‹ La Cochinchine religieuseChapitre 3 sur 79 · Dans laquelle est situé le port de Tourane · texte numérisé non relu

Dans laquelle est situé le port de Tourane

issues de terre et de mer, pour empêcher que quelque maître de religion européenne ne s'introduise furtivement, ne se mêle avec le peuple, et ne répande ainsi les ténèbres dans le royaume. Tous ces maîtres se succèdent les uns aux autres, sans interruption, et regardent cela comme une chose ordinaire.

€ Du règne de Ming-mang,la sixième année et le premier jour de la première lune. (Février 1825.) »

(Place du grand sceau rouge.)

L'Annam étant ainsi fermé aux missionnaires, restait à exécuter la seconde partie du plan de Minh-mang : enlever à leur troupeau ceux qui travaillaient dans Tintérieur du pays et les mettre hors d'état de remplir leurs saintes fonctions, sans pourtant user de violences odieuses. Ici encore le roi procéda avec une astuce diabolique. Sous prétexte que, depuis le départ de MM. Vannier et Chaigneau, il n'avait plus d'interprètes, voulant d'ailleurs, disait-il, s'entourer au début de son règne d'hommes instruits dans les sciences de l'Europe , il fit appel au dévouement et aux connaissances des missionnaires et les manda à sa cour, où ils devaient trouver une position honorable* qui leur permettrait également de servir l'État de leurs lumières et d'aider les chrétiens deleur influence. Les missionnaires virent bien le piège qui leur était tendu, mais comment échapper aux recherches du tyran? Ceux du Tong-king, plus éloignés et moins connus, réussirent à se cacher, mais ceux de laCochinchine furent pris successivement et conduits à Hué, où le roi, au mépris de sa parole, les retint prisonniers et leur interdit de communiquer avec leurs chrétiens. Au commencement de 1828, MM. Tabert, Gagelin et le P. Odorico étaient ainsi retenus dans une sorte de captivité honorable ; Minh-mang les employait à traduire pour son usage des livres européens. MM. Jaccard etRégereau, moins connus,

1 . On leur offrit le grade de mandarin et des appointements qu'ils refusèrent, pour bien accentuer qu'ils étaient retenus à la cour contre leur volonté.

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parce qu'ils venaient seulement d'arriver, avaient pu heureusement échapper à toutes les recherches et demeuraient cachés dans la misssion.

laterventioa ea faveur des chrétiens (1898). — Le vice-roi des basses provinces, nommé Lê-van-duyet, et dans les annales de la Propagation de la foi, Thuong-cong, était Tami des chrétiens et des missionnaires. Tant qu'il vécut, les fidèles demeurèrent en paix, dans les six provinces du Dong-naï. Indigné de la fourberie et de la méchanceté de Minh-mang, il fit exprès le voyage de Hué pour plaider la cause des chrétiens.

« Quel crime, dit-il au roi, ont donc commis les chrétiens pour qu'on les poursuive? Comment! nous persécuterions les . maîtres européens, dont nous mâchons encore, àTheure qu'il est, le riz entre les dents? Qui donc a aidé le feu roi à recouvrer ce royaume? Il paraît que Votre Majesté a bien envie de le perdre de nouveau. Les Tay-son ont persécuté la religion et ils ont été détrônés ; le roi de Pégu vient de perdre la couronne, pour avoir chassé les prêtres. C'en est fait du royaume, puisque le roi ne se rappelle plus des services des missionnaires, qui nous donnaient du riz, quand nous avions faim, et de la toile, quand nous étions nus et que nous n'avions rien pour nous couvrir. Est-ce que le tombeau du grand maître Pierre* n'est pas encore au milieu de nous? Non, tant que je vivrai, le roi ne fera pas cela; que Votre Majesté fasse ce qu'elle voudra après ma mort. ^)

Celui qui tenait à Minh-mang ce langage sévère était l'ancien ami de son père Gia-long, son bras droit dans la conquête du royaume et le plus respecté de tous ses grands mandarins. Devant cette réprobation indignée d'un honnête homme, le tyran s'arrêta un instant, hésitant et confus, et le 29 juin 1828, il laissait à regret échapper ses victimes, qui s'empressaient

l»Mgr d'Adran.

de retourner aux œuvres de leur ministère. Hélas! c'était la dernière fois que le souvenir de Tévêque d'Adran, évoqué pai' la reconnaissance publique, devait protéger son troupeau

menacé !

