Le sang des martyrs est une semence de chrétiens
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Motifis rte rexpédUtoEi. — On a beaucoup raisonné, cl pas mal déraisoDné, an Hiijei de rexpéflilion franco-espagnole en Cochînchiûe. Par le temps de haine maçonnique et trimpiélé qui court- c'est un des lieux communs de la presse et de la Uil>une de parler de \^ futilité des motifs qui ont amené la France k intervenir en Annam : <* A quoi bon^ a-t-on dit, une întiîrvenlion armée en faveur des missionnaires, qui ne sont bons qu'à nous créer des embarras ? Si les Annamites ne veulent pas d'eus, est-ce affaire h la France de les imposer H** force? Est-ce que toutes les relif^ions ne se valent pas? Quelle nécessité d'employer le sang de nos soldats et Fargent du pays à propager au loin le cbrîslianisme, dont nous ne voulons plus chex nous? »
Toutes ces belles elioses^ et d'autres insanités de la même force, se rencontrent sur beaucoup de lèvres, et traînent flopuis longtemps dnns les journaux de la colonie et d'ailleurs. Il va sans dire que le peu de solidité des motifs qui nnl amené nos compatriotes en Cochincbine ne leur paraît nullement une raison de s*en retirer; conlrairement au proverbe,
ce qui n'était pas bon à prendre est, paraît-il, excellent à garder; seulement cela dispense de témoigner aux missionnaires de la reconnaissance ou même de la justice; c'est toujours autant de gagné.
Si le fanatisme de l'irréligion ne troublait pas, en ce mo. ment, bien des tèles, il est évident, pour tout homme intelligent et droit, qu'un grand pays se doit à lui-même de protéger ses nationaux paisibles, qui vivent à l'étranger. Voyez plutôt avec quelle patriotique sollicitude l'Angleterre soutient, dans toutes les parties du monde, ses commerçants et ses colporteurs de Bibles. La France, malheureusement pour elle, n'a plus à sauvegarder dans l'extrême Orient des intérêts commerciaux qui n'existent pas; mais, grâce à ses missionnaires catholiques, qu'on retrouve sur toutes les plages, son nom est encore connu, respecté et aimé dans ces contrées lointaines. Les intérêts religieux sont à peu près, au moins pour le moment, les seuls que la France ait à défendre à l'étranger, et ce protectorat des missions catholiques, que plus d'une nation européenne voudrait nous enlever, est notre honneur et notre force au loin, car il nous donne autant de clients et d'amis que la sainte Église catholique compte d'enfants, en dehors des peuples civilisés.
Quant à la question spéciale qui nous occupe, la France avait toutes sortes do raisons d'intervenir en Annam, afin d'assurer la sécurité de ses nationaux. Depuis soixante-quinze ans, un traité négocié, à la demande expresse du roi de Cochinchine, par l'évêque d'Adran lui donnait sur ce pays des droits particuliers ; nos compatriotes avaient obtenu, à Texclusion de toute autre nation européenne, le droit de commercer avec TAnnam et d'établir des comptoirs à Tourane, dont le port nous avait été cédé par Gia-long. Ce traité était resté lettre morte, il est vrai, parce qu'il ne nous avait pas convenu de faire valoir nos droits; mais l'instrument diplomatique n*en subsistait pas moins. Si les longues guerres du commence-
ment du siècle nous avaient fait négliger d'exercer des revendications légitimes, elles ne nous avaient pas fait perdre nos droits, et nous gardions toujours la liberté de les faire valoir, le jour où il nous paraîtrait opportun d'y revenir.
On a écrit, il est vrai, que le traité conclu par le roi Louis XVI avec Gia-long était un grand souvenir historique, mais n'avait aucune valeur, la France n'ayant pas rempli ses principaux engagements, par la faute du comte de Conway, gouverneur de Pondichéry d'abord, puis par suite de la Révolution. Cette opinion nous paraît fort discutable. Notre principal engagement, le seul, à vrai dire, était de rétablir Gia-long sur le trône ; or c'est ce qui avait été fait, grâce au dévouement réuni de l'évêque d'Adran et des généreux Français qui étaient venus se mettre au service du roi d'Annam. A défaut du monde officiel, notre colonie de Pondichéry avait fourni des armes, des munitions, de [l'argent, des vaisseaux, pour aider le roi de Cochinchine, et finalement c'était grâce à nous, à notre concours matériel et moral, que le prince avait recouvré ses États.
