‹ La Cochinchine religieuseChapitre 71 sur 79 · EXTRAIT DU JOURNAL ASIATIQUE DE LONDRES (FÉVRIER · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU JOURNAL ASIATIQUE DE LONDRES (FÉVRIER

Une lettre signée de Jean-Louis, évêque dlsauropolis, vicaire apostolique de la Cochinchine, Cambodge et Giampa. datée de Singapour, 15 juillet, a éJé publiée dans le Singapore chronicle^ elle se plaint des injustes imputations contre les missionnaires catholiques en Cochinchine, insérées auparavant dans un des numéros de ce journal, spécialement contre l'assertion qu'ils furent chassés du pays, à cause qu'on soupçonna les chrétiens d'avoir pris une part active à la révolte qui éclata dans le royaume. L'évêque repousse cette inculpation de la manière la plus satisfaisante. Le décret de persécu* tion contre la religion chrétienne, dit-il, fut porté le 6 janvier 1833, et immédiatement mis à exécution. La révolte, dont les chefs étaient les anciens officiers du vice-roi de Saïgon, mort Tannée précédente, et qui étaient tous païens, eut lieu le 6 juillet suivant, et par conséquent six mois après l'édit de persécution. Le chef des rebelles devait être mis à mort ce jourlà; mais ayant eu avis de la sentence de mort portée contre lui, il trouva moyen de s'évader de sa prison, la nuit d'auparavant, mit à mort le gouverneur de Saigon et leva l'étendard de la révolte.

En peu de temps, il fut joint par un grand nombre d'officiers et soldats païens et plusieurs milliers de Chinois. Au bout

Digiti

de quelques jours, il se rendit maître de toute la province, tant le peuple avait confiance en lui. Tout le monde cria au ^prodige. Les dieux, disaient-ils, nous ont envoyé un libérateur, pour nous protéger contre la tyrannie de Minh-mang.

Je sais que le chef de la révolte usa de tous les moyens en son pouvoir pour engager les . chrétiens à se joindre à son parti; mais je sais aussi qu'ils refusèrent, lui faisant observer que la religion de Jésus-Christ, qu'ils professaient, leur imposait le devoir d'être fidèles et soumis au souverain légitime, et ne leur permettait aucunement de prendre part à la révolte. Mais lorsque le chef de la rébellion fut en possession pleine et entière du pouvoir, alors seulement les chrétiens furent obligés de se soumettre à son autorité, comme tous les autres habitants. Comment auraient-ils pu résister à la force ?

L'évêque ajoute que le roi de Cochinchine n'a pas chassé les missionnaires ; au contraire, il a employé toutes sortes de ruses pour les attirer auprès de lui et les mettre k mort. Le missionnaire Isidore Gagelin, dit-il, fut étranglé le 17 octobre 1833. La sentence de mort portée contre lui portait^ non pas qu'il avait aidé les rebelles, mais qu'il avait violé les ordres de Sa Majesté, en pénétrant dans les provinces, pour y prêcher la religion perverse de Jésus. Plusieurs chrétiens, ajoute-t-il, ont versé leur sang pour la foi, d'autres ont été envoyés en exil. Ceux qui ont eu la faiblesse d'apostasier et de fouler la croix aux pieds ont été renvoyés libres.

Quant à moi, conclut en terminant l'évêque, ayant été averti secrètement, en février 1833, que Sa Majesté cochinchinoise avait donné des ordres d'arrêter tous les missionnaires, et moi en particulier, comme leur chef, et de nous conduire à Hué, la capitale du royaume, je crus expédient de suivre le conseil du divin Maître : « Lorsqu'on vous poursuivra dans un endroit, fuyez dans un autre. » Je m*enfuis donc avec les missionnaires, mes compagnons, dans le royaume de Siam, d'où, grâce à Dieu, j'ai eu aussi le bonheur de m'échap-

Digiti

per, pour me réfugier sous la protection d'un gouvernement généreux et libre, -en attendant le moment où il plaira à la Providence de m'ouvrir une voie, pour aller rejoindre et consoler mes pauvres ouailles.

DEGALOGUE DE MINH-MANO

Page 1