Mémoires, VI, p
consacré au récit de la guerre et des premiers pourparlers pour la paix en 1708-1709, au début de ce second morceau, on trouve une nouvelle introduction dont l'analogie avec la première est frappante1.
« Plusieurs écrivains ont depuis quelque temps entrepris de ramasser différents actes ou mémoires imprimés et de former entre ces pièces quelque liaison pour composer un corps d'histoire contenant les principaux événements arrivés en Europe pendant les dernières années du feu Roi; mais, souvent trompés par les écrits des ennemis de la France, peu instruits de la vérité des faits, eurs ouvrages ont plutôt répandu l'erreur qu'ils n'ont éclairé le public comme ils l'auraient été si les auteurs eussent travaillé sur de bons mémoires. Abusés par les lectures qu'ils ont faites et faute d'instructions sûres ou d'examiner assez attentivement la sincérité des relations qu'ils ont copiées, les recueils qu'ils ont mis au jour ont publié, comme autorisé, plusieurs faussetés.
« Il serait à souhaiter, pour le présent comme pour l'avenir, que ceux qui ont encore des connaissances certaines des ressorts secrets de tant d'événements importants arrivés dans les quinze premières années du siècle présent apprennent au public de quelle manière la face de l'Europe a été changée, comment l'union de ses principales puissances liguées contre la France a été dissipée, par quel miracle Dieu protégeant cette couronne a voulu anéantir le dessein de ses ennemis dans le temps où le succès de leurs armes les avait aveuglés au point de rejeter la paix qu'elle leur demandait aux conditions les plus dures qu'ils se croyaient maîtres de lui imposer. . . »
Cette introduction, conservée par Saint-Simon entêtede l'étude sur les négociations de Bodegrave et de la Haye, prouve qu'au moment où il a eu connaissance des manuscrits de Torcy, après 1743, les Mémoires de ce ministre étaient en forme de fragments ou d'études séparées. Plus tard, entre ce moment et sa mort, Torcy, dans sa retraite de Sablé, leur donna une apparence de liaison, en fit un ensemble, ainsi que l'indiquent les autres copies que nous avons gardées, probablement en vue du public. Mais il en modifia si peu le caractère et la disposition générale que l'œuvre demeure plutôt un recueil qu'une suite de mémoires.
Malgré l'importance des négociations exposées par Torcy, la