Tout cela ne constituait-il pas le roi de Cochinchine notre client? Qu'importe que ce fût le gouvernement ou des particuliers qui l'eussent rétabli sur le trône, puisque, d'un côté comme de l'autre, c'était la France, et que le résultat désiré était obtenu ?
Nous avions donc, pour intervenir en Cochinchine, deux motifs parfaitement fondés en raison et en droit : d'abord le traité très librement consenti, ou plutôt sollicité, par Gia-long, traité que nous avions fidèlement exécuté de notre part, en lui rendant le trône, et que son fils Minh-mang avait déchiré, en chassant les derniers officiers français au service de son père; et, en second lieu, le droit qu'a tout pays civilisé de protéger ses nationaux et d'assurer leur sécurité, au milieu d'un peuple qui méconnaît les plus simples notions du droit des gens.
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On a vu du reste, dans ce livre, comment la France fut amenée, presque sans y penser, à intervenir en Annam. Après que Minh-mang eut refusé de conclure avec Louis XVIII le traité de commerce que M. Chaigneau, à son retour d'Europe, était chargé de négocier avec lui, il avait employé toutes les ruses d'un esprit fécond en perfidies, pour empêcher les barbares d'Occident de venir commercer chez lui, et n'avait pas reculé devant les plus mauvais procédés pour leur fermer ses ports. Chaque fois que des navires français s'étaient présentés pour essayer de renouer avec l'Annam des relations politiques ou commerciales, ils avaient été éconduits sans façon, Bougainville, en 1825, de Kergariou, en 1827, l'amiral Laplace en 1831.
La Restauration n'avait pas eu le temps de demander raison de ces mauvais procédés; la France de Louis-Philippe était assez peu sensible, on le sait, à ces affronts infligés au pavillon national; avec le système de l'effacement et de la paix à tout prix, il fallait éviter d'éveiller la jalousie des Anglais, qui prétendaient, comme ils le font encore aujourd'hui, au monopole des mers. Certainement rien n'était plus éloigné des intentions du gouvernement de juillet qu'une intervention armée en Cochinchine, surtout en faveur de la religion et des missionnaires. Cependant l'honneur et l'humanité ne lui permettaient pas de laisser sans réclamations égorger ses nationaux. En 1843, un heureux hasard ayant amené en rade de Tourane le commandant de V Héroïne, M. Lévêque, au moment où cinq de nos confrères étaient détenus à Hué, sous le coup d'une condamnation capitale, il n'avait pas hésité, bien que dépourvu d'instructions/ à réclamer la délivrance de ses compatriotes, et, comme je l-'ai dit, il avait été assez heureux pour l'obtenir. Quel homme de cœur n'eût agi comme lui, à sa place ?
Le succès de cette première intervention toute pacifique attira l'attention du public français sur ces contrées lointaines,
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jusqu'alors parfaitement inconnues chez nous, en dehors du corps des officiers de la marine et des lecteurs des Annales de la propagation de la foi. Deux des pieux confesseurs ainsi soustraits au martyre, MM. Charrier et Galy, ayant été ramenés en France, il se fit autour d'eux un certain concours, et Ton commença à se demander s'il était digne d'un pays civilisé et fort de laisser ses plus nobles enfants exposés à la torture et à la mort, sans faire entendre au moins une protestation.
L'année suivante, 1844, Mgr Lefebvre ayant été pris à son tour et conduit à Hué, le contre-amiral Cécile exigea et obtint qu'il lui fut remis. Dès lors le roi d'Annam comprit qu'il était surveillé et qu'il ne pourrait plus, au gré de ses caprices, verser le sang de nos nationaux. Naturellement ce contrôle l'irrita; il essaya de s'en débarrasser par une perfidie.
Donc, en 1847, il tenta d'attirer le commandant Lapierre et ses officiers dans un guet-apens; comme représailles, il vit sa flotte détruite, en quelques heures, à coup de canon. Les missionnaires n'y étaient pour rien ; ils n'avaient réclamé aucun secours, et la preuve que cette première lutte armée n'avait aucun caractère religieux, c'est que le commandant Lapierre, après avoir tiré vengeance de la lâche trahison de Tiiieu-tri, remit de suite à la voile, sans s'inquiéter le moins du monde de savoir s'il n'allait pas compromettre ses compatriotes, placés dans l'intérieur du pays, sous la main du gouvernement annamite, qui pouvait fort bien avoir la pensée de se venger sur eux de son humiliation et de sa défaite.
