‹ La collaboration de Saint-Simon et de TorcyChapitre 19 sur 22 · Torcy, Bibl. nat., 10671, fol · texte numérisé non relu

Torcy, Bibl. nat., 10671, fol

ordres secrets de fortifier plusieurs places et redoubler de soins pour la sûreté du royaume. La justice était abolie, le négoce cessé, Tadministration et les gouvernements en vente au plus offrant. Le désespoir y était, et les vœux peu retenus de voir paraître l'escadre espagnole... Le duc de Parme appuyait de toutes ses forces l'avis de la conquête de Naples... Il prétendait qu'elle était facile et n'avoir qu'à s'y présenter pour opérer une révolution subite, qu'une fois faite elle se conserverait aisément parce que les princes d'Italie gémissants et tremblants sous l'autorité de l'Empereur concourraient tous à la défense quand ils se verraient soutenus.

Saint-Simon n'indique qu'en passant l'importance de ces deux textes pour l'histoire des entreprises d' Alberoni sur l'Italie, déterminées surtout par les sollicitations du duc de Parme, son ancien maître et le père de la reine d'Espagne. Je rapproche en ce moment ces deux passages, pour établir que, par l'intermédiaire de Torcy, Saint-Simon a purement et simplement reproduit la lettre authentique du duc de Parme : ce ne sont pas là propos d'espions, mais, comme le souhaitait M. Baudrillart, documents officiels, littéralement transcrits et interprétés.

De l'année 1718, je prends ensuite la lettre décisive par laquelle Alberoni annonça de Balsain au duc de Parme le départ de la flotte espagnole pour la conquête de la Sicile (22 juin 1718) :

Il fulmine présente va a stoccare sopra la Sicilia senza il possesso délia quale ho creduto non poter fare fondamento sopra il regno di Napoli ne che il duca di Savoia non mi faccia una burla. V. A. dira che avro un nemico di più; è vero, perô questa sara una conquista facile a conservarsi ed in conseguenza a prender tempo a seminare discordie in quest' inverno in Francia ed in Inghilterra, ove spero trovar buoni disposizioni per i maneggi che le due nazioni vanno attualmenle facendo, una contra il Re Georgio, l'altra contro il Duca Reggenti. V. A. dunque dei vivere quieta e credere che, stando jo qui, non sarà pregiudicata nella minima cosa e che a suo tempo e loco verrano dedotte le pretenzioni del ducato di Castro e, quando s'avesse ad accettare le future successioni, non sarà con altre garantie che l'occupazioneanticipitadi grossi stati in Italia per scacciarne col tempo del tutto i Tedeschi, senza la quai expulsione non potrà mai Tltalia godere ne quiète, ni sicurezza. — Il giorno \ 7 parti da Barcelona la grande armata composta di cinque cento vêle.

La transcription de Saint-Simon (XV, p. 199) est encore,

cette fois, presque textuelle1. « On était près de la fin du mois de juin et la flotte était prête à mettre en mer. Alberoni n'en donna part au duc de Parme que le 20 juin : il lui apprit que la foudre allait tomber sur la Sicile. La raison que le roi d'Espagne avait de s'en emparer était que, s'il ne s'en rendait maître, il ne pouvait le devenir du royaume de Naples ni se promettre d'éviter les pièges et les tromperies ordinaires du duc de Savoie. Si S. M. Catholique se faisait un ennemi de plus, elle croyait en être dédommagée par une conquête facile à conserver et qui donnerait le temps de semer, pendant l'hiver, la discorde en France et en Angleterre. C'est ainsi qu' Alberoni s'en expliquait, persuadé qu'il trouverait dans l'un et l'autre royaume des dispositions favorables au succès de ses intrigues.

Sur ce fondement, il pria le duc de Parme de vivre en repos et sûr qu'il ne recevrait pas le moindre préjudice tant qu' Alberoni subsisterait. Il promit pareillement à ce prince de faire valoir en temps et lieu ses droits sur le duché de Castro. Le cardinal comptait déjà les Allemands chassés d'Italie, convaincu que, sans leur expulsion totale, cette belle partie de l'Europe ne jouirait jamais de la paix et de la liberté. »

Ces trois passages de Saint-Simon et de Torcy, rapprochés des documents que j'ai pu voir et copier à Naples, suffiront, je pense. J'aurais pu multiplier les rapprochements; toute la correspondance d' Alberoni avec la cour de Parme a été connue et transcrite au bureau que dirigeait Torcy « pour l'espionnage des postes » et dont Saint-Simon a recueilli à son tour les secrets. C'est d'une part un fait assez piquant en soi que l'auteur des Mémoires se soit trouvé ainsi amené à donner la parole, dans son récit emprunté de toutes pièces à Torcy, au cardinal Alberoni, dont il a été, comme on sait, un juge impitoyable et souvent injuste. D'autre part, cette constatation a pour l'histoire une portée plus générale. Composés, comme nous l'avons dit, sous forme de copie souvent littérale des Nouvelles de Torcy de 1715 à 1718, les Mémoires de Saint-Simon ont la valeur d'un recueil de pièces authentiques des chancelleries européennes interceptées et recueillies par le surintendant des postes.

Il en existe d'autres preuves, après celles que j'ai données, faciles encore à vérifier. Les archives des Affaires étrangères con-

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