Situation religieuse en 1S30. — Au milieu de toutiBs ces difficullés, la mission de Cochmchine reformait ses cadres un moment dégarnis par la mort. De 1825 à 1830, six nouveaux missionnaires, MM. Noblet, Bringole, Cuenot, Marchand, Mialon et Vïale avaient réussi, malgré toutes les précautions de la police annamite, h se glisser dans le pays. Les chrétiens, comprenant mieux que personne le grand besoin qu'ils avaient de pères spirituels, se faisaient les complices de la pieuse contrebande, et bravaient tous les périls pour introduire les nouveaux apôtres dans leur pays. Ainsi se trouvèrent déjouées, grâce an d*^vouement des missionnaires et au zèle des chrétiens, toutes les ruses du tyran et de ses espions. Trois cents lieues de côtes, des milliers d*arroyos pénétrant dans l'intérieur^ rendaient le blocus du pays bien difficile. Plus heureuse que FÉglise du Japon, TÉglise d'Annam resta toujours en relations avec le dehorsj et put en recevoir à temps dé nouveaux pasteurs.

Cependant, depuis la mort de Mgr Labartette, la mission de Cochiuchine n'avait plus d'évôque. En 1827 étaient arrivés les lettres pontificales conférant à Mgr Taberd la charge de vicaire apostolique, avec le titre d'évêque dlsauropolis. A cause des difficultés du moment, il dut attendre jusiqu'à la Pentecôte 1830» pour aller se faire sacrer à Siam par Mgr Brugnîères, coadjuteur de cette mission.

Ainsi se termina le long veuvage de TÉglise de^Cochinchine. En 1830, à la veille de descendre dansTarène, elle avaitréparé en partie ses pertes : un vicaire apostolique, huit missionnaires européens, vingt prêtres indigènes, formaient Tétat-major de Tarmée apostolique, qui comptait plus de soixante mille soldats

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préparés au combat. Satan pouvait désormais lui déclarer la g*uerre ; il était certain qu'il ne triompherait pas sans difficultés, et avec le secours de Dieu, on pouvait même espérer qu'il serait honteusement vaincu. C'est Thistoire de cette lutte de plus de trente années que je vais retracer dans les chapitres qui suî>rront.

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Commencement des perséentions (1S30). *- Le roi

Minh-mang, tout en persécutant la religion chrétienne, voulait se donner des airs de modération. Pour éviter de froisser trop vivement par son ingratitude la conscience publique et amener peu à peu les esprits à accepter la proscription du christianisme, il changea de batteries. Au lieu de prendre sur lui Todieux de la persécution, il se la fit demander par ses principaux mandarins et parut n'avoir cédé qu'à leurs instances. Comment un si bon prince eut-il pu, en conscience, se refuser aux instances de ses plus sages conseillers, le suppliant de purger TAnnam de la superstition chrétienne ? La comédie fut jouée avec tout le sérieux convenable. Une première fois, en 1826, le grand mandarin Lé, qui avait le grade de iBo*, présenta au roi, en pleine audience, une requête* « pour supplier Sa Majesté de défendre la religion perverse, afin le rétablir les anciens usages et les bonnes

1. C'est le mandarin chargé en chef de Tadministration de la justice-

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/i8 CHAPITRE DEUXIÈME

coutumes du royaume. » Le roi, sans vouloir encore se prononcer, avait répondu qu'il aviserait et avait remercié les mandarins de leur zèle pour la bonne doctrine.

Quelques semaines après avoir relâché^ bien malgré lui, les missionnaires qu'il retenait à Hué, Minh-mang mit la main sur le provicaire de la mission, M. Jaccard ; celui-ci ne devait échapper à la caplivité que par la mort. Voici comment il fut arrêté.

Ming-mang eut besoin d'un interprète pour traduire une lettre qu'il reçut, à cette époque, d'un capitaine de vaisseau français. On proposait d'envoyer la lettre à Tourane, où résidait alors un négociant français, M. Borel, de Bordeaux, venu en 1821 avec M. Chaigneau, quand un misérable apostat, qui, depuis plusieurs années, faisait à la mission tout le mal possible, dit aux mandarins ;

« Qu'est-il besoin d'aller à Tourane? N'avez-vous pas ici tout près, au collège le Thâg-ninh* ?Ne peut-il pas vous traduire votre lettre, sans tant de dérangements? »

Sur-le-champ, on donna ordre de se saisir de M. Jaccard et de le mener à Hué, où il fut retenu dans une demi-captivité, au service du roi. Il obtint néanmoins, dans les commencements, la permission d'habiter dans une chrétienté voisine de la capitale et refusa toute espèce de traitement, ainsi que le titre de mandarin, pour bien montrer qu'il était à la cour contre son gré. Le roi le traita d'abord avec égards et convenance et l'employa à faire des traductions.

Ce prince se préparant à célébrer avec beaucoup de solennité le quarantième anniversaire de sa naissance^ M. Jaccard profita habilement de la circonstance et demanda l'autorisation de faire faire aux chrétiens des prières publiques pour Sa Majesté.

« Puisque les chrétiens veulent prier pour nous, répondit

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