Le docteur Brochard
Vraiment, en voyant ce qui se passe tous les jours en France, nous n'avons pas de quoi être si fiers et jeter la pierre aux autres peuples. C'est pourquoi les publicistes dont le tendre cœur se refuse à croire, malgré tous les témoignages, qu'il puisse se rencontrer, en Annam et en Chine, des parents assez dénaturés pour abandonner leurs enfants ou lés vendre à des étrangers, devraient bien regarder un instant ce qui se passe sous leurs yeux. Ils reconnaîtraient bien vite que les peuples qui cessent d'être chrétiens, tout comme ceux qui ne le sont pas encore, ont horreur de la gêne et ne se privent nullement de la liberté de se débarrasser de leurs enfants; seulement, par un reste de pudeur chrétienne, ils y mettent ordinairement un peu plus de façon que les Chinois; mais au fond, le résultat est le même, et ce qui se passe tous les jours sous leurs yeux, en France, devrait bien leur rendre croyable ce que des hommes honnêtes et désintéressés leur racontent de la Chine.
La Sainte-Enfance existe donc à Saigon, et, en ce moment, six cent treize orphelins sont nourris et élevés par les sœurs de Saint-Paul de Chartres dans leurs différentes maisons, sans parler de ceux, plus nombreux encore, qui, recueillis directement par les missionnaires, sont élevés dans les familles chrétiennes. Depuis vingt ans, la mission de Cochinchine occidentale, sans demander pour cela un centime au gouvernement colonial, a soulagé Fassistance publique des frais de nourriture et d'entretien de plus de dix mille enfants abandonnés. C'est le sou mensuel des associés de Tœuvre qui nous a permis de soutenir cette lourde charge, et cela mériterait bien un peu de justice et d'équité de la part des publicistes, qui, de bonne foi^ je veux le croire, se sont fait les calomniateurs acharnés de cette angélique association.
Il n'y a pas malheureusement à Saïgon que des enfants de païens à recueillir et à soigner. Les tristes fruits de la débauche et du concubinage, que deviennent-ils, quand le père
est retourné en France, ou quand il est mort avant le temps? Ils traînent dans les rues de la ville une enfance flétrie, abandonnés souvent de leur mère, qui, pour gagner sa misérable vie, a dû presque toujours chercher un autre protecteur.
Cette situation douloureuse, qui est une honte pour le sang français, préoccupait, à bon droit, Tesprit de la Mère Benjamin et, dès 1869, elle ouvrait un pensionnat pour les jeunes filles métisses. Actuellenient ce pensionnat comprend deux seclions séparées: une première division, qui est formée des enfants issues de mariages légitimes entré Européens, et dans laquelle on donne la même éducation que dans les meilleures pensionnats de France, et une seconde division pour les métisses. Séparées soigneusement des enfants indigènes, ces jeunes filles reçoivent, elles aussi, une éducation française, qui les met en état de s'établir convenablement plus tard dans la colonie. Ce double pensionnat compte, à cette heure, soixante treize élèves et, jusqu'à ce jour, l'administration a maintenu un certain nombre de bourses à cet utile établissement.
Après s'être occupée d'assurer l'avenir des enfants, la supérieure des sœurs de Saint-Paul a songé naturellement aux mères. Ces pauvres filles annamites que des misérables se font un jeu de séduire et d'abandonner ensuite, voudraient bien quelquefois rompre avec le vice, surtout celles qui sont chrétiennes et qui comprennent mieux, par suite, l'horreur de leur situation. Mais tous les moralistes qui se sont occupé de ce^riste sujet savent combien la chose est difficile. Le vice appelle le vice, la prostitution engendre la misère, et la misère, à son tour, entretient la prostitution. Il faut de toute nécessité trouver à ces infortunées un refuge, où elles puissent se réhabiliter à leurs propres yeux et aux yeux des autres, avant de songer à les faire rentrer dans les rangs de la société honnête. ^
C'est ce que la charité catholique a réalisé en France par l'institution des Bons-Pasteurs, La Révérende Mère Benjamin
ne recula pas devant cette œuvre ingrate et difficile entre toutes; sans aucune ressource pour la soutenir, mais comptant, à bon droit, sur cette miséricordieuse providence de Dieu qui n'abandonne jamais ceux qui se fient à elle, elle ouvrit, en 1875, un refuge dans sa maison aux malheureuses victimes du vice. Le croirait-on? Cette œuvre d'une héroïque charité lui valut la haine d'un bon nombre de résidents européens. Des accusa" tions insensées de séquestration arbitraire et de mauvais traitements furent formulées ; Topinion publique, toujours crédule et malveillante à l'endroit de l'Église et de ses œuvres, s'émut; la Révérende Mère dut comparaître devant le tribunal et se vit condamnée à une forte amende; en même temps, parles soins d'un procureur de la République trop zélé, une descente de justice avait lieu dans l'établissement, et l'officier ministériel déclarait solennellement à ces pauvres filles que personne n'avait le droit de les retenir et qu'elles pourraient retourner quand elles le voudraient à leur honnête métier. Elles le savaient mieux que personne, car la Sainte-Enfance de Saïgon n'a ni verrous, ni grilles, pour retenir ses pensionnaires. Aussi cet appel officiel à la débauche produisit assez peu d'effet. Peu à peu, comme il arrive d'habitude, Topinion publique qui avait été surexcitée par la mauvaise presse, se calma d'ellemême, et, à l'heure où j'écris ces lignes, quatre-vingt-dix de ces malheureuses filles se réjouissent de trouver au refuge de Saïgon un abri contre le vice et les soins dévoués de la charité catholique. On parle même d'installer, cette fois avec l'appui de l'administration mieux éclairée, un second refuge à la ville chinoise de Cho-lon, oîi la prostitution a pris les proportions d'un fléau public.
Par la réunion de ces trois œuvres dans le même établissement : orphelinat pour les enfants abandonnés, pensionnat et refuge, la Sainte-Enfance de Saïgon compte habituellement de six à sept cents pensionnaires, dont la grande majorité attendent de la douce providence de Dieu, qui ne leur a jamais
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manqué jusqu'à ce jour, le pain quotidien qu'ils lui demandent chaque matin dans la prière.
Telles sont les œuvres des sœurs de Saint-Paul, à la Sainte- Enfance de Saigon. Il faut maintenant dire un mot de leurs autres établissements dans la colonie.
On a vu que Thôpital militaire fut confié aux sœurs par radministration,dès leur arrivée en Cochinchine. Ce premier établissement, qui commença avec deux sœurs, a pris, comme on devait s'y attendre, de grands développements. Aujourd'hui, Fbôpital militaire de Saïgon est un vaste édifice construit tout en fer, qui renferme en moyenne trois cents malades. Dix-huit sœurs leur consacrent ces soins dévoués et délicats que Ton ne trouve que dans le cœur de la femme, surtout de celle qui, renonçant à toutes les joies du monde, a voué sa virginité au service des misères publiques. L'éloge de nos sœurs hospitalières n'est plus à faire ; il est devenu un des lieux communs de l'apologétique catholique, et, malgré les efforts insensés de la franc-maçonnerie, rien n'indique jusqu'ici que les infirmières laïques de la libre pensée puissent jamais les remplacer avantageusement au chevet des pauvres malades.
