‹ La Cochinchine religieuseChapitre 5 sur 79 · Le christianisme · texte numérisé non relu

Le christianisme

5. Allusion aux trois vicariats apostoliques qui se partageaient alors ['Aîinam^le Tong-king oriental, le Tong-king occidental et la Cochinchine,

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livres écrits en caractères barbares * ; on commandera d'apporter tous ces livres aux mandarins, et ils seront détruits. On défendra également la récitation des prières, même à voix basse et dans les maisons, il faudra, en outre, faire prendre tous les catéchistes et les chefs de famiHe et les forcer à fouler aux pieds la croix. A cette condition, onpourra lent pardonner, pour la première fois.

« Nous autres, hommes vils et sans intelligence, nous présentons avec crainte cette requête. Si Sa Majesté daigne y faire droit, nous en aurons une reconnaissance éternelle et les générations à venir célébreront le nom du roi. »

(Suivent les signatures.)

Cette dernière phrase était affaire de protocole ; les mandarins savaient trop bien qu'ils ne couraient aucun risque, et qu'en demandant la proscription du christianisme, ils servaient la haine du maître. Quand Minh-mang jugea l'opinion suffisamment préparée, tout à coup, le 6 janvier 1833, au jour de TÉpiphanie, fête patronale de notre société, il lança le premier édit de persécution générale. En voici le texte :

Premier édit de perséeution générale (4SJanvler 1S33).

— « Moi, Minh-mang, roi, je parle ainsi. Depuis de longues années, des hommes venus de l'Occident prêchent la religion de Dato, et trompent le bas peuple, auquel ils enseignent qu'il existe un séjour de félicité suprême et un cachot d'affreuses misères. Ils n'ont aucun respect pour le dieu Phat*, et n'honorent pas les ancêtres. Voilà certainement une grande impiété. De plus, ils bâtissent des maisons de culte, où ils reçoivent un grand nombre de personnes, sans distinction de

1. Allusion aux livres écrits en caractères européens. Ce système d'écriture, qui rendait les livres accessibles à tous, choquait tout particulièrement l'orgueil des lettrés, jaloux de garder pour eux seuls le monopôle de rinstruction.

2. Le Bouddha de l'Inde, appelé fo en chinois, et, en prononçant à la manière annamite, 'phat.

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sexe, afin de séduire les femmes et les jeunes filles*; ils arrachent aussi la prunelle de l'œil aux malades. Peut-on rien imaginer de plus contraire à la raison et aux bonnes coutumes ?

« L'an dernier, nous avons châtié deux villages imbus de cette doctrine perverse; notre intention en cela était de faire connaître notre volonté, afin qu'on évite ce crime et qu'on revienne à de bons sentiments.

« Maintenant donc, voici ce que nous avons décidé : quoique le peuple qui, par ignorance, suit cette voie gauche soit déjà nombreux, il ne manque pas de bon sens, pour connaître ce qui convient et ce qui ne convient pas ; il est encore facile de l'instruire et de le rendre bon. Il faut donc employer d'abord à son égard l'instruction et les avis, et s'il est indocile, les supplices et les peines.

« En conséquence, nous ordonnons à tous ceux qui suivent cette religion, depuislemandarin jusqu'au dernier du peuple, de l'abandonner sincèrement, s'ils reconnaissent et redoutent notre puissance. Nous voulons que les mandarins examinent avec soin si les chrétiens qui se trouvent sur leur territoire se préparent à obéir à nos ordres, et qu'ils les contraignent de fouler, en leur présence, la croix aux pieds; après quoi, ils leur feront grâce pour cette fois. Pour les maisons de culte et les habitations des prêtres, ils devront veiller à ce qu'elles soient entièrement rasées, et dorénavant, si quelqu'un de nos sujets est reconnu coupable de professer ces coutumes abominables, il sera puni avec la dernière rigueur, afin de détruire dans sa racine la religion perverse.

« Ceci est notre volonté. Exécutez-la.

« Le douzième jour de la onzième lune, la treizième année de notre règne. »

(Place du sceau royal.)

1 . Ces calomnies ignobles existaient dès le temps des catacombes ; Sa Majesté annamite ne faisait que répéter des infamies vieilles de quinze siècles.

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L^ÈHE DES MARTYRS , 59

Toujours fidèle à son système d'hypocrisie, le persécuteur sMtaitbien gardé de dévoiler sa pensée toute entière* II y avait un article secret contre les misaîonnaires et les prêtres du pays; il était ainsi conçu ;

<( La religion de Jésus est digne de toute notre haine^ mais noire peuple imbécile et idiot l'embrasse en grand nombre et sans examen, dans tous les endroits du royaume. Il ne convient pas de laisser s'affermir et s'accroître cet abus. C'est pourquoi nous avons déjà daigné porter un édit paternel, afin d'apprendre à notre peuple ce qu'il doit faire pour se corriger.

if Nous considérons que cette multitude insensée est pourtant noire peuple; le nombre en est très grand, et ils sont obstinés dans Terreur, en sorte que, corriger ce peuple de son aveuglement n'est pas une chose qui puisse s'exécuter en un instant. Si Ton voulait strictement se conformer aux lois, il faudrait en faire mourir des mille et des mille, mais cela coûterait trop à notre amour paternel pour ce peuple; il pourrait arriver aussi que plusieurs, qui sont disposés à se corriger, périraient avec les coupables.

« I] est bon d'ailleurs d'agir en cette affaire avec prudence, selon la maxime qui dit' : << Si tu veux détruire une mauvaise coutume, détruïs-Ia avec ordre et patience; n et cette autre qui dit: « Si tu veux extirper la race des méchants, prends la cognée et frappe à la racine, » Suivons donc le conseil des sa^es, pour réussir certainement dans une affaire si importante.

« Nous ordonnons à tous les gouverneurs de province et à tous nos mandarins supérieurs :

u 1° De s'occuper à instruire sérieusement leurs inférieurs, quMls soient mandarins, soldats ou peuple, de manière qu'ils se corrigent et abandonnentla religion perverse,

ii 2* De s'informer exactement de remplacement des églises

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