‹ La Cochinchine religieuseChapitre 7 sur 79 · ËDviroD 1040 fr« de notre monnaie · texte numérisé non relu

ËDviroD 1040 fr« de notre monnaie

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croire qu'ils ne feraient pas une longue résis lance ; tous les établissements de la mission, églises, presbytères, couvents séminaires, étaient renversés; le vicaire apostolique en fuite, avec trois de ses missionnaires, trois autres, prisonniers à Hué ; seuls, MM. Delamotte^ au nord^Bringole, au centre, Marchand, dans le sud, restaient» pour soutenir celte Église penchant déjà vers sa ruine. C'est Tétemelle histoire des persécutions, ACu de faire toucher du doigt la faiblesse des victimes. Dieu permet presque toujours le triomphe passager de la haine et la victoire du mal; puis, un jour, à Theure marquée dans les décrets de sa miséricorde et aussi de sa justice, il jette à bas Terreur qui se croyait triomphante et^ lui metlant le pied sur la gorge, lui arrache, tôt ou tard, le cri de la rage impuissante ; 0 GaliléeUj tu as vaincu: Vicisii^ Galilée,

Martyre de M. <>ageliii [19 octobre IS33). — L'ëre

des martyrs était ouverte I M* François-Isidore Gagelin, de la société des Missions étrangères, fut le premier qui descendit daus Tarene, J'ai dit plus haut que, pour ne pas compromettre plus longtemps les chrétiens, il avait pris, dans les derniers jours de Juillet i833, Fhéroïqne résolution de se livrer luimême. Le mandarin^ heureux de celte capture et voulant se faire valoir, se garda bien de dire, dans son rapport, que le missionnaire s'était remis volontairement entre ses mains* Il fit sonner bien haut rhablleté qu'il avait déployée pour s'emparer d'un malfaiteur si dangereux et l'achemina vers la capitale, en compagnie de ses deux servants; ceax-ci ayant pris la fuite j à la hauteur de Tourane, M. Gage lin fut mis aussitôt à la cangue et, à son arrivée à Hué, on le jeta dans la prison commune,

M. Jaccard, son confrère, qui était détenu assez honorablement, avec le P, Odorico, dans la maison des ambassadeurs, alla le voir anssitôt pour [le consoler, et fut bien surpris de le trouver à la cangne :

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— Eh! cher confrère, lui dit-il, en badinant, quel collier! vraiment, il ne vous manque plus que le coup de sabre.

— Mais cela pourra bien m'arriver.

— Comment, cela pourra vous arriver? Que voulez-vous dire?

— Vous ne savez donc pas mes affaires?

— Je ne sais rien, si ce n'est que vous vous êtes livré vousmême aux mandarins, et tout le monde dit que, dans peu de jours, vous allez nous être réuni dans la maison des ambassadeurs.

— Je le pense comme vous, mais qui sait?

Et là-dessus, les confesseurs de la foi se séparèrent en riant. Ils ne soupçonnaient pas qu'ils étaient tous les deux à la veille du martyre.

Du 23 août au 11 octobre, M. Jaccard et le P. Odorico purent, à tour de rôle, visiter M. Gagelin dans la prison. Cependant on ne se pressait pas de le faire sortir de la geôle, pour le réunir à ses confrères, comme on l'avait d'abord promis. Ce retard était de mauvais augure.

En effet, le 11 octobre, on mit des gardes à la porte du cachot de M. Gagelin et défense fut faite de laisser pénétrer qui que ce fût. Les martjTS de J.-C. ne purent plus communiquer que par lettres, grâce aux servants de M. Jaccard, qui portaient chaque jour des vivres au prisonnier. Cette correspondance a été conservée ; elle rappelle les plus belles pages de l'antiquité chrétienne. En voici des extraits :

M. Gagelin à M. Jaccard y 12 octobre 1833.

(( Depuis hier au soir, personne ne peut plus approcher de moi. De nuit, j'ai les ceps aux pieds. Il parait qu'au premier jour, on m^enlèvera pour me mener en exil au Xu-doai*, diaprés la sentence la plus inique. N'en dites rien à personne. »

i . Province du Ton g- king limitrophe de la Chine.

L'ÉRIi: DES MARTYRS «5

M. Jticcanlà M. Garjclin, 12 ovlobre.

a J'ai reçu votre billeL. J'avais déjà appris, par la persoQae qui vous a porté du riz ce matin, le mauvais traitemeut qu'où vous fait éprouver. JVspere que je saurai daus la journée ce que vous avez à espérer ou à craindre. A quelque peine que Ion vous condamne, ce ne sera que comme prédicateur de la religion. J'ai célébré ce matin la messe pour vous et récité loraisoo ; pro eoiisiùuio in cartere** Je prie le bon Dieu do voua donner la patience et la résignation dont vous avez si grand besoin. »

M. Gayetin à M. Jaccard^ 12 Qciohre.

a Je vous remercie d'avoir célébré la sainte messe pour moi- Je vous prie de faire au plus vite un place t au iïa\ pour demander raison de Tinjuste sentence prononcée contre moi, sans que Ton m'ait interrogé ni entendu- »

Jlf. Jaccanl à M. Gat/elin, 12 octobre,

H Je crois devoir vous annoncer sans détour, bienheureux confrère, que nous avons appris que voua êtes condamné k mort, pour être aorti du Dong-naï, où le roi vous avait permis de rester, afin d'aller dans diverses provinces, pour y prêcher la religion. D'après ce que nous avons entendu, vous êtes condamné à mourir par la corde. J'espère que, si le bon Dieu vous accorde la grâce du martyre que vous êtes venu chercher si loin, vous n'oublierez paa votre pauvre confrère que vous laissez derrière vous. Mon plus grand regret estque je ne puisse aller vous voir. Je verrai si, avec de l'argent, je pourrai pénétrer jusqu'à vous. Le roi n*a pas encore assigné le jour de votre exécution; si je puis le connaître, je ne manquerai pas de vous le faire savoir. »

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