A Saïgon, c'est une justice que je suis heureux d'avoir à rendre à l'administration, il ne parait pas, au moins jusqu'à ce jour, que le gouvernement songe à priver nos soldats malades de leurs soins dévoués. Au contraire, il vient, tout récemment encore de faire appel à leur dévouement pour aller au Tong-king donner des soins à nos blessés, et dix sœurs sont déjà parties pour cette nouvelle fondation.
Outre l'hôpital central de Saïgon, l'administration a ouvert à différentes reprises des hôpitaux accessoires sur divers points de la colonie. Au mois d'octobre 1861, on installa à My-tho un hôpital militaire qui subsiste encore. Au mois de décembre de la même année, un autre hôpital fut ouvert à Bien-hoaet subsista jusqu'en 1871, époque oh il fut converti
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en une simple ambulance, sous la direction d'un médecin de la marine. En janvier 1862, un troisième hôpital fut établi à Ba-ria, el les sœurs y demeurèrent jusqu'au commencement de 1883. En 1868, nouvel hôpital à Vinh-long; supprimé une première fois, par raison d'économie, en 1871, il fut rouvert ea 1876 et fermé définitivement en 1880. Enfin, en 1877, un dernier hôpital militaire avait été ouvert à Chau-doc, dans la partie de la colonie qui appartient à la mission du Cambodge; il fut supprimé, par décision du gouvernement, au mois de février 1881. On comprend, en effet, que la facilité des communications permet désormais de concentrer tous les malades sur deux ou trois points. En résumé, les sœurs de Saint-Paul desservent seulement aujourd'hui dans la colonie les deux hôpitaux militaires de Saigon et de My-tho, et donnent leurs soins à environ trois cents malades.
C'est là une œuvre purement administrative et qui ne relève en rien de la mission de Cochinchine ; mais les sœurs de Saint-Paul ont toujours tenu à honneur de venir en aide aux travaux des missionnaires.
En 1864, im second orphelinat de la Sainte-Enfance fut fondé à Afy-tho. Cette maison, qui a toujours été très florissante, compte en ce moment cent sept enfants*
En 1870, un troisième orphelinat s'ouvrait dans la ville chinoise de Cho-lon. Cet établissement était d*autant plus nécessaire que la population, en majorité chinoise, si elle n ose pas, par crainte de l'autorité française, faire mourir ses enfants, en les jetant à la rue, est au moins très portée à abandonner les malheureux fruits de la débauche. Aussi, chaque année, cette maison procure la grâce de la régénération spirituelle à près de cinq cents enfants, qui, privés en naissant du lait et des caresses maternelles, ne tardent guère à échanger les misères de ce monde contre les joies du ciel.
En 1871, sur la demande du missionnaire chargé du district de Vinh-long, un quatrième orphelinat fut établi dans cette
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chrétienté ; il donne, en ce moment, la nourriture et Téducation chrétienne à soixante enfants.
Enfin, en 1876, un cinquième orphelinat établi à Bien-hoa fut confié aux sœurs de Saint -Paul. Cet établissement était double dans le principe : il comprenait un orphelinat pour les filles, qui subsiste toujours et entretient en moyenne trente enfants, et un orphelinat-ferme pour les garçons, auxquels le missionnaire chargé du district avait voulu procurer du travail jusqu'au jour où, devenus grands et formés à Ja vie des champs, on eût pu les établir convenablement. Mais Ton sait combien ces œuvres de jeunesse sont difficiles partout, et surtout en Cochinchine, Tinconstance naturelle au caractère annamite rendant aux enfants toute sujétion presque impossible. Un certain nombre d'enfants, devenus capables de gagner leur vie, ayant successivement quitté la maison, la Mère Benjamin, découragée de ces désertions, crut qu'il lui serait plus facile de conserver les enfants en les retenant sous sa main ; c'est pourquoi elle transporta cet orphelinat-ferme aux portes de Sdgoii, dans la chrétienté de Thi-nghe, où il subsiste actuellement avec quarante enfants.
A côté des orphelinats vinrent naturellement se grouper les écoles de paroisses. Ce n'est pas un des moindres services rendus par la Mère Benjamin à la colonie que ces écoles de filles, dans lesquelles la femme annamite a reçu pour la première fois le bienfait de l'éducation. Ces écoles, dans lesquelles on enseigne à nos jeunes filles le catéchisme, la lecture, l'écriture, le français, et, chose d'un prix inestimable pour elles, la couture, avec tous les petits travaux de femmes qui les mettront un jour à même de tenir leur maison, sont, en dehors de Saigon, au nombre de cinq : Bien-hoa, Tan-dinh, Cho-lon, My-tho et Vinh-long. Elles distribuent l'enseignement gratuit à plus de cinq cents enfants, sur lesquelles un certain nombre appartiennent à des familles païennes^ qui, en voyant le dévouement des sœurs françaises, ont senti tomber peu à peu
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les préjugés religieux et sociaux qui, dans tout l'Orient, condamnent la femme à l'ignorance et à une position déploraWement inférieure à celle de Thomme.
Les sœurs de Saint-Paul ont couronné leur œuvre dans la mission par la création des hôpitaux indigènes. On a vu que cette pensée avait été un des premiers essais du vénérable évêque d*Isauropolis, quand il appela les sœurs à Saïgon. Après que Tadministration coloniale, égarée par des préoccupations nectaires, eut cru pouvoir confisquer la fondation de Mgr Lefebvre et renvoyer les sœurs, la Révérende Mère Benjamin ouvrit, à ses frais, sans autres ressources que les secours éventuels de la Providence, un autre hôpital dans la chétienté de Thi-nghe. Là, au moins, nous sommes chez nous ; aucune influence hostile ne vient se placer entre les pauvres malades et le dévouement catholique, et comme l'Annamite, même païen, saisit à merveille la différence qu'il y a (entre la bienfaisance officielle et la charité de TÉglise, cette maison est toujours pleine de malades qui se relaient, en sorte que souvent on peut en compter plus de deux cents réunis à la fois.
Cette œuvre bénie des hôpitaux indigènes s'est multipliée dans la colonie ; àBien-hoa, à Cho-lon, à My-tho, à Vinh-long, de nouvelles maisons se sont ouvertes, en sorte que, dans le courant dé Tannée dernière, les sœurs de Saint-PauLont reçu, soigné, nourri mille trois cent soixante-quatre malades presque tous païens, car nos chrétiens s'assistent généralement les uns les autres et ne recourent guère à la charité publique, pour faire soigner leurs pauvres et leurs malades; les païens indigents, au contraire, sont presque toujours abandonnés de leurs coreligionnaires. Aussi ils entrent en foule dans ces saintes maisons, qui sont vraiment pour eux la porte du ciel; car, bien que Ton n'exerce sur eux aucune pression, il est rare que ceux qui entrent dans nos hôpitaux ne demandent pas eux-mêmes le baptême. C'est que, mieux que toutes les prédications, le dévouement des sœurs est aux
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yeux de tous une révélation touchante et bien persuasive du dévouement qu'on ne trouve que dans la vraie religion.
