C'est le mandarin chargé en chef <ïe la juBttce
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M. Gagelin à M. Jaccard^ 13 octobre.
« Je crois avoir mieux rencontré que vous. Je suis condamué à Fexil et c'est au Xu-doai qu'on doit me reléguer. Quand vous écrirez à M. Delamotte, remerciez-le pour moi et recommandez-moi à ses prières. Je regrette beaucoup de ne pouvoir lui répondre . »
M. Jaccard à M. Gagelin^ 13 octobre,
« Je viens de recevoir vos deux billets. Vous pouvez être certain que vous êtes condamné à mort, et cela, pour avoir prêché la pure doctrine de TÉvangile et Jésus crucifié. Vous n'êtes pas condamné à Texil, mais à la mort sans préambule, à moins que, par une espèce de miracle, le roi ne change votre sentence. Les choses, cher confrère, sont comme je vous le dis. Le roi vous condamne comme prédicateur de rÉvangile, il ne veut plus de chrétiens, ni de missionnaires; mon tour et celui du P. Odorico pourront venir aussi. J'ai fait parler au Bo cinq ou six fois par les voies les plus sûres. Tous ces messieurs ont répondu qu'il n'y a rien à faire. Je ne puis non plus, à mon grand regret, obtenir la permission d'aller vous voir. »
M. Gagelin à M, Jaccard, 14 octobre,
« Monsieur et très cher confrère, « La nouvelle que vous m'annoncez que je suis irrévocablement condamné à mort me pénètre de joie jusqu'au fond du cœur. Non, je ne crains pas de le dire, jamais nouvelle ne me fit tant de plaisir; les mandarins n'en éprouveront jamais de pareil. Lœtatus sum in his quœ dicta simt rnihi, in domum Domini ibimus\ La grâce du martyre, dont je suis bien indigne, a été, dès ma plus tendre enfance, l'objet de mes vœux
1. Je me suis réjoui de ce qu'il m'a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur. (Psaume.)
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LtRE DES MARTYRS 67
les plus ardents; je Tai spécialement demandée, toutes les fois que j'élevais le précieux sang au saint sacrifice de la messe. Dans peu, je vais donc paraître devant mon juge, pour lui rendre compte de mes ofTcnses, du bien que j'ai omis de faire et même de celui que j'ai fait. Si je suis effrayé parla rigueur de sa justice, d'un autre côté, ses miséricordes me rassurent, Tespérance de la résnrreclîon glorieuse et de lu i bienheureuse éternité me console de toutes les peines el de tontes les humiliations que j'ai soutfertes. Je pardonne de bon cœur k tous ceux qui m'ont offensé et je demande pardon à tous ceux que j'ai scandalisés. Je vous prie d'écrire à Monseigneur notre vicaire apostolique, que je respecte et aime bien sincèrementj ainsi qu'à messieurs nos autres confrères, fjue je porte tous dans mon cœur. Je me recommande à leui's prit-res, ainsi qu'à celles des prêtres du pays, des religieuses et de toutes les bonnes âmes/ Je vous prie d'écrire à MM. les directeurs du séminaire des Missions étrangères, à M. Lombard, missionnaire à Besançon^ mon cher pfere en Jésus-Christ et deux mots à mes parents. Je ne les oublierai pas dans le ciel, où nous nous réunirons tous, je Tespère. Je quitte ce monde, où je n'ai rien à regretter» La vue de mon Jésus crucifié me console de tout ce que la mort peut avoir d*amerlumcs. Tonte mon ambition est de sortir promptement de ce corps de péché, pour être réuni à Jésus-Christ dans la bienheureuse éternité, Ciipio dmoivi ci esse cmn ChristoK Je n'ai plus qu une consolation à désirer, celle de vous rencontrer ainsi que le P- Odorico pour k dernière fois, >j
ït Fr. Gagelin, >j
M. Jaceard à M. Gageiin^ IS octobre,
« Monsieur et bien vénéré conFrèrej et Nous avons lu votre lettre avec U plus grande joie. Nous
1. Je désire voir mou cor[is se rliasoudre, afin d'être av(?c le Chri^L, (SainlPaul.;
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ne pouvons que remercier le Seigneur de vous donner tant de courage. Le P. Odorico en a pleuré de joie. Je ne puis encore vous assurer si je pourrai vous rendre une dernière visite. Je ferai tout mon possible pour cela, et dans le cas que je ne puisse y aller, je lâcherai au moins de vous procurer un prêtre annamite. J'aurai soin d'exécuter toutes vos commissions, je ne puis rien vous marquer davantage. Quand je saurai quelque chose qui pourra vous intéresser dans votre situation, je vous en ferai part. Adieu, cher martyr de J.-C. Priez pour moi. »
« Fr. Jaccard. »
Les deux confesseurs de la foi ne devaient pas se revoir sur la terre. Le 15 octobre, M. Jaccard et le P. Odorico furent mis sous la garde de quatre soldats, et le 17, au matin, le cortège funèbre, qui était chargé de conduire M. Gagelin au supplice, se présenta. Vers les sept heures, à la porte delà prison :
— Me conduisez-vous à la mort?
— Oui, répond un des soldats de Tescorte.
— Eh bien! apprends que je n'ai pas peur.
On se mit aussitôt en marche; quatre soldats soutenaient les extrémités de la cangue; les autres, armés de piques, faisaient cortège de chaque côté, et deux mandarins à cheval fermaient la marche.
A la tète du cortège, un crieur public portait une planchette, sur laquelle était écrite la sentence de mort. Tous les cent pas, il s'arrêtait, frappait quelques coups sur le gong et lisait, à haute voix, l'inscription conçue en ces termes :
« L'européen Hoài-hoa* est coupable d'avoir prêché et répandu la religion de Jésus dans plusieurs provinces du royaume. A cause de cela, il est condamné à être étranglé. »
Païens et chrétiens se pressaient en foule sur les pas du martyr :