‹ La Cochinchine religieuseChapitre 9 sur 79 · Nom annamite de M» Gagelin · texte numérisé non relu

Nom annamite de M» Gagelin

UÊRE DES MARTYRS 69

« Qu'a fait ce maître de religion? disait-ou dans la foule. Pourquoi le roi fait-il mettre à mort des ionoccnts? )»

« A-t-on jamais vu, disaient les autres, quelqu'un aller h la mort avec si peu d'émotion? »

C'est qu'ils n'avaient encore vu personne atler au martyre* Mais le roi Minh-mang se préparaît à leur donner souvent ce tonchant spectacle et rhéroïsme des victimes allait bientôt fatiguer même radmiralion.

Arrivé au lieu du supplice, M. Gagelin, sans perdre un instant son sang-froid, s'assied sur une natte, que les chrétiens lui ont préparée par honneur; on lui attache fortement les bras k un pieu fixé derrière luij on noue une corde autour do son cou et six soldats, placés à chacun des bouts, tirent, au signal donné; le martyr expire, sans faire un mouvement. H était entre sept et huit heures du matin.

M. Gagelïn, né a Montperreux, au diocèse de Besançon, le 10 mai 1799, était âgé de 34 ans et cinq mois seulement. Il était arrivé en niission n'étant encore que sous-diacre et avait été ordonné prêtre, en 1822, par Mgr de Véren^ auquel, deux mois plus tard, il fermait les yeux. Il ne travailla donc que onze ans dans la mission de Cochinchine, mais il était du notabre de ces bons ouvriers dont le Saint-Esprit a dit qu'en peu de temps, ils achèvent beaucoup d'ouvrage. 11 a élé déclaré vénérable par Grégoire XVI^ le 19 juin 1840. On conserve au séminaire de Paris ses ossements précieux, les deux montants de sa cangue et plusieurs lettres autographes.

M. Jaccard et le P. Odorleo exilés ù. AEi>lao (nfpvembre tS33). ^ M. Jaccard et le P, Odorîco crurent alors que leur tour allait venir. Déjà les mandarins leur avaient fait savoir qu'ils étaient condamnés à mort et ils se réjouissaient d'aller célébrer la Toussaint au cieL Leurs pieux désirs ne devaient pas sitôt être exaucés; sur les instances de sa , mère et les représentations de quelques grands mandarins,

Digiti

effrayés du mauvais effet qu'avait produit sur le peuple Texécution de M. Gagelîn, le tyran se ravisa et envoya les deux missionnaires en exil à Ai-lao, sur les frontières qui séparent la Cochinchine du Laos. C'était les condamner à une mort plus lente et plus douloureuse, car le climat de ce pays est si malsain qu'aucun étranger ne peut y vivre. Minh-mang comptait sur la fièvre des bois, la meurtrière^ comme l'appellent les Annamites^ pour le débarrasser, sans scandale et sans bruit, des prédicateurs de l'Evangile. Pour être plus sûr de son coup, il avait donné l'ordre secret de les laisser mourir de faim et défense expresse était faite de les approcher et de leur porter des vivres. Le dévouement des fidèles, la pitié même du mandarin devaient, au moins dans une certaine mesure, faire avorter ces ingénieuses précautions de la haine* Néanmoins le bon P. Odorico, épuisé de souffrances et de privations, ne put y tenir longtemps; il succomba le 25 mai 1834, inconsolable de n'avoir pu verser son sang pour Jésus- Christ.

Quant à M. Jaccard, il devait languir plusieurs années encore, avant de pouvoir saisir cette glorieuse palme du martyre, qui était aussi l'objet de ses vœux. On trouve, dans une lettre autographe de lui que l'on conserve tîomme une relique à la salle des martyrs, la description suivante de son lieu d'exil.

« Ai-lao, 12 juin 1834.

« Vous m'avez demandé la description d' Ai-lao, je vais

vous satisfaire de mon mieux. Le don'^ d' Ai-lao est situé dans une petite plaine toute entourée de montagnes ; le fleuve passe à une portée de fusil de l'enclos, et peut avoir un peu plus de la moitié de la largeur du fleuve de Duong-sdn*; ses eaux limpides et saines, pendant la saison sèche, coulent lentement

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