Comment vivent ces cinq maisons, avec leurs douze à treize cents malades? Je le dirai simplement, parce que je Tai vu de près, quand j'étais chargé de Bien-hoa, c'est pour moi un mystère, le mystère toujours renouvelé du grain de sénevé et de la merveilleuse fécondité des œuvres catholiques. A part l'hôpital de Cho-lon, qui est soutenu par les congrégations psuennes chinoises, les quatre autres maisons n'ont presqu' aucun revenu fixe , et vivent littéralement au jour le jour de la miséricordieuse Providence. Ce que je puis dire, pour l'avoir vu de mes yeux, c'est que des religieuses françaises s'en vont de porte en porte mendier le riz et les médicaments nécessaires à leurs malades, et que partout, même chez les païens les plus hostiles, elles sont reçues avec le respect et l'admiration que mérite leur héroïque charité. A chaque jour sa peine. Quelles que soient les menaces de l'heure présente, nous espérons que Celui qui habille les lis des champs et nourrit les oiseaux du ciel n'abandonnera pas ces centaines de païens qui viennent, chaque année, s'abriter sous le grand arbre de l'Église catholique.
Pour toutes ces œuvres que je viens d'énumérer, les sœurs de Saint-Paul sont dans la colonie au nombre de soixante-six venues de France, mais elles ont su se créer des aides, en formant les Annamites à ce difficile ministère du service des pauvres. Ce n'est pas un de leurs moindres mérites, car si, comme je l'ai dit en parlant du Carmel, l'Annamite est porté, par caractère et par tempérament, à la vie contemplative, en revanche, il a fort peu d'attrait pour la vie active et le service du prochain. Et cependant, sous la direction des sœurs françaises, soixante-quatre sœurs ou novices indigènes s'exercent tous les jours à servir les pauvres, à soigner les malades et à instruire les enfants. C'est là, pour qui connaît nos Orientaux un effort surhumain et que la grâce seule pouvait produire.
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En terminant ce qui regarde les sœurs de Saint-Paul de Chartres, qu'il me soit permis de saluer, avec un respect attendri, ces nobles femmes qui sont venues de si loin pour partager nos travaux apostoliques.
Qu'un missionnaire quitte sa famille, son pays, dise adieu à toutes les joies de la vie, pour aller au bout dn monde porter la bonne nouvelle du salut, c'est beau, sans doute, mais après tout c'est un homme, c'est un soldat, si Ton veut, et, grâce à Dieu, le courage du soldat n'est pas encore chose si rare en France pour qu'il faille admirer et s'étonner outre mesure.
Mais qu'une jeune fille, élevée quelquefois au milieu de toutes les séductions du monde, non contente d'avoir dit, en entrant en religion, un éternel adieu aux siens, s'exile encore sur une terre lointaine^ chez des populations aux mœurs étranges où sa délicatesse de femme aura beaucoup à soufiFrir, et que cette jeune fille, qui sait parfaitement qu'elle eût pu, tout comme une autre, tenir son rang dans le monde, consente, pour l'amour de Dieu et le service du prochain à passer ses jours au fond d'une classe d'enfants annamites, ou bien au chevet de malades couverts de lèpre et d'autres plaies repoussantes, voilà un dévouement que l'on ne saurait trop admirer, et dont l'Église catholique seule peut offrir le glorieux spectacle.
A l'heure où j'écris ces lignes, j'entends dire que la francmaçonnerie triomphante en France parle d'arracher nos sœurs hospitalières du chevet de leurs malades, après les avoir chassées, partout où elle a pu, des écoles dans lesquelles elles instruisaient supérieurement la jeunesse.
Eh! bien, ne vous gênez pas. Ces dévouements dont vous ne voulez plus, et que vous regretterez amèrement, le monde pfiuen les appelle et leur tend les bras. Déjà les sœurs de Saint-Paul sont en Cochinchine, au Tong-king, àHong-kong, au Japon, les filles de Saint- Vincent-de-Paul sont en Chine
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et dans tout le Levant; d'autres familles religieuses s'étendent le long des côtes de TAfrique, dans les Indes, la Malaisie et les îles de FOcéan. Si vous êtes assez insensés pour vous dépouiller à notre profit, envoyez-nous tous ces sacrifices, toutes ces immolations, tous ces héroïsmes dont vous n'êtes plus dignes. L*occasion de se dévouer ne leur manquera pas ici, car il y a, tout autour de nous, assez de misères à sou- •lager, assez d'ignorance à instruire, assez d'infortunes à consoler. Le monde psuen profitera de votre folie, et Dieu, comme toujours, saura tirer sa gloire de la malice même de ses ennemis confondus.
Massacre de M» Barreau (Janvier 1809.) — Après cet aperçu sur les œuvres dont l'établissement définitif date des premières années de l'administration de Mgr Miche, je reviens à rhistorique des événements.
En consentant, sur la demande de la sacrée congrégation de la Propagande et les instances de ses confrères, à se charger du vicariat apostolique de la Cochinchine occidentale, Mgr Miche avait tenu à conserver l'administration de la mission du Cambodge, Sa Grandeur, préoccupée de l'état précaire de cette dernière mission, qui comptait à peine deux mille cinq cents chrétiens et ne pouvait espérer de développements rapides, à cause de rattachement de ces peuples au bouddhisme, exposa cette situation pénible au saint-siège, en proposant de céder à la mission du Cambodge les deux provinces de Ha-tien et de Chau-doc, avec un peu plus de six mille chrétiens. Cette combinaison ayant été agréée par la Propagande, la mission de Cochinchine occidentale resta fixée dans les limites qu'elle occupe actuellement, et ne fut plus composée que des quatre provinces de Bien-hoa, Saigon, My-tho et Vinh-long.
Dans le courant de 1866 et 1867, quelques mouvements insurrectionnels vinrent compromettre la sécurité des chré-
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tiens. Un aventurier cambodgien, nommé Poucom-bo, qui avait des prétentions au trône, essaya de se faire un parti et réussit à soulever un certain nombre de ses compatriotes, en excitant la révolte sur nos frontières de Touest. M. Barreau, missionnaire au Cambodge, fut victime de ces troubles. A force de zèle et de travail, il avait réuni autour de lui environ trois cents néophytes, dans une petite chrétienté située au bord du grand fleuve, au village de Mot-casar.
Dans les premiers jours de 1867, une troupe de rebelles s'étant montrée aux environs, le missionnaire fit avertir le résident français qui demeurait à Phnom-penh. Celui-ci envoya aussitôt une canonnière pour le ramener à la capitale et le soustraire au danger. Malheureusement le bateau ne pouvait se charger de transporter les familles chrétiennes; ce que voyant le missionnaire refusa, malgré les plus vives instances, d'abandonner ses néophytes encore faibles dans la foi, et résolut de rester avec son troupeau, pour encourager ses gens et les soutenir par sa présence. Cependant la situation n'était rien moins que sûre : les rebelles qui avaient fui à Tapparition du drapeau français revinrent bientôt.
