Dans les livres de Confuciua
et des maisons de religion dans lesquelles les maîtres réunissent le peuple, et de détruire tous ces édifices sans délai.
« 3*» D'arrêter les maîtres de religion, mais en ayant soin d'user plutôt de ruse que de violence ; les maîtres européens, il faut les envoyer promplement à la capitale, sous prétexte d'être employés par nous à traduire des lettres ; les maîtres du pays, vous les retiendrez au chef-lieu de vos provinces, et vous les garderez strictement, de peur qu'ils ne s'échappent ou n'aient des communications secrètes avec le peuple, ce qui maintiendrait celui-ci dans son erreur.
« Vous, préfets et gouverneurs de province, conformezvous à notre volonté; surtout agissez avec précaution et prudence et veillez à n'exciter aucun trouble. C'est ainsi que vous vous rendrez dignes de notre confiance.
« Nous défendons de publier cet édit, de peur que la publication n'amène des troubles. Dès qu'il vous sera parvenu, vous seuls devez en prendre connaissance. Obéissez. >
Bien qu'on s'y attendît depuis longtemps, le décret de proscription tomba comme un coup de foudre au milieu des chrétiens épouvantés. Nos pauvres Annamites sont naturellement poltrons et habitués dès l'enfance à trembler devant l'autorité, trente ans de paix religieuse les avaient mal préparés d'ailleurs à subir la persécution. Il y eut un moment d'angoisses indescriptibles, et l'on put croire que c'en était fait de l'Église de Cochinchine : en quelques jours, les trois cents églises de la mission furent à terre, nos dix-huit couvents de religieuses se dispersèrent, le séminaire de Lai-thieu, qui comptait alors vingt-huit élèves, fut licencié, et l'Église annamite rentra, pour une période de trente années, dans les catacombes, d'où la reconnaissance de Gia-long l'avait fait sortir.
Dispersion des missionnaires. — Le vicaire apostolique et ses missionnaires étaient fort perplexes. Déjà le gouverneur de Bien-hoa avait envoyé à Mgr Tabert, qui résidait à Lai-thieu,
l'ordre de se rendre à pied à Hué, étapes par étapes, comme les soldats qui rejoignent leur corps. Le vicaire apostolique avait réclamé, à bon droit, contre un pareil traitement et demandé à faire la roule par mer. Il avait montré au grand mandarin les lettres que Gia-long écrivait autrefois à Tévèque d'Adran, pour le remercier, dans les termes les plus humbles, de lui avoir rendu le trône et Tassurer dune reconnaissance étemelle.
— Je ne suis pas plus l'ennemi du roi de Cochinchine que mon prédécesseur, avait ajouté le prélat; pourquoi donc veuton me traiter en criminel?
— C'est vrai, répondit avec embarras le mandarin; autrefois les choses étaient ainsi, mais aujourd'hui elles sont bien changées. Je n'y puis rien.
Provisoirement il consigna Mgr Tabert au collège, en attendant d'avoir pris une décision sur son transfert à la capitale.
Pendant ces quelques jours de répit, les missionnaires tinrent conseil. Le personnel de la mission de Cochinchine se composait alors du vicaire apostolique, de huit missionnaires français, du P. Odorico, franciscain italien, et de dix-sept prêtres indigènes. A la rigueur^ ceux-ci pouvaient rester cachés dans le pays, mais les missionnaires européens n'avaient pas cette ressource; connus depuis longtemps des autorités, à cause de leur situation officielle pendant la paix, où se réfugier, au milieu de l'effarement général qui semblait avoir glacé tous les cœurs et fermé toutes les portes devant eux? Les chrétiens, ne consultant que leur intérêt du moment et ne soupçonnant pas peut-être toute la malice de Minh-mang, auraient voulu qu'ils se livrassent, pour les tirer d'embarras et ne pas irriter davantage le persécuteur; mais il était évident que c'était se mettre dans l'impossibilité de secourir ensuite les fidèles.
îi'exemple de M. Jaccard, retenu depuis plus de deux ans âHué,dans une captivité qui devenait chaque jour plus étroite,
Digiti
montrait assez ce que Ton pouvait désormais attendre de Minh-mang.
Après avoir hésité quelques jours, Mgr Tabert se décida à prendre la fuite, avec MM. Vialle, Cuénot et Régereau, qui, récemment arrivés de France, auraient pu difficilement échapper aux recherches des persécuteurs. Le plan du vicaire apostolique était de se réfugier quelque temps à Siam, en attendant que les chrétiens, revenus de leur première panique, voulussent bien le recevoir de nouveau et le cacher chez eux.
M. Marchand s'était réfugié dans la chrétienté de Mac-bac, d'où il écrivait, au mois de mai 1833: « Je reste seul abattre en retraite; je suis décidé à garder la portion du troupeau que Monseigneup m'a confiée, dût-on me brûler les moustaches. »
M. Bringole était caché dans le Binh-dinh, M. Delamotte, dans la haute Cochinchine.
Le P. Odorico avait été arrêté à Cai-nhum, avec un prêtre indigène, nommé Dieu; moyennant treize barres d'argent*, les fidèles obtinrent du gouverneur de Vinh-long la délivrance du prêtre annamite, mais le missionnaire européen fut dirigé sur Hué.
M. Gagelin, après avoir couru çà et là, de Saïgon à Qui-nhon, désespérant de trouver un asile, craignant surtout de compromettre inutilement les fidèles, prit le parti de se livrer lui-même aux mandarins du Binh-dinh, qui l'envoyèrent à Hué.
Quant au provicaire de la mission, M, Jaccard, j'ai déjà dit qu'il y était retenu depuis deux ans ; la mort seule devait le délivrer de sa captivité.
Ainsi, au début de la persécution, tout semblait sourire aux vues du tyran : les chrétiens étaient consternés et l'on pouvait