbare vient dans nos ports, leîi mati* darins maritimes doivent se tenir sur leurs gardes etobservéf ]es édits du très illustre et très vertueux Minh-mang. Le(i gouverneurs de province^ les préfets et sous-préfets soflt l'œil du peuple ; les chefs de canton et les maires de village eu sottt comme la tête^ Tous savent quelles sont les cànâillesi qtii suivent la religion perverse de Dâto ; mais ils s'eftdorffielit dans lïnsouciance et laissent ainsi le bon peuplé s'égarer daiil une voie gauche* Il en est même parmi nos officiers qui cachent et excusent ces scélérats.
« Nous ordonnons à tous nos mandarini>i, grands et petits,
i« Moo fp.