Le 9 janvier 1867, au matin, le missionnaire faisait son action de grâces après sa messe, quand Tennemi se présenta. M. Barreau était seul car, à l'exemple des disciples du divin Maître, les néophytes avaient pris la fuite, sans s'inquiéter de celui qui s'était exposé pour eux à la mort. A la vue de ceux qui venaient le massacrer, l'homme apostolique ne se troubla pas :
— Que me voulez- vous? leur dit-il. Je n'ai fait de mal à personne ; je viens ici uniquement pour prêcher la religion. Si vous me tuez, quel avantage retirerez-vous de ma mort?
— Pas tant de paroles, interrompit un des assassins ; il nous faut ta tête pour la porter au bout d'une lance.
Le missionnaire demande alors à ses bourreaux quelques instants pour se préparer à la mort, et il remonte dans sa
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chambre afin de prendre son bréviaire. Comme il redescendait, il reçoit à la tête im coup qui le fait chanceler :
— Attends un peu, dit-il tranquillement, que je fasse ma prière.
Et il tombe à genoux au pied de Tautel ; au même moment il est assailli de tous côtés; une pique lui traverse le corps; on lui coupe la tête, qu'on plante au bout d'une lance; on livre au pillage sa maison et sa chapelle, et on brûle son corps sur la place.
Quand les Français, avertis par un des chrétiens fugitifs, accoururent, ils ne trouvèrent plus que les ossements calcinés du missionnaire et sa tête qui était fichée sur un bambou, au bord du fleuve. Ces restes précieux furent recueillis avec respect et rapportés à Phnom-penh, où ils reçurent les honneurs de la sépulture chrétienne.
Rnine de la mission des sauvages (1809). — Vers la même époque, au nord-est de la colonie, le poste fondé quinze ans auparavant chez les sauvages était détruit à son tour par les révoltés, et le missionnaire qui en était chargé échappait comme miraculeusement à la mort. C'est le moment de raconter l'histoire de cette mission des sauvages fondée, comme je Tai dit, en 1852, par Mgr Lefebvre, principalement pour ménager un refuge à ses missionnaires alors traqués par la persécution en Cochinchine.
Cet apostolat des peuplades sauvages de FAnnam a toujours offert des difficultés particulières aux missionnaires qui en ont été chargés. L'insalubrité du climat, la fièvre des bois, la privation, non plus des commodités de la vie mais du simple nécessaire, sont les moindres souffrances de l'ouvrier évangélique en ce pays : la légèreté, l'esprit d'indiscipline, la grossièreté de cœur de ces pauvres gens, voilà la lourde croix que l'apôtre devra porter tous les jours de sa vie. Le sauvage est, à la lettre, un grand enfant, ayant la mobilité, les caprices u 25
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et la méchanceté de Tenfant mal élevé. Vous voulez en faire un chrétien ; il faut commencer par en faire un homme.
Dans la mission de Cochinchine occidentale, on était parvi^nu, au bout d'une dizaine d'années d'efiForts persévérants, k en amener un certain nombre à embrasser la religion. Après les avoir soigneusement instruits, on prit jour pour le baptême des catéchumènes, mais M. Arnoux, alors supérieur de la mission des sauvages, voulut leur faire passer un dernier examen, afin de bien s'assurer de leurs dispositions. La précaution n'était pas superflue, comme on va le voir.
Inlenogés s'ils voulaient sérieusement être baptisés, ilsrépoodirL-nt tous affirmativement, récitèrent les prières et se montrèrent 1res suffisamment instruits des principaux mystères de la foi. Restait à poser une dernière question :
— Puisque vous voulez vous faire chrétiens, dit le missionnaire, il vous faut désormais renoncer à vos superstitions.
— Ah! pour cela, non. Nous voulons gardernos usages. Votre religion est bonne, mais la nôtre est bonne aussi; nous observerons les deux et nous ferons comme nos pères.
Devant celle déclaration formelle, il n'y avait qu'à différer le baptême ; c'est ce que l'on fit. Voyant donc l'impossibilité d'amener les adultes à renoncer à leurs usages superstitieux, on résolut de reprendre l'œuvre par le commencement, en essayant de former les enfants aux pratiques de la vie chrélicnne. On eut d'abord à lutter contre bien des défiances, mais k force de charité et de dévouement, le missionnaire chargé du poste avait réussi à réunir environ quarante enfants de six à quatorze ans. Déjà il songeait à marier les aînés de sa petite famille, et il se réjouissait à la pensée de voir se grouper autour de son humble case les premiers éléments d'un village chrétien. Il allait bientôt faire la douloureuse expérience du peu de fond qu'il y a à faire sur ces populations.
Quand éclata au Cambodge la révolte de Poucom-bo, Tinsurrectiouj comme une traînée de poudre, s'alluma tout le long
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de notre frontière du nord. Les rebelles envahirent la forêt et menacèrent le poste de la mission. N'ayant aucun moyen de défense, le missionnaire, M. Azémar, donna des ordres pour faire échapper les enfants et leur assigna un lieu de ralliement dans un des villages de la frontière, où ils seraient en sûreté.
Après avoir ainsi pourvu au salut de sa petite colonie, le prêtre, accompagné d'un vieux sauvage qui voulut lui servir de guide, se lança à travers les bois pour gagner Thu-dau-mot, le poste français le plus rapproché, afin de demander des secours et de sauver, s'il était encore temps, les établissements de la mission.
Arrivé à Thu-dau-mot, après une marche de cinq jours à travers la brousse, les habits déchirés, les pieds en sang, à demi mort de faim et de fatigue, une triste déception Fattendait : le commandant du fort ne pouvait ou ne voulait rien faire. Sans prendre le temps de se reposer, le pauvre missionnaire emprunta des habits à son confrère de Thu-dau-mot et continua sa route sur Saigon. Après bien des difficultés, on se décida à envoyer des secours, mais il était trop tard, et, quand la troupe arriva, le poste était détruit et le travail de vingt années perdu.
Cependant, grâce aux mesures prises par M. Azémar, le personnel tout entier était sauf, et les enfants réunis, sous la conduite de leur surveillant annamite , dans un village où rinvasion n'était plus à craindre. Mais pendant cette dispersion à travers la forêt, que se passa-t-il dans Tesprit de ces enfants? Leur instinct sauvage se réveilla-t-il subitement à la vue du pillage et de l'anéantissement des établissements de la mission? Ou bien, comme on eut quelques raisons de le soupçonner, reçurent-ils de mauvais conseils ? c'est un point qui ne sera jamais éclairci. Quoi qu'il en soit, pendant que le missionnaire, brisé par l'inquiétude, la fatigue et un fort accès de fièvre, était retenu à Saigon, un complot s'organisa entre les plus grands jeunes gens de la maison. Une nuit, que le
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Thâg annamile dormait sans défiauce, il fui attaqué à Timprovistc, égorgé, puis les misérables^ emportant tout ce qu'ils Irouvferenl à leur convenance, s'enfuirent dans les bois, après avoir enlevé les grandes filles, no laissant que sis petits enfants trop jeunes pour les suivre, et qui, pendant celte nuit néfaste, étaient coucbés dans une case voisine.
