C'était la résidence épiscopale
RÉSURRECTION 4i3
il était chrétien et bientôt il allait forcer tous les païens du royaume à se faire chrétiens comme lui et tuer tous ceux qui s y refuseraient.
Le roi Tu-duc était bien éloigné de la moindre velléité de se convertir. Néanmoins il est certain que ce complot de lettrés contribua à lui ouvrir les yeux et à le rapprocher des chrétiens, dont la fidélité cessa de lui être suspecte. Quelques semaines après ces événements, il lançait un édit dans lequel, pour la première fois, il rend à peu près justice aux disciples de Jésus- Christ. Voici les principaux passages de cette pièce intéressante, qui est beaucoup trop longue pour être donnée en entier.
« Jeune encore, nous avons hérité, malgré notre insuffisance du pouvoir des rois nos ancêtres, pour devenir le père et la mère des dix mille familles*. C'est pourquoi nous considérons tous nos sujets comme nos enfants ; quelquefois les enfants sont bons, quelquefois méchants ; alors, il est du devoir des parents de les châtier, mais, après le châtiment, ils doivent les aimer comme auparavant, car s'ils les frappent, c'est uniquement pour les forcer à reconnaître leurs fautes et à s'amender
« Il y a quelques années, les Français et les Espagnols sont venus, à Fimproviste, dans notre pays. Pour leur résister, notre peuple a dû souffrir toutes sortes de fatigues et de travaux. Alors les mandarins ont dit : « Ce sont les chrétiens qui, ne pouvant exercer librement leur religion, ont appelé les Français. Pour ces motifs, les mandarins disaient : « Il faut disperser et emprisonner les chrétiens, afin d'éviter un plus grand malheur. » Mal informé, entouré d'avis contradictoires, nous ne pouvions démêler la vérité. Ne sachant donc quel parti adopter, nous avons été amené par nos mandarins à prendre
1. Appellation générique pour désigner l'universalité du peuple annamite.
Digiti
des mesures sévères... Nous espérions que les chrétiens changeraient de conduite ou que, leur innocence étant reconnae, nous pourrions, mieux informés, réparer tous leurs maux.
« Nous sommes les père et mère du peuple. Gomment pourrions-nous jamais laisser nos entrailles de père et faire périr notre peuple? 11 y avait des mandarins qui demandaient l'extermination en masse des chrétiens ; notre cœur paternel ne pouvait se résigner à cette mesure sévère... Enfin nous avons pris le parti le plus modéré, celui de la dispersion- Voyez combien grande a été notre miséricorde! Certes les faits ici parlent d*eux-mêmes *.
« Mais qui l'eût cru? Les exécuteurs de notre volonté ont dépassé nos ordres. 11 y a eu des mandarins modérés» mais il y en a eu de cruels, qui ont tourmenté notre peuple àTexcès, et cela à notre grand déplaisir. Dès que la paix a été conclue, nous nous sommes empressé de renvoyer les chrétiens chez eux, pour qu'ils pussent reprendre leurs travaux et observer en paix leur religion. Nous sommes sévère ou miséricordieux, selon l'exigence des temps. Il y a un proverbe qui dit: Si le roi se trompe, les sujets ne doivent pas s'irriter contre lui ; si le père manque de douceur ce n'est pas une raison pour le fils d'être ingrat. Cela est encore plus vrai, quand il n'y a pas eu mauvaise intention.
« Cependant il y a encore des partis dans le royaume; l'un*, qui se sent appuyé, devient orgueilleux, médite des vengeances et soulève contre lui l'indignation publique; cela montre que ces hommes ont le cœur étroit; l'autre parti* les hait, s'obstine dans ses aversions et vexe ses ennemis de toutes manières; il est également répréhensible. Ainsi chacun se
1. Oui, les faits parlent d'eux-mêmes, et il faut une singulière dose d'impudence, pour oser se vanter de sa modération et de sa grande miséricorde, après Thorrible persécution de 1858-1862.