Il eut bien le désir de le faire et donna des ordres en conséquence ; mais cette première révélation du pouvoir de la France avait épouvanté ses mandarins, qui se montrèrent assez peu disposés à seconder les vues du tyran. On s'attendait, chaque jour, à voir les Français revenir en force, pour secourir et délivrer leurs concitoyens; et cette crainte enraya pendant plusieurs années les fureurs de la persécution.
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A la fin, Tu-duc se rassura et, ne voyant rien venir, se persuada facilement qu'il n'avait rien à craindre de la France. C'est alors que sa colère longtemps comprimée éclata; par Tédit de 1855, il déclara une guerre à mort au christianisme, et la chasse aux missionnaires recommença, comme aux plus beaux jours de Minh-mang.
Au Tong-king, les tètes de M. Schœfler et de M. Bonnard étaient tombées successivement sous le glaive (1851 et 1852). C'était un défi jeté à l'humanité et à la civilisation, c'était surtout une insulte à l'honneur de notre pays. Le gouvernement impérial, qui, à cette époque, affectait des tendances cléricales, ne se pressa pourtant pas de la relever.
Ce fut seulement en 1856 que M. de Montigny fut envoyé par Tempereur à Siam, au Cambodge et en Cochinchine, pour négocier avec ces différents États des traités de commerce. Incidemment il était autorisé à traiter la question religieuse; il devait réclamer pour les missionnaires la sécurité et le droit de vivre en Annam, sans y être traqués comme des bêtes fauves. Évidemment il n'y avait rien d'exorbitant dans ces réclamations; c'était une simple question d'humanité et d'honneur national ; tout pays civilisé en eût fait autant.
Quant aux missionnaires, ils n'avaient rien demandé et ne demandaient rien. Dans aucune des nombreuses lettres de nos confrères qui ont paru dans les Annales de la Propagation de la foi à cette époque, on ne voit les martyrs de Ming-mang préoccupés d'appeler à leur secours leurs compatriotes ; résignés à souffrir et à être persécutés, ils mouraient dans la simplicité d'une conscience joyeuse et regardaient comme le plus beau jour de leur vie le grand jour du martyre, qui leur ouvrait les portes de la patrie céleste.
Quel jour que celui-là, le grand jour du martyre, Le jour qui donne au cœur ce que le cœur désire. Qui brise l'esclavage et rend la liberté l Le beau jour du combat que le triomphe achève»
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Qui commence ici-bas sous le tranchant du glaive Et finit dans Téternité*!
Je le répète et j'y insiste, parce que j'ai mes raisons pour cela : jusqu'en 18S6, aucun des missionnaires de TAnnam ne paraît avoir eu même la pensée de réclamer la protection de notre gouvernement. En 1846, après la délivrance de MgrLefebvre par Famiral Cécile, les directeurs du séminaire de Paris, avaient été au ministère des affaires étrangères remercier M. Guizot de la protection spontanément accordée par le gouvernement français au prélat. C'était une simple démarche de politesse et de gratitude, rien de plus. Si plus tard, nos confrères ont cru devoir faire appel à la France, c'est, comme on le verra, que la situation était complètement changée, et qu'on nous avait gravement compromis.
La mission Montig^ny (ISStt-lSSV). — La mission de Monligny en Cochinchine fut malheureuse et ne put aboutir, quelque excellentes que fussent d'ailleurs les intentions de l'honorable plénipotentiaire. Le 16 septembre 1856, le Catinat envoyé en avant parut dans les eaux de Tourane; il apportait des lettres et des présents pour le roi de Cochinchine. Mais Tu-duc avait défendu, sous les peines les plus sévères, d'entrer en relations avec les sauvages d'Europe.