Ainsi fut anéantie, au bout de vingt ans, cette mission dea sauvages, dans laqueUe trois missionnaires avaient usé leur vie, sans obtenir aucun résultat sérieux. A la première nouvelle de ce désastre, M. Azémar, quoique malade, partit aussitôt pour recueillir les six petits orphelins échappés à la catastrophe. Il les établit auprfes de lui, dans le nouveau poste où il fut envoyé par son évêque. Son dessein était, quand ces enfants seraient devenus grands, de leur chercher des femmes sauvages et de les établir sur les frontières de la colonie, afin d'avoir là le noyau d'un village chrétien et une base d'opérations pour reprendre un Jour l'evangélisation de ces tribus*
JHassucre de Tht->tfinh (1S6S). — Puisque j'en suis au
chapitre des accidents, je vais parler du massacre de vingtsept chrétiens, qui eut lieu Tannée suivante, dans le viUage de ïhi~tinh, dépendant du district de Thu-dau-mot. Cette chrétienté, alors en formation, était située tout au nord de la colonie et comptait environ soixante fidèles, presque tous néophytes ou catéchumènes. Dans les premiers jours de juillet 1868, un bonze, nommé Thac, se mit à la tête d une bande de rebelles ctj aprfes avoir tué un sergent annamile et trois miliciens, il s'empara du fort de Thi-tinh.
Une fois maîtres de la position, les païens capturèrent tous ceux des chrétiens qui leur tombèrent sous la main et leur proposèrent Tapostasie ou la mort. Deux néophytes furent amenés d* abord, pieds et poings liés, et sur leur refus d'apostasier^ on les précipita au milieu de leurs cases embrasées.
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— Mon Dieu, mon Dieu! s'écriait un de ces malheureux, au milieu des affres de Tagonie.
— Inutile d'appeler ton Dieu, lui criaient en ricanant les païens ; il ne viendra pas te délivrer.
Son compagnon, surexcité par la souffrance, était parvenu à briser ses liens et courut se précipiter dans un petit ruisseau qui coulait près de là, pour éteindre les flammes qui le dévoraient. Les bourreaux le reprirent et le jetèrent de nouveau dans le feu. Un troisième, un vieillard, fut assassiné sur le seuil de sa maison incendiée, dont il cherchait à s'enfuir. A ce terrible spectacle, trois autres chrétiens qu'on se préparait à brûler perdirent courage, et consentirent à abjurer pour échapper à la mort.
Le lendemain, 10 juillet, tous les fidèles faits prisonniers la veille furent amenés en présence du bonze, au bord d'un puits dans lequel on devait jeter leurs cadavres, après les avoir décapités. Cette fois, il ne se trouva pas un seul cœur faible dans la troupe des martyrs. Tous refusèrent énergiquement l'apostasie ; tous, après s'être agenouillés un instant, pour recommander à Dieu leur dernier combat, eurent la tête tranchée et furent précipités ensuite dans le puits qui devait leur servir de tombeau. Cette troupe héroïque comptait vingt-quatre confesseurs : douze hommes, quatre femmes et huit enfants. Ces innocentes créatures avaient été lancées pêle-mêle dans le puits avec les cadavres de leurs parents. Plusieurs, qui n'étaient que légèrement blessés, s'efforçaient de remonter à la bouche de l'horribk charnier ; mais les bourreaux veillaient, et, à coups de lances, les rejetaient dans l'abîme. Un petit enfant de quarante jours fut empalé vif entre les bras de sa mère et lancé ainsi au puits.
La petite chrétienté de Thi-tinh ne s'est jamais relevée de cette horrible catastrophe. Quelques fidèles qui avaient échappé au massacre en prenant la fuite à temps revinrent plus tard dans leur village dévasté, mais le mouvement des conversions
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fut arrêté définitivement de ce côté, et il n*a pas repris depuis. L'ennemi des âmes avait atteint son bnt et paralysé, peutêtre pour bien des années. Faction de Fapostolat dans cette partie avancée du vicariat.
Dernières années de Afg^ Afiehe. — En 1869 s'ouvrit le concile du Vatican. Des extrémités du monde catholique, on vit se diriger vers la ville étemelle les pasteurs des Églises nouvelles, filles de Fapostolat. Deux cents vicaires apostoliques, spectacle qui ne s'était jamais vu auparavant, représentaient dans l'illustre assemblée la force d'expansion et la vitalité sans cesse rajennie de cette Église immortelle, dont nos ennemis s'amusent chaque jour à pronostiquer la mort. Mgr Miche ne put, par suite de l'épuisement complet de ses forces, se rendre à l'appel du souverain Pontife et fit agréer ses excuses. Je ne puis m'empêcher de regretter son absence. De tous les vicaires apostoliques appartenant à la société des Missions étrangères, il était alors, avec Mgr Charbonnier de la Cochinchine orientale, le seul qui eût eu l'honneur de porter des fers et de confesser la foi devant les tribunaux. Il eut paru au concile du Vatican comme ces vénérables pères de Nicée, qui portaient encore dans leur chair meurtrie les stigmates du martyre. Il est inutile d'ajouter que, fermement attaché, comme tous ses confrères, à la chaire apostolique, il se fut rangé, sans hésitation, du côté de Fimmense majorité des Pères, pour acclamer le glorieux privilège de Pinfaillibilité.
Les dernières années de l'apostolat de Mgr Miche furent attristées par la vue des malheurs de la France. Ceux qui étaient alors sur les lieux se rappellent avec quel profond déchirement de cœur ils assistaient, jour par jour, à FefFondrement de la patrie : Sedan, Metz, Paris, puis la Commune avec ses horreurs, ses massacres et ses incendies ; que de souvenirs lugubres, sanglants, honteux quelques-uns, dans cette
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RÉSURRECTION 39l
fatale année 1870-1871! Mais que dire de l'anxiété de nos compatriotes, qui, vivant au loin, étaient forcés d'attendre avec une fiévreuse impatience les dépêches du télégraphe, et chaque dépêche apportait Tannonce d'un nouveau désastre ! D'abord, on refusait d'y croire dans la colonie ; on accusait le télégraphe d'être de connivence avec nos ennemis. Bientôt, hélas! il fcdlut se rendre à Tévidence, et l'on n'eut plus même la triste consolation de douter de nos malheurs. Mgr Miche, dont l'âme était si française, ressentit plus que personne ces angoisses de nos compatriotes résidant en Cochinchine ; car son esprit pénétrant lui faisait entrevoir, derrière les abaissements de la France, le triomphe du mal et les futures épreuves de l'Église dans notre patrie.
On ne tarda pas d'ailleurs à éprouver des craintes pour la sécurité même de la colonie. Depuis longtemps l'Allemagne cherche à établir une station pour sa marine dans les mers de Chine, N'allait-elle pas profiter de ce que toutes nos forces étaient employées à la défense du pays, pour tenter une descente en Cochinchine et s'emparer de ce pays?
Autre point noir à l'horizon : vers la fin de novembre, lorsque les Annamites connurent la chute de l'empire et ne purent plus douter de l'étendue de nos désastres, le roi Tu-duc fit une démarche bien significative et qui montre trop le peu de fond qu'il y a à faire sur les traités passés avec la cour de Hué. Il écrivit au gouverneur, M. de Cornulier, qu'il pensait qu'en apprenant les malheurs de son pays, l'amiral devait avoir hâte d'aller combattre pour sa défense. C'est pourquoi, il lui offrait de s'entendre avec lui pour la remise immédiate des six provinces entre les mains des mandarins, ajoutant qu'aucun événement postérieur ne pourrait plus ainsi altérer les bonnes relations entre les deux gouvernements.
Quelque abaissée que fût alors la France, nous n'en étions pas encore à nous retirer sans combattre devant Sa Majesté annamite. L'amiral de Cornulier répondit froidement qu'il
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. remerciait le roi de ses bonnes intôntions, mais qu'il avait résoin de rester à Saïgon, où il avait des forces suffisantes pour se défendre contre toute agression. Tu-duc se le tint pour dit et n'insista pas; il se sentait démasqué.
Néanmoins quelques mouvements de révolte furent signalés cette année-là et Tannée suivante, un inspecteur des affaires indigènes fut tué avec quelques miliciens. Un de nos confrères, M. Abonnel, fut aussi victime de ces troubles. Au comniencement de février 1872, les rebelles occupaient plusieurs des arroyos qui, dans les basses provinces, relient les différentes branches du Mé-kong. C'était Tépoque de la rentrée des élèves au séminaire de Ssugon. M. Abonnel, qui était placé tout à l'extrémité du vicariat, dans la chrétienté de Mac-bac, ne voulut pas laisser partir seuls ses séminaristes, craignant qu'il ne fussent inquiétés en route ; il les amena dans sa barque jusqu'à My-tho, d'où il leur était facile de gagner Saïgon, sans courir aucun risque. Malheureusement, en retournant chez lui, il tomba dans un parti de rebelles; il essaya de leur échapper, en coupant à travers champs, car il n'était qu'à deux heures de Mac-bac, mais, enfonçant dans la vase des rizières, il fut bientôt rejoint et frappé d'un coup de lance à Tépaule.
Alors conmiença une scène d'horreur : Après l'avoir dépouillé de ses vêtements, les misérables le traînèrent dans la boue, jusqu'à ce qu'il tombât sous leurs coups d'épuisement et de fatigue. Il était alors environ midi; on l'emmena dans une pagode voisine; il y resta, tout le reste de la journée et la nuit entière, en butte aux mauvais traitements et aux insultes des bourreaux. Le lendemain matin, il fut décapité, mais seulement après qu'on lui eut ouvert le ventre, pour lui arracher les entrailles et le cœur.
Ce jeune missionnaire, âgé de vingt-sept ans, était arrivé depuis un peu plus d'un an en Cochinchine. Sa fin tragique ne découragea pas sa pieuse famille. Quelques années après,
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son jeune frère s'engageait à son tour dans la milice apostolique et venait en Cochincliine porter aux assassins de son frère la bonne nouvelle du salut. M. Abonnel est, jusqu^à ce jour, le dernier nom que nous ayons à inscrire au martyrologe de la mission de Cochinchine occidentale.
Le vieil évêque de Dansara voyait doucement approcher la mort. Comme le prophète des anciens jours, il voulut, avant d'aller rendre compte au souverain maître de son administration, imposer les mains à son successeur et lui laisser son manteau. Après avoir pris l'avis de ses missionnaires, il demanda au saint-siège des bulles apostoliques pour sacrer, en qualité de coadjuteur, avec le titre d'évêque de Samosate, Mgr Isidore-François-Joseph Colombert, qui travaillait dans la mission de Cochinchine depuis 1863. Le 2S juillet 1872, au milieu de tous ses confrères réunis des divers points de la mission, le nouvel élu recevait l'onction qui fait les Pontifes Quelques semaines après, le nouveau prélat tombait si dangereusement malade qu'on désespéra bientôt de sa vie. Mais Dieu avait ses vues sur lui et ne voulait pas l'enlever sitôt à notre mission, nous laissant ainsi deux fois orphelins. Abandonné des médecins, il avait déjà reçu les derniers sacrements, lorsque, après avoir bu quelques gouttes d'eau de Lourdes, il éprouva un mieux immédiat. Une saison passée à Hongkong et dans le nord de la Chine raffermit complètement sa santé ébranlée. Il revint à Saïgon assez à temps pour fermer les yeux à son vénérable vicaire apostolique.
L'heure était venue, en effet, pour le bon et fidèle serviteur de recevoir la récompense de ses longs travaux. Depuis plusieurs années l'épuisement de ses forces était complet^ et il ne se soutenait que par une rare énergie morale. Après avoir reçu des mains de son successeur les derniers secours que rÉglîse réserve à ses enfants, il s'endormit paisiblement dans le Seigneur, le soir du 1" décembre 1873,
Mgr Jeàn-Claude Miche, évêque de Dansara et vicaire apos-
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tolîque de la Cochinchine occidentale, était originaire du diocèse de Saint-Dié, dans les Vosges. Après avoir exercé, pendant cinq ans, le saint ministère en France, il fut envoyé dans la mission de Cochinchine au commencement de 1836. J'ai raconté ailleurs comment il fut fait prisonnier, conduit à Hué et condamné à mort par Thieu-tri en 1842. On peut dire, sans exagération, qu^il fut Tâme et la vie de cette réunion des cinq confesseurs de la foi, qui attendaient chaque jour Texécution de la sentence portée contre eux. Ses lettres si intéressantes qui ont été publiées pour la plupart à cette époque, font connaître son énergie, sa prudence et jusqu'à cette douce et malicieuse gaieté qui ne l'abandonne pas un instant au milieu des horreurs de la prison ; mais Thumilité du confesseur de la foi nous a soigneusement dérobé le récit de bien des actes héroïques.
' Entra plusieurs que je pourrais raconter, en voici un que je tiens de la bouche de M. Charrier, un de ses compagnons de captivité.
M. Duclos, son confrère, redoutait excessivement les interrogations du mandarin ; Mgr Miche^ qui ne se laissait pas facilement intimider, possédait dans un tout petit corps les énergies d'une âme d'acier. Il fut donc convenu entre les deux amis que ce serait lui qui porterait la parole et qui répondrait pour les deux, ce qu'il fit avec un tact, une hardiesse qui fermèrent plus d'une fois la bouche aux mandarins. Relevé tout sanglant, après avoir été mis pour son compte à la torture, il eut encore Théroïque charité de demander à être frappé à la place de son confrère malade. Celui-ci naturellement s'y opposait, ne voulant à aucun prix céder une part de sa couronne, et je ne sais commentent fini entre les deux confrères cette contestation d'un nouveau genre, si le mandarin, touché malgré lui de tant d'abnégation, n'eût mis fin à la discussion, en les renvoyant tous deux dans leur prison.