« En effet, écrivait Sa Majesté annamite à ses mandarins, ces barbares sont très ignorants et très corrompus; ils ne rendent aucun culte à leurs ancêtres ; sous le rapport religieux, ils sont semblables à des chiens ; pour le courage ce sont des chèvres; ils courent les mers comme des pirates, établissent leurs repaires dans les îles désertes, ou s*embusquent sur les côtes, et de là fomentent des troubles et des révolutions dans les pays voisins. Ce serait donc pour notre royaume une honte et une calamité si nous les recevions. »
1. Chant pour l'anniversaire des martyrs ; paroles de Dallet, musique de Gounod.
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220 CHAPITRK CINQUIÈME
Les mandarins si bien slylés refusèrent aven insuUo de se rharger des lettres adressées au roi et s'opposèrent au ravilailJement du navire. Le commandant du Catinnl, poussé à boutj canonna les forts de Tourane, et ohlînl ainsi que ses lettres fussent portées à Hué, et qu'on iui vendit les vivres dont il avait besoin, Puis^ comme M. de Montigny n'arrivait pâs et que le Catinat ne savait qne faire en ce pays ennemi» il s'en retourna à Hong-kong.
Ce départ inattendu fut un triomphe pour le roi qui avait eu grand'peuFj bien qu'il ne vouhitpas Tavouer, Immédiatement il envoya à tous les gouverneurs de province une petite note diplomatique conçue eu ces termes :
« Comme on Tavait prévu, les barbares d'Europe sont venus avec un navire à feu jusqu'au fort de la capitale, mais ils sont repartis aussitôt, pour échapper par la fuite au châtiment qu'ils ont Irop bien mérité. Il n'y a donc plus à s'inquiéter d'eux* >ï
Les envoyés de la France ignoraient encore que, dans l'extri^me Orient, il ne faut jamais reculer aprè^i s'être avancé, sous peine de se faire mépriser de ces peuples excessivement orgueilleux, toujours prêts à s'imaginer sottement qu'ils nous font peur. C'est la première faute de ce genre que nous fit faire en Annam Tignorance on nous sommes trop généralement des mœurs des peuples étrangers avec qui nous avons à traiter; ce ne devait pas, hélas! èire la dernière, A l'heure où j'écris S voici trois ans que nous sommes au Tong-king, sans trop >avoir, je le crains^ ce que nous voulons y faire; nous avançons, puis nous restons Tarme au hras, sans agir^ parce que nous n'avons pas su, dés le débul, prévoir les difficultés et proportionner' nos forces à la résistance que nous allions provoquer. Pendant ce temps, notre cousidéralion ^e perd, nos ennemis se fortifient, là ou 2,000 hommes eussent suffi, le premier jour^ il
). Janvier 18S^.
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en faudra peut-être 20,000; nos rivaux cherchent à entraver notre action, et la Chine, secrètement poussée par eux, ose bien nous menacer, parce qu'elle nous voit faibles et indécis! Quand donc aurons-nous une politique coloniale arrêtée et saurons-nous mieux ménager notre prestige?
Un mois à peine après le départ si fâcheux du Catinaty la corvette la Capricieuse arrivait à son tour dans les eaux de Tourane. On reprit les négociations; mais comme M. deMontigny était absent, on ne pouvait encore traiter sérieusement. Toujours même imprévoyance de notre part, même perfidie de la part des Annamites. Le commandant, M. Coliin, fut invité avec ses officiers à un grand festin, chez le mandarin de Tourane; bien leur prit de n'y pas toucher : les mets étaient empoisonnés.
Cependant, pour gagner du temps, le roi se montra disposé cette fois, à écouter les propositions du gouvernement français : celui-ci demandait la liberté de commerce, la résidence d'un consul à Hué, le droit d'établir à Tourane un comptoir, comme cela avait été convenu avec Gia-long, et la liberté religieuse pour les missionnaires et pour les chrétiens. Evidemment, de pareilles propositions ne pouvaient aboutir que si elles étaient appuyées par les armes. Pendant que nous perdions le temps en négociations stériles, le roi cencentrait ses meilleures troupes sur Tourane, des batteries s'élevaient de chaque côté de la rivière de Hué, denombreuxbarrages en coupaient le cours; tout se préparait pour une résistance énergique.