Mgr Miche a passé trente-sept ans en Cochinchine et n'a
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jamais revu la France; mais il était en relation avec un grand nombre de sociétés savantes. Fort instruit lui-même, il s'était occupé d'essais d'acclimatation et se tenait au courant de toutes les questions scientifiques qui pouvaient intéresser la colonie. Les insignes d'officier de l'instruction publique qu'il reçut à la fin de sa longue carrière ne faisaient que récompenser, en le constatant, un mérite réel.
L'évêque de Dansara était un homme d'un esprit très vif et très fin. H saisissait du premier mot les questions, apercevait d'un coup d'œil les conséquences et les développements d'une idée, et les exposait en quelques traits brefs et nets, qui allaient de suite au fond des choses. Sa conversation était pétillante d'esprit et d'entrain; elle abondait en aperçus justes et profonds, énoncés d'un mot et comme en se jouant. Aussi elle était fort appréciée de tous les visiteurs du prélat, bien que volontiers elle s'assaisonnât d'une pointe de malice, car Mgr Miche excellait à saisir les ridicules, et il eût été redoutable en conversation, si la charité pastorale n^eùt adouci ce que son esprit avait naturellement de caustique.
Quand j'arrivai dans la mission, quelques mois à peine avant sa mort, le vieil athlète n'était plus que l'ombre de lui-même. Dans sa figure émaciée par l'âge et par la souffrance, rien ne vivait plus que les yeux, mais quels regards ! et comme ils allaient fouiller jusqu'au fond de l'âme. Je me souviens toujours de la profonde impression de respect que j'éprouvai, en me prosternant pour la première fois aux pieds de celui qui allait devenir pour moi le représentant de Jésus-Christ et le Père de mon âme. Je venais de quitter un grand évêque, dont le nom brillait alors du plus vif éclat dans l'Église de France, et qui avait consacré toutes les énergies, toutes les ardeurs d'une longue vie de polémiste à la défense des deux principes, qui sont exposés de nos jours à toutes les attaques de l'ennemi, parce qu'ils sont la dernière sauvegarde de la société chrétienne contre la révolution triomphante : le pouvoir temporel
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m^ CHAPITRE HUITIÈME
du souverain Pontife et Féducation de la jeunesse ; je retrouvais au bout du inonde un vieil évèque qui n'avait rien écrit, mais dont la vie et les souffrances étaient la meilleure apologie de rÉglise et de ses œuvres. J'éprouvai par moi-même que toutes les gloires sont sœurs et que Tauréole du confesseur de la foi ne pâlit pas à côté de celle de Thomme de génie. Mgr Dupanlûup, mon premier évêque, avait défendu l'Eglise par la parole et par la plume, Mgr Miche l'avait confessée dans les prétoires des mandarins, an milieu de Tappareil des supplices ; tous deux me parurent également grands^ et je les entourai du même amour et de la même vénération.
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RÉSURRECTION! {Suite).
Nous avons vu la mission de Cochinchine occidentale so relever et développer ses œuvres à Tombre du drapeau français. Un spectacle qui montre mieux encore, si c'est possibli^^ l'énergique vitalité de TÉglise annamite, c'est de la considérer seule, aux prises avec le paganisme, toujours persécutée ot haïe des pouvoirs publics, et trouvant en elle-même, dans hi dévouement de ses apôtres et la généreuse fidélité de st's enfants, assez de ressources pour panser ses blessures et réparer ses pertes. C'est ce que nous allons voir ici, en étudiant la situation des deux missions de Cochinchine septentrionale et de Cochinchine orientale, au lendemain de la crise.
Rentrée des missionnaires en Annam (1869). ^ Le
premier besoin de ces Eglises désolées, c'était de recevoir de nouveaux pasteurs. Après la mort de Mgr Cuenot, il ne restai i plus un seul missionnaire européen en moyenne Cochinchine, A Hué, le coadjuteur, Mgr Sohier, devenu vicaire apostolique parla mort de Mgr Pellerin (septembre 1862), restait seul,
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car M. Choulex, son compagnon de souffrances pendant les quatre années de persécution, avait profité des premiers jours de paix pour passer à Syncapour, puis en France, afin d'essayer de rétablir sa santé complètement épuisée. Il devenait donc urgent de venir au secours de ces Eglises abandonnées, qui avaient perdu, en outre, une partie de leur clergé indigène.
Le traité accordant la liberté religieuse et la permission pour les missionnaires de résider en Annam venait d'être signé, à Saigon, le 5 juin 1862. Désormais les missionnaires, munis de passeports de leur gouvernement, avaient le droit d'aller et de venir en Annam et d'y séjourner. Dès le mois de juillet suivant, ceux de nos confrères qui s'étaient réfugiés à Saigon résolurent de profiter de cette clause pour retourner à leur poste; mais, comme on n'était pas sûr des dispositions des mandarins annamites» on choisit trois missionnaires seulement pour cette première tentative : MM. Croc, du Tong-king méridional, Desvaux, de la Cochinchine septentrionale, et Roy, de la Cochinchine orientale.
L'amiral Bonnard, qui commandait à Saûigon, se refusa d'abord à leur donner des passeports en règle jusqu'à la ratification du traité à Paris et à Hué, ce qui les remettait à un an. Gomme il était ui*gent pour ces messieurs de rentrer dans leurs missions, ils insistèrent, et le gouverneur se décida, d'assez mauvaise grâce, à leur donner une recommandation officieuse pour le grand mandarin Phan-tbanh-giang qui venait de repartir pour Hué, après la signature du traité de paix; le colonel espagnol Palanca voulut bien, de lui-même et sans en avoir été prié, y joindre la sienne, au nom de l'Espagne.
La veille du jour où nos trois confrères allaient s^embarquer, l'amiral gouverneur, toujours mal inspiré dans les questions religieuses, redemanda ses lettres, craignant, disait-il, de se compromettre auprès du gouvernement annamite, ce qui n'était ni brave, ni généreux. Nos confrères, trop avancés
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pour reculer et pressés d'ailleurs du désir bien naturel de rentrer dans leurs missions désolées, se hasardèrent à. partir avec la seule recommandation du colonel Palanca. Ils s'embarquèrent donc, le 23 juillet 1862, et le 5 août, ils étaient à Tembouchure de la rivière de Hué.
L'arrivée de trois nouveaux missionnaires n'était pas, on s'en doute bien, de nature à faire plaisir aux autorités annamites. Après tant de sang* répandu, ces odieux Européens revenaient publiquement et sans se cacher, en se réclamant du traité que la cour de Hué venait de subir, mais qu'elle se promettait bien d'éluder le plus possible. Le mandarin du port de Tourane commença par faire administrer cinquante coups de rotin au patron de leur barque. Le lendemain, un mandarin supérieur arriva de la capitale, pour entrer en relations avec les prédicateurs de l'Évangile et tâcher de les éconduire poliment.
— Que venez-vous faire dans ce pays?
— Nous venons y prêcher la religion chrétienne, comme les traités nous en donnent le droit.
— Avez-vous des passeports de votre gouvernement?
Les missionnaires réunirent alors les lettres de recommandation du colonel Palanca, ce qui manqua de tout embrouiller.
— Vous êtes donc Espagnols?
— Pas du tout, nous sommes Français tous trois.
— Pourquoi donc vous présentez-vous avec des passeports du gouvernement espagnol et non du gouvernement de votre pays ?
La question était embarrassante, car on ne pouvait avouer à ce mandarin païen et hostile les mauvaises dispositions du gouverneur français de Saigon, Les missionnaires s'excusèrent le mieux qu'ils purent sur ce qu'étant venu en Annam uniquement pour prêcher la religion, et non pour faire le commerce, ils n'avaient pas jugé cette formalité indispensable. Mais le coup était porté. Les mandarins, avec leur finesse
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habituelle, comprirent aussitôt que Tamiral Bonnard refusait de s'occuper des missionnaires, et qu'il n'y avait pas à se gêner avec eux.
En conséquence, on voulait les forcer à repartir de suite. A force d'instances, nos trois confrères obtinrent néanmoins la permission de débarquer. MM. Croc et Desvaux demeurèrent plusieurs mois comme prisonniers à Dong-hoi, petit port de mer dans la province de Quang-binh. M. Roy, plus heureux, put partir presqu'aussitôt pour le Binh-dinh, où, en prenant beaucoup de précautions pour ne pas attirer Tattention malveillante des mandarins, il recommença à travailler dans cette mission, qui était complètement abandonnée depuis la mort de Mgr Cuenot.
Édits restrictifs de la liberté religieuse (1 869-1 863).
— L'année 1862 s'acheva ainsi tant bien que mal. Le roi s'était bien gardé de publier le traité qui promettait la liberté religieuse, comme je Tai exposé précédemment, il s'était contenté d'accorder, en termes injurieux et avec force restrictions, une amnistie aux chrétiens. Mais à peine ces malheureux, dispersés dans toutes les provinces, commençaient-ils à se réunir, de nouveaux édits vinrent les inquiéter encore et manifester très clairement les mauvaises dispositions des mandarins et de la cour.
Un premier édit ordonnait aux mandarins de faire comparaître deux fois par an les chrétiens devant leur tribunal, pour les exhorter à abandonner sincèrement leur religion : « Bien que nous permettions à nos sujets de se faire chrétiens, disait le roi, nous n'avons pas renoncé néanmoins à notre droit de les exhorter paternellement à abandonner leur mauvaise doctrine, pour se conformer au bon peuple et suivre les usages sublimes de notre royaume. »
On devine ce que devenaient ces exhortations paternelles, presque toujours accentuées par des coups de rotin, sans parler
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de nombreuses ligatures qu'il fallait débourser aux mains de Messieurs les mandarins. Heureusement cette tyrannie hypo^ crite vint échouer contre la fermeté des fidèles et tourna finalement à la honte des persécuteurs. Au rapport de Mgr Sohier, dans toute la mission de Cochinchine septentrionale, il n'y eut pas plus [d'une quinzaine de mauvais sujets à renouveler à cette occasion leur apostasie. Tous les autres, même ceux qui dans la grande persécution avaient eu la faiblesse d'abjurer, pressés par la torture, saisirent avec empressement le moyen que le gouvernement lui-même leur offrait de se réhabiliter, en déclarant aux mandarins qu'ils étaient résolus à vivre et à mourir dans la religion chrétienne.
Ce premier édit avait donc complètement trompé les espérances des persécuteurs. Tu-duc en fit bientôt paraître un second, pour défendre, sous les peines les plus sévères, aux païens de se convertir. La religion chrétienne n'était tolérée que pour les anciens fidèles. Tout individu qui avait apostasie sincèrement ou non, était censé redevenu païen et ne pouvait revenir au christianisme; tout chrétien qui, en prenant la fuite ou en se cachant chez des amis, avait pu échapper à la dispersion, et ne portait pas sur la figure les lettres infamantes : religion perverse^ était censé avoir . apostasie. Ces deux catégories comprenaient près de la moitié des fidèles ; on leur refusait le bénéfice de la liberté religieuse, et les mandarins avaient ordre d'employer au besoin la force pour les retenir dans le paganisme.
Après avoir ainsi exclu des garanties promises dans le traité la moitié des fidèles de l'Annam, le roi s'occupait de réglementer, dans un troisième édit, la liberté de ceux à qui il voulait bien reconnaître la qualité de chrétiens : défense de réciter les prières à haute voix dans les maisons, d'exercer publiquement leur culte et de se réunir plus de cent à la fois dans les églises ; défense de relever les chapelles détruites sans une autorisation écrite des mandarins supérieurs de la Il 26
province ; défense à ceux-ci d'autoriser la reconstruction de plus d'une chapelle sur trois; ordre aux chefs de cantons et aux maires de villages d'avoir l'œil sur la canaille * et d'assister à toutes les réunions des fidèles pour les surveiller et en rendre compte à l'autorité.
Comme on le voit^ Sa Majesté annamite avait deviné l'art très civilisé d'ajouter aux traités des articles organiques pour reprendre en détail toutes les concessions qu'il s'était vu forcé d'accorder.
Ce n'est pas tout : les chrétiens avaient été entièrement ruinés par la persécution, il fallait maintenant les empêcher de se relever et les maintenir dans un état d'infériorité auprès de leurs concitoyens païens. Ils demeuraient donc exclus des concours publics, et par suite, de toutes les charges, soit dans la commune, soit dans TÉtat. Tous les hommes au-dessus de vingt ans devaient être inscrits et astreints aux corvées et à la milice. J'ai dit dans l'introduction qu'on n'inscrit qu'une partie des habitants et qu'on ne prend jamais plus d'un tiers des inscrits pour les services publics, autrement les villages ne pourraient supporter le fardeau, puisqu'il ne leur resterait pas d'hommes valides pour les travaux des champs ; mais comme on voulait ruiner les communes chrétiennes, ordre était donné de requérir tous les inscrits. C'est ainsi que Tuduc entendait l'égalité confessionnelle et la liberté religieuse ; c'est ainsi que l'entendent et la pratiquent tous les jours les ennemis de l'Église catholique. On proclame très haut qu*on veut la ramener au droit commun^ et le droit commun pour elle, ce sont toujours de nouvelles chaînes et l'exclusion de la liberté donnée à tout le monde.
Enfin le roi d'Annam daignait s'occuper dans un édit spécial des missionnaires dont il se voyait forcé de subir la présence dans son royaume. Us ne pouvaient être deux dans la même