Que faisait donc le plénipotentiaire français, M. de Montigny, que Ton attendait depuis plusieurs mois, et dont Tabsence inexplicable compromettait le succès des négociations ? Ce long retard, j'ai hâte de le dire, ne pouvait lui être imputé. En quittant Siam, un de ces typhons si fréquents à cette époque de l'année, dans les mers de Chine, l'avait forcé de relâcher à Syncapoure; de là, il s'était rendu à Bornéo
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puis à Manille, d'où il était enfin parti pour la Cochinchme.
Le 23 janvier 1857, il arrivait en rade de Tourane sur un petit vapeur. Il était trop tard : depuis trois mois le Çatviat et la Capricieuse étaient repartis pour Hong-kong, etleroid'Annam, revenu de sa première frayeur, encouragé secrètement par la Chine, qui lui avait fait dire de tenir bon, avait eu tout le temps d'organiser la résistance et de se préparer à tenir tête à ces barbares d'Occident^ qui n'étaient pas, après tout, si redoutables, puisqu'ils ne savaient pas même combiner une expédition, et qu'ils arrivaient les uns après les autres, au lieu de concentrer leurs forces et de frapper un coup. Après quelques essais de négociations, qui n'eurent aucun succès, le plénipotentiaire français n'ayant ni vaisseau, ni soldats pour appuyer ses demandes, se vit forcé, à son tour, de quitter Tourane; sans avoir rien fait, et de se réfugier àHong-kong (13 février 1887).
Mais, avant de partir, il eut, dans sa générosité chevaleresque, la malheureuse pensée d'écrire à ïu-duc, pour lui recommander les chrétiens et les missionnaires, le menaçant de la colère de la France, s'il osait encore les mettre à mort. C'était oublier que, dans ces pays, il ne faut jamais menacer, si l'on n'est en mesure d'appuyer aussitôt sa parole d'arguments plus sérieux. En voyant l'intérêt que le plénipotentiaire français portait aux chrétiensj le roi et ses mandarins en conclurent qu'ils l'avaient appelé. La persécution prit dès lors un caractère national; ce fut une lutte à mort, sans trêve, sans merci. Je raconterai, au chapitre suivant, cette lamentable histoire. Disons seulement ici que l'Église d'Annam eut été très probablement noyée dans le sang de ses enfants, si Dieu ne l'avait enfin sauvée par l'épée de la France, après de funestes hésitations et de longs retards, que l'humanité et l'honneur du pays auraient dû abréger, puisque c'étaient nos compatriotes qui, avec les meilleures intentions du monde, avaient provoqué la crise.
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Toyafl^e de Mg^Pellerin en France (18S8). — C'est alors que le vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale, Mgr Pellerin, voyant Torage effroyable qui se déchaînait sur les missions d'Annam, crut devoir, sur le conseil même de M. de Monligny, aller en France, pour exposer à l'empereur la situation critique deç chrétiens et lui demander un secours sérieux, capable d'obtei^ir enfin la liberté religieuse aux missionnaires et à leurs néophytes.
On a beaucoup discuté cette démarche de Mgr Pellerin auprès du gouvernement français. A mon point de vue, point de vue purement personnel et qui n'engage que moi, je tiens à le dire, je suis de ceux qui la regrettent, non pas qu'elle ne fut parfaitement légitime, mais parce que le pouvoir civil, surtout à notre époque, a coutume de faire payer trop cher la prétendue protection qu'il accorde. A mon humble avis, nous avons beaucoup à perdre et peu à gagner à être protégés par lui. Je me rappelle ces graves paroles d'un évêque missionnaire, paroles que j'ai vues trop souvent se réaliser en Cochinchine: « Ceux qui parlent de la protection des troupes européennes s'imaginent que les soldats ne font qu'aider et défendre. Je soutiens qu'ils font plus de mal en un jour par leurs débauches, que vingt missionnaires ne peuvent en réparer en un an*. »
Mais, en dehors de ce point de vue purement ecclésiastique, et sur lequel d'ailleurs il y a divergence d'opinion parmi les missionnaires, on ne peut nier au moins, qu'au point de vue du droit strict, la démarche de Mgr Pellerin ne fût irréprochable. Un commerçant, un explorateur, un simple touriste, ont le droit de réclamer la protection de leur drapeau ; pourquoi le missionnaire ne le pourrait-il pas? Dira-t-on que les intérêts religieux qu'il représente ne valent pas ceux du commerce ou delà science ? Parce qu'il est prêtre, a-t-ildonc renoncé à son